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Bouleversements tectoniques dans le tsunami financier mondial

Le Krach boursier chinois est-il d’une ampleur comparable à celui de 2008 ? Et de quelle nature est-il ? 

Je vous fait part de la traduction d'un texte sur le sujet, paru dans le journal internet allemande TELEPOLIS, auteur Ernst Wolff, paru le 06/01/2016.

La fermeture de la Bourse de Shanghai le 3 Janvier 2016 a été effectuée en raison d'un arrêt gouvernemental, en vigueur depuis le début de l'année, destiné à endiguer la journée de négociation en cas de baisse de prix des actions de plus de 7 %. Mais elle suit aussi une période d'interventions sur le marché boursier par le gouvernement et la banque centrale qui ne sont pas sans parallèle dans le reste du monde.

 

Le marché boursier chinois est maintenu artificiellement depuis l'été dernier

Après le krach boursier chinois de Juillet et Août 2015, l'organisme d'achat de titres pour le compte de l'Etat (China Securities Corporation CCA) est intervenu avec de vastes achats, pour empêcher la poursuite de la chute après une baisse de 30 % en l'espace de trois semaines. Globalement, le CCA a des fonds totalisant de 2,5 à 3 billion de yuans (environ 400 à 500 milliards de dollars US) - environ deux tiers du total du ESM (mécanisme européen de stabilité).

En outre il y avait aussi une interdiction de vente pour les principaux actionnaires tout comme pour les fonds de pension ; dans le même temps, les cotations en cours ont été suspendues. La compagnie pétrolière d'Etat a acheté dans une large mesure ses propres actions afin de stabiliser son cours. Les investisseurs particuliers ont été autorisés à déposer leurs biens immobiliers comme gage de titres. De plus, la banque centrale chinoise a abaissé son taux d'intérêt directeur pour attirer les investisseurs avec de l'argent pas cher.

Toutes ces mesures de l'époque ont exclusivement ciblé un contrôle le plus rapide possible de la crise - sans égard pour les conséquences à long et moyen terme. Cependant, celles ci ont déjà rattrapé le pays : Le krach a eu lieu au début de l'année, quelques jours avant la levée des mesures d'urgence de l'été dernier, reflétant la crainte de nombreux investisseurs d'un krach plus grand encore.

Les analystes ont attribué la baisse des cours d'une part aux mauvais chiffres économiques - une baisse de la production chinoise dix mois d'affilée - et d'autre part, aux événements dramatiques de l'escalade du conflit entre l'Arabie saoudite et l'Iran. Cependant, les deux phénomènes ne peuvent être qu'uniquement considérés comme déclencheur de la crise actuelle. Leurs causes profondes se trouvent dans un phénomène que la Chine partage avec le reste du monde depuis la crise de 2008 : Le gonflement par les crédits des marchés des obligations, de l'immobilier et des actions.

Le moteur de la hausse des cours boursier : credit et manipulation

La Chine a un rôle particulier dans l'économie mondiale. Elle a dépassé depuis longtemps en nombre de partenaires commerciaux (environ 120 pays) les Etats-Unis (70 pays partenaires commerciaux). Sa capacité de production est la plus grande du monde. Sa monnaie le yuan n'a pas encore l'importance du dollar américain, cependant, il en prend de plus en plus et ceci dans le monde entier. La décision prise par le FMI pour admettre le yuan cette année dans son panier de devises prouve cette tendance.

Plus important que tous ces faits est que depuis la crise de 2007-2008 l'économie chinoise, comme toutes les autres économies dans le monde, est régie entièrement par une industrie financière, échappant de plus en plus à tout contrôle. Le monde politique, par pur instinct de survie, suit toutes leurs exigences afin d'éviter un effondrement totale du système.

Après l'effondrement de Lehman Brothers, le rachat de Bear Stearns par JPMorgan Chase et la nationalisation d'un certain nombre d'institutions financières internationales, les grandes institutions financières ont eu besoin en 2008 d'urgence d'argent frais pour survivre et pour être en mesure de continuer a dominer les marchés. Les gouvernements ont réagi en chargeant les banques centrales d'imprimer d'énormes quantités d'argent à des taux d'intérêt toujours plus bas pour les grands investisseurs. Mais le besoin de ceux ci n'était de loin pas satisfait. Comme l'économie réelle ne peut pas se redresser (parce que dans le secteur financier les profits sont plus rapides et plus élevés) et en dépit de toutes les déclarations contraires par les politiciens et les journalistes mainstream, la crise s'est intensifiée. Les banques centrales ont commencé à acheter les obligations gouvernementales et à intervenir sur les marchés boursiers pour aider les États défaillants.

Le demi-tour n'est plus possible

Par ces manipulations a été mise en marche une spirale infernale d'où une sortie n'est plus possible. Depuis, le casino financier mondial est presque exclusivement propulsé par l'endettement. Les cours boursier doivent constamment aller dans une seule direction pour payer les intérêts sur les dettes : vers le haut. Si les cours baissent de façon importante, les banques centrales sont obligées de pomper immédiatement à nouveau de l'argent frais dans le système - un mécanisme d'auto-renforcement qui doit finalement conduire à l'effondrement de l'ensemble du système, car il ne peut pas être inversé, même pas temporairement.

Comme les rapports de l'agence Bloomberg l'annoncent, après le krach du 4. janvier, le gouvernement chinois a acheté via des fonds souverains des actions en grande quantité et a prolongé l'interdiction des ventes pour les grands investisseurs. En d'autres termes : il a masqué l'impact des manipulations précédentes par de nouvelles manipulations encore plus fortes et il a donc déjà jeté les bases d'un krach encore beaucoup plus puissant.

La progression de ce déraillement du système au niveau international par ces manipulations montre le fait que les banques centrales ne parviennent plus à créer de l'inflation, en dépit des injections énormes d'argent. La création d'une inflation est urgente, parce que seule l'inflation, peut faire fondre la dette, même dans une moindre mesure. (Avec une inflation, les prix, les coûts de production et les recettes fiscales augmentent, les dettes elles restent constantes et baissent par rapport le niveau des prix.)

En outre, la nature dangereuse de ce cercle vicieux est alimentée par des produits dérivés (produits financiers sans rapport avec l'économie réelle). Avec la vente à découvert (pari sur la baisse des prix) ou des swaps de défaut de crédit (paris sur l'insolvabilité des participants du marché) on peut encore gagner des sommes énormes dans le secteur financier même avec la baisse des cours boursiers et les défaillances d'entreprises. L'investissement de sommes énormes dans ce domaine fait du maintien du système une question de survie. L'effondrement d'un seul grand acteur du marché serait déclencheur de défauts en chaine des assurances-crédits et le système ne pourrait pas survivre dans son ensemble.

L'effondrement des cours de bourse de Shanghai n'est pas qu'un signe d'avertissement pour les marchés financiers mondiaux. Il montre également où les marchés propulsés par les dettes vont (tous les marchés boursiers, obligations et immobiliers) et il annonce d'autres bouleversements tectoniques d'un tsunami financier à venir.

Ernst Wolff est journaliste et auteur du livre " Weltmacht IWF - Chronik eines Raubzugs" (IWF grande puissance – chronique d'un raid)


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6 réactions à cet article    


  • sls0 sls0 12 janvier 15:31

    Les USA c’est pire. L’ensemble de la dette publique+privée à dépassé les 400% du PIB, pour rappelle en 1933 elle était de 300%.

    En 2008, on a remboursé la facture avec de la dette, nos impôts futurs.
    La prochaine fois à part pour le 1% le plus riches qui font de l’optimisation fiscale et place dans les paradis fiscaux, pour les européens on rasera gratis, tout ce qui dépasse 100.000€ sur les comptes servira pour renflouer.
    La croissance c’est de l’énergie, surtout le pétrole. On a passé pic oil, les bulles qui explosent permettent de récupérer ou racler les fond de tiroir, les économies de ceux qui ne font pas partie du 1% entre autre.

    Souriez la vie est belle.


    • Doume65 13 janvier 16:27

      @sls0
      « On a passé pic oil »

      Ah bon ! Qu’est-ce qui te permet d’affirmer ça ?

      (Ne me parles surtout pas de la production qui n’augmente plus, vu que toues les cuves étant pleines, c’est juste une adaptation à l’offre.)


    • Roosevelt_vs_Keynes 13 janvier 09:36

      C’est là qu’on voit l’importance du Glass-Steagall... et surtout de sa censure par l’oligarchie.


      • rhea 1481971 13 janvier 10:06

        Tout tien avec le bidouillage des mentalités des peuples, on insuffle de la confiance artificielle aux pékins de la rue, cela relevè plus du religieux avec son clergé d’économistes que de l’économie.Ils ont trouvé des noms bizarres pour masquer la pyramide de Ponzi qu’est la finance actuelle. Ca tient au présent, dans l’avenir peu importe.


        • Jao Aliber 13 janvier 14:00

          Après celle de 2008, nous voilà dans une nouvelle crise du capitalisme.


          A la crise économique actuel du capitalisme, s’ajoute une autre crise(sans doute de moindre portée mais très curieuse) de liberté d’expression au sein d’Agoravox.

          « Le média du citoyen » empêche dans le secret la liberté d’expression en particulier certains articles jugés anti-capitaliste.Dans le cas contraire, pourquoi bloque t-on des articles critiquant le système économique actuel ? Sans utilisation de termes violents , ni d’insultes,etc. ?

          Ce comportement surprenant des modérateurs d’Agoravox est anti-démocratique parce que sans liberté d’expression, il ne saurait y avoir de démocratie véritable.

           C’est une manière pitoyable d’étouffer la liberté d’expression.

          Le pire est que ces actes de bassesses sont commis dans le pays de Voltaire, de Rousseau,etc..De ceux qui ce sont battus en 1789 pour établir une république basée sur la liberté d’expression.



          • Doume65 13 janvier 16:29

            « les banques centrales ne parviennent plus à créer de l’inflation »

            Si on arrêtait de baisser les salaires ça repartirait, non ?

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