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Accueil du site > Actualités > Economie > Banques : la moralisation en trompe l’oeil de l’Elysée

Banques : la moralisation en trompe l’oeil de l’Elysée

 Le Monde relevait “de la jubilation“, rien de moins, dans le communiqué publié par l’Elysée, mardi 20 janvier au soir :”Les dirigeants des banques ont unanimement décidé de renoncer (…) à la part variable de leur rémunération au titre de 2008″. En deux temps trois mouvements Nicolas Sarkozy, fort de son autorité naturelle, aurait réglé, en personne, la délicate question de la morale dans le secteur des affaires. Affaire suivante donc ? Pas si vite. Et si l’engagement oral arraché sur les bonus cachait une erreur politique majeure ? Ne fallait-il pas subordonner les aides publiques à l’octroi de sièges dans les conseils d’administration ?

Hormis Dexia dans laquelle il a pris une participation au capital, l’Etat français, contrairement à la plupart de ses voisins, s’est contenté de prêter de l’argent à long terme (10,5 milliards d’euros) aux établissements bancaires sans rentrer dans leur conseil d’administration. Loin d’une nationalisation partielle, l’objectif affiché par l’Etat, rappelé par François Fillon devant les Sénateurs, est “simplement de consolider des établissements financiers en bonne santé mais qui, dans la crise actuelle, peinent à trouver les refinancements nécessaires pour prêter aux acteurs de l’économie”.

En dehors de cette première enveloppe de prêts de 10,5 milliards d’euros initiaux, l’autre volet du premier plan repose sur la création d’une Société de refinancement forte de 320 milliards d’euros de garanties, qui doit apporter des liquidités aux établissements financiers pour permettre de réamorcer les échanges interbancaires.

Face à cet engagement massif de l’Etat des contreparties ont été fixées, au moins sur le papier. Les banques se sont engagées dans trois directions. Une augmentation de 3 % à 4 % de leurs encours de crédits pour l’année qui vient, la publication mensuelle des chiffres de leurs engagements à l’égard de l’économie et enfin, le respect d’un certain nombre de règles éthiques.

Tout irait bien dans le meilleur du monde si, à l’aube d’un deuxième plan “de sauvetage” constitué d’une nouvelle aide publique de 10,5 milliards d’euros, de nombreuses entreprises n’attestaient pas de l’attitude toujours aussi frileuse des banques dans l’octroi de prêts.

Pour ce qui est de l’éthique, le renoncement des dirigeants bancaires à leurs bonus est l’arbre qui cache la forêt. Mercredi la Société générale annonçait un bénéfice net en 2008 de 2 milliards d’€. Ce résultat n’est pas isolé. La plupart des grandes banques françaises BNP Paribas (3 Mds €), Crédit Agricole SA (1 md €), Crédit Mutuel et La Banque Postale affichent, à la différence de leurs consoeurs européennes, de très confortables bénéfices. Seules Natixis, les Caisses d’Epargne et les Banques Populaires devraient être dans le rouge.

On comprend dans ce contexte que, sur la question des dividendes, les banques à l’issue de la réunion à l’Elysée n’aient pas pris d’engagements formels. Elles “devraient” tout au plus tacitement limiter leurs montants. Le Crédit Mutuel, les Caisses d’Epargne et les Banques Populaires, qui sont des banques coopératives, ne sont pas concernées puisqu’elles ne distribuent pas de dividendes.

La situation, comme le relève Les Echos , est paradoxale. Même si on parle de crise, la plupart des grandes banques françaises vont engranger des milliards de bénéfices. S’ils ne sont pas redistribués en 2009, ce sera au cours de l’exercice suivant.

Comble de l’ironie, ces excellents résultats sont essentiellement permis par l’activité banque de détail dans l’hexagone, unanimement reconnue comme “très rentable et peu risquée”. Usagers des banques et contribuables, une double peine, apparaissent à défaut d’une poule aux œufs d’or, comme une vache à lait.

On peut comprendre la réticence de l’Etat à siéger dans des conseils d’administration. Le naufrage du Crédit Lyonnais est dans toutes les têtes. Pourtant, une vraie moralisation passerait par une taxation exceptionnelle du résultat des banques qui ne constituerait que le retour dans les caisses publiques d’une partie des bénéfices générés par de l’argent public.


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10 réactions à cet article    


  • JL JL 23 janvier 2009 13:31

    Il n’y a pas de moralisation possible du capitalisme, encore moins de la finance, parce que "le capitalisme, la politique et la morale relèvent de trois ordres distincts et qu’il ne faut pas confondre sous peine de sombrer dans le ridicule". (André Conte-Sponville).

    Attendre du capitalisme une quelconque morale est aussi ridicule que d’espérer voir les saints s’enrichir en dormant.

    Les banques s’attendent peut-être à une dévaluation, ce qui expliquerait leur réticence à prêter en cette période detaux très bas ?

    Les discours de Nicolas Sarkozy ne sont que populistes :

    "Le populisme c’est la forme politique de la spéculation". (Jean Ziegler)


    • FR-ank FR-ank 23 janvier 2009 22:58

      absolument d’accord,
      J’ai longtemps cru qu’un certain Capitalisme, + social, + humain pourrait avoir sa place, MAIS non, c’est impossible, c’est dans la definition meme du capitalisme :

      Propriete privee des moyens de production.
      La recherche du profit. ( donc absolu )
      Liberte des echanges et concurrence economique ( donc legitimite du capitalisme a cherche les cout les - cheres pour augmenter le profit )
      Importance du CAPITAL ; echange, accumulation et speculation possible ( deja la, rien sur le facteur TRAVAIL ou plutot valeur ajoutee grace a celui qui fait la chose !!! juste le Capital tout puissant )
      Remuneration du TRAVAIL par un salaire ( le summum, le Travail donc la valeur ajoutee a juste droit a une vague remuneration totalement decalee par rapport a la valeur ajoutee engendree )


    • JL JL 24 janvier 2009 10:07

      @ FR-ank : selon André Gorz, "La valeur, au sens de l’économie capitaliste, des connaissances est indécidable. Il est impossible de mesurer le travail qui a été dépensé à l’échelle de la société pour les produire. Car elles sont produites de façon diffuse partout où les hommes interagissent, expérimentent, apprennent rêvent."

      En conséquence la répartition des richesses entre le travail et le capital n’a aucun fondement rationnel et n’est que le résultat d’un rapport de force : c’est ce qu’on appelait la guerre des classes. " Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner " (Warren Buffett)

      Aujourd’hui la guerre des classes n’est plus visible du fait que des salariés sont aussi des possesseurs de capital : il y a des agents économiques qui sont dans les deux camps à la fois. Ce sont des chevaux de Troie malgré eux, et schizophrènes. De petits épargnants, dès qu’ils possèdent quelques dizaines de milliers d’Euros en actions défendent becs et ongles les intérêts du grand capital, celui qui les broiera dans ses crises systémiques récurrentes.


    • Alpo47 Alpo47 23 janvier 2009 13:38

      Je l’ai déjà exprimé à plusieurs reprises, cet apport d’argent frais aux banques, avec ou sans nationalisations, est une immense tromperie où les Etats tombent les uns après les autres.

      Chez nous, hier 10 milliards, encore aujourd’hui, demain encore et toujours plus... car les "actifs toxiques" sont considérables et non encore comptabilisés. Combien la France pourra t-elle "mettre au pot" ?
      Comme en Grèce actuellement, les états vont être amenés à réduire les dépenses, coupant la plupart du temps dans les budgets sociaux (la Grèce a coupé les crédits au système de santé et à l’enseignement), paupérisant encore le pays, aggravant la crise sociale, la consommation, l’état du pays...

      La boucle est bouclée, et à court ou moyen terme, les Etats seront pris au piège pour avoir investis toutes leurs possibilités de crédit, pour soutenir des banques qui continuent de s’effondrer . La suite sera alors très difficile à gérer : Impossibilité de continuer, donc faillite des banques et perte de tous les crédits investis... faillite des états.

      Mais qui donc sera le grand gagnant de toute cette "grande tromperie" ?


      • JL JL 23 janvier 2009 22:39

        Les Etats ne font pas faillite : ils sont seulement ruinés. Une faillite c’est le black out de l’entreprise. Les nations sont éternelles.

        Cette expression de faillite d’Etat est une imposture. De même qu’est une imposture ce renflouement des banques. L’endettement des nations occidentales vis à vis des marchés financiers est du même ordre que l’endettement des pays émergeants vis à vis du FMI. Les dirigeants que nous nous sommes choisis ne valent guère mieux que des roitelts de républiques bananières.


      • Gandalf Tzecoatl 23 janvier 2009 19:41

        La cupiditude étato-bancaire française donne de l’occupitude aux français.





        • deovox 24 janvier 2009 02:13

           La fête continue, et malheureusement, à part quelques esprits critiques et éclairés réussissant à rester lucides face à la grande mascarade, et qu’on retrouve toujours sur quelques forums tels qu’Agoravox, la grande majorité des gens continue à avaler ces mensonges encore et encore. Comme le précise JL dans son commentaire, les responsables sont "choisis" par le bon peuple, et seront reconduis dans leurs fonctions à la prochaine échéance électorale. Alors pourquoi se priveraient-ils ?
          La seule possibilité de casser cette marche inéluctable apparaitra lorsque les gens commenceront à crever de faim, qu’ils ne pourront plus subvenir à leurs besoins élémentaires. Mais les dirigeants ont prévu le coup et nous préparent en parallèle une bonne dictature bien repressive pour mater la révolte. 
          Aujourd’hui Sa Sarkozeté vient de promettre 600 millions d’euros au secteur sinistré de la presse écrite, soit encore un gros cadeau à ses potes pour qu’ils continuent à nous laver le cerveau avec notre propre poignon. Tout le monde applaudit à grands fracas. Le bon peuple dort, et le reveil promet d’être brutal.


          • fhefhe fhefhe 24 janvier 2009 04:04

            La BNP dit avoir ouvert 1 000 000 de Livrets A depuis le 1 er janvier 2009 !!!
            Son président dit que cela contribuera ....."à la construction de logements sociaux.." On verra bien...
            Il y a 3 sortes de Menteurs...
            Les Menteurs...
            Les Sacrés Menteurs
            Et les...Politiciens.
            Qui peut croire à une "Moralisation de la Finance"....comme je l’ai dit dans un précédent commentaire :
            " Un financier est un homme qui fait des calculs justes en partant de prémices douteuses pour aboutir à vôtre ...ruine " (Ex : les Mathématiciens qui ont mis au point la "martingale" des SubCrimes en est la preuve ).
            Les bénéfices des Grandes Banques qui se chiffrent en Milliards d’€ en gérant les comptes de particuliers et des artisans...est en grande partie dûs au Frais de Gestion de nos comptes...
            Les banques n’ont pas de Dépenses de :
            Recherches et Développement,
            De Logistiques,
            De Transports,
            D’achats de Matiéres Premiéres,
            Etc....
            Il est vrai qu’avec 15% de frais si je prends de l’argent dans un autre distributeur que ma banque...je comprends mieux de tels profits...( 3€ me sont débités pour cette opération... donc 20€ me coûte 23€ et sur 100€ cela fait 3%...plus que le Futur Taux de Rénumération du livret A.... !!! ma banque s’appelle la BNP)
            Qui peut me dire quelles sont les sociétés de service , hors secteur bancaires , qui affichent de tels résultats ... ????
            La moralisation des Banksters et de la Finance est une imposture véhiculée par la "Médiacratie" sponsorisée par les puissants de ce monde ...
            Nôtre STarkosy n’est pas à un mensonge prés....




            • tchoo 25 janvier 2009 12:04

              Et cex bénéfices affichés ne sont-ils pas virtuels ?
              combien de produits toxiques ces banques possèdent-elles ?
              le savent-elles seulement ?

              Quand aux frais facturés, c’est un véritable racket !



              • papoune 28 janvier 2009 20:39

                Quand on échoue, on doit se retirer !
                Je ferai à nouveau confiance à un banquier lorsque ceux qui nous mis dans ce foutoir auront tous été démissionné par leurs conseils d’adminitration et leurs actionnaires !!!
                C’est dire si je ne suis pas prêt de refaire confiance à ces grands hommes de la finance compétents et mal payés !!!
                Et je ne voterais plus pour un président qui les soutient par défaut...

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