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Accueil du site > Actualités > Economie > Beaucoup de bruit pour rien !

Beaucoup de bruit pour rien !

Certains économistes estiment qu’il est beaucoup trop prématuré pour la Réserve Fédérale Américaine d’assouplir sa politique expansionniste qui consiste à injecter des liquidités dans l’économie. Il est vrai que l’option encore la moins risquée aujourd’hui serait de maintenir le statu quo sur les taux d’intérêts US, le Nobel 2008 Paul Krugman affirmant effectivement - et probablement avec raison - que les mesures « agressives (de la Fed ) ont pour le moment écarté les dangers » permettant seulement à l’économie de son pays de « reculer de quelques inches loin du sommet de l’abysse »...

En fait, définir une politique monétaire appropriée se révèle toujours être un exercice délicat et incertain, notre période actuelle étant à cet égard particulièrement critique, et ce pendant que toute une faune d’analystes - dont je fais partie - décortique confortablement et a posteriori les décisions - bonnes ou mauvaises - des autorités monétaires… C’est ainsi qu’après avoir réduit considérablement ses taux d’intérêts durant la période 2000-2002, la Fed n’a pas jugé bon d’entamer un resserrement de sa politique monétaire par la suite dès lors que l’économie US renouait avec la croissance entre 2003 et 2004. Erreur de jugement maintes fois stigmatisée - y compris par moi – quoique n’ayant pas nécessairement attisé les pressions inflationnistes mais ayant à tout le moins ouvert la voie à une tendance lourde de politique du crédit excessive via un coût de l’argent dérisoire ayant entraîné tous les artifices et excès d’investissements que l’on connaît.

La Banque Centrale Américaine n’en était certes pas à sa première erreur d’appréciation mais, à sa décharge, comment prendre des décisions optimales dans un monde en constante évolution et dans un contexte où même les informations à sa disposition sont souvent incomplètes, parfois tronquées ? La tentation étant donc grande de passer d’une extrême de politique monétaire à une autre en un temps record même si nos autorités monétaires essaient tant bien que mal de naviguer entre ces deux extrêmes sachant qu’il est évident que, parvenus au stade actuel des taux zéro, ces derniers sont condamnés à être relevés...

L’exemple Japonais reste toutefois omniprésent, la Banque du Japon ayant été historiquement la toute première Banque Centrale d’importance à pratiquer les baisses de taux quantitatives afin de guérir son économie de la plaie déflationniste. Suite à une période restrictive de ses taux au début des années 90 ayant abouti à une inflation négative et à une descente aux enfers de son marché immobilier, la Banque du Japon dut ainsi se résoudre à parachuter force liquidités sur l’ensemble de son économie, réussissant enfin à faire remonter son taux d’inflation de -1.6% en 2001 à 2% en 2008...avant que ce dernier ne redevienne négatif aujourd’hui et qu’elle ne retrouve ses vieux réflexes de politique hyper expansionniste, comme toutes les autres Banques Centrales des pays développés du reste ! 

Quant à l’inflation Américaine particulièrement basse de l’ordre de 1% en 2002 qui progressait à 5% en 2008, elle enregistre néanmoins une hausse intéressante sur le premier trimestre 2009 puisqu’elle se situe à 2.3%, soit en hausse notable par rapport au dernier trimestre 2008 où elle était à 1.7%, et ce sous l’effet naturellement inflationniste des multiples stimuli US et en dépit de la conjoncture fortement récessionniste...

Les pouvoirs thaumaturgiques d’une Banque Centrale consistant à pouvoir créer de la monnaie à partir du néant ont donc une conséquence directe et incontestable sur le contexte inflationniste de son économie. La politique monétaire est - et reste - donc un instrument puissant à disposition d’une Banque Centrale dont elle n’hésite pas à faire usage afin de parvenir à ses objectifs. La bureaucratie et la politique manipulent souvent maladroitement et hors contexte - quand elles n’en abusent pas - de cette arme de politique monétaire dont Friedman avertissait il y a longtemps déja qu’elle déroulait ses effets de manière variable et sur le long terme. Toujours est-il que la politique excessivement expansionniste de la Fed dans le cadre de la crise actuelle consistant en une création massive de monnaie mais qui pour autant ne satisfait qu’à grand peine la quête effrénée des marchés en liquidités libellées en dollars n’a pas les effets inflationnistes théoriquement escomptés du fait d’une consommation US plus que jamais sinistrée.

De fait, le consommateur et citoyen Américain moyen, qui ne peut plus se permettre aujourd’hui d’emprunter - ou qui n’en a plus envie ? - ne profite plus que très marginalement à son industrie bancaire nationale. Pourquoi en effet s’acharner à prêter au citoyen Américain qui n’est plus en mesure d’emprunter pour consommer encore et toujours et ce même si le système bancaire US lui doit son renflouement ? Les établissements Américains gagneraient bien plus à accorder des crédits aux ménages Chinois par exemple dont la capacité d’emprunt - et l’enthousiasme - sont intacts et dont l’économie connaît toujours la croissance en lieu et place de tenter encore et toujours le consommateur Américain dont le risque de défaut est inversement proportionnel aux profits réalisés par les Banques US dans leur propre pays ! A l’instar des délocalisations des entreprises Occidentales motivées par des salaires et des charges sociales réduits, la course à l’efficience et la pérennisation des profits des actionnaires bancaires imposeraient de recentrer tout naturellement les activités de l’industrie bancaire Américaine vers les pays du BRIC dont la capacité d’endettement des citoyens est substantielle et en pleine progression. N’est-ce pas là une manière comme une autre de redistribuer les richesses ? 


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19 réactions à cet article    


  • Gandalf Tzecoatl 19 juin 2009 16:45

    « N’est-ce pas là une manière comme une autre de redistribuer les richesses ? »

    Oui, mais on ne pourra pas accepter toute la redistribution du monde, paraphrase rocardienne.


    • franck2009 19 juin 2009 16:59

      Certains pronostiquant la débacle du dollar pour cet été, verraient cette débacle retardée de quelques instants....( ...quelques mois pour Obama, une seconde pour l’humanité )


      • Gandalf Tzecoatl 19 juin 2009 17:19

        Afin de réactualiser mes sources, le dollar menant le rock de 65% des échanges internationaux, vive le piano sur sa chute.

        Les BRIC ont bon dos de comploter, ça casse pas une brique leur manque de transparence, puisqu’ils ont refusé la présence d’observateurs (bigleux ?) des USA.

        Non, le dollar a de bons fondamentaux apaches, sioux, cheyennes, et cie.


      • Forest Ent Forest Ent 19 juin 2009 17:39

        Il y aurait une logique : on a envoyé les emplois en Chine, et maintenant on leur restituerait la consommation associée. Mais ça suppose un système politique chinois capable de supporter et maîtriser une demande de consommation locale. Ca ne m’a pas l’air le cas.

        Je sais que nous divergeons sur les chances de succès du gonflage d’une bulle de secours. Moi, je suis un « fondamentaliste », c’est à dire que je ne crois pas que les déséquilibres puissent pallier les déséquilibres, et qu’une bulle de crédit puisse être soignée par une bulle de crédit. Il y a un moment où il n’y a plus de place pour la poussière sous le tapis.

        Ces derniers mois, j’ai effectivement senti l’ambiance financière s’améliorer tandis que l’économie continuait à se dégrader. Amha, ça veut dire choc bientôt. D’ici Noël, les indices vont replonger brutalement.

        Par ailleurs, dans beaucoup de vos articles, vous nous interrogez sur la probabilité que les gouvernements prennent de « bonnes » décisions. La réponse me semble assez simple : il était infiniment plus facile d’éviter cette crise que de la résoudre.


        • Gandalf Tzecoatl 19 juin 2009 17:57

          La résolusionitude barbare me semble banale et volontairement limité, et après ?
          Ce n’est pas la finalité, si ?

          Autant l’occident a trouvé intérêt à la monnaie (invention chinoise), la Chine semble avoir trouvé intérêt au capitalisme occidental. Simple échange culturel, comme le besoin le souhaite.

          La barbarie est dans l’opinion par trop partagée et le manque de raison.


        • Forest Ent Forest Ent 19 juin 2009 19:06

          Je n’ai pas bien compris votre commentaire.

          Et je ne pense pas que la monnaie ait été une invention chinoise. Selon l’ouvrage de vulgarisation de Vincent Lannoye, « la monnaie et les banques », le « code de Hammourabi » (1800 av JC) s’exprimait en unités de grain, et le « code de Eshnunna » (2000 av JC) en unités métalliques. Les biens intermédiaires comme unités de troc, comme le sel, ont du être utilisés dès le néolithique. Les plus anciens métaux frappés comme monnaie trouvés sont lydiens (Turquie) vers -700. On en trouve peu après en Grèce.


        • Gandalf Tzecoatl 19 juin 2009 19:47

          Heureusement que le passé fait bien les choses.


        • Michel Santi Michel Santi 20 juin 2009 09:27

          Je ne pense pas qu’une bulle du crédit - ou qu’une bulle tout court - remplacera la bulle du crédit ayant implosé en 2007. Je penche plutôt pour un nouvel excès (naturel eu égard à la voracité et à l’appât du gain humain ) qui chassera l’ancien. 
          La métaphore de la poussière sous le tapis est certes saisissante mais que diriez-vous si je vous opposais la suivante : La Nature a horreur du vide ?

          Sinon, je partage entièrement votre prédiction de bourses qui vont plonger, selon moi, dans une période comprise entre Octobre 2009 et Janvier-Février 2010, mes critères d’appréciation étant techniques ( je suis un « chartiste » et traite énormément en fonction de mon interprétation de mes charts ). Vous me direz que ce que je prévois est incompatible avec mon autre prévision, fondamentale celle-là d’une reprise...
          Pas nécessairement en fait si la reprise est molle et que les taux entament une lente remontée.
           


        • Forest Ent Forest Ent 20 juin 2009 13:49

          @ l’auteur

          Je penche pour un nouvel excès qui chassera l’ancien. La nature a horreur du vide.

          Oui, mais pas nécessairement financier ou économique : ça peut être géopolitique ou social.

          Vous me direz que ce que je prévois est incompatible avec mon autre prévision, fondamentale celle-là d’une reprise... Pas nécessairement en fait si la reprise est molle et que les taux entament une lente remontée.

          Il faut voir ce que l’on appelle « reprise ». Si c’est en termes économiques, la situation n’a amha pas fini de se dégrader car nous n’avons pas déjà vu toute la cascade des effets sur l’économie réelle. Le choc de l’emploi sera par exemple maximal à la sortie des universités en septembre.

          Ceci pourrait, comme pour le Japon mais à l’échelle mondiale, être une nouvelle situation durable, et il se peut que l’on ne retrouve pas de croissance avant 10 ans. Juste à temps pour le papy-boom et la grande décroissance.

          Un témoin des années 1930 a dit : « à chaque fois qu’on pensait que c’était fini, on se rendait compte que ça ne faisait que commencer ».


        • Internaute Internaute 19 juin 2009 21:03

          « sachant qu’il est évident que, parvenus au stade actuel des taux zéro, ces derniers sont condamnés à être relevés... »

          Mais non, mon cher, il faut être imaginatif. Sachant que nous sommes entrés dans les « uncharted waters » nous devrions essayer le taux d’intérêt négatif. On va à la banque contracter un emprunt et la banque nous paye pour ce service. C’est cela la nouvelle économie ! smiley

          Trève de plaisanterie le cas japonais est quand-même un sac de noeud à avaler pour les tenants de l’inflation par la création monétaire et la baisse des taux. Les japonais ont arrosé le monde de leur yen, ont pratiqué des taux quasiment nuls, tout cela depuis 10 ans et le yen tient trés bien la barre sans qu’il y ait d’inflation notoire au Japon. Par contre, ils n’ont pas réussi pour autant à faire redémarrer leur économie.


          • Gandalf Tzecoatl 20 juin 2009 09:16

            « Par contre, ils n’ont pas réussi pour autant à faire redémarrer leur économie. »

            Ils ont des PIB par habitant le plus élevé, et leur démographie les dessert, c’est finalement normal.


          • plancherDesVaches 21 juin 2009 13:06

            Je vais répondre ce que je répondai aux économistes en octobre 2008. Lorsqu’il est apparu que depuis un mois, nous étions entré dans un nouveau 1907 ou plutôt 1929.

            Le Japon n’est ABSOLUMENT PAS une référence dont on peut tirer des conclusions pour ce que nous vivons actuellement. Au mieux est-il un cas d’école d’une certaine politique économique lorsque l’Asie s’est fait attaquée.
            Je vous signale donc qu’à l’époque, tous les autres acteurs économique se portaient bien.Et, de fait, les exportations du Japon lui ont permis d’engranger des richesses.
            Maintenant, la volonté de ne pas rembourser sa dette pour autant n’est qu’une position....

            Hors, actuellement, pas un pays ne peut soutenir un autre grace à ses exportations.
            Et à vu de nez, le cours de 1,39 Euro/dollar qui est l’objectif BCE/FED va finir par lâcher.


          • FR-ank FR-ank 19 juin 2009 21:43

            @ l’auteur
            ...ouvert la voie à une tendance lourde de politique du crédit excessive via un coût de l’argent dérisoire ayant entraîné tous les artifices et excès d’investissements que l’on connaît.
            D’accord mais en + avec une politique poussant a ces exces par l’administration BUSH (et precedente) avec une dereglementation totale et une innovation financiere malsaine ( hedge funds, exoneration d’impot pour les societes, paradis fiscaux...)
            je pense sincerement que les USA ne pourront pas s’en sortir, On assiste a une vraie destruction de la classe moyenne etasunienne (d’un cote les tres riches et de l’autre les tres pauvres)
            ...Les établissements Américains gagneraient bien plus à accorder des crédits aux ménages Chinois... et arrive a la meme catastrophe qu’ils ont crees aux USA ???
            il faut remplacer le dollar et redonner la creation monetaire aux etats.


            • herbe herbe 20 juin 2009 11:27

              Selon cet économiste il faudrait appliquer cette solution :

              http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2766

              Tant qu’a se ruiner à renflouer ça à l’air séduisant l’annulation des dettes !?

              Qu’en pensez vous ?


              • plancherDesVaches 21 juin 2009 12:48

                Bonne remarque.

                Sauf que l’annulation de toute dette est un refus de responsabilité. Et la porte ouverte à encore plus de création de dette.
                J’imagine aussi la tête des Chinois si les US leur disaient que leur pactole de 2000 milliards de dollars ne valait plus rien... smiley

                Mais l’utilisation de la dette est effectivement ce qui se passe en temps de guerre.
                Tout gouvernement qui se place en « économie de guerre » va faire chauffer la planche à billet et lancer son industrie dans une production la plus intense possible d’armes.
                Lorsque la guerre sera gagnée, il va imposer au(x) pays vaincu(s) :
                - des « dédommagements » à hauteur de l’effort économique qu’il aura produit.
                - un contrôle du pays afin que les efforts de reconstruction lui rapporte de façon maximale.

                Dans les faits, il en fait une colonie. L’Irak doit vous dire quelque chose....


                • alberto alberto 20 juin 2009 14:29

                  Les consommateurs chinois débiteurs de banques US ? N’y songer plus et oublier ça : jamais un gouvernement chinois n’acceptera cette situation.

                  Les chinois dépensent déjà suffisamment d’énergie pour sortir du cercle vicieux qui les condamnent à continuer d’acheter du dollar pour éviter de voir leurs propre cagnotte (gavée des dits dollars) fondre dès l’arrêt de leur contribution. Pour preuve, voir les prémices d’entente des « BRIC » pour inventer une nouvelle monnaie de référence et laisser le dollar vivre sa vie sans entraîner les copains si chute il doit y avoir.


                  • omar omar 20 juin 2009 23:09

                    un peu de poésie urbaine dans un monde de chiffres :


                    • millesime 21 juin 2009 19:06

                      à l’auteur,
                      vos prévisions ’techniques et fondamentales" de bourse n’ont plus aucune valeur dans des marchés pour laquelle la situation est complétement nouvelle et n’a jamais été observée par le passé.
                      on peut-être inquiet par contre de la montée des taux sur les marchés obligataires, car les entreprises vont avoir besoin de financement et aucun pays ne trouvera sur le marché les milliards nécessaires la concurrence sur les taux risque donc d’être implacable.
                      l’euphorie actuelle sur les marchés actions est bien éphémère.. !

                      http://millesime.over-blog.com

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