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Accueil du site > Actualités > Economie > Bonheur ? vous avez dit bonheur ? (2/2)

Bonheur ? vous avez dit bonheur ? (2/2)

Nicolas Sarkozy a demandé à deux prix Nobel d’économie de réfléchir sur de nouveaux indicateurs de richesse. Le plus connu, le PIB, serait devenu obsolète et incomplet. La science économique a mis en perspective différentes approches de la richesse et du bien-être. Deux écoles s’affrontent, deux visions du monde s’opposent... Voici la seconde présentée.


Nous avons vu dans un article précédent la vision néoclassique du bien-être et les implications sociétales qui en découlent. L’objectif de ce second volet est de présenter les limites d’une telle vision et de proposer une alternative crédible. Cependant, n’attendez pas pas ici de réponses toutes faites, cette article doit être compris, non pas comme une bonne parole parmi tant d’autre, mais comme une sorte d’étrier permettant, je l’espère, de comprendre les enjeux et offrant un éclairage le plus simple possible des théories hétérodoxes.

Pour débuter, cette analyse part de trois postulats fondamentaux :

  1. La richesse n’est pas la valeur, elle vaut plus que la valeur.

  2. Le PIB est un indicateur limité du bien-être.

  3. La redéfinition de la richesse est nécessaire à la redéfinition de la place du travail dans nos sociétés, et à la conceptualisation du nouveau développement durable.

La richesse ?

Qui n’a jamais entendu parler du produit intérieur brut (PIB) ? Qui n’a jamais entendu parler de sa croissance ? Mais comment le définir ? Le PIB est la somme des valeurs ajoutées monétaires (exprimées par un prix). Par conséquent, il exclut toute les activités extérieures à la sphère monétaire, comme le travail bénévole ou la socialisation familiale par exemple. A contrario, il prend en considération des activités économiques néfastes et peu enclin à améliorer le bien-être de tous, prenons l’exemple des activités polluantes ou des productions nuisibles. De plus, comme nous l’avons vu précédemment, à partir d’un seuil de PIB (15000€/pers/an) l’amélioration du bien-être semble décliner.

La conception de la richesse dépend essentiellement du système économique actuel qui centralise son objectif et ses finalités autour de la production de valeur pour le capital c’est à dire la croissance du PIB. La richesse est donc purement monétaire, telle est la conception traditionnelle. Pour comprendre cela, nous devons revenir sur un point théorique central et primordial. En effet, cette vision et définition de la richesse découle du refus des économistes néoclassiques de distinguer valeur d’usage (VU) et valeur d’échange (VE). Cette distinction apportée par Aristote, Smith, Ricardo et Marx souligne la différence entre la richesse (la VU) et la valeur (VE). En effet, la VU est l’utilité apportée par la consommation de tel ou tel produit, par l’utilité de telle ou telle activité... La valeur d’échange est la valeur qui vient grossir le capital. Pour l’analyse néoclassique, cette distinction n’existe pas, ainsi, tout ce qui vaut est richesse. On retrouve la derrière la conception de l’optimum de Pareto et de l’économie du bien-être. L’accumulation matérielle et la maximisation des revenus sont sources de valeur et donc de richesse.

Quelles sont les conséquences de ce postulat ? Seuls les biens et services marchands et monétaires sont utiles et permettent d’accroître le bien-être collectif et individuel. Nous comprenons maintenant pourquoi l’idée centrale de l’économie libérale est la privatisation et la place centrale du marché. L’évaluation monétaire permet des choix rationnels sur les marchés autorégulés.

La richesse vaut plus que la valeur.

Cependant, « le champ de la richesse ne se réduit pas à la valeur », pour reprendre l’expression de J-M Harribey. Comment illustrer cette expression ? Prenons l’exemple du lait maternel bu par le nourrisson au sein de sa mère, a-t-il une valeur d’échange ? Non. A-t-il une valeur utilité ? Oui, car cet acte maternel est la vie ! La VU est infinie mais il n’existe aucune VE, aucun prix, aucune expression monétaire. Nous pourrions trouver une multitude d’exemple, la lumière du soleil, le rôle des vents, la socialisation, la biodiversité...

La vision néoclassique et libérale, qui réfute cette différence fondamentale, nie l’existence de richesses non monétaires et non marchandes. Ainsi, le PIB mesure ce qui est produit mais ne comptabilise pas les activités bénévoles, l’éducation personnelle, le travail domestique, le temps passé à écrire cet article, etc... qui permettent sans conteste d’améliorer le bien être de tous, la richesse d’une nation. La croissance du PIB correspond essentiellement à la croissance de la sphère monétaire et marchande. Car même si le PIB prend en compte les activités de services publics collectif, ils sont exprimés monétairement (mais ne sont pas vendus), la conception libérale néoclassique ne trouve aucune place pour l’activité de service publique non marchand. En effet, l’éducation, la santé pour ne citer qu’eux, doivent être privatisées car seul le marché est efficace, et la satisfaction des besoins ne peut provenir que de l’extension de la sphère marchande. L’expansion de la sphère marchande (VE) entraîne avec elle l’expansion de la richesse (VU).

Implications

Cette vision biaisée amène aux pires conclusions. Voici extrait des analyses d’économistes. J-L.Mingué (1977), « en faisant l’hypothèse initiale que seuls les croyants s’adonnent à la pratique religieuse, on peut percevoir le ménage comme producteur d’un bien d’investissement, d’un bien durable dont les bénéfices, à la différence de tous les autres biens, ne se réaliseront que dans l’au-delà. Ainsi, dans la fonction d’utilité du ménage, l’un des éléments, disons Z1, identifie la valeur actuelle de la consommation posthume : U=U(Z1,,,, Zm)... » [René Passet, une économie de rêve, p.82]. Toujours pour Mingué [in Passet, page 76], « pour consentir à la formation d’un ménage, [les intéressés] doivent en escompter un gain d’utilité. L’utilité obtenue dépendra de biens et services produits à l’intérieur du ménage par la combinaison des inputs acquis sur le marché et leur propre temps... de l’analyse des coût du mariage, la dimension la plus fertile en corollaire concerne les coûts associés à la recherche du conjoint optimal... ». Summer L., 1992 à la banque mondiale « le calcul du coût d’une pollution dangereuse pour la santé dépend des profits absorbés par l’accroissement de la morbidité et de la mortalité... Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable » [in René Passet, p.67].

La logique du slogan présidentiel « travailler plus, pour gagner plus », s’inscrit dans cette logique libérale. L’objectif derrière est l’accroissement toujours plus irrésistible de cette sphère marchande qui dans l’imaginaire enrichira le pays. Travailler toujours plus, et perdre du temps pour d’autres activités affaiblie le lien social, affaiblie les solidarités, détruit toute cette richesse non matérielle qui fait avancer les sociétés. Travailler plus pour le capital et moins pour soi, n’est-ce pas une forme de retour en arrière quand on sait que l’histoire de l’Humanité se comprend par la baisse du temps passé par les hommes au travail. La baisse du temps de travail pour mieux vivre est nécessaire et source de richesse pour la nation. Ne travailler que pour la satisfaction de besoins essentiels, offrir du temps libre pour l’activité non marchande et non monétaire est créateur de lien social et source de richesse collective. La baisse du temps de travail détermine une nouvelle économie, non pas celle qui tente de rationaliser le comportement humain, mais celle qui de tout temps souhaite économiser ; le travail et les ressources naturelles. Le progrès de l’Humanité ne passerait-il pas par là ?

Ces deux visions de la richesse mettent en avant deux philosophies et modèles de développement. La société du bien être marchand et matériel, l’homme rationnel en situation de concurrence, l’économie de marché. La société qui refuse la marchandisation, qui réhabilite la production non marchande et des services publics performants, qui partage le travail. Reconsidérer la richesse est un préalable important à la redéfinition des objectifs et finalités de nos sociétés. Cette redéfinition a pour avantage d’apporter une réponse claire et précise à la logique de marchandisation puisque tout simplement la richesse n’est plus à rechercher systématiquement dans la sphère monétaire et marchande. Nous en sommes tous conscients, mais théoriser ce postulat est un préalable à la constitution d’une théorie alternative. Cette dernière fondée sur les idées suivantes ; le travail se partage, le principe de privatisation et marchandisation perd tous fondements théoriques, le concept de développement durable ne peut pas se résumer à la recherche d’une « croissance durable ».

PS : pour plus de renseignements :

- René Passet, L’illusion néo-libérale

- J-M Harribey, Démence sénile du capital
 le développement en question


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7 réactions à cet article    


  • chmoll chmoll 20 septembre 2008 11:44

    pfffff c pénible ça, combien d’comission nico a nommé, la plupart aux oubliettes

    combien vont core ètre payés c 2 là ?


    • foufouille foufouille 20 septembre 2008 12:20

      j’aime bien cette phrase

      « le calcul du coût d’une pollution dangereuse pour la santé dépend des profits absorbés par l’accroissement de la morbidité et de la mortalité... Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable »

      et apres on va encore dire que je suis parano............


      • nesta nesta 20 septembre 2008 14:55

        Voici la lien de la première partie :

        http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=44533


        • Gandalf Tzecoatl 20 septembre 2008 23:29

          Mais lorsque j’ai besoin ou que l’on a besoin de moi dans la sphère VE, j’y suis, quand on a besoin de moi ou que j’ai besoin de la VE, j’y suis aussi. Où est le problème ?
          Oh, biensûr, parfois certains services gratuits que je rends sont en concurrence avec des services VE, et la VE voudrait monétiser par la force des VU, mais je suis libre d’arbitrer, n’est-ce pas ?

          Bref, deux économies complémentaires ou en concurrence, voilà tout.


          • JL JL 21 septembre 2008 05:45

            Dans vos exemples vous avez omis de dire que la valeur d’usage d’un billet de banque est nulle.

            Une société entièrement dominée par la logique VE=VU est une société de marché, CQFD.

            Et une société de marché est une société de marchands. N’est-ce pas De Gaulle qui avait dit : "L’Angleterre est une société de marchands" ?





            • kabreras kabreras 21 septembre 2008 10:19

              Le PIB n’a jamais été un indicateur du bien etre dans un pays mais uniquement de son économie.


              • JONAS JONAS 21 septembre 2008 22:50

                Réquisitoire : La richesse n’est pas synonyme de bien-être ou de bonheur, ça aide les pauvres d’esprits et ça ruine la planète ! Un riche n’est pas souvent un personnage intéressant, c’est souvent un nombriliste qui empoisonne son entourage et le monde. Il lui faut une galerie pour jouir de sa personne superficielle, c’est très souvent un m’as-tu-vu ! Il toise de la hauteur de ses liasses de billets de banque ses voisins. Le seul humour qu’il est capable d’exprimer, il le fait avec ses ami(e)s sur le dos de la plèbe. Attachez à son pognon, comme un papillon à son cocon, il ne l’abandonnera qu’à sa disparition. Il aura fait son numéro, comme un mauvais acteur, au milieu d’autres acteurs aussi mauvais que lui et en général sa sortie de scène est piteuse. Durant sa vie, il aura construit, en dehors de sa ou ses maisons, peu de chose. Son seul mérite étant d’avoir fait travailler des gens, en les payant le moins cher possible. Il ne se sera jamais posé la question de savoir s’il a mérité le bonheur, il ne connaît même pas le sien et pour cause, pour lui c’est naturel d’y avoir accès, il est dedans. En définitive, il est plus à plaindre qu’à blâmer, c’est un riche qui ne sait même pas qu’il l’est, comme la plupart d’entre nous, si nous regardions le monde avec plus d’acuité. Le bonheur est relatif comme temps, long dans la misère, court dans la richesse. Bonsoir.

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