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Accueil du site > Actualités > Economie > Airbus : écoute sélective, imbroglio, cacophonie et mélange des (...)

Airbus : écoute sélective, imbroglio, cacophonie et mélange des genres

Les quatre mots en rubrique sont ceux qui me viennent à l’esprit pour qualifier la situation dans laquelle se trouvent aujourd’hui Airbus et EADS.

Ecoute sélective, c’est pour moi l’attitude qui caractérise Airbus ces dernières années dans ses discussions avec ses grands clients pour définir leurs attentes et en déduire un plan produit pour les années à venir. J’avais déjà eu l’occasion dans un message du 2 mai 2006 de vous exprimer ma perplexité face à un avion dont je pensais qu’il était en décalage avec le marché, l’A340, un quadriréacteur long courrier défini à un époque où la tendance était déjà aux biréacteurs pour cause de moindre consommation en carburant.

De la même manière, dans la définition des priorités de développement d’Airbus, on peut se demander si cette priorité devait être donné à l’Airbus A380, comme cela a été fait, ou au renouvellement de la gamme actuelle des A 330, le programme A350/370. Quand je constate la médiatisation faite du programme A380 , je ne peux m’empêcher de rapprocher la problématique de son développement de celle de son prédécesseur malheureux, le Concorde, un avion de prestige, un avion qui plaisait aux politiques, un avion pour lequel les ingénieurs se sont fait plaisir, mais pas nécessairement celui que les clients auraient souhaité dans un premier temps. Sa longue période de gestation avant la décision de lancement en est une preuve. Le plan produit de son concurrent Boeing, à partir de sa propre compréhension des attentes de la même clientèle et surtout du succès de la gamme proposée, 777 et 787 Dreamliner, en est une autre preuve.

Il est toujours possible, quand on a en tête le produit que l’on souhaiterait développer et qu’on le présente au client potentiel, de ne retenir dans ses commentaires que ce qui va dans votre sens, et d’occulter involontairement ce qui ne correspond pas à vos propres attentes. C’est ce que l’on appelle l’écoute sélective, dont je crains qu’elle ne soit intervenue dans la saga des Airbus 380 et 350, ancienne et nouvelle définitions.

Imbroglio,c’est l’impression que donne l’organisation industrielle d’Airbus et d’EADS, avec deux usines de montage dans deux pays éloignés et des pièces qui viennent d’un peu partout en Europe. Un A380 qui est fabriqué pour partie à Hambourg et pour partie à Toulouse, dont certaines pièces viennent par un avion spécial, le Super Guppy, développé spécialement pour ces transports,d’autres par bateau puis transfert route via une voie créée tout spécialement de Bordeaux à Toulouse, et les autres pièces d’un peu partout en Europe. Etonnez-vous dans ces circonstances que nous ayons des problèmes de dérive des coûts !

Imbroglio également dans le processus décisionnel, alors que nous avons deux sociétés, Airbus et EADS, dont l’une appartient à l’autre, et pour chacune d’elle, une coprésidence franco-allemande. Avec des actionnaires majeurs qui, des deux côtés, ne semblent pas avoir vocation à rester éternellement, le groupe Lagardère et Daimler Benz, et des actionnaires étatiques qui, eux aussi, semblent plutôt jouer les spectateurs que les acteurs.

Cacophonie, c’est ce qui caractérise la communication des responsables passés et actuels. Ceux qui sont partis ne semblaient pas être en mesure de comprendre ce qui se passait, ce qui n’allait pas et où nous en étions exactement. Le nouveau PDG, qui a eu le grand mérite d’identifier en trois mois les travers du système, de quantifier retards et surcoûts, et de faire des propositions de nouvelle organisation et de restructurations douloureuses, maintenant menace de démissionner face à la constatation du manque de coudées franches. Le coprésident allemand d’EADS qui s’oppose publiquement à ces restructurations, s’exprime sur le maintien d’une fabrication duale de l’A380 entre Hambourg et Toulouse et sur un abandon possible de l’A350 ! Et le coprésident français ne dit rien pour l’instant.

Mélange des genres, c’est ce qui caractérise les opérations industrielles menées par les Etats et les hommes politiques qui les gouvernent, tant il est vrai que les objectifs d’ordre industriels (efficacité organisationnelle, maîtrise des coûts, compéttivité) sont très éloignés de ceux des hommes politiques, qui tiennent beaucoup plus de la vitrine sociale, de l’aménagement du territoire et de l’exploitation personnelle éventuelle des résultats.

Malgré tout cela, il faut sauver le soldat Airbus, et vite. Souhaitons que tous ce gens intelligents mais aux objectifs opposés puissent réussir à oeuvrer pour l’intérêt général... et surtout, une bonne fois pour toutes.


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12 réactions à cet article    


  • Panama (---.---.198.59) 10 octobre 2006 14:12

    Bon résumons tout ça.

    1. Airbus est une entreprise bicéphale (quasi) franco-allemande

    2. les allemands ont la peur (justifiée) que le plan de redressement passe par des coupes sombres... chez eux et pas chez nous.

    En attendant, Airbus est leader mondial, ou prou, sort les avions les plus économiques, les plus sûrs, les plus performants du marché.

    Arrêtons donc de casser du sucre sur une des plus belles réussites de l’Europe.


    • le platane (---.---.80.129) 10 octobre 2006 14:29

      Juste un mot pour signaler que l’avion cargo « Super-Guppy », également surnommé « la Baleine » à Toulouse, est désormais une pièce de musée. Cet avion, un vieux Boeing modifié et spécialisé dans le transport des tronçons d’Airbus, a été remplacé par le « Beluga », un A310 lui aussi modifié, qu’on peut apercevoir ici : http://rubriquesetbroc.over-blog.net/article-4112549.html

      Mais ce nouvel avion cargo est encore trop petit pour les pièces géantes de l’A380


      • changez de disque... (---.---.46.51) 10 octobre 2006 16:20

        Raz le bol d’entendre parler des mésaventures d’Airbus à la télé, à la radio, sur internet..partout !

        A croire qu’il y a comme un lynchage médiatique devenu complétement incontrable. Soyez un peu responsables de vos paroles et de vos articles, si cette entreprise paye les conséquences d’un mauvais management, elle ne devrait pas payer pour les articles incessants dont elle fait l’objet depuis 2 semaines !!!! Que doivent penser les clients étrangers en voyant cet acharnement !!! Ils s’en frottent les mains grâce à vous. Boeing également...Ah mais j’oubliais le lobbying doit être si fort que même vous, français, vous vous laissez manipuler par les « on dit » et vous descendez nos propres intêrets. Réfléchissez à ce que vous faites, tout le monde en sortira gagnant.

        Laissez les bosser et parler plutôt de la corée du Nord qui va vous pilloner d’ici peu de temps. Il y a des sujets d’actualité tellement plus intéressants...


        • (---.---.45.236) 10 octobre 2006 22:17

          Un commentaire qui justifie le nom de l’auteur de l’article !


        • timafei (---.---.220.181) 10 octobre 2006 19:59

          Malheureusement, je suis en grande partie d’accord avec l’analyse de Ca dérange. En gros, EADS/Airbus a fait une éorme erreur marketing en se concentrant sur les très gros porteurs alors que le marché est clairement orienté vers le « point to point » donc les avions de capacité moyenne. A cela s’ajoute un management désastreux typique des pires heures des entreprises nationalisées à la française (dont Louis Gallois est le meilleur exemple) compliquées par une direction bi-nationale passant une partie de son temps à s’entretuer. Le départ de Philippe Streif aurait du servir de signal d’alarme aux décideurs franco-allemands (il a déclaré qu’Airbus mettrait 15 à se remttre de ses erreurs, moi je dirais facilement 10 ans). Au lieu de cela on a l’impression que c’est « business as usual » et on ne trouve rien de mieux que de nommer un sexagénaire à la tête de l’entreprise, fortement marqué par son passé de grand commis de l’Etat. Resultat des courses : l’incompétence managériale et commerciale de l’entreprise va ruiner l’avance technologique incontestable du programme Airbus. Cela nous rappelle étrangement un autre oiseau nommé Condorde. Il serait temps que le top management de ce genre d’entreprise cesse de subir l’influence délétaire de gens aussi incompétents en la matière que Jacques Chirac et l’appareil politique franco-allemand en général.


          • Panama (---.---.198.59) 11 octobre 2006 12:52

            Et voilà ! C’est la faute à Chirac, à De Gaulle, à l’Europe bureaucratique, aux PDG, etc, etc.

            Traiter Louis Gallois d’incompétent ne vous honore pas : grand commis, certes, mais il a montré ses capacités en redressant spectaculairement ce gros dinosaure qu’est la SNCF.

            Arrêtez de paraphraser la mauvaise presse que vous lisez et réfléchissez un peu.

            Je suis en particulier fort curieux de connaître vos compétences en marketing concernant le secteur de l’aéronautique, cher donneur de leçons.


          • olivier (---.---.229.136) 11 octobre 2006 13:32

            Moi je retiens une chose dans cette histoire. Monsieur Forgeard s’est remplit les poches (et celle des ses enfants aussi) avant de quitter l’entreprise qu’il a fortement contribué a faire vaciller.

            En gros il a eu le beurre (son salaire de PDG), l’argent du beurre (les stocks options qui allait avec son nouveau poste) et le cul de la cremiere (la vente des stocks options pour lui et ses enfants et surement meme une retraite dorée payée par Airbus)

            Tient c’est bizarre il a tout vendu juste avant que l’action se casse la gueule !

            Alors faut savoir son salaire mirifique c’est parce qu’il a des responsabilités ou pas ? Il faudrait assumer dans ce cas.

            Je suis pas connu pour etre d’extreme gauche mais un jour il va falloir que ce messieur nous rende des comptes ... mais en attendant il doit boire des cocktails les pieds en eventails dans un hamac.


            • p4 (---.---.233.226) 11 octobre 2006 17:09

              salut ,

              la theorie du « point a point » n’est valable que pour les passagers.

              l’A380 ne vise pas que ce segment de transport , il y a la version fret promis a un bel avenir.

              le 747 c’est 1375 commandes en trente ans !!!!!

              avec les problèmes c’est dommage qu’on oubli les raisons qui nous on motivés a attaquer ce segment de marché , en gros ne laissons pas de niche lucrative a boeing.

              quand aux pénalités de retard on les refacturera plus tard. sachant que boeing risque lui aussi d’avoir des problèmes sur son 787.

              vivement les premières livraisons de l’A380 pour sabrer le champagne.

              a+


              • Dominique (---.---.30.27) 11 octobre 2006 17:29

                Bon alors voilà, quelque chose me turlupine dans l’affaire A 380. Imaginez que...

                ...Forgeard vend ses actions non à cause d’un retard du programme et de ses conséquences boursières, mais parce que l’origine même du retard est liée à un défaut de conception de l’oiseau (avec des conséquences boursières bien plus terribles),

                ... la nouvelle équipe charge la précédente (avec son accord) pour en remettre une couche sur les erreurs de gestion/organisation, tout en sachant que le problème est ailleurs (cf point précédent)

                ... Streiff fait en sorte de se faire débarquer en tenant des propos qu’il sait impardonnables parce qu’il est dorénavant sûr que la certification n’est pas pour demain, non pour « des problèmes de fil électrique » (indice, déjà...) mais en raison de difficultés techniques beaucoup plus délicates à résoudre.

                Désolée, ça fait très complot et ce n’est pas mon truc, mais les problèmes de planning ou de gestion me semblent bizarres pour expliquer l’accroissement du retard pris sur le programme. Je ne veux pas insinuer non plus que cet avion souffre d’un défaut de conception rédhibitoire.

                Qu’en pensent les spécialistes ?

                P.S. Quelle que soit votre opinion, merci de ne pas appeler les brancardiers à la rescousse, je me soigne


                • (---.---.198.59) 12 octobre 2006 15:01

                  Forgeard vend ses actions..." : non, ce n’est pas un défaut de conception, mais des problèmes industriels entre la France et l’Allemagne. Forgeard a fait un délit d’initié, c’est évident. Mais quand on est l’ami personnel de notre président... l’AMF tousse et plie la tête.

                  « La nouvelle équipe » : c’est de bone guerre, tout le monde fait la même chose

                  « Streiff... » : non, il a demandé les coudées franches, il sait maintenant qu’il ne les aura pas et on lui propose le poste de PDG de PSA : que feriez-vous à sa place ?


                • (---.---.184.109) 12 octobre 2006 20:18

                  merci de votre réponse, je vais quand même reposer la question à la suite du nouvel article consacré à EADS ce jour.

                  Quant à charger l’équipe précédente, oui c’est de bonne guerre, mais ce n’est pas ce que je disais « charger l’équipe précédente avec l’accord de celle-ci »

                  Et Streiff a suffisamment d’expérience et d’intelligence (évidemment !) pour savoir qu’il ne peut obtenir les coudées franches en les demandant à la hussarde comme il l’a fait.

                  Et ce que j’aurais fait à sa place ? Prendre PSA bien sûr, surtout si le problème airbus est plus grave que prévu....


                • alnoor (---.---.12.74) 11 octobre 2006 21:31

                  La première réponse à faire à cet article est la suivante : Est-ce parce que Boeing a fait le choix du 787 Dreamliner qu’Airbus se devait de donner la priorité à l’Airbus A350 ? Il est clair que la conception d’Airbus et de Boeing diffère et le court terme semble donner raison à Boeing. Mais je ne partage pas votre analyse du marché. Boeing a fait le choix du point à point, contrairement à Airbus qui a fait le choix du Hub. Le point à point est effectivement la solution la meilleure pour les passagers. Mais n’oublions pas qu’il faut aussi faire avec la circulation aérienne et la contrainte, à ce niveau est forte. La densité des vols fait que les « slots » sont de plus en plus rares. Comment absorber le flux sans cesse croissant de passagers sans augmentation de la capacité ? D’autre part, Airbus se devait de se doter de l’Airbus A380 car le Boeing 747 est un des leviers de pressions de Boeing sur les clients car à ce jour, il est le seul à posséder un très gros porteur. Alors, effectivement, la structure managériale n’est pas adaptée, la supply chain n’est pas optimisée, mais n’oublions pas que la force d’Airbus, c’est sa diversité. Alors oui, il y a aujourd’hui cacophonie. Mais c’est une étape nécessaire pour être encore plus fort demain.

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