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Actionnaires contre mercenaires

La rituelle période des assemblées générales d’actionnaires comporte, comme d’habitude, son lot de bonnes nouvelles pour les apporteurs de capitaux (croissance, bénéfices...). Il serait enfin temps pour eux de regarder la réalité au-delà des comptes présentés par les directions mandatées.

Un aperçu des pratiques de gouvernance de quelques dirigeants montre que les actionnaires, et les administrateurs, doivent s’employer à plus de rigueur et de curiosité face au tableau idyllique régulièrement dressé par les présidents mandatés.

 

Ainsi le patron de DaimlerChrysler, Dieter Zetsche, dévoile sa rémunération à ses actionnaires (Le Monde 13/04/06) en annonçant parallèlement que les bénéfices augmenteront. Il rompt avec une tradition de « secret bien gardé » à l’insu des actionnaires. Nous ne pouvons que saluer cette transparence, bien qu’évidente, et en avance sur une future loi prévue en 2007 élaborée en son temps par le gouvernement de Gerhard Schröder. Il n’est point besoin d’attendre une loi pour afficher sa rémunération face à des personnes auxquelles nous sommes tenus de rendre des comptes. De même, il n’est point besoin d’attendre une loi pour certifier sur l’honneur que la rémunération présentée est totale et sincère, et qu’elle ne masque pas des revenus dissimulés dans des paradis fiscaux (cf. Enron). Cette mention devrait figurer dans tous les rapports d’assemblée générale, car la transparence financière ne supporte pas de zone d’ombre.

 

Chez GDF, la rémunération du dirigeant fait débat (Libération du 04/04/06) : augmentation du salaire de 1,8 % assortie d’un bonus plafonné à 40 % de ce fixe. En dehors des critères techniques probablement discutables, il est normal que le dirigeant soit payé à sa juste valeur et selon ses compétences.

Le problème de fond réside dans les très discrètes conditions d’octroi réalisées par le ministre de l’Economie avec pour commentaire de ses services : « Ce type de décision relève bien du ministre, mais les conditions de rémunération d’un président ne sont pas censées être publiques ». Nous avons un bel exemple de transparence dans l’usage des fonds publics et à propos du devenir de la gouvernance d’une entreprise destinée à terme à la privatisation.

 

Chez EADS, les deux co-présidents auraient exercé des stock-options avant le désengagement partiel de deux actionnaires, Lagardère et DaimlerChrysler (Libération du 19/04/06). La réalisation de l’opération et la confortable plus-value générée sous-entendent que le président français Noël Forgeard était dans la confidence desdits actionnaires.

Cette confidence peut résulter d’indiscrétions émises volontairement par les actionnaires, ou alors d’informations obtenues par divers moyens à l’insu des protagonistes.

Dans les deux cas, les présidents français et allemand en auraient tiré un profit personnel consécutif à un « délit d’initiés ». Ces informations confidentielles n’ont bien sûr jamais été diffusées au sein du conseil d’administration.

 

Nous terminerons par un rappel de l’affaire Rhodia, dans laquelle il semblerait que la réalité des comptes ait été en partie faussée sur une certaine période afin de masquer une situation de faillite aux actionnaires. La procédure complexe en cours attestera ou non les faits. Dans tous les cas, il en ressort la persévérance de l’actionnaire Hugues de Lasteyrie, qui tente de connaître la vérité sur ses pertes abyssales. Sa constance et sa détermination pourraient servir d’exemple à d’autres actionnaires désireux d’aller au-delà des simples états financiers présentés par leur direction.

Les exemples cités ici révèlent le pouvoir de l’information détenu par les présidents de sociétés qui, lorsqu’ils agissent à des fins personnelles, peuvent se transformer en mercenaires avides de rémunération.

Plutôt que d’évoquer le traditionnel conflit d’intérêts entre dirigeant et actionnaire, essayons de parler de convergence d’intérêts, avec pour passerelles la bonne gouvernance et la transparence financière.


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1 réactions à cet article    


  • zoï (---.---.58.60) 24 avril 2006 13:49

    « Les présidents de ces sociétés, lorsqu’ils agissent pour des fins personnelles, peuvent se transformer en mercenaires avides de rémunération. » Dans cet univers du fric tout puissant, j’ai beaucoup de mal à imaginer des fins altruistes...

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