• lundi 21 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Economie > 450 000 : le chiffre qui fait trembler l’industrie du cinéma la (...)
14%
D'accord avec l'article ?
 
86%
(82 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

450 000 : le chiffre qui fait trembler l’industrie du cinéma la réveillera-t-elle ?

Voici un chiffre qui fait trembler toute l’industrie du cinéma : 450 000, c’est le nombre de téléchargements illégaux de films constatés par jour sur les réseaux P2P par l’ALPA (Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle).

Deux options s’offrent alors à nous :

- Soit nous envisageons ce chiffre comme une terrible menace pour toute une industrie vieillissante qui emploie des milliers de personnes, qui cherche à divertir des millions de spectateurs et qui tente de conserver et de protéger quoi qu’il advienne un modèle basé sur la chronologie des médias (les films sont vus en salles de cinéma, puis loués et achetés en DVD/VOD et enfin visionnés à la télévision payante puis hertzienne) et sur la vente de contenus uniformisés (Bienvenue chez les Ch’tis sera le même film pour tout le monde, seule la perception et les goûts des spectateurs le différencieront). Cette crainte résulterait très certainement sur une loi autorisant la surveillance des internautes/consommateurs à qui l’on vend des billets de cinéma et autres DVD hors de prix. L’industrie du cinéma ressemblerait alors au Big Brother tiré du roman 1984 de George Orwell : “Marche dans les clous et fais attention, on te surveille“.

A l’heure des réseaux sociaux de type Facebook, Orkut, Myspace, Second Life… de la messagerie instantanée Live Messenger, Yahoo, Messenger, Gtalk…, du micro-blogging (Twitter…), de l’information de masse non censurée car délivrée instantanément sur internet et plus particulièrement à travers la blogosphère, cette surveillance risquerait de porter un autre coup des plus néfastes à l’image du cinéma et à son industrie. Cette dernière viendrait très certainement une fois de plus nous alarmer avec de nouvelles études et de nouveaux chiffres encore plus terrifiants. “Nous n’avons retenu que la fourchette basse dans cette surveillance, en retenant seulement les réseaux P2P les plus populaires“. Nous tremblons. Mais puisque cette industrie semble vouloir foncer dans le mur, pourquoi ne pas y aller encore plus vite histoire de ne vraiment pas s’en relever ? Apparemment, cette option est à l’étude : “Nous sommes face à un phénomène majeur qui peut mettre en péril l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel. On ne s’attendait pas à de tels chiffres“, avance Frédéric Delacroix, le directeur général de l’ALPA. “La piraterie des films nécessite des mesures appropriées urgentes. Le projet présenté par la ministre de la Culture peut être une solution“. La solution mentionnée est celle que Christine Albanel a présentée mi-juin, instituant une riposte graduée envers les pirates sur internet.

- Soit nous prenons ce chiffre comme un véritable électrochoc, un chiffre représentatif d’une industrie qui se rend compte progressivement mais tardivement qu’elle s’est totalement déconnectée de ses consommateurs et qu’elle ne repose plus que sur sa puissance de lobbying visant à convaincre les élus de légiférer dans son sens le tout bien entendu en catastrophe et en totale inadéquation avec les attentes des consommateurs. Elle se rendrait ainsi compte que les internautes de la génération Y, instruits, technophiles et n’ayant connu aucune sorte de dictature ou de communisme, privilégient désormais l’instantanéité (”Tout, tout de suite”). Le fait d’attendre six mois pour louer un DVD même collector, rempli à ras bord de bonus et autres interviews du réalisateur est totalement hors de propos puisque l’on peut aujourd’hui télécharger un film américain alors qu’il n’est pas encore sorti en France (qui a dit Batman ?). Elle se rendrait compte que la surveillance parce que trop intrusive est vue d’un très mauvais œil (voir l’historique en anglais du programme Beacon de Facebook) et que les “pirates” chercheront une fois de plus à contourner ces nouveaux freins à la consommation gratuite non pas afin de satisfaire leur esprit “requin du profit”, mais simplement dans une perspective de défi qu’il leur sera nécessaire de dépasser. (Le MIT “utilisait” les pirates ou “hackers” en anglais afin de développer des jeux vidéos. Un “hacker” était une personne qui recherchait les limites d’un programme, il peut être perçu alors comme un accélérateur de business models, décortiquant, analysant les moindres failles du système). Ce que ne semble pas comprendre l’industrie du cinéma, c’est qu’un petit groupe ne peut lutter contre la masse sans malheureusement adopter une position (révélée ou non) dictatoriale, elle ne se rend pas compte que son public a définitivement évolué, qu’il évoluera encore, de plus en plus rapidement et très certainement pas dans le sens qu’elle souhaite…

Au lieu de se lamenter et de protéger un modèle dépassé, il serait grand temps de proposer un modèle totalement différent, basé non pas sur la chronologie des médias ou encore sur la suprématie des salles de cinéma (qui seront de plus concurrencées par les Home Cinéma toujours plus performants), mais tourné vers les consommateurs, en adéquation avec leurs attentes et facilitant un accès ultra personnalisé au savoir, aux divertissements et ceci au niveau mondial. Les consommateurs souhaitent de la gratuité, offrons-leur de la gratuité et tournons-nous vers une industrie globale de services des médias : une industrie qui permette à chacun de composer ses programmes et ainsi regarder où il veut quand il veut des films et autres contenus audiovisuels sur n’importe quels supports (mobile, iPhone, DVD, ordinateur…) et de les stocker sur des serveurs personnels mis à disposition gratuitement. Les coups liés au stockage de données ne feront que diminuer grâce au Cloud Computing ou comme le stipulent les lois de Moore et de Kryder (la densité de mémoire sur les disques durs double tous les ans). Offrons-leur de l’instantanéité, de la simplicité (“Simple is beautiful”), voyons l’industrie cinématographique non plus isolée, mais faisant partie d’un tout (téléphonie mobile, médias, télécommunications, TVIP, micro blogging, blogs, Youtube…) qu’elle devra nécessairement intégrer. Ceci lui permettrait de créer des économies d’échelle notamment au niveau de la promotion de tel ou tel film ou encore au niveau des recherches marketing afin de mieux connaître son public.

Afin de financer cette gratuité apparente, un modèle publicitaire global autre que celui proposé par Google serait à envisager. “70 % des recettes publicitaires “on-line” européennes sont réalisées par des acteurs américains, le transfert de richesse induit de l’Europe vers les États-Unis représenterait déjà environ 7 milliards de dollars pour l’année 2007” (”Le Village numérique mondial” - Didier Lombard - PDG de France-Télécom Orange). Inspirons-nous des jeux vidéo et autres mondes virtuels où les internautes co-créent (Mods) et achètent des biens virtuels qu’ils revendent (exemple de Second Life). Ils peuvent ensuite transformer leur plus-value éventuelle en euros ou dollars cette fois-ci bien réels. Inspirons-nous encore une fois des jeux vidéo où il est possible de procéder à des micro-paiements, envisageons “l’achat indolore” ou “quasi-gratuité” (permettant entre autres l’achat impulsif) comme une solution et misons sur la longue traîne (ou Long Tail de Chris Anderson) afin de générer des micro-revenus, mais de masse et internationaux. Prenons en compte le fait que les internautes sont désormais devenus des consommateurs “malins”, car l’asymétrie d’information a en partie disparue grâce à internet (kelkoo, forums, blogs…). Ils sont aujourd’hui actifs, productifs et non plus passifs et il est désormais impératif de les intégrer aux business models de l’industrie cinématographique. Il est nécessaire de réfléchir à un modèle qui permette de générer des revenus plutôt que rien comme l’indique la récente étude de MCPS-PRS Alliance / Big Champagne. Créons une économie virtuelle des médias et intégrons l’internaute à cette économie de manière active. Ne le considérons plus comme un enfant à qui l’on dit d’arrêter de regarder son émission favorite. Cet enfant a grandi, il est désormais adolescent, l’âge de la rébellion… mais un âge où l’on souhaite gagner de l’argent pour commencer à consommer…

Il serait grand temps que l’industrie cinématographique redécouvre son public et ne le perçoive plus comme un dangereux criminel. L’ignorance mène à la peur, la peur au conflit et le conflit engendre très souvent l’affaiblissement voire la disparition d’une des deux parties concernées… il est très aisé de deviner qui risque le plus dans ce conflit…

Affaire à suivre…

PS : Je pense que les modèles d’affaire sont encore à découvrir et à mettre en place, mais inspirons-nous du livre La Sagesse des foules de James Surowiecki qui postule que les décisions d’un groupe seront toujours plus efficaces que celles d’un individu unique, alors au travail.

par moovie (son site) lundi 8 septembre 2008 - 48 réactions
yahoo
14%
D'accord avec l'article ?
 
86%
(82 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par ndnm (xxx.xxx.xxx.140) 8 septembre 2008 11:24

    Article interessant à plus d’un titre mais ...


     450 000 est un chiffre, soit. En réalité il suffit d’y penser plus d’une seconde pour réaliser qu’il s’agit d’une estimation dont on aimerait bien savoir qui l’a produite et de quelle manière.


     L’argument principal des Majors pour se lamenter sur cette estimation est qu’ils le concoivent comme un manque à gagner. Encore une fois, il n’y a pas besoin de réfléchir bien longtemps pour se rendre compte que cette affirmation navigue entre la naiveté et le mensonge. Si, d’un coup, le téléchargement illégal était impossible, ces téléchargements ne se transformeraient pas tous (loin de là) en achat...

    dernière petite précison, le mot hacker n’est pas du tout l’équivalent de pirate. La traduction/notion correcte est "bidouilleur". Celui qui met un pot "ninja" sur sa mobilette est un hacker de mobilette. 

  • Par Yvance77 (xxx.xxx.xxx.95) 8 septembre 2008 11:28
    Yvance77

    Bonjour,

    Bien des choses qui transpirent sur votre post sont exactes. Le divorce, entre ce modèle viellissant protecteur des Univers Sales et consorts, et le consommateur, est lancé.
    A ce jour, on ne sait pas qui gardera les clefs de la maison, mais cela ne se fera pas sans heurts.

    Modèle viellissant, car cette industrie ne s’est pas aperçue, que les goûts et les couleurs sont variés, et surtout qu’aujourd’hui un pc est un bien précieux au même titre qu’une voiture ou une moto voir la télévision. L’investissement affectif est lourd, et vouloir toucher cela est d’une absurdité inouie.

    Il y a pléthore de petits réseaux, ou les échanges se font sur des offres qui n’existent pas. Alors on la crée nous même.

    Exemple je viens de mettre en ligne une série de domumentaire sur l’histoire de la musique rock fait par la BBC ... ou cette raclure de Pascal Negre me propose cela ? Ou sont les vraies émissions musicales ?

    J’ai pris en contre-partie un film espagnol que je ne connaissais pas, jamais vu en pub (ou diffusé ) sur la chaine tv de pipole 1er. La série lost en vo sous-titrée ou cela peut se voir.... etc Nous n’avons pas tous envie de finir avec les conneries servies par Endemol (quoique si c’est pour finir avec Loana dans une piscine)

    Les majors sont à l’image des inamovibles caciques Drucker et Pernault, sclérosés comme c’est pas possible. Et dire que c’est eux qui supportent un nouvelle politque libérale, venant en rupture avec les anciennes. Mais dès que cela les touche, il y a comme qui dirait, plus personne.

    Comment faire pour aller au cinéma en famille le week à un tarif abordable ? Et avec les Miko svp ? Ils ne savent pas répondre à cela non plus.

    Ils ne comprennent pas non plus que ce n’est pas nécessairement la gratuité qui nous guide, mais la liberté de choix. On se fout de payer l’abonnement 100 euros, si en échange on a la licence globale. Et ce modèle est absolument viable, et tous nous y trouveront notre compte.

    Dernière initiative de Michael Moore, mettre en ligne gratos sont film. Mais je suis décider à verser mon obole pour cela. Voila un qui à tous compris. Voir ce lien www.scooppeople.fr/article-1457.html

    Et comble du comble70 % des gens qui téléchargent et bien cela ne les empêche pas de se rendre dans les salles obsucres. Les seuls souffrant sont les loueurs ou vendeur de DVD là c’est vrai aussi. Ils fonc partis de ces métiers qui devront se réorganiser différement.

    Zou j’y retourne j’ai un doc à me télécharger c’est sur lobo, le loup.

    A peluche

    A peluche

  • Par donino30 (xxx.xxx.xxx.162) 8 septembre 2008 12:11
    donino30

    L’industrie du cinéma n’est absolument pas menacée, tout du moins la production. Celle du DVD en revanche est plus que cela, elle va tout simplement disparaitre et c’est tant mieux, remplacée par un modèle de téléchargement payant.

    La gratuité du téléchargement illégal n’est pas son seul attrait : on peut obtenir n’importe quel film/série complète quasi immédiatement depuis chez soi, ce que ne proposent absolument pas à l’heure actuelle les sites payants du type canalplay, dont la vidéothèque est très limitée.

    Quand les sites payants auront pu régler ce problème de diversité de l’offre et auront réduit leurs tarifs (2€90 le téléchargement de 24h est beaucoup, beaucoup trop élevé vu le coût dérisoire de distribution), par exemple avec des systèmes d’abonnement, le téléchargement illégal s’éteindra de lui même pour se cantonner aux films à l’affiche au cinéma (principalement les fameux "cam" réalisés par des camescopes numériques dans une salle de cinéma). 

    Et pour l’industrie cinématographique, les tarifs très faibles seront sans doute avantageusement compensés par le volume : plus besoin de stocker des films chez soi si on sait que pour moins d’1 euro on peut revisionner de temps en temps un film que l’on aime, un dessin animé de son enfance, une vieille série comme la 4ème dimension que l’on n’aurait jamais revu sinon...

  • Par Deneb (xxx.xxx.xxx.73) 8 septembre 2008 11:55
    Deneb

    Article intéressant, qui souffre cependant de quelques handicaps sémantiques :

    On y parle de l’industrie de divertissement, comme si la seule vocation du cinéma était de nous divertir.

    En effet, ni le mot "culture", ni le mot "art" ne figurent dans l’article, sans doute pour ne pas commetre d’oxymore en l’associant avec les mots "économie", "industrie" ou "consommation".

    Pourtant c’est bien le problème majeur de notre epoque : En effet, la grande majorité de gens ne reconnaissent au cinéma et à d’autres formes d’expréssion artistique que leur fonction divertissante et oublient que l’art et la culture sont censés nous éclairer le chemin vers l’avenir, mettre en évidence les problèmes de société, nous faire poser les bonnes questions ...

    Combien de "produits de divertissement" seront encore pertinents dans 50 ans, combien d’oeuvres économiquement rentables suscitent dans notre esprit une interrogation sur notre condition, une remise en question de notre vision du monde.

    Combien de ces étoiles filantes arriveront à avoir un réel impact sur notre société ? Aujourd’hui le ministre de la culture devrait s’appeler le ministre de divertissement. En effet, dans l’industrie culturelle et dans l’économie de la création, les oeuvres plus chères sont souvent les moins créatives et les moins culturelles.

    Sommes nous arrivés à donner la raison à Goebbels, qui a declaré : "Quand j’entends le mot "culture", je sors mon revolver." Dans le feu URSS, la culture officielle s’appelait le "réalisme socialiste" ou le soc-réalisme en abrégé. Son rôle était clairement défini - chanter les odes à la gloire du régime. N’en sommes-nous pas au même point - le rôle de la culture ne serait-il pas de justifier une société mercantile dont la valeur suprème est l’argent et non pas l’humain ?

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox