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Accueil du site > Actualités > Economie > Baisses de taux quantitatives : le revers de la médaille

Baisses de taux quantitatives : le revers de la médaille

Les baisses de taux quantitatives auxquelles se livrent la Réserve Fédérale Américaine, la Banque d’Angleterre et un certain nombre d’autres Banques Centrales soulagent certes à court terme un système financier en voie d’étranglement tout en réduisant la menace déflationniste permettant - dans le meilleur des cas - une reprise graduelle de l’activité économique.

 
Ces baisses quantitatives portent toutefois en elles les germes de l’hyper inflation, alternative tout aussi catastrophique pour nos Banquiers Centraux - et bien-sûr pour nos économies - que celle de la déflation...Pour autant, la nature de ces baisses quantitatives telles que pratiquées d’une Banque Centrale à l’autre étant différente, les implications à moyen terme ne seront à l’évidence pas identiques, laissant dire aux détracteurs de ces baisses quantitatives - non sans raison du reste - qu’il est plus aisé de dire ce qui n’est pas du domaine des baisses quantitatives que de définir ce qui en est...

La politique monétaire des Banques Centrales consistait jusque là à fixer à leur taux au jour le jour (overnight) un objectif censé influencer indirectement les divers coûts des opérations sur le marché du crédit. Cet objectif de taux à court avait un impact sur le taux des instruments à plus long terme tels qu’obligations d’Etat, hypothèques ou taux débiteurs sur cartes de crédit...Les Banques Centrales ayant aujourd’hui leurs taux d’intérêts à ou proche du zéro absolu, elles ne disposent donc plus aujourd’hui de ce levier traditionnel de politique monétaire qu’était la fixation d’un objectif à atteindre en terme de taux court terme et se retrouvent ainsi dans l’obligation d’innover et de faire usage d’autres types de munitions afin d’influencer les taux d’intérêts. Situation d’autant plus délicate que l’écart entre les taux officiels et les taux réels pratiqués par le marché est très important du fait d’une recherche effrénée - et parfois désespérée - de liquidités de la part d’une grande majorité d’institutions financières, d’entreprises et de privés.

Dans un tel contexte, la réponse apportée par une institution comme la Banque d’Angleterre a été d’imprimer une masse de billets en partant du principe que l’attractivité des autres actifs sera renforcée par l’augmentation de la Masse Monétaire. Cette Banque Centrale misant sur le fait que ses achats de papiers-valeurs à des prix favorables détenus par les institutions financières motiveront ces établissements à investir dans et à prêter à l’économie réelle, ce qui contribuera à terme à baisser les taux pratiqués par le marché...L’idée centrale est donc de forcer la main d’institutions financières moribondes ne remplissant plus leur fonction de pourvoyeuse de crédits.

La stratégie de la Fed, quant à elle, a été - plutôt que la création de nouvelle monnaie - d’emprunter de l’argent existant afin de le réinjecter dans l’économie réelle via les intervenants financiers. En effet, les Banques Américaines, considérant que leur Gouvernement ne ferait jamais défaut et démontrant une prédilection notoire pour investir leurs liquidités dans les Bons du Trésor US plutôt que d’en faire bénéficier entreprises de l’économie réelle et ménages, contraignent les autorités de leur pays à émettre encore et toujours plus de papiers-valeurs. L’Etat réemployant ces liquidités ainsi glanées à racheter toute une série d’actifs dont plus personne ne veut. C’est donc la Fed qui se trouve dans ce schéma en première ligne puisque c’est elle qui se porte acquéreur de ces créances pourries sachant qu’elle a poussé encore plus loin son activisme il y a peu en annonçant qu’elle reprendrait également ses propres Bons du Trésor à long terme, toujours dans le souci de noyer de liquidités une économie au bord de la strangulation tout en maintenant sous pression les taux - fondamentaux - à long terme...

Ces approches structurellement différentes consistant à réduire quantitativement les taux en créant de la nouvelle monnaie ou par le biais d’emprunts de monnaie déjà existante destinée à être recyclée sont toujours motivées par un constat cinglant selon lequel les infrastructures financières ne sont plus capables d’assumer leur rôle - et leur obligation - de pomper des liquidités dans le système ! Quoi qu’il en soit et pour différentes que soient les approches des Banques Centrales - redistribuer l’argent ou en créer à partir du néant -, les deux manières d’aborder le problème ont des implications inflationnistes évidentes : Effectivement, l’inflation peut soit être générée par la création de monnaie qui entraîne un excédent de Masse Monétaire soit du fait d’un stock donné de monnaie dépensé plus rapidement, les deux phénomènes étant couronnés par une augmentation des prix et de la production.

Pour autant, les Banques Centrales sont aujourd’hui réellement à la croisée des chemins car, n’ayant aucune autre solution sous la main que ces baisses de taux quantitatives tout récemment passées à la vitesse supérieure consistant à acheter leur propres Bons du Trésor, elles perdent ce faisant leur indépendance du fait de leur influence prépondérante sur les marchés des capitaux ! Leur manière de contourner le système financier en offrant directement la liquidité au marché et aux intervenants les met ainsi dans le très inconfortable rôle de juge et arbitre...


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8 réactions à cet article    


  • Internaute Internaute 2 avril 2009 10:49

    La Fed aussi crée de la monnaie à tout va selon Bloomberg et le Financial Times.

    Antal Fekete, professeur de Monney & Banking à l’Université de San Francisco, connu pour ses positions peu orthodoxes prétend que toutes les mesures de sauvetage actuelles sont porteuses de déflation et non pas d’inflation. Selon lui, tout cet argent donné aux banques sert en premier à payer des bonus, en deuxième à payer ses dettes (c’est donc de l’argent qui disparaît), en troisième à refaire son capital pour avoir des ratio de fonds-propres un peu meilleurs et finalement à investir à l’étranger. Résultat, il n’y a pas un seul américain qui ait trouvé du travail grâce aux milliards déjà dépensés, ou qui ait évité de perdre sa maison. La consommation continue de chuter, les entreprises passent l’une derrière l’autre sous le seuil de rentabilité et l’économie continue de s’effondrer. A sa valeur actuelle, malgré une chute de 50% depuis les 14.000, le Per moyen du Dow est toujours de 30 ce qui signifie que le Dow est trés fortement sur-évalué (il devrait être de 6 à 8 pour qu’on ait atteint la fin de la baisse) et que la valorisation boursière des entreprises américaines corresponde à la réalité économique.

    C’est donc paradoxal, mais dans l’état actuel des choses, la création de monnaie comme au ZImbawe ne devrait pas être inflationniste avant longtemps.

    Au vu des sommes déjà dépensées il serait temps d’établir un premier bilan des résultats obtenus.


    • plancherDesVaches 2 avril 2009 11:56

      D’aprés cet événement du 25/03/09 :
      http://www.capital.fr/bourse/actualites/la-politique-de-gordon-brown-de-plus-en-plus-contestee-366388

      "Dernier accroc en date pour le premier ministre du Royaume-Uni, le flop de l’émission d’obligations du Trésor britannique hier. C’est la première fois depuis 1995 que l’adjudication n’a pas été souscrite en totalité par les investisseurs (seulement 1,63 milliards de livres ont été allouées sur les 1,75 milliards proposées)."
      Le vent continue à souffler dans le mauvais sens pour le bussiness as usual.

      Il vaudrait par contre mieux une inflation qui remettrait le système à zéro, plutôt qu’un endettement sur 400 générations.


      • ronchonaire 2 avril 2009 14:06

        Pourquoi l’auteur parle-t-il de baisses de taux quantitatives ? Question bonus : que serait, dans l’esprit de l’auteur, une baisse de taux non-quantitative ?


        • Michel Santi Michel Santi 2 avril 2009 14:16

          on apelle baisses de taux "quantitatives" les mesures d’injections de liquidités non traditionneles, comme achats de papiers valeurs Gouvernementaux ou privés...manière indirecte d’exercer une pression baissière sur les taux réels ( = du marché). Les baisses de taux "non quantitatives" étant les baisses de taux traditionnelles...


        • Le péripate Le péripate 2 avril 2009 16:24

           Il faudrait argumenter en quoi la déflation (qui ne serait pas la conséquence d’une inflation précédente) serait nocive. Cela me paraît faire partie de ces credos jamais questionnés. En quoi, à masse monétaire à peu près constante, les gains de productivité qui font baisser les prix sont-il nocifs ? 


          • Gandalf Tzecoatl 2 avril 2009 19:05

            La déflation dégraisse usurairement le travail au profit du rentier.


          • Le péripate Le péripate 2 avril 2009 23:19

             ???????? 
            Pour y voir plus clair, sans slogans simplificateurs.

            C
            ar, évidemment, un rentier n’est pas un avare qui dort sur son matelas d’or, mais un investisseur. Vous savez, l’investissement, le truc qui permet de créer des entreprises, et de créer du travail.


          • Canine Canine 2 avril 2009 23:37

            C’est rigolo le système de pub google, en bas d’un article qui dénonce les dangers de la baisse des taux, des pubs pour des banques qui baissent leur taux.

            *sourire*

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