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7 idées reçues sur l’immobilier

Les prix de l’immobilier en France et dans de nombreux pays du monde ont subi ces dernières années une flambée historiquement inédite. On avait bien connu un phénomène similaire entre 1985 et 1990, mais limité à la région parisienne et d’une moindre ampleur. Les raisons de cette flambée sont une combinaison de facteurs :
- manque structurel de logements ;
- solvabilisation des ménages via la baisse des taux d’intérêt puis allongement des durées ;
- politique foncière excessivement restrictive ;
- effet d’entraînement de la hausse, l’immobilier devenant, tant que les prix montent, un placement très intéressant, et les acheteurs potentiels se précipitant tous sur le marché en même temps de peur de ne plus pouvoir acheter plus tard.

Comprendre le marché immobilier demande de voir au-delà de ce qui s’est passé sur ces dix dernières années, qui constitue, rappelons-le, une anomalie historique. La flambée des prix récente a permis à de nombreuses idées reçues de se développer qu’il convient de dénoncer, afin que chacun puisse faire ses choix d’investissement et de vie en connaissance de cause.

1) L’immobilier, ça ne baisse jamais
Faux ! Les prix au Japon ont été divisés par deux en quinze ans, ils ont perdu près de 40 % en Île-de-France entre 1991 et 1998 et baissent depuis un an aux Etats-Unis. Une trop forte hausse a toujours été suivie d’une baisse tout aussi importante (et la hausse actuelle est historiquement inédite par sa violence).

2) Mais, sur le long terme, la tendance est toujours à la hausse
Cela a été vrai jusqu’à présent, mais rien ne prouve que cela va continuer. Se baser sur l’observation du siècle et demi passé pour anticiper l’évolution à venir du marché revient à oublier une règle de base de l’économie : « Les performances du passé ne présagent pas des performances futures ». Jusqu’à présent, les fondamentaux économiques et démographiques (accroissement des richesses et de la population) ont justifié une hausse des prix des logements ; mais la faiblesse de la natalité dans les pays occidentaux et nos difficultés économiques engendreront très certainement un retournement de tendance dans quelques années (prévu entre 2030 et 2050 pour la France). On se retrouvera alors en sur-disponibilité de logements, avec un effet sur les prix évident... d’autant plus que les nouvelles méthodes de constructions, plus économiques en énergie, contribueront à dévaloriser une grande partie du parc de logements existant. La région Île-de-France sera la première à être touchée par ce phénomène, compte tenu des migrations entre Paris et la province.

3) Un loyer, c’est jeter de l’argent par les fenêtres
C’est vrai sur le long terme : une fois le crédit remboursé, acheter revient toujours moins cher que louer. Mais les frais liés à l’acquisition d’un logement (frais de transaction - agence et notaire -, intérêts d’emprunt - très élevés pendant les premières années de remboursement -, coût du déménagement) sont importants et donc longs à amortir. Il ne faut pas oublier que le propriétaire doit également payer l’impôt foncier et l’entretien. Il faut donc être certain de pouvoir rester longtemps dans un bien immobilier pour amortir son achat. Acheter en empruntant sur vingt ans pour revendre après 2, 3, ou même 5 ans vu les prix actuels est rarement rentable économiquement... sauf bien sûr si entre-temps la valeur du bien immobilier acquis augmente de 10 % par an, comme cela a été le cas entre 1998 et 2005 (mais ce temps est clairement révolu). Et que dire en cas de baisse des prix !

4) Il manque un million de logements en France, les prix ne sont pas prêts de baisser
Un manque d’1 million de logements correspondrait à 2,4 millions de personnes vivant dans la rue (un ménage = 2,4 personnes en moyenne). Nous n’en sommes heureusement pas encore là ! Il existe certes un certain déficit de logements, qui pousse les acquéreurs à dépenser « autant qu’ils le peuvent » pour se loger (selon les critères de solvabilité admis par les banques et les bailleurs), mais on est loin du million de logements manquants. La pénurie ne peut expliquer à elle seule la flambée des prix dans la mesure où elle existe depuis des décennies, alors que la flambée délirante des prix n’a « que » dix ans. De plus, cela fait quelques années qu’il se construit chaque année environ 100 000 logements de plus que l’augmentation annuelle du nombre de ménages (cela fait vingt-cinq ans que l’on n’a pas autant construit). Une fois que le déficit de logements sera comblé, il n’y aura donc plus aucune justification à ces prix décorrélés de toute réalité économique.

5) Il faut profiter des taux bas pour acheter
Les taux bas sont un piège. Les taux bas permettent effectivement d’emprunter davantage et sur une plus longue période. Mais tous les acheteurs se retrouvent alors avec un budget disponible plus élevé. Ils vont donc plus facilement accéder aux demandes des vendeurs qui essayent logiquement d’augmenter les prix le plus possible. C’est ce qui s’est passé ces dernières années avec des hausses atteignant parfois 15 % par an. Quand les taux remontent, c’est l’inverse qui se produit : tous les acheteurs voient leur budget diminuer. Pour vendre, les vendeurs sont alors obligés de baisser les prix. Mais l’acheteur reste gagnant car, avec des taux élevés, les durées d’emprunt sont beaucoup plus courtes (à cause du phénomène de plafonnement des sommes empruntables sur les durées de remboursement élevées).
Enfin, lorsque nos parents ont acheté à taux élevé, l’inflation et la croissance étaient particulièrement forts, et les salaires augmentaient en conséquence : le poids du remboursement du crédit dans le budget devenait donc rapidement négligeable, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

6) Ce sont les étrangers qui font monter les prix, les prix français sont en retard sur les autres pays
Les achats d’étrangers en France ne représentent que 4 % environ des ventes. Leur influence sur le marché est donc négligeable. De plus, ils se concentrent sur certaines zones bien identifiées (certains quartiers de Paris, mais pas la banlieue, certaines zones de villégiature...). De plus, la montée de l’euro et l’augmentation des prix immobiliers en France commencent à les amener à s’intéresser à d’autres pays, comme l’Europe de l’Est
Concernant la comparaison internationale, si quelques capitales européennes ont des prix immobiliers plus élevés, comme Londres, d’autres, comme Berlin, sont caractérisées par des prix largement inférieurs aux nôtres. La France n’est pas en bas de tableau contrairement aux idées reçues, et c’est de toutes façons le contexte local qui explique les prix (salaires, densités de population, politique des banques...).

7) Les statistiques montrent que les prix de l’immobilier continuent de monter
Les statistiques ont toujours un certain retard sur le marché. Les statistiques des notaires portent sur les promesses de ventes effectuées il y a six mois (le temps qu’elles se transforment en vente et que les données soient collectées), tandis que la Fnaim utilise un indice lissé sur vingt-quatre mois pour atténuer les variations saisonnières. Ces indices ne peuvent vous informer d’une baisse de prix qu’avec six mois de retard minimum. Les statistiques basées sur des échantillons de transaction ou sur des ventes non réalisées (prix « affichés », ne reflétant pas l’évolution des marges de négociation, en forte hausse depuis quelques mois, ou prix des promesses de vente, de plus en plus souvent annulées faute d’acceptation du prêt) ont encore moins de valeur. De plus, des statistiques basées sur le « prix moyen du m2 vendu » mélangent deux paramètres : l’évolution du prix d’un bien donné, mais également l’évolution du type de bien vendu (le prix au m2 d’un studio ou d’un bien haut de gamme est plus élevé que celui d’un appartement familial). Cette seule donnée ne reflète donc pas la variation de prix d’un type de bien donné. Vous remarquerez d’ailleurs que les seuls indicateurs dont on dispose en France se limitent quasiment à ceux communiqués par les agents immobiliers ou les notaires, c’est-à-dire par des professions qui ont un intérêt direct à la hausse des prix.
Churchill disait "Je ne crois qu’aux statistiques que j’ai moi-même trafiquées".




par thomthom (son site) mercredi 23 avril 2008 - 39 réactions
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  • Par Monolecte (---.---.---.1) 23 avril 2008 11:12
    Monolecte

    L’obsolescence de l’investissement immobilier est réellement une chose très mal perçu par les propriétaires et les aspirants propriétaires.

    Dans les prochains mois/années, de nouvelles normes vont arriver, qui vont enterrer le gros du parc immobilier, y compris actuel, et ce, alors que les propoteurs sont censés être au courant et anticiper ces évolutions.

    L’ANC (l’assainissement non collectif) va peser très lourdement sur les petites maisons dont sont tant friandes les classes moyennes : il s’agira, lorsque le raccordement à un réseau d’assainissement des eaux usées collectif ne sera pas possible, de traiter soi-même les eaux de sortie... et oui, cette disposition a déjà été reculée plusieurs fois mais doit entrer en vigueur très prochainement, avec des coûts supplémentaires allant de quelques centaines d’euros à près de 10 000 ! Motus des pouvoir publics sur cette question épineuse, surtout que les financements initialement prévus ne seront pas disponibles. Qu’arrivera-t-il alors aux ménages qui se sont endettés au taquet pour leur rêve de pierre ?

    En face de chez moi, deux maisons sont sur le point d’être livrées : je les ai vues se construire et je peux vous garantir qu’elles ne répondent à aucunes des normes prévues qui doivent entrer en vigueur prochainement : à peine installés, les nouveaux proprios vont devoir refaire leur système d’évacuation des eaux et l’isolation thermique est à l’avenant.

    Les normes thermiques vont mettre au rencard le gros du parc d’ici 2012 ! La mise au norme de certains bâtits va excéder la valeur à la revente... d’autant plus que ces maisons ne seront plus conformes... et donc revendables !

    Bref, investissement merdique garanti, sauf pour les quelques hurlubelus qui se sont fabriqués dernièrement des maisons écolos sous les quolibets de leurs voisins...

  • Par thomthom (---.---.---.61) 23 avril 2008 16:35

    Le problème est complexe, mais je peux essayer de résumer ce que j’en ai compris

    Depuis quelques années, poussées par la concurrence et l’engouement pour l’immobilier, les banques, partout dans le monde se sont mises à faciliter considérablement l’octroi de crédit. Elles gagnaient peu d’argent sur chaque crédit accordé (à cause de la concurrence), mais se rattrapaient sur le volume et la durée des prets.

    Ce phénomène a eu lieu dans tous les pays où les prix de l’immobilier a flambé (d’ailleurs, c’est un cercle vertueux/vicieux : plus de crédit donc plus d’argent, donc hausse des prix, donc marché dynamique, donc plus de crédit, etc...). La France n’a pas été épargnée, meme si notre pays reste historiquement bien plus prudent que les autres : augmentation des durées de pret, augmentation des crédits à taux variables, non respect du critere habituel qui veut qu’on ne rembourse pas plus de 33% de ses revenus chaque mois (ca c’était tres francais), accord de crédit même à des personnes n’ayant pas ou peu d’apport (historiquement, les banques demandaient pres de 30% d’apport).

    C’est bien pire au USA ! si vous saviez les crédits qu’ils ont accordé là bas ! de la pure folie ! En France, les banques sont été moins prudentes qu’à leur habitude, mais elles sont restées raisonnables.

    Mais voila, aux USA, ca a pété. En espagne, en Irlande, c’est en cours, au Royaume Uni, ca pourrait bien arriver bientot ! En france, ca frémit ! Bah oui, les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ! Du coup, les banques prennent peur, se rendent compte que le marché (même en France) risque de se retourner, et ne sont donc plus du tout disposées à prendre des risques en accordant des crédit à des personnes qui auront peut etre du mal à rembourser : tant que les prix montent, ce n’est pas grave : on saisit la maison, on la vend et on récupère les sous.... mais si les prix baissent, on peut toujours saisir et revendre la maison, la banque perdra de l’argent... donc plus question de jouer.

    De toutes facons, même si elles voulaient continuer de perter de l’argent à tord et à travers, la crise des subprime a asséché completement les liquidités des banques : devenues méfiantes, les banques n’osent plus se preter de l’argent "entre elles"... donc elles disposent de beaucoup moins d’argent à preter. Et ce problème là touche tous les pays occidentaux. Les marchés financiers n’ont pas de forntière.

    En parallele de ca, les taux directeurs ont monté aux USA et en Europe (avant de redescendre aux USA.... mais là, la banque centrale américaine joue un jeu très dangereux) , dans l’espoir de lutter contre l’inflation qui est sérieusement de retour et pourrait faire des ravages. ceci agrave la crise de l’immobilier, et donc la situation des banques ayant un peu trop prêté. C’est d’ailleurs en partie ce qui a déclenché la crise, mais il faut bien comprendre que l’erreur n’est pas d’avoir monté les taux, c’est au contraire de les avoir laissé trop longtemps trop bas, ce qui a déclenché la bulle du crédit et des liquidités, qui sont allées, entres en particulier se loger dans l’immobilier. Plus on tarde à ouvrir le parachute, plus l’aterrissage fait mal ! la baisse des taux à ses défenseurs car elle a stimulé la croissance... mais tout cette croissance est en fait virtuelle puisque basée sur du crédit et non sur de la production de richesse. C’est donc une dangereuse illusion.

    Donc même si la crise est aujourd’hui essentiellement américaine, les banques francaises, touchées par effet rebond se mettent aussi à être plus prudente et à revenir à des criteres d’octroi des crédits plus raisonnables, plus en phase avec ce qui existait avant le boom de l’immobilier de ces dernieres années (demande d’apport conséquent, respect du seuil des 33%)... tout cela dans un contexte de hausse des taux. En plus, comme elles accordent moins de crédit et qu’il faut bien qu’elles vivent, les banques vont avoir tentance à essayer de plus "marger" sur chaque crédit, ce qui agrave le phénomène de hausse des taux.

    et là, la belle mécanique se retourne : moins de crédit et plus cher -> moins d’argent sur le marché-> baisse des prix-> plus grande prudence des preteurs et des acheteurs -> moins de crédit ->....

    ...sauf bien sur si un autre phénomène inatendu survient et renverse (ou agrave) la tendance... tout est possible, l’avenir n’est pas écrit ! Au mieux pouvons nous essayer d’anticiper les grandes tendance et faire nos choix en conséquences.

     

     

  • Par thomthom (---.---.---.61) 23 avril 2008 12:17

    Les points 1 et 2 ne sont pas contradictoires : je ne prétends pas en 1) que les prix vont baisser. Je dis juste qu’il est faux de croire que les prix de l’immobilier ne baissent jamais (ce que croient encore beaucoup de personnes), et je le démontre avec des exemples concrets.

    D’autre part, en 2), je rappelle que "les performances passées ne présagnet pas des performances futures". Ca ne signifie pas que le passé ne se reproduit jamais (donc que si ca a baissé dans le passé, ca ne peut plus se produire). Ca dit juste que le passé ne se reproduit pas systématiquement...tout dépend du contexte, de l’évolution historique du secteur, d’une multitude de paramètres externes.

    Pour le point 3, je concede que la prise en compte du coût du déménagement est discutable (j’ai failli le supprimer). En fait, tout dépend de votre situation : acheter pour ne plus etre locateire ou acheter pour avoir plus grand ou vous déplacer.

    Dans le premier cas, il faut bien prendre en compte le cout du déménagement car si vous n’aviez pas fait le choix d’acheter, vous seriez restés dans votre logement actuel, donc dn’auriez pas subit de coût de déménagement.

    Dans le second cas, effectivement, entre déménager pour une location ou pour une accession à la propriété, il n’y a pas de différence au niveau du coût du déménagement, qui ne doit donc pas etre pris en compte.

  • Par thomthom (---.---.---.213) 23 avril 2008 19:10

    très intéressant.

    J’apporterai cependant une petite nuance sur le volet immobilier et manque de foncier :

    Ces dernières années, certaines communes se sont vues innondée de constructions neuves. Des investissements dits "Robien" destinés à la location. Donc la pénurie de foncier ne se fait pas sentir partout. Le problème, c’est que ces immeubles ont été construits là où c’était facile, c’est à dire là ou la demande n’était pas trop trop forte. Ces marchés sont donc saturés et beaucoup de nouveaux propriétaires, souvent lourdement endetés ont bien du mal à louer leur nouvel appartement. Ces marchés sont litaralement saturés. Les prix ont commencé à baisser dans ces endroits là et ce n’est que le début ! Ce phénomène est connu depuis longtemps (au moins 2 ans), mais a été présenté au grand public jeudi dernier dans l’émission de grande écoute "envoyé spécial". Enfin la presse en parle !

    Pendant ce temps, le niveau de construction dans les endroits un peu plus "difficiles", où le foncier est plus rare, mais ou les besoins sont les plus important, est resté faible (surtout en Ile de France)... ce qui aurait pu constituer un des moyens de limiter la hausse des prix.

    Enfin... cette histoire de Robien aura au moins permis de faire massivement baisser les prix (sur le moyen terme...pas sur le court terme) dans quelques villes... c’est toujours ca de pris.

    C’est comme le pret à taux zero : au début, cétait uniquement pour l’achat d’un logement neuf... donc ca favorisait la construction de nouveaux logements par rapport à l’achat d’ancien et ca aurait donc pu avoir un effet positif sur l’ensemble des prix sur le long terme.

    Puis le pret à taux zero a été étendu à l’ancien. La mesure s’est donc transformé en une resolvabilisation massive des ménages qui n’a servi qu’à maintenir un peu plus longtemps la hausse des prix qui commencait à faiblir ! Tout ca avec l’argent du contribuable ! Completement débile et à l’image de toute la politique immobiliere et fonciere de notre pays ! Juste de la démagogie pour faire croire au peuple qu’on agit ! En fait, on met de l’huile sur le feu ! En attendant, ca a fait les affaires des agents immobilier, notaires et du percepteur !

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