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Accueil du site > Actualités > Economie > Banques centrales : Responsables et coupables

Banques centrales : Responsables et coupables

Quand nos banquiers centraux se décideront-ils enfin à prendre au sérieux les menaces posées par les bulles ? Et quand nos anges gardiens de la finance internationale cesseront-ils de sous estimer l’impact destructeur de l’implosion de ces bulles ? En effet, il semblerait bien que la perte de solvabilité du système bancaire suite à la dégringolade du marché immobilier les ait pris de court. De même, sont-ils désemparés de constater les effets du crack immobilier sur l’économie…Serait-ce trop exiger de la part de nos banquiers centraux d’apprendre un peu...l’histoire ?

Les crises et récessions Japonaise et Scandinave du début des années 90 ayant en effet été principalement provoquées par une crise immobilière !

De fait, ils ont tout simplement "intellectualisé " cette bulle immobilière au fur et à mesure de son aggravation, constatant candidement au passage que leur politique monétaire laxiste encourageait de plus en plus de consommateurs à se cribler de dettes pour acquérir des biens immobiliers. Peut-être étaient-ils convaincus de leur infaillibilité ou étaient-ils persuadés de disposer des outils appropriés pour lutter contre l’implosion de ces bulles ? Après tout, une politique monétaire adéquate avait parfaitement remédié à la bulle des valeurs technologiques et à l’effondrement boursier du début des années 2000 en ramenant - de manière presque mathématique - une croissance économique admirable ! Greenspan et ses acolytes pouvaient donc laisser les bulles se former car, le moment venu, ils n’avaient qu’à actionner le bouton " baisse des taux d’intérêt ". Quant aux spéculateurs, ils pouvaient prendre de plus en plus de risques car le parapluie de Greenspan leur sauverait la mise dès lors que cette bulle imploserait...

Le métier de banquier central était subitement devenu simple, basique, car il suffisait d’appliquer une politique dont l’objectif unique consistait en la stabilité des prix sans s’apercevoir que leur obsession de cette stabilité des prix restreignait leur politique monétaire à être l’esclave de la lutte contre l’inflation ! Croissance phénoménale du crédit et baisse dramatique de l’épargne ( principalement dans les pays anglo-saxons ) n’étant plus dignes de figurer au radar.

Les taux d’intérêt furent ainsi maintenus à des niveaux bas incompréhensibles dans un contexte où certes la globalisation et les progrès technologiques comprimaient les tarifs des marchandises mais aussi dans une conjoncture où l’augmentation substantielle des prix des services contribuait à l’escalade du crédit. Ignorant la distinction entre la bonne déflation causée par la progression de la productivité et la mauvaise déflation provoquée par la crise du crédit, les banques centrales nous ont ainsi pris par la main pour nous conduire vers la pire conflagration de déflation par la dette depuis la Grande Dépression !

Qui pourra exonérer la Réserve Fédérale US pour avoir minimisé les déficits américains gigantesques présentés comme conséquences inévitables de la globalisation ? Pire encore : ces déficits américains étaient attribués à une malsaine propension à l’épargne de la part des pays Asiatiques en particulier et des pays à fort excédent commercial en général ! La réalité est que les banques centrales des nations dites développées ont lamentablement échoué à assainir et à équilibrer le système financier international car nous subissons depuis le début des années 70 - soit depuis l’effondrement de Bretton Woods - une configuration où nous sommes noyés par un Dollar qui règne en maître absolu. Ainsi, pendant que le déficit de la balance des paiements américaine se creusait invraisemblablement à 800 milliards de dollars en 2006, les réserves des banques centrales à travers le monde en billet vert triplaient en quelques années pour atteindre 6000 milliards de dollars !

La responsabilité de l’ensemble des banques centrales à travers le monde vis-à-vis de ces déséquilibres est patente car les pays à excédent commercial Asiatiques et Moyen-Orientaux imprimèrent leur monnaie nationale à outrance afin d’acheter du Dollar dans le but de maintenir leur propre devise artificiellement basse et afin de propulser leurs propres exportations. Ce faisant, ces banques centrales rejoignaient le club des Greenspan et consorts en favorisant une bulle massive de leur bourse et de leur marché immobilier...

Ces excédents de Dollars à disposition des pays Asiatiques furent par la suite recyclés et réinvestis sur le marché US, contribuant ainsi à exercer une pression baissière supplémentaire sur les taux américains tout en gonflant encore plus la spéculation immobilière. Pendant ce temps, le consommateur américain pouvait continuer à dépenser sans compter et à creuser une dette qui de toute façon était financée par l’extérieur. De surcroît, comme le marché obligataire traditionnel aux Etats-Unis ne suffisait pas à satisfaire cet océan de dollars en quête d’investissements, un nouveau véhicule de placement adossé au marché immobilier - le subprime - fut alors crée par Wall Street afin de répondre aux demandes pressantes des liquidités désireuses de s’investir dans du papier-valeur libellé en Dollar. Non contents de participer aux déséquilibres fondamentaux, les pays Asiatiques portent de plus une lourde responsabilité dans la boulimie du consommateur américain !

Nos banquiers centraux semblent comme paralysés par des préjugés de nature idéologique selon lesquels les marchés financiers finissent toujours par retrouver leur équilibre, - les bulles et les excès du crédit pouvant être relégués au second plan -, et selon lesquels les mouvements internationaux des capitaux résultent en une distribution optimale des richesses...

En fait, nos banquiers centraux appartiennent dans leur écrasante majorité à la génération des économistes aveuglés par les enseignements de Milton Friedman qui soutenait que la Grande Dépression et le boom spéculatif des années 20 l’ayant précédé n’avaient aucune corrélation. Nos responsables monétaires, qui n’ont que mépris pour les théories économiques non orthodoxes - difficiles à mettre en équation - mettant en garde à l’encontre des excès du crédit, restent de fervents adeptes de Friedman qui, quelques jours encore avant son décès en 2006, rendait hommage à Greenspan qui avait "adouci la récession ( due à l’implosion des valeurs technologiques ) par sa politique monétaire".

Espérons que la crise actuelle ébranle les idées préconçues et les certitudes de nos responsables monétaires et économistes de haut vol en les amenant à prendre au sérieux les bulles boursière, immobilière et du crédit. Il est quand même difficile d’admettre qu’un tel cataclysme soit nécessaire pour que nos banques centrales changent enfin de paradigme. 


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10 réactions à cet article    


  • zelectron zelectron 27 novembre 2008 12:13


    hypocrites, menteurs, voleurs, faux, manipulateurs, parjures, dissimulés, faussaires, imposteurs, traitres, fraudeurs, malhonnêtes, maîtres chanteurs, détrousseurs de cadavres....


    "toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. "


    • Forest Ent Forest Ent 27 novembre 2008 12:56

      Cette politique traduit une incapacité à accepter soit une perte de niveau de vie intérieur et le mécontentement associé, soit une perte d’influence extérieure et le mécontentement associé. Résultat : il y aura les deux. Cause : l’indifférence des riches au sort des pauvres. You are on your own, buddies.


      • Internaute Internaute 27 novembre 2008 13:43

        La cassure apparaît en 1998, année à partir de laquelle l’endettement et le déficit US passe la vitesse supérieure. Le choix du mondialisme et de la dérégulation des marchés ont vu disparaître des millions d’emplois déplacés des US vers les pays pauvres. La meilleure façon de maintenir l’illusion du niveau de vie était de laisser les ménages s’endetter et d’importer ce qui n’était plus fabriqué. Je crois qu’au lieu d’un aveuglement de la Fed il s’agit d’une politique de courte vue pour parer au plus pressé à partir de 1998 à savoir la chute baisse de la création de richesse aux USA. C’est d’ailleurs ce qu’ils continuent de faire.


        • katalizeur 27 novembre 2008 14:08

          @ l’auteur
          tous se que je ne savais pas formulé est dit, donc pas de commentaires je plusoie

          par contre un question : pour avoir un esprit aussi vif et affuté pratiques tu les bains derivatifs ?
          ma question s’adresse aussi a Monsieur forest que je lis toujours avec beaucoup de plaisir



          http://www.onnouscachetout.com/forum/index.php?showtopic=3888&st=0


          • civis1 civis1 27 novembre 2008 15:01

            Parler des bulles en général ne masque-t-il pas le problème ? 

            Les victimes de la  bulle des nouvelles technologies ne sont pas les mêmes que celle de l’immobilier.

            La première a permis de dégonfler les portefeuilles de spéculateurs qui se sont entichés de ce qu’ils ne connaissaient pas. Facile  de leur faire croire au père noël…

            Celle de l’immobilier touche beaucoup plus de monde et de ce fait  a un effet direct sur l’économie.

            Autrement de quoi faire bulle qui ne se dégonfle assez rapidement dans une économie ralentie ? (pétrole ?  matières premières ? …)


            • Pierre Boisjoli Pierre Boisjoli 27 novembre 2008 20:56

              La cupidité a mené à tout cela. Quand on paie des millions aux dirigeants des banques pour qu’ils augmentent le rendement, on en oublie le risque. Il faudrait une monnaie internationale comme le manifestait John Maynard Keynes.
              Pierre Boisjoli


              • katalizeur 28 novembre 2008 09:46

                l’economie c’est quelque de complexe, difficile a comprendre pour le mouton que je derai etre selon les zelites

                la j’ai trouvé une explication non pas a l’aide de courbes et de schemas complexes, mais a l’aide d’une :
                dinde.

                http://www.la-chronique-agora.com/articles/20081127-1384.html

                un moment de rigolade dans un monde sinistre et morose.


                • Iren-Nao 30 novembre 2008 10:08

                  @ Auteur

                  Merci de ce bon article.

                  Quand on voit a Dubai et ailleurs, des centaines et des centaines d’immeubles sortir de terre a toute vitesse et jamais personne dedans, on se dit depuis longtemps que a un moment il va y avoir qq qui ne va pas payer, donc les autres se feront baiser (ce qui ne me fait pas vraiment pleurer).

                  Certes on sait que la lessiveuse a pognon est en marche...mais il faudra bien que cette bulle creve. Etqui crevera avec ??

                  Croire par ailleurs a la sacro sainte croissance eternelle est en soit une bulle de plus. C’est meme ce qui remplit les bulles

                  Je vois aussi dans ma boule de cristal la bulle touristique peter un grand beau coup....on parie ??

                  Bonnes vacances

                  Iren-Nao
                  coinceur de bulle


                  • geko 30 novembre 2008 13:35

                    Tant de lucidité après coup ! Mais il est vrai que quand le pognon coule à flot on a tendance à facilement mettre sa moralité de côté ! A mon sens, c’est dans ces moments là qu’on reconnait les hommes, les vrais !!

                    J’espère Mr Santi que vous et vos amis de Davos êtes beaucoup plus lucides quand au fait que ces "dysfonctionnements" sont aussi la cause d’une aggravation de la destruction de notre environnement vital ?

                    Parcequ’au moment où tout ce pognon aurait du servir à réorienter nos sociétés vers la gestion de nos ressources naturelles pour le bien et la pérénité de l’Humanité, il est injecté pour maintenir en place un système suicidaire !

                    J’ose espérer que les personnes ayant contribué à ce désastre et qui ne manqueront pas d’aller se planquer dans des blockhaus aux Spitzbergs ou ailleurs, le jour où "Dame Nature" se débaressera de son cancer, crêveront à petit feu pour avoir le temps de méditer sur leur soit disante supériorité !


                    • Michel Santi Michel Santi 30 novembre 2008 13:40

                      Point de supériorité chez moi geko. Quant à mes "amis " de Davos, je ne les vois qu’à l’occasion de certaines conférences...
                      Je pense avoir fait preuve de la même moralité - et de la même lucidité - depuis un certain nombre d’années.

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