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Accueil du site > Actualités > Economie > Annus Horribilis

Annus Horribilis

Les superlatifs manquent pour évoquer l’année 2008. Afin d’en prendre la mesure, souvenons-nous simplement que la mise en liquidation de Lehman Brothers, que la plus importante faillite bancaire de l’Histoire (Washington Mutual) et que la prise de contrôle avant banqueroute de Merril Lynch par Bank of America ont été des évènements majeurs qui ne se sont pas succédés en une décennie mais qui se sont précipités en …un week-end !

2009 sera sans aucun doute une année de dépression, les deux seules inconnues étant : Quelle en sera l’ampleur et combien durera-t-elle ? Une fois de plus, l’Histoire économique peut nous éclairer et principalement celle de l’économie Américaine, toujours la plus première au monde et du reste l’épicentre de la crise actuelle. La durée moyenne de vie des ralentissements économiques ayant affecté les Etats-Unis entre 1945 et 2001 a été de 10 mois. Une économie en crise ayant un impact négatif sur les profits des banques du fait de créances non remboursées, ces établissements doivent donc impérieusement faire appel à des augmentations de capitaux afin d’éponger leurs pertes. L’année 2008 est singulière en cela que le secteur bancaire aura explosé en vol avant le ralentissement économique !

L’état des lieux de l’année 2008 permet également de prédire pour 2009 et les années à venir une longue récession et paradoxalement du fait même de l’ampleur des relances Keynésiennes de nos Gouvernements. En effet, la stimulation économique selon les théories de Keynes ne pouvant fonctionner que si les Etats dépensent plus d’argent que leurs recettes fiscales, il semblerait bien que ces plans de relance annoncés avec force effet de manche soient voués à l’échec car les comptes d’une écrasante majorité de ces Etats accusaient déjà des déficits - parfois gigantesques - avant la récession ! La récession en 2009 sera donc forcément plus intense que celle du début des années 90. Le Gouvernement Thatcher avait ainsi réussi à rembourser la quasi-totalité de la dette Britannique avant la crise de 1990-1992 alors que le Gouvernement Brown d’aujourd’hui ne dispose plus d’aucune munition alors que la bataille n’est même pas sérieusement lancée...

La dépression sera sans appel et spectaculaire. Elargissons le spectre de l’étude, la période 1945-2001 étant quelque peu faussée par le fait qu’elle a été immédiatement précédée et provoquée par une crise bancaire aigue. La durée moyenne de vie des ralentissements économiques ayant affecté les Etats-Unis entre 1854 et 2001 a été de 17 mois, la Grande Dépression ayant duré 43 mois et la "mère" des crises s’étant maintenue 65 mois de 1873 à 1879...Préparons-nous à une guerre d’usure.

Le prochain round concernera directement la solvabilité des Etats et le niveau de leurs monnaies respectives. En effet, ces lourds déficits publics sont aggravés dangereusement par les injections de liquidités massives en direction du système bancaire, certains Etats - comme l’Irlande - allant même jusqu’à garantir les passifs de ses établissements financiers. Les pays qui risquent le plus sont à l’évidence ceux-là même qui ont garanti des passifs bancaires démesurés en rapport avec la taille de leur économie : Doit-on encore rappeler le cauchemar de l’Islande dont les dettes des banques étaient nettement plus importantes que les encours nationaux ? L’Islande : cas extrême et isolé ? Pas si sûr si l’on se souvient que l’Irlande doit pratiquement toute sa croissance économique à l’essor de son secteur financier.

La Devise Irlandaise - l’Euro - n’est certes pas menacée de dévaluation car un pays bénéficiant de comptes sains et plus ou moins équilibrés comme l’Allemagne compense très largement la faiblesse Irlandaise. Néanmoins, l’Euro ne sauvera pas l’Irlande d’une cessation de paiement et le marché ne s’y est pas trompé qui anticipe déjà un défaut de l’Etat Irlandais...La Grande Bretagne se retrouve également en très mauvaise posture : Hormis qu’elle n’est pas protégée par l’Euro, il devient de plus en plus difficile de nos jours de s’assurer contre un défaut de paiement de la Trésorerie de Sa Majesté. La Livre Sterling peut du reste en témoigner...

2009 sera également inédit en cela que nul ne peut encore aujourd’hui répondre définitivement à cette question : la crise sera-t-elle couronnée par la déflation ou par l’inflation ? Il va de soi que les premiers effets de la crise du crédit conjuguée à la baisse de la valorisation des actifs sont et seront déflationnistes. Pourtant, les conséquences pernicieuses des injections massives de liquidités tous azimut ( secteur bancaire, automobile...) ayant pour préalable un fonctionnement ininterrompu de la planche à billets pourraient s’avérer, dans un deuxième temps, inflationnistes.

Il me semble toutefois que l’hypothèse de la déflation est nettement plus crédible pour deux raisons : La première est que, contrairement aux discours enflammés de nos Gouvernants, nos Etats n’ont plus vraiment les moyens de mener une politique de stimulus efficace, la seconde étant que l’inflation se révèle assez facile à combattre en relevant les taux d’intérêts alors que ces mêmes taux ne peuvent passer en-dessous de 0 dès lors qu’il s’agit de lutter contre la déflation. L’exemple du Japon ayant vainement lutté contre une longue récession et contre une déflation corrosive après l’implosion de sa bulle boursière à la fin des années 80 est à ce point de vue significatif et terrifiant : le fait est que nos Etats et Banques Centrales sont impuissants face à la déflation...

Du reste, les artifices et autres manipulations de politique monétaire ayant à présent atteint leurs limites, la future administration Obama s’apprête à lancer d’immenses projets de construction de ponts, de routes et de bâtiments dans ce qui pourrait être qualifié de tentative de sauver le capitalisme pour les capitalistes.

Nous subirons assurément l’un de ces deux maux : la déflation ou l’inflation, à moins que nous ne subissions les deux successivement.


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14 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 2 janvier 2009 10:18

    Annum (?) horribilis

    L’expression élisabethaine a son petit succès...
    Mais l’accusatrif ne se légitime pas ici , sauf dans l’expression ad anum : dans un an
    Il s’agissait pour Sa Gracieuse Majesté de problèmes purement familiaux...

    Pour la City d’aujourd’hui, c’est déjà horrible (bientôt un scénario à l’Islandaise ? certains commentateurs économiques l’évoquent...)et on laisse filer la livre...

    Le risque majeur n’est-il pas là, comme nous le rappelait Mr Fay :

    Dévaluations : une guerre des devises durant les fêtes ?(ou après ?) | AgoraVox :

    "...Quand il s’agit de sauver son pays de la récession, voire d’une amorce de dépression, des fermetures d’usines à la chaîne, des files de chômeurs qui s’allongent … aucun Etat ne peut, en conscience, renoncer à utiliser tous les outils à sa disposition sous prétexte qu’il porterait atteinte à ses partenaires économiques. La raison d’Etat prime !

    Alors, une fois la chose décidée, celle de procéder à une dévaluation compétitive, il faudra agir vite et surtout sans préavis. Quand ? Peut-être durant les fêtes, période très propice à l’action masquée et surprise ? Le premier Etat qui tirera, prendra un avantage concurrentiel et compétitif déterminant pour le salut de son économie. Ben Bernanke a prévenu : "Je suis prêt à utiliser tous les instruments à ma disposition pour sauver le pays de la récession". A bon entendeur … ! Il est déjà passé à l’action. La Fed a baissé son taux cible close to zero (proche de zéro), mercredi 17 décembre 2008. Jusqu’où ira-t-elle ? La BCE va-t-elle réagir, avec la même ampleur, si elle ne veut pas être distancée de manière irréversible et plonger la zone euro dans une catastrophe récessionniste qui marquera son histoire et la présidence Trichet ? Les prochains jours ou tout au plus les prochaines semaines, devraient être porteurs de décisions très fortes, cette fois-ci non conventionnelles et donc vraiment sans précédent..."
     
    -Les Etats tirent leurs dernières cartouches

    • ZEN ZEN 2 janvier 2009 11:10

      "ad annum", pardon


    • zelectron zelectron 2 janvier 2009 10:30


      Après le manque de superlatifs pour décrire 2008, comment va-t-on faire pour qualifier 2009, puis 2010 ?




      P.S. (peut être des hyperlatifs ?)


      • pigripi pigripi 2 janvier 2009 11:55

        Pas annum horribilis

        mais ANNUS horribilis

        et non ANUS !

        Mais que fait le comité de rédac de Agoravox ???!!!!!!!!


        • ARMINIUS ARMINIUS 2 janvier 2009 12:19

          C’est vrai quoi ! en aucun cas la reine n’aurait pu parler d’anus horribilis, sauf à vouloir faire savoir que son royal séant aurait été atteint d’une affection aussi douleureuse que disgracieuse. L’autre traduction latine d’anus, étant "vieille femme", je ne crois pas qu’elle ait pu qualifier ainsi l’épouse de son royal rejeton..."Honni soit qui mal y pense"donc, il s’agit là seulementd’une faute de cas- annum étant l’accusatif d’annus- et l’adjectif horribilis se déclinant il aurait fallu écrire annum horribilem et expliquer pouquoi employer un accusatif. Et comme l’auteur manque de superlatif, on va le lui donner : annum horribilissimus. L’année la plus horrible, on est d’accord, c’est bien ce qui nous attend...


        • ARMINIUS ARMINIUS 2 janvier 2009 12:23

          Pardon ANNUS HORRIBILISSIMUS, comme quoi...


        • geko 2 janvier 2009 15:36

          Bonne année 2009 : l’année du chaos,  !


          • Michel Santi Michel Santi 2 janvier 2009 15:38

            Bonne Année à vous aussi...serrons les coudes et les f...


          • millesime 2 janvier 2009 22:49

            à l’évidence le choix de votre pseudo vous correspond fort bien... !


          • pigripi pigripi 3 janvier 2009 00:48

            @ Haddock

            Bien vu, trouduc smiley)))


          • Parpaillot Parpaillot 3 janvier 2009 00:29

            @ Michel Santi :

            En intitulant votre article "Post Tenebras Lux", vous auriez peut-être pu vous éviter les foudres des latinistes ...  smiley

            ... Mais pour la lumière, je crains qu’il ne faille attendre au-delà de l’année 2009 ...

            Cordialement !


            • pigripi pigripi 3 janvier 2009 00:47

              Moi qui écoute assez régulièrement deux radios économiques j’ai entendu des avis totalement opposés sur notre avenir.
              Les médias répercutent qu’il sera noir mais certains analystes disent que la tornade est passée ....

              Alors ?

              Hé bien je serais assez de l’avis d’un commentariste qui a écrit dans un autre fil que si les prévisions sont horriblement pessimistes, si tout le monde a officiellement la pétoche, alors le Niko, il aura qu’à faire un sourire si la situation s’améliore car ce sera forcément, absolument forcément, grâce à sa géniale politik smiley


              • Laurent_K 4 janvier 2009 15:46

                Il vous suffit de noter ces deux pronostics et de le relire à la fin de l’année pour savoir qui croire...

                Pour ma part, m’étant livré à cet exercice depuis 2005, j’accorde ma confiance pour les anticipations économique au site www.europe2020.org (je suis plus réservé sur la fiabilité de leur anticipations politiques). Ils font des prévisions économiques claires et généralement exactes (anticipation de la crise dès février 2006 notamment). Vous pouvez voir des extraits de leur bulletin sur leur site.

                En gros, ils prévoient une aggravation de la crise et une cessation de paiement du gouvernement américain pour 2009. J’espère de tout coeur qu’ils se trompent.


              • Laurent_K 4 janvier 2009 15:39

                « L’année 2008 est singulière en cela que le secteur bancaire aura explosé en vol avant le ralentissement économique ! ». Cela ne paraît pas singulier mais plutôt logique si on considère que c’est l’explosion du secteur financier -pas seulement bancaire- qui a généré la crise. Pour prendre une image, le monde a vécu pendant des décennies en générant de l’argent à partir de rien (grâce à la position du dollar finançant à fonds perdus les déficits américains sans qu’ils aient à les rembourser) et aujourd’hui, la baudruche se dégonfle. Comme cet argent fictif a eu le temps de se répartir à travers toute l’économie mondiale, tout le monde souffre.


                Et cela répond à votre conclusion : nous aurons la déflation puis l’inflation. La déflation est la conséquence logique de la destruction de milliers de dollars (le dégonflement de la baudruche) et l’inflation est le seul moyen qu’auront les USA pour rembourser leurs dettes.

                 

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