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Accueil du site > Actualités > Economie > Agences de notation : comment en est-on arrivé là ?

Agences de notation : comment en est-on arrivé là ?

Comment se fait-il que certains initiés aient été avertis dès vendredi en début d’après-midi et à travers Twitter que l’agence Standard & Poor’s abaisserait la notation des Etats-Unis ? Et comment interpréter la chute violente des bourses tout au long de la semaine dernière autrement que par le biais de messages électroniques reçus en début de semaine par certains grands fonds spéculatifs ayant bien profité de cette opportunité de vendre agressivement à découvert parce que avertis à l’avance de cette décision ? De fait, les rumeurs vont bon train sur internet quant à la décision de S&P de dépouiller les Etats-Unis de leur AAA. Tout comme la dérision et l’ironie vis-à-vis d’un institut qui avait complètement loupé la bulle immobilière en 2007…

Quelle différence pourtant avec ces mêmes maisons tout à la fois compétentes et circonspectes du début des années 1990, précisément parce qu’elles se cantonnaient au business très spécifique de la notation des obligations émises par les entreprises. Cet univers feutré des agences de notation – qui, à l’époque, analysaient et pesaient scrupuleusement toutes les données avant de dégrader – ne tranche-t-il pas avec leur activisme insupportable d’aujourd’hui et ce alors même (et d’autant plus) que leurs critères pour juger de la notation des dettes souveraines sont pour le moins vagues et sans substance ? Comment s’en étonner du reste puisque leur mission originelle ne fut pas de noter la solvabilité des nations et comment diantre le pourraient-elles avec seulement 100 analystes (chez S&P par exemple) responsables d’étudier et de décortiquer les comptes de 136 pays… ?

Belle réussite à la vérité pour des agences passées complètement à côté du montage abracadabrantesque des subprimes qui ne se privent pas aujourd’hui de faire étalage de leur pouvoir en décernant mauvais points et doctes avertissements non seulement à de pauvres petites nations comme la Grèce mais à des géants comme les Etats-Unis d’Amérique. Pourtant, il semblerait bien qu’elles cherchent aujourd’hui à masquer leur incompétence et leur inexpérience à noter les dettes souveraines derrière des jugements politiques ne faisant vraiment pas partie de leurs mandat ou attributions. Relisons à cet effet le communiqué de presse de S&P rendu public Samedi dernier et imputant cette perte du AAA à des « institutions politiques » américaines ayant « faibli » dans leur détermination à lutter contre les problèmes budgétaires. Autrement, le vénérable institut S&P ne craindrait pas tant la capacité du pays à rembourser ses dettes, il ne mettrait pas tant en cause la solvabilité des Etats-Unis que leur « volonté » de s’atteler à remédier aux déficits… !

Ce faisant, S&P couvre ses arrières car sa crédibilité serait totalement perdue si, ayant maintenu intacte la notation AAA, les ennuis américains devaient s’accentuer tandis que cette dégradation aurait fait l’effet d’un « choc salutaire » si les finances du pays venaient à se redresser… Ainsi, les agences de notation jouent-elles comme « sur du velours » – gagnantes à tous les coups- et sans devoir endosser une quelconque responsabilité par rapport au couperet de la baisse de notation d’une dette souveraine. Sans négliger bien-sûr leurs diagnostics à forte coloration politique dont s’emparent les adversaires de l’administration Démocrate en place puisque le probable candidat à l’investiture Républicaine Mitt Romney saisit la balle au bond et assimile la perte du AAA de son pays à la « dégradation de la Présidence Obama »…

Comment en est-on arrivé là ? Ces tous puissants instituts qui s’invitent – voire qui infléchissent – les débats politiques, ces agences dont les avis font autorité auprès des Etats et des gouvernements et non les moindres, ne sont en réalité que le symptôme d’un mal bien plus profond : le remplacement de l’état-nation par l’hégémonie du marché ! Partant en effet du principe que seuls la création de richesses et les profits sont dignes d’intérêt, la philosophie de l’homme prévalant en ce début de XXI ème siècle sacralise tout ce qui est susceptible – comme les agences de notation- d’appréhender les marchés tout en bridant le pouvoir étatique. Les gouvernements se doivent donc d’être réduits à leur portion congrue, sauf bien-sûr lorsqu’ils sont appelés à la rescousse pour sauver les établissements financiers…

Pourtant, après quatre ans de crise financière et de marasme économique intenses, il devient vital de changer de paradigme. Le retour à la référence « Etat » redevient de salut public.


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9 réactions à cet article    


  • Yobs 9 août 2011 11:05

    Beaucoup de bruit sur les agences de notations en ce moment...
    Les politiques peuvent se maudire aujourd’hui de n’avoir rien fait en 2008 pour la transparence financière alors qu’ils pouvaient tirer légitimité de l’attente populaire pour le faire.
    Au lieu de ça la lutte contre les paradis fiscaux est partie complètement en c... sucette, et les dark pools se multiplient (http://fr.wikipedia.org/wiki/Dark_pool).
    Toute mission de contrôle (que l’agence soit publique ou privée) ne peut s’appuyer que sur la transparence. Comment le fait on si des pans complets de la finance sont cachés ?
    Un politicien qui se plaint aujourd’hui du comportement des agences de notations est au mieux un hypocrite...


    • PhilVite PhilVite 9 août 2011 11:51

      Les agences de notation sont peut-être bien nulles et incompétentes, mais je remarque que cela ne gênait pas grand monde avant qu’elles ne « s’attaquent » au cas US.
      Je trouve que les décrédibiliser aujourd’hui, cela a un petit côté « Cassez ce thermomètre qui n’indique pas la température que je souhaite voir affichée ».
      Un peu gênant, quand-même.


      • Piotrek Piotrek 9 août 2011 13:02

        C’est juste, mais je tiens à souligner que « nul » et « incompétant » sont les défenses de choix pour ceux qui disposent d’un pouvoir et se retrouvent dos au mur, et cela pour une raisons simple : ce n’est pas puni par la loi, contairement à la corruption et au traffic d’influence.


      • Scual 9 août 2011 13:23

        De toute façon à partir du moment où l’on n’a pas laissé couler les banques ni nationalisé au moment de leur faillite (si,si) cela signifie qu’elle ne prennent pas de risque quand elles prêtent, que ce soit aux États où aux particuliers.

        Dans ce cas comment justifier la différence de taux entre leurs prets à elles, très élevés peu importe à qui elles prêtent et pourtant sans le moindre risque comme on l’a vu puis qu’au final c’est les banques centrales qui paient, et les taux presque nuls des banques centrales qui elles par contre prennent tout les risques ?

        Ce qu’il se passe c’est que les banques centrales émettent à taux quasiment zéro pour relancer l’économie, mais avant que le pognon n’arrive dans l’économie, la mafia des banque rackette une partie énorme de cet argent. Comme ça sans raison. Parceque des politiciens véreux et probablement corrompus ont décidé qu’on doit arroser le parrain si on veut de l’argent que pourtant nous émettons nous-mêmes et dont nous supportons 100% des risques.

        Les indignés ne croyaient pas si bien dire avec leur slogan, « ce n’est pas une crise, c’est une escroquerie. »


        • easy easy 9 août 2011 13:54

          Bonjour Michel,

          Je veux bien entendre vos fondamentaux comme on dit en bourse et dont vous nous parlez régulièrement (ils sont mauvais) . Je veux bien entendre également les reproches plus particuliers que vous faites ici ou là à certains (ils sont fondés).

          Mais parlons bourse.
          Je m’y suis initié il y a 12 ans et j’ai été frappé par la dynamique-mécanique boursière qui a des lois aussi ineffables que visibles.




          Sans les graphiques donc sans le relevé des historiques, nous serions perdus. Mais il suffit d’enregistrer les cours, d’en conserver les niveaux donc d’en réaliser les graphiques pour voir des choses épatantes
          Il est certain que les fondamentaux jouent sur les cours mais à quoi bon se fatiguer à les lire alors que tout est hyper clair sur les graphiques.

          Prenons le CAC

          Lorsqu’il avait cassé en 2000 2001, il y avait des signaux visibles directement à l’oeil sur son graphique des cours. Mais comme on peut se demander si l’oeil est fiable, on peut toujours mater les indicateurs techniques.
          Et il faut toujours les regarder selon plusieurs échelles de temps. D’abord monthly pour voir ce qu’il en est à grande échelle de temps, disons sur 20 ans. Puis en Weelkly. Puis en Daily.

          Prenez par exemple le MACD réglé sur 14
          Mettons que l’on soit Long sur le CAC en 1999. On doit constamment vérifier où en est l’ambiance en M, en W puis en D.
          Et en 1999, jusqu’en septembre, le MACD M montre une possibilité de retour au sud. Il est faiblard mais reste positif. On a donc de bonnes raisons de serrer les fesses et de rester Long (Bull)
          En sept 1999, le MACD M reprend de la vigueur (et le momentum Monthly ne fait que confirmer l’ambiance acheteuse. 
          Soudain en avril 2000, le MACD casse en s’incurvant vers le sud pendant que le momentum casse lui aussi. Le signal est clair. Quels que soient les fondamentaux et ce que racontent les uns ou les autres, le CAC est au max et il va s’effondrer.
          Et l’effondrement qu’indique le MACD se confirme quelles que soient les agitations des uns et des autres. Quels que soient les cris d’orfraie ici et les « ne paniquez pas » ailleurs.
          Et le MACD file plein sud pendant trois ans jusqu’à ce qu’en mars 2003, il change de direction pour pointer au nord. Alors c’est clair, on peut se replacer bull. 
           

          Le CAC remonte donc. Et on reste investi quels que soient les discours des uns ou des autres. 
          Soudain, début 2006, le MACD (toujours en monthly) signale une cassure. Là encore, on serre les fesses pour voir s’il reste tout de même positif et il le reste effectivement jusqu’à juin 2007 où il passe short. On passe à la VAD et on y reste jusqu’à l’inversion des signes, en début 2008. 

          On remarque alors que le sommet du CAC de 2007 est moins haut que celui de 2000. 

          Quels que soient les discours des Greenspan ou Bernanke, on voit clairement que si les cours remontent, c’est en façon d’agonie. 

          Normalement,, chacun aurait dû dire, fin 2007, au vue de ce petit sommet, que l’épisode de la bulle de 2000 était vraiment mort et que la remontée de 2003-2007 n’était que rebond d’agonie. Mais personne n’a dit ça. 

          Alors, quand il est remonté en début 2009, ainsi que ’indiquait le MACD, personne n’a dit que ce sera peut-être le dernier des soubressauts de la bestiole.

          Toujours en considérant que le CAC risquait de monter encore moins haut que les deux fois précédentesn, selon le MACD, il restait possible de se replacer à nouveau Long en étant, comme toujours, vigilant.

          En Mars 2010, une fois encore, le MACD avertit qu’on est au max de la tendance haussière. mais il reste positif alors on garde les positions.
          Soudain, fin février, parce qu’on surveille aussi le MACD W, on remarque qu’il croise à la baisse. Alors on inverse sa position et de bull on passe bear.

          Oui en février 2011 cher Michel.

          Regardez bien le MACD weekly, Michel, et vous constaterez que 2 semaines avant le tsunami + Fukushima, après avoir échoué pour la troisième fois contre la résistance des 4170, le CAC pliait et le MACD W cassait à la baisse.
          Et tout ce qu’on aura pleuré puis tremblé à la découverte de la catastrophe de Fuku, n’a eu aucun impact significatif sur le CAC. Il avait capitulé avant et il avait son agonie (son épuisement des bull) à accomplir.

          Cet épuisement a nécessité 6 mois et voilà que maintenant le CAC plonge fort et pour la troisième fois de son histoire récente.
          Les AAA ou AA+ n’y sont pour rien.

          Et tout ce qu’on pourra chanter en, matière de « Ne paniquez pas, restez Bull » n’y changera rien, le CAC vient d’avoir son MACD M croisant à la baisse et cette baisse ne va pas cesser tant qu’il ne recroisera pas à la hausse. Selon son rythme habituel, il ne repassera acheteur que dans bien des mois. Et en attendant, il faut Vader.


          Voilà. Tout est visible dans les graphiques et les évènements ponctuels ne font que s’ajouter en décoration parlante sur un fond ineffable.

          Qu’est-ce qui fait ce fond d’ambiance qui pousse les gens à acheter , puis à vendre, puis à racheter mais pas autant, puis à revendre, puis à racheter encore mais très peu, etc. ?

          Je l’ignore. Et je n’ai même pas envire de dire que c’est corellé au fait qu’on se sentirait tous de plus en plus méfiants quant à l’avenir. Non, je ne crois même pas en cette thèse.

          Je pense que même dans une ambiance toujours très optimiste, très Jules Verniste, le CAC aurait vécu à peu près la même histoire.



          • BA 9 août 2011 14:39
            Dépêche Reuters :

            Les rendements des emprunts italiens et espagnols sont en repli mardi en matinée, les investisseurs s’attendant à de nouveaux rachats de la part de la Banque centrale européenne (BCE), tandis que la France et la Belgique pourraient à leur tour être sous pression.

            « Nous n’avons pas encore vu de rachats de la BCE, mais on s’attend à ce qu’elle s’implique à nouveau, et dans des volumes importants », explique un trader.

            La BCE a élargi lundi son programme de rachat à l’Italie et l’Espagne, troisième et quatrième économies de la zone euro, intervenant de façon importante sur les marchés obligataires.

            Mardi, le rendement du papier italien à 10 ans reculait de 19,7 points de base (pdb) en matinée, à 5,134%, tandis que son homologue espagnol se détendait de 16,3 pdb à 5,05%.

            Le marché obligataire pourrait tester la détermination de la zone euro à affronter la crise de la dette en mettant sous pression d’autres pays en délicatesse avec leurs finances.

            « En fin de compte, l’Italie et l’Espagne sont sorties du jeu, donc nous allons regarder ensuite du côté de la Belgique et de la France - des pays qui sont sans protection », prévient un autre trader.

            Le rendement des obligations françaises à 10 ans grimpait de 7,5 pdb sur la séance à 3,22 %, soit la plus mauvaise performance parmi les pays de la zone euro.

            (Dépêche Reuters)

            Alerte !

            La France et la Belgique sont attaquées !

            Alerte !


            • lesdiguières lesdiguières 9 août 2011 15:15

              Et pour ne pas perdre complètement le moral :

              Haro sur les bourses ;

              http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre36868.html

              Merci


              • pingveno 9 août 2011 15:20

                Les uns nous disent « vous voyez bien que ces agences sont nulles ».
                Les autres : « vous n’êtes pas économiste alors prenez des cours avant de dire des conneries ».

                Bon, n’étant pas économiste je vais poser une question naïve.
                Les agences de notation sont bien des organismes privés, nous sommes d’accord ?
                D’où vient donc leur légitimité ? Sinon de ceux qui leur font confiance aveuglément ? Autrement dit, puisqu’elles sont privées, leurs clients ?
                Alors renseignons-nous un peu : qui sont les clients de ces agences ?
                Celui qui n’est pas renseigné pensera instinctivement : les banques, pour savoir si elles peuvent prêter à un certain créancier en étant à peu près sûres d’être remboursées.
                Sauf qu’en réalité depuis un certain temps c’est l’inverse : c’est le créancier qui paie pour obtenir une note.
                Corolaire : qui a demandé à ce que l’Etat américain obtienne ce AA+ ? Mais l’Etat américain, pardi !

                Et pourquoi s’est-il donc tiré une balle dans le pied ?
                Rappelons un peu la situation politique aux USA : d’un côté un président tellement démocrate qu’il a été qualifié de « communiste » par ses détracteurs pour avoir osé proposer l’idée d’une Sécurité Sociale ; de l’autre, un congrès élu à mi-mandat présidentiel donc comme toujours, dans le camp opposé.
                Et quoi de mieux pour les magnats de la finance, plutôt de tendance républicaine, qu’un gros coup dur pour affaiblir le président démocrate à un an des présidentielles ?


                • kiouty 9 août 2011 15:38

                  Le retour à la référence « Etat » redevient de salut public.

                  Le problème, c’est que les gens élus à la tête de l’état français (et ceux qui le seront en 2012) sont pour la destruction de cet état (mais pas trop vite quand même, faut pouvoir renouveler les mandats), qu’ils soient de droite (normal) ou de « gauche » (moins normal).

                  Belle réussite à la vérité pour des agences passées complètement à côté du montage abracadabrantesque des subprimes qui ne se privent pas aujourd’hui de faire étalage de leur pouvoir en décernant mauvais points et doctes avertissements

                  Le problème, ce n’était pas en soi les subprimes, mais les assurances anti-défaut adossées à ces crédits et qui ont fait tomber Lehman-Brothers, ce qui a entrainé la crise systémique. Ces fameuses assurance, j’ai nommé les CDS.

                  Ce n’est pas le boulot des agences de notation de gérer les CDS, ce serait plutot l’AMF ou son équivalent US.

                  Sinon, autant les agences ont pu fermer les yeux sur des choses, autant quand elles dégradent, elles ne le font pas sans raison, je pense.

                  Je ne défends pas les agences attention, je les hais, ce sont des ennemis de nos démocraties.

                  Mais soyons clairs et reprochons leur ce qu’il y a lieu de leur reprocher : leur hégémonie et leur prépondérance par rapport aux états. Mais il faut aussi noter que ce sont les états qui se sont laissés entrainer la-dedans.

                  Les agences, comme les traders et les banquiers font leur boulot dans le cadre que les politiques leur donne. Si les traders, les agences ou les banquiers font des choses nuisibles mais qui restent légales, c’est avant tout la faute aux crétins de politiques qui les ont autorisés à faire ces choses nuisibles.
                  Les financiers ne font que leur boulot de financier, ils ne font que prendre des décisions après un froid calcul de profitabilité pour eux-mêmes par rapport à la situation. Idem pour les marchés d’ailleurs.

                  Alors ne nous trompons pas de cible.

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