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Bâtir une station météo de l’emploi et de l’activité

« Le chômage baisse »... Cet axiome gouvernemental, asséné et répété, est de plus régulièrement mis en scène. Cet axiome mérite décryptage. La baisse du chômage n’est réelle sur le plan statistique que depuis février 2006, et elle doit peu à la politique du pouvoir en place. L’essentiel est dans une démographie favorable à cette baisse et dans la multiplication des artifices conduisant à sortir les chômeurs des listes officielles. A défaut d’agir massivement sur le niveau de chômage réel, l’actuel gouvernement instrumentalise, à des fins électorales, une baisse, fabriquée, pour l’essentiel, du nombre des chômeurs.

Comment être bientôt en dessous des deux millions de chômeurs officiels alors que le nombre d’allocataires de minima sociaux ne cesse de croître ? En France, plus de trois millions de personnes sont allocataires d’un minimum social. Avec les ayants droit, conjoints et enfants, c’est un peu plus de six millions de personnes qui vivent d’un minimum social. Ces chiffres ne sont pas communiqués ni commentés chaque mois. Il en est de même pour les situations de sous-emploi. Les personnes travaillant moins qu’elles ne le souhaitent sont aujourd’hui plus de 1,2 millions. Ce sous-emploi explique la croissance massive du nombre des « travailleurs pauvres ». Cette réalité-là n’apparaît aucunement à travers l’indicateur médiatisé des statistiques du chômage. Un indicateur dont la pertinence est aujourd’hui en débat.

Les demandeurs d’emploi inscrits à l’ANPE sont classés dans différentes catégories en fonction de la nature de l’emploi qu’ils recherchent et de leur disponibilité. Il existe ainsi huit catégories de demandeurs d’emploi. Les statistiques officielles publiées chaque fin de mois privilégient les demandeurs d’emploi de catégorie 1, c’est-à-dire ceux qui recherchent un emploi à temps plein en contrat à durée indéterminée et qui n’ont pas travaillé plus de 78 heures au cours du mois. De plus, ce nombre est « corrigé des variations saisonnières », c’est-à-dire qu’il est modifié afin de réduire les effets de variations parfois fortes, mais revenant chaque année. En définitive, le nombre mensuel de demandeurs d’emploi livré en pâture aux médias est un nombre bien épuré !

Un nombre épuré qui doit être en baisse... C’est la priorité des pouvoirs successifs. Depuis déjà plusieurs décennies, la publication et la médiatisation de ce chiffre influent considérablement sur les politiques de l’emploi. Cet indicateur, pourtant extrêmement réducteur d’une réalité particulièrement complexe, est devenu l’alpha et l’oméga des hommes politiques. Un indicateur sacro-saint qui déclenche des actions politiques conjoncturelles visant la baisse statistique immédiate du chômage, alors qu’on est en droit d’attendre de véritables politiques structurelles. Les techniques du camouflage statistique pour sortir les chômeurs de la catégorie 1 sont nombreuses. Revue de détails qui est loin d’être exhaustive.

Les emplois aidés

Le nombre des emplois aidés par l’Etat est aujourd’hui considérable et en augmentation : 212 000 CIVIS (Contrat d’insertion dans la vie active), 47 000 contrats d’avenir, 166 000 contrats d’accompagnement dans l’emploi... Ces contrats sont trop précaires et trop subventionnés pour être durables ; ils alimentent le chômage caché.

Le suivi mensuel des demandeurs d’emploi

Depuis le 1er janvier 2006, quatre mois après son premier entretien à l’ANPE, le chômeur entre dans le processus de suivi mensuel. En multipliant les fréquences et les opportunités d’accès à l’information sur les emplois disponibles, ce dispositif permet à des personnes immédiatement employables de retrouver rapidement un emploi. Le suivi mensuel permet aussi de sortir des statistiques une partie des autres chômeurs. En effet, la mensualisation du suivi entraîne une explosion mécanique des convocations, d’où découle une explosion, elle aussi mécanique, des absences à convocations. Les sorties de la liste des demandeurs d’emploi sont alors plus nombreuses. De plus, le dispositif peut conduire à la culpabilisation et au découragement de nombreux chômeurs qui, face à leur incapacité à trouver du travail, et fatigués d’être convoqués inutilement, cessent leur recherche et disparaissent des listes de l’ANPE.

Le contrôle de la recherche d’emploi

La réforme du contrôle de la recherche d’emploi intervenue à travers le décret du 2 août 2005 conduit à multiplier les exclusions temporaires de l’assurance-chômage. Chaque mois, près de 1700 chômeurs voient leur allocation réduite ou supprimée et ils disparaissent, au moins momentanément, des statistiques officielles.

La mauvaise indemnisation des chômeurs

Seulement environ la moitié des chômeurs sont indemnisés par le système de l’assurance chômage (les Assedic). Dans ce contexte, certains chômeurs ne maintiennent pas leur inscription à l’Assedic et à l’ANPE. Et ils ne sont donc plus comptabilisés comme chômeurs !

La sempiternelle polémique sur le nombre de chômeurs affiché le confirme : la statistique mensuelle du chômage a désormais perdu toute crédibilité. Les indicateurs permettant de véritables analyses sur l’activité, les emplois et le chômage existent. La vraie question devient donc : quels sont les indicateurs à médiatiser pour utilement éclairer les débats sur le chômage et sur son évolution ?

L’idée d’abord défendue ici est de médiatiser prioritairement le solde net des créations ou des disparitions d’emplois. C’est là un intéressant critère pour rendre compte de l’activité d’un pays.

Ensuite, en ce qui concerne le nombre de chômeurs, il semble pertinent d’afficher largement le nombre d’actifs qui ne travaillent pas du tout, ou pas autant qu’ils le souhaiteraient. Cela reviendrait à additionner les huit catégories de chômeurs existant aujourd’hui en y ajoutant les demandeurs d’emploi des DOM et les dispensés de la recherche d’emploi[1]. On aurait enfin un chiffre non épuré qui permettrait de connaître le nombre réel de chercheurs d’emploi.

Enfin, puisque des personnes privées d’emplois ne sont pas inscrites à l’ANPE, il est important d’avoir des données sur l’importance de la pauvreté et de savoir combien de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. Cet indicateur est d’autant plus essentiel que le nombre de jeunes actifs pauvres en situation d’emploi ne constitue plus un phénomène marginal.

L’ampleur de l’activité avec ses effets sur le niveau de l’emploi, le nombre de chercheurs d’emploi et le niveau de la pauvreté, tels sont les trois indicateurs à privilégier. L’objectif n’est en rien de « casser le thermomètre pour cacher ces chômeurs que nous ne saurions voir » ; il est, au contraire, de bâtir une véritable « station météo » de l’emploi et de l’activité.



[1] Les demandeurs d’emplois proches de la retraite sont dispensés de recherche d’emploi et ne sont pas comptabilisés comme chômeurs.

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Les réactions les plus appréciées

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    Par Sophie (xxx.xxx.xxx.176) 27 novembre 2006 15:18

    DRE : Les chômeurs de plus de 55 ans "dispensés de recherche d’emploi" étaient 411.840 à fin septembre 2006. Ils ne rentrent dans aucune des 8 catégories et ne sont pas comptabilisés.

    CRP/CTP : les signataires des "convention de reclassement personnalisé" ou autres "contrats de transition professionnelle" vont directement dans la catégorie 5 (formation) alors qu’ils viennent tout juste de perdre leur emploi. Leur nombre exact est peu connu, mais ils seraient plus de 60.000... Les dispositifs CRP et CTP sont la dernière astuce de Jean-Louis Borloo pour tronquer les chiffres officiels.

    Les allocataires des minima sociaux étaient 3,5 millions à fin 2005. Cette année-là, les allocataires de l’ASS ont augmenté de 8,2% et les allocataires du RMI de 4,7%...

    A noter que 12% des inscrits à l’ANPE sont RMIstes, ce qui signifie que seulement 63% des 1,26 million de RMIstes ne rentrent pas dans les chiffres du chômage.

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    Par Comenius (xxx.xxx.xxx.43) 29 novembre 2006 15:34

    Deux bonnes infos

     En neuf ans, de 1996 à 2005, le chômage apparent (chômage officiel) a diminué de 21% en passant de 3.062.980 à 2.419.600 inscrits en catégorie 1 Anpe (chômage officiel). En fait, le chômage réel des diverses catégories de chômeurs et des chômeurs en partie ou en totalité dissimulés à travers différents dispositifs, calculé en équivalent "temps plein", a un peu augmenté, passant de 5.745.310 à 5.848.550.

    Cependant, la population active, occupée (ayant un emploi) ou non (chômeur inscrit), est passée de 25.591.000 (1996) à 27.637.000 (2005), au sens du BIT et de l’INSEE. Cette population active doit toutefois être corrigée en réintégrant les personnes qui en sont artificiellement exclues : les dispensés de recherche d’emploi, celles en préretraites entières et les chômeurs en stage. La population active corrigée devient 26.070.000 en 1996 (+479.000) et 28.132.000 en 2005 (+495.000).

    Le taux de chômage apparent (officiel) est de 11,96 % en 1996 et de 8,75 % en 2005, en prenant la moyenne annuelle de la catégorie 1 de l’ANPE.

    Le taux de chômage réel est :
     16,97 % en 1996 et 14,54 % en 2005 sans tenir compte de l’équivalence chômage des emplois à temps partiel
     22,04 % en 1996 et 20,79 % en 2005 en tenant compte de ce chômage partiel de fait.

    Lire http://travail-chomage.site.voila.fr/chomage/chom_reel_1996_2005.htm

     
     Et pour relativiser avec la durée du travail moyenne dans divers pays, ce qui a son importance sur le taux d’emploi et le niveau du chômage.

    Lire http://travail-chomage.site.voila.fr/emploi/duree_travail.htm

    En faisant la moyenne de tous les emplois, à temps partiel et à temps complet, on travaille plus en France (36,3 h par semaine) qu’en Italie (36,2 h), au Danemark (35,1 h), en Allemagne (33,6 h), aux USA (33,8 h), en Espagne (33,2 h), en Grande-Bretagne (31,7 h), en Suède (30,1 h ou 36,1 h pour ceux "au travail"), aux Pays-Bas (29,2 h) et dans d’autres pays.

    Un texte précis et bien documenté (sources officielles)

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