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Accueil du site > Actualités > Economie > Arrêtons de dire n’importe quoi

Arrêtons de dire n’importe quoi

Il est impossible de savoir si le taux de croissance français est de -0,5 ou + 3,5% !

L’ensemble des experts économiques, et des responsables politiques prennent actuellement leurs décisions au vu des taux de croissance des économies, et de leur évolution. Comme ceci se traduit dans l’évolution effective des taux d’intérêt que chacun de nous, directement ou indirectement, payons, ainsi que dans le niveau de nos impôts et la qualité effective des services publics, il est important de s’assurer que ces taux sont bien pertinents.

Reprenons donc comment ils sont calculés.
 
Tout part du PIB, c’est-à-dire du produit intérieur brut. Il faut d’abord accepter que ce PIB soit représentatif effectivement l’économie réelle du pays en question. Cela reste à démontrer, mais, soyons bon prince, et acceptons-le…
 
Ensuite, on calcule donc le taux de croissance du PIB, c’est-à-dire la variation de ce PIB pour une durée donnée, qui est le plus souvent l’année : on prend donc le PIB d’une année N que l’on compare à celui de l’année N-1.
 
Supposons que le PIB soit mesuré à 1% près. Cela signifie que l’on ne sait pas si la réalité se situe en dessus ou en dessous, et ce à un pour cent. Comme les phénomènes de la vie sont chaotiques, on ne peut pas non plus dire que l’on se trompe toujours dans le même sens. On peut juste au mieux espérer avoir borné le taux d’erreur à 1%. Donc si l’on se trompe par excès lors de l’année N-1, rien ne dit que l’on ne se trompe pas par défaut en année N, ou l’inverse.
 
Que se passe-t-il alors pour le taux de croissance ?
 
- Si le taux de croissance calculé est de 2%, le taux de croissance est en fait compris entre 0 et 4%, et sans que l’on puisse dire où il se trouve dans l’intervalle. (1)
- Si le taux de croissance calculé est de 1%, l’imprécision est cette fois plus forte, car on ne peut même plus être certain qu’il y a bien une croissance, car le taux se situe entre -1 et 3% ! (2)
 
Supposons maintenant que le PIB soit calculé dix fois plus précisément, c’est-à-dire à 0,1% près, que se passe-t-il ?
 
- Si le taux de croissance est de 2%, il est compris entre 1,8 et 2,2%.(3)
- Si le taux de croissance est de 1%, il est compris entre 0,8 et 1,2%.
 
Comme les taux de croissance de tous les pays occidentaux se situent entre 1 et 2%, et que l’on tire des conclusions sur eux-mêmes et leurs variations, j’en déduis donc que l’on sait calculer les PIB à 0,1% près.
 
Comment sérieusement pourrais-je croire cela ? Mon expérience de consultant m’a montré que la réalité du chiffre d’affaires d’une entreprise est au mieux approchée à quelques % près. Comment pourrait-on faire mieux pour un pays, réalité infiniment plus complexe et mouvante ?
 
J’en conclus donc que tout ce que l’on raconte et énonce à partir des taux de croissance est sans fondement…
 
Pour ce qui est de la France, le taux de croissance est annoncé à 1,5% pour 2010. Si l’on admet que le PIB de 2009 et 2010 est exact à 1% près,le taux français est en fait compris entre -0,5% et 3,5%, et nous n’avons aucun moyen de savoir où il se situe au sein de cet intervalle.
 
Or on discute d’évolution du taux de croissance de + ou – 0,2%, évolution qui ne serait même pas mesurable, si le PIB était exact à 0,1% près !
 
Et je fais remarquer que le plus probable est que l’on se trompe de beaucoup plus que de 1% sur le PIB, ou encore que l’écart entre le PIB et la réalité de l’économie française est de plus de 1%...
 
Et dire qu’en plus, on parle de taux de croissance prévisionnel !
 
Tout ceci ne serait pas grave si l’on était en train de jouer au Monopoly avec de faux billets. Mais c’est bien de l’argent, du travail et de la vie de tout un chacun qu’il s’agit !
 
Mon propos n’est évidemment pas de dire que l’on devrait se désintéresser de savoir comment va l’économie de nos pays, et si elle est ou non en croissance, mais que ces taux ne le mesurent pas, et ne veulent rien dire.
 
Ne serait-il pas temps de s’en rendre compte, et d’arrêter de – excusez la brutalité de mon propos – dire, et donc de faire collectivement n’importe quoi ? Il y a urgence…
 
(1) Le PIB initial est donc compris entre 99 et 101, et le PIB après croissance entre 101 et 103 (102 ± 1). Comme on ne peut pas affirmer que l’erreur est toujours dans le même sens, le taux de croissance est compris entre (103/99 - 1) et (101/101 - 1), soit 4% et 0%.
 
(2) Le PIB initial est toujours compris entre 99 et 101, et après croissance cette fois, il est entre 100 et 102 (101 ± 1). Le taux de croissance est donc compris entre (102/99 – 1) et (100/101 – 1), soit entre 3% et -1%
 
(3) Le PIB initial est compris cette fois entre 99,9 et 100,1, et après croissance entre 101,9 et 102,1. Le taux de croissance est donc entre (102,1/99,9 - 1) et (101,9/100,1)/100,1 – 1), soit entre 2,2 et 1,8 %.
 
(4) LE PIB initial est toujours entre 99,9 et 100,1, et après croissance cette fois entre 101,1 et 100,9. Le taux de croissance est donc entre (101,1/99,9 – 1) et (100,9/100,1 – 1), soit entre 1,2 et 0,8%.

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22 réactions à cet article    


  • Ruut Ruut 20 janvier 2012 09:48

    Que les budgets soient fait pour un taux de croissance de 0.
    Comme ça si croissance c’est du bonnus pour diminuer un peut plus la dette.
    Mais c’est juste de la bonne gouvernance, loin de la politique actuelle.


    • Robert Branche Robert Branche 20 janvier 2012 10:51

      Tout à fait d’accord avec votre commentaire. Cela rejoint ce que je recommande pour le management d’entreprises (voir « Soyons des paranoïaques optimistes »)


    • Erias Erias 20 janvier 2012 10:51

      Le PIB c’est, au niveau national le chiffre d’affaire d’une entreprise moins ce qu’elle verse à ses fournisseurs. Oui une entreprise connaît son chiffre d’affaire et sait combien elle paye ses fournisseurs et pas à 1% près. Elle le sait exactement.


      • Robert Branche Robert Branche 20 janvier 2012 10:58

        certes le Chiffres d’affaires d’une entreprise est connue exactement... sauf qu’il est aussi affaire de convention, notamment en cas de facturation entre filiales et aussi pour ce qui est de la date de prise en compte d’une facture.

        Et ce chiffres d’affaires ne mesure pas la santé de l’entreprise, qui est beaucoup plus complexe à analyser.
        Pour un pays, le PIB ne peut pas être calculé aussi « facilement » qu’un CA d’une entreprise. On retrouve tous les questions sur les dates et les prix de cession, et surtout celui de la valorisation de toute l’économie tertiaire.
        Bref le calculer à 1% près relève de la prouesse... et cela prend du temps... et donc ne peut être fait que pour la passé. En prévisionnel, si on l’approche à plusieurs % près, c’est déjà remarquable.
        Enfin, rien ne dit vraiment que le PIB mesure exactement l’activité économique... et que l’écart est constant.
        Ne jamais oublier que les phénomènes de la vie sont chaotiques, cad imprévisibles, et que la moindre erreur provoque des divergences non bornées.

      • epapel epapel 20 janvier 2012 16:37

        Il n’y a pas besoin de connaître la valeur exacte du PIB à 1% près pour déterminer son taux de croissance.

        Plusieurs moyens indirects existent notamment à politique sociale et fiscale constante, il suffit de suivre les variations de rentrée des cotisations sociales qui sont connues à l’euro près et qui suivent exactement celles du PIB.

        Le vrai problème ici vient du calcul de l’inflation car elle intégrée dans le PIB et si on sous-estime l’inflation comme c’est systématiquement le cas alors on surestime la croissance réelle de l’économie.

        Un autre moyen est suivre les variations en volume des principaux secteurs de production ou de la consommation d’énergie de l’ensemble des entreprises.


      • Robert Branche Robert Branche 20 janvier 2012 16:43

        @Erapel

        Certes il y a effectivement d’autres moyens de suivre si un pays en croissance ou non (comme le nombre de logements en construction, le volume de béton prêt à l’emploi, le CA des grands magasins, l’encours de crédit à la consommation, la consommation de biens industriels intermédiaires)... mais ce n’est pas comme cela qu’est aujourd’hui calculé le taux de croissance.
        Il est de fait dérivé du PIB... et donc n’a pas grand sens, vu l’imprécision du PIB...

      • Erias Erias 20 janvier 2012 12:00

        C’est vrai qu’on peut demander à une filiale chinoise (ou, mieux, un intermédiaire au Luxembourg) de facturer plus pour augmenter la VA et, in fine le profit, là plutôt qu’ailleurs. Cette décision relève de la politique de l’entreprise et peut artificiellement gonfler ou dégonfler les profits. D’accord, mais au final la VA ajoutée va effectivement baisser pour le pays qui en subit les conséquences négatives.


        Le CA n’est pas une mesure directe de la santé d’une entreprise mais, à l’échelle de tout un pays, si le CA des entreprises augmente c’est bon signe. Sans quoi on aurait des cas de figure où on aurait une récession dans les chiffres et une baisse du chômage. Ca n’arrive jamais.

        • Robert Branche Robert Branche 20 janvier 2012 12:07

          Mon propos essentiel est autre : il est qu’il faudrait calculer le PIB avec une précision de 0,1% pour que le taux de croissance soit connu


        • paul 20 janvier 2012 12:39

          Donc, d’une part, l’évaluation du PIB est hautement imprécise compte tenu de la marge d’erreur inévitable qui est faite ( et pourtant les gouvernements font leurs prévisions budgétaires dans cette marge de 1 à 2 % en moyenne ) .
          D’autre part, cette évaluation est en bonne partie fausse, selon les valeurs prises en compte et celles qui ne le sont pas : externalités négatives par exemple .

          Les gouvernants font croire à des « réajustements » ou correction d’une année sur l’autre sur les prévisions de croissance qui fondent les budgets , alors que les dérives négatives se cumulent .
          L’affaire devient grave quand on sait que ce PIB est la pierre angulaire des critères de Maastricht ( 1992 ), qui sont :
          La dette d’un État est stable quand elle est limitée à 60 % du PIB, un déficit de 3 % de ce PIB, ET une croissance de 5 % .
          On comprend que les prévisions souvent optimistes ont pour but de masquer un objectif inatteignable, mais cependant utilisé pour culpabiliser les citoyens « qui dépensent trop » pour leur bien être ( santé, éducation,recherche ...) .


          • paul 20 janvier 2012 12:56

            Pour rappel, en 2011, la dette est de 85,3 % du PIB, et le déficit 5,7 % .


            • Robert Branche Robert Branche 20 janvier 2012 13:15

              Je ne crois pas personnellement que ces erreurs soient voulues et conscientes. Elles sont le fruit d’une cécité collective des économistes et des politiques.


            • paul 20 janvier 2012 13:30

              Si non voulues et non conscientes, ces erreurs sont la preuve d’une grande incompétence des politiques et des économistes, et d’aveuglement ( 2005 ) .
              En 2011, Sarko récidive avec sa règle d’or qui nous plombe !


              • Robert Branche Robert Branche 20 janvier 2012 13:35

                Oui preuve d’un aveuglement collectif...


              • Richard Schneider Richard Schneider 20 janvier 2012 19:35

                Dans l’ensemble je suis en accord avec l’auteur de cet excellent article. 

                J’ajouerai juste une ou deux réflexions :
                1. Même pour le non-initié, le simple bon sens « sait » bien que prévoir un an ou six mois à l’avance le taux de croissance d’un pays est totalement illusoire. 
                2. Je pense même que toutes ces prévisions - sur lesquelles s’élaborent les budgets de l’état - relèvent plus de l’incantation que du réalisme. C’est pourquoi, cette fameuse « règle d’or » dont on nous rabâche les oreilles n’est qu’une manière pour imposer aux peuples européens la rigueur et l’austérité - dont raffolent la Grande Finance et ses acolytes.
                RS

                • Robert Branche Robert Branche 20 janvier 2012 20:52

                  Merci pour votre commentaire sur mon article.

                  Malheureusement je crois, mais pour d’autres raisons que le taux de croissance, que nous allons devoir revoir notre mode de vie. L’important va être que ce ne soit pas pour protéger les intérêts de la « Grande Finance », mais bien ceux de tous les français, et que l’on fasse porter les efforts au maximum sur les plus favorisés.

                • Vipère Vipère 20 janvier 2012 21:05

                  Monsieur Robert BLANCHE


                  N’auriez-vous pas sévi à France-Télécom ??? Vous « l’homme de la Performance » tel que vous vous définissez dans votre biographie, une sorte de presse-citron ?

                  Et l’on sait comment cela se termine. Après que les citrons aient été pressés, l’entreprise délocalise pour presser d’autres citrons, de préférence exotiques ! 





                  • Robert Branche Robert Branche 20 janvier 2012 21:09

                    Je n’ai pas « sévi » pour France Telecom, j’ai travaillé pour France Telecom comme conseil pendant les années 91 à 95. Alors le changement a été accompagné, le personnel respecté, et il n’y a pas eu de « vagues ».

                    Depuis je n’ai plus travaillé en France pour France Télécom.
                    Quant à la délocalisation, on ne délocalise pas une entreprises de services comme France Telecom. Au contraire, elle est aujourd’hui un des acteurs majeurs au plan mondial, ce qui a consolidé toutes les activités françaises.
                    Il y a eu aussi le développement de la concurrence - et récemment encore avec l’entrée de Free dans le mobile -, mais cela ne peut pas être imputé à France Télécom !

                  • Richard Schneider Richard Schneider 20 janvier 2012 21:11

                    @ l’auteur :

                    Bien d’accord avec vous : il serait plus juste de faire porter les efforts inéluctables à venir sur les plus favorisés.
                    Mais j’en doute : les plus défavorisés économiquement le sont aussi politiquement. En réalité, ils sont résignés ; ils acceptent leur sort. Les Espagnols, Portugais etc ... ont élu démocratiquement leurs nouveaux dirigeants - des conservateurs qui en fait appliquent la politique libérale voulue par la « main invisible du marché ».
                    Je ne parle de l’Italie et de la Grèce : ce sont des financiers qui dirigent ces deux pays ... Il m’étonnerait que des banquiers promeuvent une politique de justice fiscale et sociale.
                    Bonne fin de soirée,
                    RS

                    • Robert Branche Robert Branche 20 janvier 2012 21:12

                      Il ne faut jamais désespérer, tant que l’on peut agir. Le futur sera ce que nous en ferons


                    • Vipère Vipère 20 janvier 2012 21:19

                       Responsable, néanmoins de harcèlement, en la forme de cadences et résultats impossible à atteindre ! 


                      Ma boule en cristal a parlé !!! :/)



                      • Robert Branche Robert Branche 20 janvier 2012 21:23

                        Excusez-moi mais vraiment votre propos est sans fondement. Où avez-vous vu au début des années 90 un quelconque harcèlement et des résultats impossibles à tenir ?

                        Par ailleurs, je vous fais remarquer que je parle ici sous mon vrai nom, et non pas masqué...

                        • Vipère Vipère 20 janvier 2012 21:53

                          Monsieur Robert BLANCHE


                          En 1991, nait France Télécom qui devient un exploitant de droit public.

                          En 1996, France Télécom est transformée en société anonyme. La FUPTT et la CFDT ne signe pas cet accord, car il s’agit d’un plan social avec beaucoup de départ et peu d’embauche.

                          En 1998, ouverture de la conccurence sur le marché mondial des Télécommunications !

                          Vous êtes bel et bien le maillon qui a présidé à la rationalisation de l’entreprise de 1991 à 1996 ???

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