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AAArnaque, crime, et BCE

Alors que la perte du AAA occupe l’ensemble de la scène médiatique française, les BBB, ces Brigands Bancaire Bonimenteurs continuent leur petit bonhomme de chemin.

Enfin il est tombé ! Si officiellement la France vient de perdre sa super-notation, il y a bien longtemps que cette disparition fut actée du côté des acteurs financiers. Comme pour une partie d’échec, ces BBB ont depuis longtemps compris que le pouvoir réside dans l’anticipation des évènements. Ces anticipations, que certains qualifient de prophéties auto réalisatrices, permettent sinon de les provoquer du moins de les orienter vers un sens plus favorable. Aujourd’hui, les pouvoirs politiques ne dictent plus la marche à suivre, mais sont devenus de simples exécutants de décisions prises pêle-mêle du côté de Bruxelles, de la City, ou de WallStreet. Il est alors nécessaire de prendre en compte les mouvements de ces entités pour comprendre les orientations qui vont toucher notre pays.

Le 21 décembre 2011, la BCE a lancé une opération originale [1] : un prêt sur trois ans d’un montant illimité, à un intérêt de 1%, à destination des banques. Ces dernières ont ainsi levé un peu plus de 489 milliards d’euros auprès de la BCE. Cette démarche avait pour but de redonner un peu d’air aux banques pour qu’elles ne soient pas tentées de resserrer le crédit, et de les inciter à aider les Etats en difficulté, en rachetant avec cette manne d’argent frais les obligations souveraines. Mais force est de constater que depuis le 21 décembre 2011 les banques n’ont pas agi selon les avis des commentateurs. Le 28 décembre 2011, les banques ont déposé environ 452 milliards d’euros auprès de la BCE, une somme record dans l’histoire de la super banque européenne. Et quand on s’intéresse à la rémunération attachée à ces dépôts, certaines zones d’ombres apparaissent. Les dépôts étaient rémunérés à un taux de 0,25%. Ainsi les banques empruntaient à 1%, pour ensuite redéposer à la BCE quasiment la totalité du montant emprunté une semaine auparavant, à un taux rémunérateur de 0,25%. Sans être un génie des mathématiques, il apparait clairement que sur cette opération, les banques perdent de l’argent. Attention, anguille sous roche.

Tout est une question de timing chez nos chers oligarques financiers. Car pendant que l’argent est patiemment parqué à la BCE, les taux d’emprunts étatiques eux ont fluctué. En effet, le 13 janvier 2012, les agences de notation ont dégradé la note de la France, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Autriche, de Chypre, de Malte, et ont maintenu la note de l’Irlande à BBB en perspective négative. Ces dégradations ne vont bien entendu pas être sans incidence car les pays ci-nommés vont emprunter sur les marchés à des taux bien supérieurs, presque prohibitifs. C’est à ce moment là, que les sommes « en attente » à la BCE vont pouvoir être réactivées. Comme le souligne un article du monde en date du 17 janvier 2012[2], « la crise de la dette dans la zone euro a contraint la France, et plus encore l’Espagne, a emprunter au prix fort sur les marchés ». En effet le taux à 10 ans de la France est passé à 3,6%. Pire encore, l’Espagne voyait son taux à 10 ans s’envoler à 7%.

Ainsi, ces parasites bancaires ont senti là qu’il y avait un petit billet à faire. Se faire prêter à 1% par la BCE, attendre patiemment que les agences dégradent les notes souveraines pour que les taux d’emprunt s’envolent, et prêter à leur tour aux Etats dégradés, en les asphyxiant davantage.

Cette affaire, une nouvelle fois caractéristique des agissements peu scrupuleux des banques, révèle le basculement de la sphère financière vers quelque chose que l’on pourrait qualifier de parasitisme. Loin de financer l’économie réelle, l’objectif maintenant clairement affiché est de faire de l’argent pour de l’argent. Tels de vulgaires arnaqueurs, ils cherchent des « sales coups » potentiels. Les banques avaient elles eu vent que les notes souveraines allaient être, incessamment sous peu, dégradées ? Avaient elles des informations privilégiées, qui pourraient alors caractériser ces agissements comme des faits constitutifs de délit d’initiés ? Compte tenu du curriculum vitae du Capo à la tête de la BCE, ce ne serait pas étonnant. Ce dernier est un habitué des brigandages et forfaits en tout genre. Mais combien de temps va-t-il falloir attendre pour que ces « voleurs de poule » arrêtent de spolier les peuples européens par l’intermédiaire de leurs attaques sur les Nations ? L’arnaque en costard cravate, façon gendre idéal, n’en reste pas moins arnaque.

La consanguinité outrageuse entre politique et finance est à son paroxysme. Le pouvoir médiatique quant à lui joue son rôle d’embrouilleur de premier plan, en allumant des contre-feux pour orienter le débat vers des futilités. Amis journalistes, rappelés vous la Charte de Munich de 1971, votre serment d’Hippocrate journalistique. Ne s’est-il pas transformé en serment d’hypocrite ?

La séparation des pouvoirs en France doit être repensée. Montesquieu doit se retourner dans sa tombe…



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7 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 19 janvier 2012 08:05

    La fameuse dérégulation financière a assuré l’indépendance des banques centrales, visant à soustraire les monnaies au contrôle du pouvoir politique et en ouvrant la porte à la dictature des marchés. Les marchés n’ont donc pas pris le pouvoir, les politiques le leur ont donné. La domination des marchés n’est donc que la conséquence d’une manipulation et d’une démission du politique....

    http://2ccr.unblog.fr/2011/11/20/la-finance-dicte-sa-loi/


    • Maurice Maurice 19 janvier 2012 09:20

      Il est vrai que retirer le pouvoir de battre monnaie à un pays, pouvoir régalien majeur, est complètement hérétique. Cela ne peut que contribuer aux désordres, et favoriser les comportements peu scrupuleux qui sont désormais monnaie courante. Mais peut être que nous allons peu à peu y revenir. Marie-France Garraud a emis la possibilité d’un retour au franc sur l’émission de Taddeï, et elle ne sait pas fait renvoyer dans les cordes, les mentalités évoluent. Et puis nous aurons bientôt une situation où les euros auront plus ou moins de valeurs en fonction des pays : l’euro-mark, l’euro -franc... 


    • Maurice Maurice 19 janvier 2012 11:56

      Une dépêche de l’AFP précise que que les dépôts des banques à la BCE chutent ! Elles sortent massivement l’argent qu’elles avaient entreposé, quelque temps après que les Etats aient vu leurs notes dégradées...
      http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gtKW4BMHiD-JY2t8JZdNc5DgCAIA?docId=CNG.1b441fc566c38994b9366198e6e87364.681


      • puyo le rigolo 19 janvier 2012 17:30

        Ah les bandits ! Mais quelle tristesse de voir notre pays, pourtant à la veille d’une campagne présidentielle, ne pas mettre sur le devant de la scène des débats aussi important que la création monétaire, la construction (fallacieuse) européenne, l’influence états unienne. En faisant cela, ils diabolisent ces questions en les laissant au FN, car malheureusement des candidats comme F. Asselineau sont boycotté et ne peuvent prendre part au débat...
        Pathétique !


        • Maurice Maurice 19 janvier 2012 18:46

          Bonjour puyo,


          Il est vrai que Asselineau propose des bonnes choses. Tant que les gens ne comprennent pas que l’Europe est gouvernée par une poignée de zozos aux ordres du lobby financier, rien ne pourra avancer. Mais la désinformation marche à plein tube. Par qui croyez vous que sont financés nos candidats « naturels » à l’élection présidentielle ? A qui appartiennent les médias dominants ? Je crois que vous connaissez déjà la réponse...
          L’europe actuelle, au lieu d’être bâtie sur des projets commun tels le spatial, l’environnement, la recherche... favorise depuis toujours, et continue de le faire, la dérégulation financière... Cette question devrait être au coeur de l’élection présidentielle, car elle conditionne tout le reste...

        • bakerstreet bakerstreet 20 janvier 2012 00:49

          Bravo Maurice pour cet article

          Les politiques ne sont plus que les valets des économistes.

           Disons plutôt majordomes, au vu de cette morgue et cette suffisance dont ils continuent à nous toiser.
          Parfois, ils prennent aussi la pose et les discours de l’ancien clergé, qui nous disait de baisser la tête, en nous assurant que les efforts et les prières finiront par payer.
          Et si la révolte venait de la justice.

          Un rayon de soleil s’est incrusté dans ce gris de chique qui fait la lecture des nouvelles, toujours aussi consternantes : La police Italienne a effectué ce jeudi des perquisitions au siège de standart and Poor’s ( que nous sommes), à Milan, dans le cadre d’une enquête pour manipulation de marché.
          La nouvelle m’a paru aussi étonnante que si l’on avait inculpé la reine d’Angleterre !

          Cette enquête il est vrai a été ouverte en 2010 contre sa rivale Moody’s ( rien à voir avec les Moody blues).
          Bien sûr, Standart and Poors s’est drapé dans sa dignité outragée.

          Le parquet de Trani a ouvert fin 2010 une enquête pour manipulation de marché à la suite d’une plainte déposée par des associations de consommateurs contre un rapport de Moody’s, concurrente de S&P, datant de mai 2010. Ce document avait eu un effet négatif sur les cours de Bourse des banques italiennes.

          Dans ce rapport, Moody’s mettait notamment en garde contre un risque de répercussion d’une éventuelle dégradation de la note de certains pays européens, comme l’Italie, sur leur système bancaire comme cela avait été le cas pour la Grèce.

          L’enquête avait ensuite été élargie à Standard & Poor’s après la publication de communiqués sur l’Italie durant le printemps et l’été 2011, le parquet estimant qu’ils contenaient des jugements infondés sur la péninsule ayant eu un effet négatif sur les marchés. (informations du monde)

          Il est vrai que les juges italiens ont une longueur d’avance sur les autres, et même un AAA gagné dans les larmes et le sang ( chers à Churchill) dans leur lutte contre la corruption et contre la mafia. 

          Ces nouveaux parrains ont des noms anglais, mais leur politique d’influence est peut-être bien copié sur celle de la péninsule, non ?

          La mafia, la camora, la cosa nostra, comment appelez cette nouvelle pieuvre

          . La causa notée ? 

          Terminé le petit trafic, l’alcool, les stupéfiants et le proxénétisme.

          Les parrains d’aujourd’hui sont effectivement à la City et à wall street.

          Leurs hommes de mains n’ont plus mauvais genre, des pompes et des costards voyants. Ils n’ont même plus besoin d’avoir une arme sur eux. Juste une ordinateur portable.

          Car les exécutions sont d’un autre genre.

          Et si elles font moins de bruit, elles font bien plus de victimes.


          • Maurice Maurice 20 janvier 2012 01:14

            Bonsoir Bakerstreet,


            Merci pour votre commentaire, qui est un article à lui tout seul ! Ces informations transalpines sont ô combien intéressantes. Une belle lueur d’espoir, un exemple à suivre. Le droit pénal des affaires doit prendre son envol, pour mettre hors d’état de nuire ses dynamiteur d’ordre public. Car comme vous le soulignez, il s’agit bien d’une poignée de bandits. L’argent leur a permis de s’acheter une légitimité, en verrouillant à la fois le politique et le médiatique, mais ils n’arrivent pas à stopper l’odeur pestilentielle émanant d’eux. Ce qui nous permet d’ailleurs de les suivre à la trace ! 
            Nous sommes dans l’époque des faux semblants. Les Capo ne sont pas ceux que l’on croit. Des balles aux CDS, les armes ont bien évolué. 
            Espérons que nos courageux juges italiens puissent mener à bien leur procédure...

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