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Accueil du site > Actualités > Economie > 2008 année noire, saison 2, épisode 4 : le prix du pain

2008 année noire, saison 2, épisode 4 : le prix du pain

Où les retombées de l’explosion de la bulle de crédit s’avèrent quelque peu radioactives...

En avril 2007, à la suite d’autres sites, Agoravox avait attiré l’attention sur l’excessif endettement privé des Etats-Unis, et le risque que ferait peser sur l’économie mondiale une explosion de cette bulle de crédit. En octobre 2007, après les "subprimes", nous avions constaté que le processus avait commencé et titré : "C’est une crise économique majeure qui aura des conséquences politiques. La « tempête parfaite » est en train de s’abattre." La présidente du Medef, Mme Parisot, a lancé le 30/6 sur RTL un "avis de tempête" sur l’économie mondiale. Il semble qu’après un an de dénégations diverses, la gravité de la situation commence à pénétrer les esprits. C’est le processus de deuil de la croissance.

Nous assistons à des changements majeurs dans les affaires du monde. Nous pouvons tenter de discerner les forces sous-jacentes et la logique de leurs affrontements. Cela ne permet pas pour autant de prédire le déroulement des événements, ni la situation après la crise.

Dans le présent article, nous allons examiner le déroulement récent de cette crise et son fait majeur : le grand retour de l’inflation. Ceci permettra d’aborder le sujet que nous n’avons pas encore traité dans notre chronique : le pétrole. Lors de la dernière réunion du G8 et lors de la réunion le 30/6 du World Petroleum Congress, le débat a fait rage pour savoir si la hausse du pétrole était due à "l’insuffisance de l’offre" (point de vue des majors), ou à "la spéculation" (point de vue des producteurs). Voyons cela.

L’inflation

Il y a eu très peu d’inflation dans le monde depuis vingt ans. Son réveil a eu lieu en 2003 et a touché particulièrement les matières premières. Les chiffres suivants sur les matières premières proviennent du site de la Banque mondiale. Le prix des métaux a été multiplié par 3 en US$ de 2001 à 2005, puis s’est stabilisé. Le prix du pétrole a été multiplié par 4 en US$ de 2001 à 2007, et accélère. Le prix des produits alimentaires de base a été multiplié par 1,5 en US$ de 2001 à 2006, puis a été multiplié à nouveau par 2 depuis un an, et accélère.

Ces augmentations violentes ont un impact sur les autres prix. Cela n’explique pas nécessairement l’ensemble de l’augmentation récente des prix de beaucoup de produits industriels, comme les produits agro-alimentaires, qui ont augmenté plus que ce que la part des matières premières laisserait deviner. Mais c’est en soi un fait majeur. Les produits alimentaires de base sont l’un des premiers postes de dépense dans les pays "émergents" (PVD), et les produits énergétiques dans les pays industrialisés. L’inflation moyenne dans les PVD est ainsi passée selon la Banque mondiale de 3,5 % en 2000 à 6 % en 2006 puis 8,5 % en 2008. Il semble que l’inflation soit également en train de se réveiller en Occident, avec par exemple un rythme actuel voisin de 4 %/an dans la zone euro.

Ce qui est frappant pour les matières premières est la chronologie : pétrole et blé sont en train de s’envoler alors que les métaux plafonnent.

Pour expliquer cela, on trouve par exemple dans la presse les hypothèses suivantes. L’inflation serait causée par :

- la baisse du dollar ;

- l’augmentation de la demande des pays émergents ;

- l’épuisement des ressources naturelles ;

- la spéculation.

Nous allons discuter chacune de ces hypothèses.

La baisse du dollar

Il y a au moins consensus sur la cause de la baisse du dollar : il y en a eu trop de fabriqués, sous forme de crédits. Pendant la période concernée, le cours du dollar, qui est la monnaie d’échange mondiale dans laquelle les prix sont libellés et réglés, a effectivement baissé relativement à d’autres monnaies comme l’euro. Ainsi, le dollar a perdu 30 % relativement à l’euro depuis cinq ans.

Mais ça n’explique pas tout. Ainsi, le pétrole a doublé en US$ depuis 2005, alors que l’US$ n’a perdu que le cinquième de sa valeur en euros. Cela fait que le pétrole a quand même augmenté dans la période de 60 % en euros. La baisse du dollar explique environ une moitié des hausses, mais il en reste une moitié à expliquer.

L’augmentation de la demande des pays émergents

Cette hypothèse, qui est évidemment valide sur le long terme, est contredite par les faits en termes de chronologie. Il y a bien eu une augmentation de la demande, mais avant 2006. Depuis, elle a tendance à stagner, en particulier sous l’effet du début d’augmentation en 2003 des prix du pétrole et l’anticipation d’une baisse de l’activité. Selon la Banque mondiale, la demande globale en produits pétroliers et alimentaires n’augmente depuis deux ans que d’1 % par an. Rien qui puisse expliquer l’explosion des prix en 2007 et 2008.

Il est néanmoins intéressant de relever ce qu’une telle hypothèse implique. En effet, si une augmentation modérée de la demande des PVD pouvait faire tripler les prix, cela signifierait au fond qu’il n’est pas possible de la satisfaire, donc que le décollage économique des PVD était en pratique impossible.

L’épuisement des ressources naturelles

Il n’y a pas eu particulièrement de baisse de la production alimentaire, ni de raison de penser qu’elle s’épuise. La Banque mondiale attribue l’augmentation des prix alimentaires au fait que les Etats-Unis aient commencé à utiliser massivement ces produits pour la production d’essence (par exemple, maïs/éthanol), ou à l’augmentation du prix des engrais, constitués surtout de pétrole. Ce serait dans ce cas une conséquence indirecte de l’épuisement du pétrole. Seulement il n’y a pas eu non plus de baisse de la production pétrolière, ni de consensus sur le fait qu’elle s’épuisera plus tôt que prévu.

Il est bien évident que le pétrole s’épuisera un jour, et que ses prix sont destinés à augmenter tendanciellement sur le long terme. Mais l’augmentation récente est beaucoup plus rapide qu’une tendance de long terme.

Supposons néanmoins que le pétrole ne soit effectivement plus disponible en assez grande quantité, et que cela implique indirectement un triplement des prix alimentaires. Cela signifierait à nouveau que le décollage des PVD est impossible.

La spéculation

Si l’on imagine une manipulation de cours par quelques acteurs purement financiers, elle est très peu probable sur des marchés aussi diversifiés. Il ne me semble pas possible que quelques investisseurs avisés puissent jouer et réussir un coup secret qui a autant d’impact sur la planète et embête autant tout le monde.

Si par "spéculation" on entend par contre le fait d’investir dans un produit dont on pense que la valeur est destinée à augmenter à moyen terme, tout au moins en termes relatifs, alors tout placement est spéculatif, et tout cours est résultat de spéculations. Ça n’apporte aucun éclairage, et ça ne dit toujours pas pourquoi tous les investisseurs se sont décidés récemment à penser que les matières premières étaient un bon placement.

Un simple placement

Toutes les hypothèses examinées ont une part de vérité, et ne sont pas contradictoires entre elles, mais aucune ne suffit à expliquer l’ampleur ni la chronologie du phénomène.

Il reste alors une interprétation simple et qui ne présuppose aucun élément surnaturel : il s’agit d’un placement normal après l’explosion de la bulle de crédit.

Depuis un an, la capitalisation boursière mondiale a baissé d’environ 10 000 milliards US$. Il serait hasardeux de penser que l’ensemble de cette somme s’est déplacée vers d’autres secteurs, dans la mesure où la plus grande partie n’a jamais existé, par exemple, dans le cas d’une action qui n’a pas changé de propriétaire depuis cinq ans. Mais il est clair que beaucoup de sous se sont retirés des actions. Ça peut surprendre dans la mesure où les actions sont maintenant faiblement valorisées, de l’ordre de 11 ou 12 fois les bénéfices. C’est donc une anticipation d’ une forte baisse de ceux-ci dans une perspective de réduction globale d’activité. De même, l’activité de LBO est plus ou moins gelée depuis un an. Et il est probable que beaucoup de sous se soient également retirés du financement d’entreprises hors des marchés d’actions. Les prêts aux ménages, dans l’immobilier ou la consommation, sont également en chute libre.

Il n’y a donc aucune surprise à ce que de nombreux investisseurs se soient reportés vers les matières premières. C’est un réflexe traditionnel en cas de crise mondiale : on investit dans ce qui s’achètera quelle que soit la situation.

Cette interprétation explique la chronologie : l’inflation a vraiment explosé après la crise financière. Cela explique aussi pourquoi les métaux n’ont pas suivi : leur utilisation est surtout industrielle, et le comportement des investisseurs montre qu’ils ne croient plus à la croissance.

On peut voir cela comme une forme de spéculation, et cette hypothèse n’est pas réfutée par notre interprétation. L’hypothèse de raréfaction du pétrole n’est pas non plus réfutée : les investisseurs, dans leur stratégie qui semble maintenant entièrement défensive, iront d’autant plus volontiers vers une matière première qu’elle est rare et nécessaire en toutes circonstances. L’hypothèse d’augmentation de la demande a été réfutée par les faits, mais n’est pas réfutée par notre interprétation : les investisseurs peuvent imaginer que cette demande est de toute façon destinée à augmenter à terme. Finalement, toutes les hypothèses en circulation ont une part de vérité, sont compatibles entre elles, et complètent harmonieusement notre interprétation principale : l’explosion de la bulle de crédit américain.

Résumé

L’inflation s’explique entièrement par l’explosion d’une bulle monétaire, se traduisant pour l’instant en moitié par une baisse du dollar, et en moitié par un retour d’actifs assez virtuels dans l’économie réelle.

Les sous qui s’investissaient dans les actions, la pierre, la finance, les quittent déçus et reviennent dans les biens de consommation, où ils espèrent trouver de meilleures perspectives. Indépendamment du système monétaire, il y a en termes relatifs une revalorisation des biens matériels et une dévalorisation des actifs financiers.

Il y a simultanément un choc déflationniste pour les actifs et inflationniste pour les biens de consommation. Les profits financiers ont été surestimés parce qu’ils ne s’investissaient pas dans la réalité, et que le coût de la vie a été facilement sous-estimé au regard de la quantité d’actifs en circulation. Cela a pu durer vingt ans grâce à ce que Greenspan appelait "l’effet désinflationniste de la mondialisation", et que nous avons largement développé dans notre épisode précédent. La consommation occidentale, et surtout américaine, a été une vaste bulle de crédit, dans laquelle on ne payait pas les biens matériels à leur valeur, et les actifs avaient un rendement énorme, mais virtuel.

Un rééquilibrage va se produire : les gains financiers vont revenir vers la croissance réelle, et effacer vingt ans de profits surestimés. Le niveau de vie va revenir vers les revenus réels, et rattraper vingt ans d’inflation en retard. Cela va faire significativement baisser la demande, donc l’activité. Et ceci va se produire dans un bref laps de temps, sans doute dans les deux années qui viennent. Un tel choc économique ne se produit que fort rarement.

Certains ont des idées précises sur le scénario à venir. Je n’en ai pas. Je sais simplement que l’on aboutira à un nouvel équilibre entre prix, monnaie, offre et demande, dans lequel les prix des biens de consommation seront plus élevés qu’avant, et le volume de consommation, l’activité industrielle, les revenus des actifs et la valeur des monnaies liées au dollar seront moins élevés qu’avant. Mais le marché tâtonnera encore beaucoup pour trouver son équilibre, à coup de hausses de prix et de baisses de demande. De plus, si l’hypothèse de raréfaction relativement rapide du pétrole est exacte, cet équilibre risque bien de ne pas être durable.

Il est même possible que les prix réels soient actuellement déjà plus élevés que leur tendance de moyen terme, et que le pétrole se stabilise finalement en dessous des 15 €/b. Je n’en sais strictement rien. Je suis par contre persuadé du fait que le dollar doit baisser encore, au moins un peu, car la plus grande quantité d’actifs qui se déverse actuellement est libellée en US$.

Conséquences possibles

Le fait qu’il y ait eu pendant vingt ans des hausses déconnectées sur les actifs et les salaires a créé d’immenses inégalités masquées par la bulle de crédit. Le mouvement inverse auquel nous assistons maintenant ne les fera pas disparaître. Les ménages les moins aisés seront les plus directement frappés par l’inflation. Ce ne sera pas compensé par la baisse des prix du logement, car les salaires et les loyers ne bougeront pas à la même vitesse, et le coût du crédit augmentera. On peut prédire dans les années qui viennent une explosion de la pauvreté mesurable, et quelques famines dans les pays importateurs de nourriture, les autres ayant tendance à verrouiller leur production.

Cela contribuera à la baisse de la demande, donc ensuite de l’activité. Les PVD seront frappés à la fois par la baisse de leurs débouchés et l’augmentation des prix de leurs importations. La "théorie du découplage" (cf. épisodes précédents) a de moins en moins de chances de se réaliser. Il semble en tout cas que plus grand monde n’y croie, puisque si c’était le cas les indices asiatiques auraient évolué plus favorablement que les occidentaux, or Shanghai a déjà perdu 56 % (SSEC) et Hong Kong 30 % (HSI), quand le DJI n’a perdu "que" 20 %. Avec la théorie du découplage vont s’écrouler les justifications de la mondialisation telle qu’elle était pratiquée : permettre le décollage économique des PVD et assurer la croissance globale.

Il est d’ailleurs frappant de constater que, quelle que soit l’hypothèse que l’on choisit pour expliquer l’inflation, elle condamne le développement des PVD. Ces vingt ans de déséquilibres vont y laisser une situation bizarre. L’activité des PVD est tournée vers l’exportation, alors que les échanges vont ralentir et que l’autosuffisance alimentaire deviendra un souci plus criant. Ils constatent de plus que leur travail a été payé en bonne partie dans une monnaie de singe, qui ne leur permet pas d’acheter ce qu’ils avaient imaginé.

Le contrôle des matières premières, et en particulier du pétrole, principale importation occidentale qui empêche de laisser disparaître la valeur des monnaies d’échange, va redevenir la seule chose qui compte en matières d’échanges internationaux.

A supposer que l’analyse ci-dessus soit exacte, que je l’aie faite il y a cinq ans, et que j’aie eu à l’époque un job annexe comme président des Etats-Unis, j’aurais pu imposer des économies d’énergie qui auraient fâché Exxon et General Motors. Mais si j’avais été un tantinet plus cynique et aventureux, il me semble que j’aurais décidé d’envahir l’Irak.


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144 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 4 juillet 2008 10:27

    Le contrôle des matières premières, et en particulier du pétrole, principale importation occidentale qui empêche de laisser disparaitre la valeur des monnaies d’échange, va redevenir la seule chose qui compte en matières d’échanges internationaux .


    c’est la course avec les chinois pour le contrôle des minerais également !


    • Marsupilami Marsupilami 4 juillet 2008 10:46

       @ Forest Ent

      Excellent article, clair et synthétique. Vu que la BCE vient de faire passer son principal taux directeur de 4 à 4,25 %, c’est sûr que la croissance a du plomb dans l’air en zone euro. Je me demande pourquoi avoir fait ce choix anti-inflationniste. Mais bon, l’économie est de plus en plus vaudou : oubliées les 30 glorieuses inflationnistes mais dynamiques.

      Et puis de toutes façons il faudra bien finir par trouver un modèle économique autre que celui de la croissance indéfinie, qui n’est concrètement pas possible. La démocratie survivra-t-elle au merdier dans lequel on va plonger ? Pas sûr du tout...


      • Forest Ent Forest Ent 4 juillet 2008 13:16

        Les banques centrales n’ont de toutes façons strictement aucune prise sur un événement de cette ampleur. Pour l’instant, la fed rachète les actifs dévalorisés, mais elle ne pourra pas le faire en quantité suffisante. Il y en a trop pour le contribuable US. La déflation est irrépressible.


      • Marsupilami Marsupilami 4 juillet 2008 13:23

         @ Forest Ent

        Tout à fait d’accord, c’est un cautère sur une jambe de bois. Ce qui laisse à penser que l’augmentation de 0,25 % du taux directeur de la BCE est l’indice d’une certaine... panique chez l’imperturbable Trichet, ce qui est très alarmant.


      • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 4 juillet 2008 23:21

        Si je peux me permettre, sur la vision de Forest Ent je suis plutôt en accord sans nul besoin d’être économiste. Il suffit juste de vivre aujourd’hui et ici entouré de classes dites moyennes et basses, et de savoir ce qui se passe ailleurs et maintenant (je pense notamment aux émeutes de la faim dans lesquelles, pour les moins concernés gobergeant sur leurs chiffres, un être humain n’a pas plus de valeur qu’un concept économique ou politique, fût-il déployé sur des tomes innombrables) pour ne pas se réjouir de l’idée d’un futur radieux dont la majeure partie d’entre elle me semble relever au mieux d’un passé historique (les Trente Glorieuses, par exemple), au pire d’une vue de l’esprit.

        Cependant, ce qui me gêne même si les Etats-Unis ont tablé sur un enjeu pétrolier en Irak, c’est votre conclusion qui ignore les enjeux énergétiques de la Chine en Afrique, et ceux de Gazprom. Comme si, encore une fois, les "Etats-Uniens" (ça c’est toi, Marsupilami), terme que j’haborre, étaient les seuls cyniques sur cette planète.


      • Forest Ent Forest Ent 4 juillet 2008 23:35

        Les US, seuls adeptes de la realpolitik ? Ca m’étonnerait que ce soit un hasard si l’armée française a depuis 1945 toujours été présente sur le continent africain. smiley

        Mais nous ne jouons pas dans la même cour. Sur le sujet de l’article, les US disposaient de la monnaie d’échange mondiale, et ont été tentés d’en abuser, ce qui ne nous est plus arrivé depuis un moment.


      • Cosmic Dancer Cosmic Dancer 5 juillet 2008 00:15

        @ Forest Ent

        Merci pour votre réponse. Mais êtes-vous certain que les actes politiques d’annexion de territoires riches en ressources énergétiques sont nécessairement liés à la préséance d’une monnaie ? Le franc français était-il si fort après guerre ? Quelle valeur, le dollar américain aujourd’hui ?
        Je persiste à vous poser des questions peut-être naïves, mais la science économique demeure pour moi un grand mystère tout simplement parce que je suis paresseuse à son égard. Aussi, si une discussion peut m’éclairer sur des questions que je me pose, j’avoue en profiter un peu.
        J’en reviens donc à cette question où j’ai cru comprendre que vous affirmez que des menées guerrières territoriales ont pu être conduites grâce à une suprématie monétaire (ou ai-je mal compris, pardonnez, il est tard). Tout d’abord, j’ai un doute, dont il peut être celui de la méconnaissance. Ensuite, si je regarde aujourd’hui et de fait les vues de la Chine (qui ne sont pas récentes) sur le continent africain, sachant que la monnaie chinoise, il me semble, n’est pas sur le marché monétaire mondial, quid de cette explication ?
        Enfin, pour en revenir à la question de l’hégémonisme américain, que dire encore une fois de la Chine relativement aux ressources du Tibet, par exemple, en eau et pétrole, et de l’ancienne Union soviétique en dehors de la mégalomanie et de la paranoïa de Staline ? A propos d’annexion de territoire, en fait vous me répondez sur les anciennes colonies et/ou protectorats français.
        Encore une fois, je dois avouer mon incompétence.
        Mais ma curiosité.


      • Forest Ent Forest Ent 5 juillet 2008 00:54

        si une discussion peut m’éclairer sur des questions que je me pose, j’avoue en profiter un peu

        Ca sert à ça. smiley

        vous me répondez sur les anciennes colonies et/ou protectorats français.

        Etes-vous certaine du mot "anciennes" ?

        êtes-vous certain que les actes politiques d’annexion de territoires riches en ressources énergétiques sont nécessairement liés à la préséance d’une monnaie ? .


        Non, c’est lié à la préséance d’une force militaire. L’histoire des relations internationales est plus emplie de pillages que d’échanges mutuellement favorables. C’est un des doutes que l’on peut concevoir sur le "libre-échange". C’est sympa de commercer paisiblement, mais il y en a pour qui "partager" signifie "prendre une part du bien d’autrui".

        Imposer sa monnaie comme monnaie universelle implique par contre de disposer de la plus grande force militaire.


      • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 5 juillet 2008 08:06

        @ L’auteur : Je crois que vous avez raison sur tout. Je pense toutefois que le scénario ne suivra pas son cours logique, mais qu’une intervention politique aux USA va mettre le "patient’ en contention jusqu’à ce qu’il cesse de s’agiter. On verra alors s’il s’est calmé.. ou s’il est mort.

        Pierre JC Allard


      • Cug Cug 4 juillet 2008 11:10

         Un des meilleurs article que j’ai lu sur AV.


        • Forest Ent Forest Ent 4 juillet 2008 13:16

          Merci......


        • Yves Rosenbaum Yves Rosenbaum 4 juillet 2008 11:22

          Bjr Forest et merci pour cette excellente analyse, acessible et humble, qualité dont manquent tellement les économistes de nos jours

          Je suis en désaccord sur un petit point, le rôle de la spéculation. " Si l’on imagine une manipulation de cours par quelques acteurs purement financiers, elle est très peu probable sur des marchés aussi diversifiés. Il ne me semble pas possible que quelques investisseurs avisés puissent jouer et réussir un coup secret qui a autant d’impact sur la planète et embête autant tout le monde. ". Il n’y a certainement pas de complot mondial de quelques investisseurs, on est bien d’accord, mais je ne sais plus où j’avais lu que le nombre de transactions journalières dans le marché pétrolier avait décuplé en un an. Au-delà des chiffres toujours contestables, il y a une réalité qui me paraît sauter aux yeux : les spéculateurs à court terme (hedge funds) et à long terme (fonds de pension, assurances, etc.) ont désaffectés le marché immobilier américain et se rabattent sur les matières premières. Le jour où ça ne leur rapportera plus, ils trouveront un autre créneau. La spéculation se déplace et se déplacera toujours dans les niches les plus prometteuses, en ce qu’elle est tout simplement la traduction de l’avidité naturelle de l’être humain. Son rôle dans le grand chaos actuel de l’économie mondiale ne me paraît pas anodin, loin de là.

          http://contreinfo.info/article.php3&nbsp ;?id_article=2067


          • Forest Ent Forest Ent 4 juillet 2008 13:18

            La spéculation se déplace, certes, mais parce qu’elle pense sincèrement à ce moment que les valeurs sont attractives. Il ne s’agit sans doute pas d’un exercice purement technique de manipulation de cours.


          • Yves Rosenbaum Yves Rosenbaum 4 juillet 2008 14:03

            Là-dessus on est d’accord. Où on peut parler de manipulations par contre, c’est dans le chiffre des réserves pétrolières fournies pendant des décennies par les pays producteurs, avec la bénédiction des majors pétrolières et des agences internationales. On aurait "compris" plus vite que le Peak Oil était plus proche, et la spéculation sur le marché du pétrole aurait été probablement moins marquée...


          • JL JL 4 juillet 2008 11:27

            Belle analyse, belle chute, et conclusions vraisemblables bien qu’alarmistes. Vous écrivez : ""On peut prédire dans les années qui viennent une explosion de la pauvreté mesurable, et quelques famines dans les pays importateurs de nourriture, les autres ayant tendance à verrouiller leur production.""

            Dans ce contexte, peut-on encore dire : ""les investisseurs, dans leur stratégie qui semble maintenant entièrement défensive, iront d’autant plus volontiers vers une matière première qu’elle est rare et nécessaire en toutes circonstances."" ? Plus exactement, peut-on encore appeler ces gens là, des investisseurs ? Ne devrait-on pas dire : des prédateurs ?


            • tvargentine.com lerma 4 juillet 2008 11:41

              Vous écrivez "

              Si l’on imagine une manipulation de cours par quelques acteurs purement financiers, elle est très peu probable sur des marchés aussi diversifiés. Il ne me semble pas possible que quelques investisseurs avisés puissent jouer et réussir un coup secret qui a autant d’impact sur la planète et embête autant tout le monde."

              Visiblement vous ne savez pas ce qu’est la spéculation !

              Etonnant pour un "Ingénieur et docteur ès sciences, " ,je peux comprendre que le gouvernement cherche à refaire l’enseignement dans ce domaine

              http://afp.google.com/article/ALeqM5ij7zuweL_SP2G4_RMAvxMVuZzokQ


              La spéculation part du principe que vous allez faire la culbute sur une action ou un produit en fonction des "informations" que la "presse spécialitée" communique (généralement noyée de publicité de Banques,Compagnie d’assurance et représentant de structure financière) dont l’objectif est de créer un environnement propice à la spéculation

              On appelle cela de la communication ou si vous préférez de la manipulation

              A relire d’ailleurs un excellent bouquin paru en 1983 "COMMUNICATION OU MANIPULATION"

              Ce sont les mêmes phénoménes qui avaient produits la bulle internet LES MEMES

              Le plus dure sera la chute brutal pour les pays qui auront misé sur des mono-activités (soja & blé)
              car ils seront vraiment dans une tres grave crise alimentaire et financière





              • Yves Rosenbaum Yves Rosenbaum 4 juillet 2008 12:19

                Je laisserai le soin à Forest de répondre à votre post pour le moins déplaisant sur la manière, mais si vous voulez vraiment une BONNE référence sur la spéculation et les crises qui en ont résulté, lisez " Brève histoire de l’euphorie financière " de Galbraith. Une analyse magnifique, quasi-intemporelle, qui avait inspiré mon premier article dur AVox. Et que vous seriez bien inspiré de lire


                http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=27785


              • Marsupilami Marsupilami 4 juillet 2008 12:22

                 @ Yves

                M’enfin... Tu sais bien que Lerma ne lit jamais les articles !


              • Yves Rosenbaum Yves Rosenbaum 4 juillet 2008 12:27

                ... Et qu’il lit encore plus rarement les commentaires qu’on fait à sa suite, je sais Marsu... mais je n’ai pas pu m’en empêcher...


              • Forest Ent Forest Ent 4 juillet 2008 13:21

                Si ce sont lerma, Sarkozy, Darcos, Guaino, ..., qui vont m’expliquer l’économie, je sens que je n’ai pas fini de me marrer.


              • LE CHAT LE CHAT 4 juillet 2008 13:28

                @Lerma

                Le plus dur sera la chute brutale pour les pays qui auront misé sur des mono-activités (soja & blé)
                car ils seront vraiment dans une tres grave crise alimentaire et financière

                ça va craindre pour l’Argentine et son soja transgénique de chez Monsanto !
                heureusement que tu seras là pour leur donner tes conseils !


              • ronchonaire 4 juillet 2008 15:46

                Forest,

                "Si ce sont lerma, Sarkozy, Darcos, Guaino, ..., qui vont m’expliquer l’économie, je sens que je n’ai pas fini de me marrer."

                Quelle prétention ! Surtout venant de quelqu’un qui fait lui-même beaucoup rire les vrais économistes avec ses augures dignes d’Elisabeth Teissier.


              • Forest Ent Forest Ent 4 juillet 2008 15:53

                Non, non, ce n’est pas moi qui ai pronostiqué le "choc de confiance". smiley


              • Philou017 Philou017 4 juillet 2008 18:35

                ronchonnaire : "Quelle prétention ! Surtout venant de quelqu’un qui fait lui-même beaucoup rire les vrais économistes avec ses augures dignes d’Elisabeth Teissier."
                Les "vrais" économistes sont des Monsieur Jourdain qui annonent avec plus ou moins de talent les poncifs de l’ideologie libérale à laquelle ils croient dans le sens religieux du terme. Ils n’ont aucun recul, aucune reflexion profonde, aucune considération pour l’intérêt général, aucune vision d’avenir, aucune vision politique. Des spécialistes extremes de l’analyse technique sans envergure.
                Vous souvenez vous du temps où ils annoncaient la baisse du chomage (dementis regulierement qq mois plus tard) et autres prévisions bancales ? Aujourd’hui, ils sont bcp plus prudents.
                C’est des météorologues qui prédisent le temps à 7 jours, suivant les données qu’ils ont, cad tres réduites. D’ailleurs ils sont de plus en plus en désaccord entre eux. La plupart disent les choses que les boursicoteurs et les financiers ont envie d’entendre... vous avez dit Elisabeth Teyssier ?

                Moi, c’est les "vrais" économistes qui me font rire. Des techniciens élevés au rang d’experts...

                Forest Ent a le mérite d’essayer de voir les choses dans la globalité et d’expliciter sa vision. Au fait, merci pour cet article, mr Forest.


              • Forest Ent Forest Ent 4 juillet 2008 19:02

                Merci de l’avoir lu.

                A propos des chiffres du chômage, un truc amusant : les chiffres officiels US sont notoirement bidonnés, et personne ne les lit. Pour 2007, ils avaient annoncé un million de créations d’emplois sur la base d’évaluations provisoires. A la fin de l’année, quand ils ont publié le bilan, ce "million d’emplois" a disparu dans l’indifférence générale.


              • SciFi SciFi 4 juillet 2008 13:15

                Très bonne analyse dans cet article clair, argumenté et didactique.

                L’explication très naturelle du "simple placement" semble effectivement expliquer beaucoup de choses. Elle paraît être confirmée par les évolutions des cours de bourses (pas par les consensus des analystes, cependant).

                Mais y a-t-il un moyen de quantifier l’effet de cette ruée pour vérifier l’explication ?


                • Forest Ent Forest Ent 4 juillet 2008 13:26

                  Ce serait effectivement une très bonne chose.

                  Une possibilité serait d’examiner la variation de structure de fonds d’investissements. Dans le genre, il me semble qu’il y a deux fonds qui sont intéressants à examiner : Berkshire-Hathaway et Cascade, qui appartiennent à 2 des 3 hommes les plus riches du monde, Buffet et Gates, qui sont totalement libres d’en user comme ils l’entendent. Je constate que les deux ont investi dans le maïs-éthanol et le transport ferroviaire. C’est une piste ...


                • Marsupilami Marsupilami 4 juillet 2008 15:10

                   Et l’investissement dans le maïs-éthanol, c’est un crime contre l’humanité.


                • Marsupilami Marsupilami 4 juillet 2008 18:20

                   @ Briel

                  Warum diese binden mit katzen ?


                • Forest Ent Forest Ent 4 juillet 2008 18:54

                  Das ist spam. smiley


                • Marsupilami Marsupilami 4 juillet 2008 19:00

                   @ Forest Ent

                  May be, but could you read the paper of the Atlantic Monthly and tell me what you think about it ? Its economics, stupid, as Clinton said before entering into the White house.


                • Forest Ent Forest Ent 4 juillet 2008 19:06

                  Non stultus sum that much. Aber Ich e leido este papel, although no lo crees.


                • brieli67 4 juillet 2008 19:27

                  ce n’est pas du spam faut dépasser le stade matou. !! ..... des "sociologues" allemands pragmatiques à l’oeuvre sur tous les continents depuis des décennies... Il y a du grain à moudre !


                • Forest Ent Forest Ent 4 juillet 2008 19:57

                  Ah désolé. Je ne lis pas bien l’allemand. Il aurait fallu préciser la nature et l’intérêt de ce lien, ou lier une page en rapport avec l’article.


                • alex75 6 juillet 2008 14:28

                   Le site "pirate" Whitehouse.org est totalement hilarant, avec une très riche iconographie anti-bush et anti-neocons. Merci pour le lien smiley


                • Parpaillot Parpaillot 4 juillet 2008 13:29

                  @ Forest Ent :

                   

                  Très bon article et bonne analyse de la situation je pense …

                   

                  Quelques réflexions personnelles :

                   

                  • La montée de l’inflation est probablement une conjugaison de toutes vos hypothèses pondérées …

                   

                  • Le prix du pétrole et l’évolution de ses cours ne doit pas être isolé des autres sources d’énergie : il s’inscrit dans un contexte énergétique global, mais également dans la nécessité de reconversions technologiques urgentes qui commandent d’autres solutions, mais dont l’avenir économique est incertain …

                   

                  • Quelles seront les conséquences de la fresque que vous brossez, sur les plans sociaux et géopolitiques ?

                   

                  Cordialement ! 


                  • Forest Ent Forest Ent 4 juillet 2008 13:43

                    Quelles seront les conséquences de la fresque que vous brossez, sur les plans sociaux et géopolitiques ?

                    Au plan social, je l’ai esquissé dans l’article : cette crise va être un cruel révélateur d’inégalités latentes et masquées. Sans vouloir faire dans le catastrophisme, je pense qu’il peut y avoir des conséquences dramatiques. En occident, en France, ... Mais surtout en Chine, maillon faible du système.

                    Au plan géopolitique, nous risquons de passer brutalement d’une forme biaisée de coopération économique, le libre-échange, à un individualisme exacerbé. Comme en 1930. La situation est très dangereuse. Mais le pire n’est jamais sûr.

                    A propos du pétrole, c’est son contrôle qui a poussé le Japon à attaquer les US et l’Allemagne la Russie il y a 60 ans.


                    • Forest Ent Forest Ent 4 juillet 2008 15:06

                      J’ai bien peur de ne pas avoir ce temps....

                       ?


                    • JPL 6 juillet 2008 14:28

                      à l’auteur

                      Petite correction, mais qui ne change pas l’analyse d’ensemble : lorsque le Japon a cherché l’expansion dans son voisinage, c’était plus largement pour accéder aux matières premières et à l’énergie dont sa croissance avait besoin (pas seulement le pétrole) : charbon et fer de Mandchourie, caoutchouc (à l’époque encore naturel) d’Asie du Sud Est, pétrole d’Indonésie etc.



                    • Forest Ent Forest Ent 6 juillet 2008 15:01

                      Effectivement, et merci de la précision.

                      Il y a eu trois phases : la seconde en 1936, avec l’invasion de la Chine, et la troisième en 1941 avec l’attaque des US. Dans cette troisième phase, le Japon ne cherchait plus que les matières premières indispensables à son effort de guerre : pétrole, caoutchouc et métaux. Pour ces derniers, la cible était l’Australie.

                      De même, bien qu’il ait toujours écrit que c’était une absurdité stratégique, Hitler a sans doute été contraint d’attaquer la Russie pour le pétrole de Roumanie.

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