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Accueil du site > Actualités > Economie > « C’est notre devise mais c’est votre problème »

« C’est notre devise mais c’est votre problème »

En réponse aux préoccupations européennes face à la chute du dollar durant la présidence Nixon, le Secrétaire au Trésor américain, John Connally, eut cette fameuse répartie : « le dollar est notre devise mais c’est votre problème ». De fait, cette réplique illustre parfaitement l’attitude des autorités américaines vis-à-vis de la tendance lourde d’affaiblissement de leur devise depuis les années 70. Cette attitude de royale insouciance par rapport aux aléas du dollar a été qualifiée de « benign neglect » et a marqué de son empreinte la quasi-totalité de la politique monétaire américaine depuis l’abandon de l’étalon-Or en 1976.

Il est vrai qu’à ce jour la chute du billet vert nuit principalement aux entreprises basées en Europe et dans les pays dont les devises flottent librement car elles perdent substantiellement de la compétitivité par rapport aux entreprises américaines. De plus, les investisseurs étrangers ayant investi aux Etats-Unis subissent de plein fouet cette baisse du dollar car, traduit dans leurs propres devises, le rendement de leurs investissements aux Etats-Unis se rétrécit comme une peau de chagrin. A l’inverse, les exportations américaines prennent l’ascenseur et ce d’autant que les baisses des taux d’intérêts de septembre et d’octobre impulsées par la Réserve fédérale avaient pour but avoué d’encourager les exportations américaines par l’entremise de l’affaiblissement du dollar. La valorisation des investissements américains hors de la zone dollar s’est fortement accrue car ceux-ci, libellés en devises étrangères, ont vu leur valeur flamber dès lors qu’il fallait les convertir en dollars afin de les valoriser dans les bilans ou dans les portefeuilles.

En dépit de la balance des paiements américaine qui demeure très largement déficitaire et en dépit de ce quasi effondrement du billet vert, les investisseurs étrangers n’ont pas encore réagi négativement au point d’acculer la FED à augmenter ses taux afin de compenser les risques toujours plus grands pris par eux. Au contraire, les entreprises étrangères ont même dû consentir à des sacrifices pour ne pas augmenter les prix de leurs biens vendus aux Etats-Unis et ont ainsi joué le jeu en évitant que cette baisse du dollar n’ait des répercussions inflationnistes aux Etats-Unis. Cependant, avec un dollar qui a frôlé aujourd’hui les 1,50 par rapport à l’euro, il sera quasi impossible de juguler cette inflation importée, inflation importée accentuée par la montée en flèche des prix de l’énergie et des divers matériaux et denrées (commodities) exprimés en dollar.

En même temps, cette forte dépréciation de la devise américaine exacerbe les tensions commerciales et économiques avec la plupart des partenaires des Etats-Unis car elle met en danger par exemple un pays comme la Chine dont la devise est liée au dollar en gonflant encore plus sa bulle boursière et sa pression inflationniste. D’une manière générale, par leur laissez-faire, les Etats-Unis vont engranger une série de problèmes structurels dans une économie mondiale où certaines superpuissances ont leurs devises qui flottent librement pendant que d’autres ont leurs devises indexées au dollar.

La Banque centrale américaine part du principe que les déficits américains actuels sont déjà reflétés dans le niveau actuel de leur devise. Si tel est le cas, le dollar devrait se stabiliser à ce niveau et il ne constituera effectivement un problème que pour les étrangers. Pourtant, il pourrait également - et ce scénario n’est pas du tout à exclure - continuer sur cette pente savonneuse, augmentant sensiblement les risques d’une récession aux Etats-Unis qui succéderait à la crise actuelle du crédit. Ce phénomène découragerait considérablement - pour ne pas dire plus - les investissements étrangers et, dans cette hypothèse, l’on pourrait rétorquer à M. Connally que c’est leur devise et leur gros problème. En effet, une chute supplémentaire du dollar jusque vers les 1,60 pourrait voir les investisseurs étrangers se précipiter vers les sorties de secours, contraignant ainsi la FED à relever ses taux à un moment où l’économie du pays pourrait désespérément avoir besoin de taux bas. Un tel scénario a néanmoins peu de chance de voir le jour mais sa possibilité devrait faire réfléchir les responsables américains car les taux de change ont une influence de plus en plus prépondérante sur la politique monétaire d’un pays. Une banque centrale ne peut se payer le luxe de laisser filer impunément sa devise, dans un sens ou dans l’autre, sans être exposée sur le plan de sa politique monétaire nationale. La légèreté américaine est d’autant plus troublante que la perte de confiance des investisseurs étrangers pourrait être exacerbée par les déficits gigantesques qu’entretient le pays. Certes, le monde financier a jusqu’à présent considéré que la Réserve fédérale américaine était omnipotente et lui a jusqu’à ce jour donné un chèque en blanc. Toutefois, cette situation pourrait se dégrader si la FED continue à être convaincue et à agir comme si le dollar n’était un problème que pour les étrangers.


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9 réactions à cet article    


  • Gandalf Tzecoatl 26 novembre 2007 11:16

    Après les excès d’émission de dollars, pourquoi ne pas avouer que la stratégie américaine est désormais « dévaluationniste » (résorption des déficits commerciaux) et inflationiste (réduction des déficits publics et privés).

    Bref, l’adage de Connaly garde toute sa vigueur.

    Et une règle d’or voulant qu’en économie, celui qui ne respecte pas les règles tire son épingle du jeu, L’Europe risque de payer au prix fort son austérité monétaire.

    Bref, les dogmes de l’ère des monétaristes semble révolu, ses limites ayant été consommées.


    • JL JL 26 novembre 2007 18:30

      Tzecoatl : «  » Et une règle d’or voulant qu’en économie, celui qui ne respecte pas les règles tire son épingle du jeu, «  »

      Et qui mieux que le plus fort peut se permettre de ne pas respecter les règles ? Ce qui me fait dire que les puissants ont pour coutume d’établir des règles qu’ils s’autorisent seuls à transgresser.


    • tvargentine.com lerma 26 novembre 2007 11:23

      Les matières premières sont payées en dollars et cette monnaie est en dévaluation constante.

      L’euro monte et c’est une force,seulement les opérateurs économiques ne jouent pas le jeu,en répercutant cette réduction de couts des prix.

      Ils se contentent d’engrainer sur le dos des consommateurs la différence de marge.

      Il faut de toute urgence créer la tva sociale,qui sera seule à permettre à l’Etat de réguler l’économie et les fluctuations des prix


      • Internaute Internaute 26 novembre 2007 11:57

        L’étalon or est abandonné unilatéralement par les US le 15 août 1971 et non pas en 1976, date des accords de la Jamaïque.

        L’auteur donne trop de poids au mercantilisme international et croit qu’il représente le gros des économies, ce qui est faux.

        « Il est vrai qu’à ce jour la chute du billet vert nuit principalement aux entreprises basées en Europe et dans les pays dont les devises flottent librement car elles perdent substantiellement de la compétitivité par rapport aux entreprises américaines. »

        Le mercantilisme international ne rentre que pour 15% dans le PIB US et encore moins dans le PIB de l’Europe des six. Bien sûr, certains feront encore l’amalgame entre le commerce franco-allemand et l’importation du thé de l’Inde.

        Il faut arrêter cette vision des choses car elle nuit à notre santé. Elle est le fruit de la propagande des grands marchands internationaux qui poussent à la roue du pouvoir mondial. En général, leur réthorique contient quelque par le mot « inéluctable ». Elle a un effet pervers sur les politiciens qui prennent des décisions en fonction d’une vision déformée de la réalité. Sarkozy se couvrirait beaucoup plus de gloire en trouvant le moyen de relancer le textile en France plutôt que l’aller vendre 120 airbus et 2 EPR à la Chine qui demandera bien-entendu à ce que les usines soient chez elles. La délocalisation d’Airbus est d’ailleurs la grosse crainte des syndicats.

        La monnaie américaine chute parcequ’ils font marcher la planche à billets depuis beaucoup trop longtemps. Il y a une inflation galopante aux US contrairement aux statistiques officielles. Les gens s’appauvrissent, il suffit de regarder l’absence de touristes américains en Europe.

        Une monnaire forte est un atout à long terme. Les allemands vivent trés bien avec.


        • JL JL 26 novembre 2007 18:33

          à Internaute : «  » mercantilisme international «  » ? Cette expression n’est-elle pas un oxymore ? Commerce international ne vous semble pas approprié ?

          Vous écrivez : «  » La délocalisation d’Airbus est d’ailleurs la grosse crainte des syndicats.«  » A ce sujet et vcelui de l’article, j’ai entendu ce matin qu’Airbus envisagerait de délocaliser ... aux US ! smiley


        • JL JL 26 novembre 2007 18:28

          à l’auteur, je lis : «  »Il est vrai qu’à ce jour la chute du billet vert nuit principalement aux entreprises basées en Europe«  ».

          Qu’en est-il des économies européennes ainsi que des cosommateurs européens, si tant est que la question vous préoccupe ?


          • Forest Ent Forest Ent 26 novembre 2007 18:33

            Après avoir vécu trop longtemps à crédit, l’économie US décroche. La récession est inévitable, soit parce qu’elle viendra d’un étranglement du crédit par la montée des taux, soit parce qu’elle viendra du renchérissement des importations entraîné par la baisse des taux. Entre les deux, à mon avis, l’administration US choisira, en période préélectorale, une baisse des taux. Une bonne cible pour le dollar est à mon avis 1,6$/€, à dans pas très longtemps.

            L’effet économique devrait commencer à se voir en février/mars 2008, pic de la reconversion de subprimes, et période généralement défavorable. En juin, les US devraient être en décroissance marquée de la production.


            • judel.66 26 novembre 2007 22:03

              je pense que si le dollard continue a décrocher c’est voulu par une certaine intelligentia us et mondiale qui tient l’economie mondiale ...on n’a pas le droit de la nommer sous peine de censure..... ! ! ....pour que les productions us restent concurentielles , il faut , a present , que le dollard soit faible !!...mauvais calcul peut etre cette fois ci ! ...leurs importations dont le petrole sont de plus en plus chères , ce n’était pas le cas du temps de connolly , les us pouvaient faire la pluie et le beau temps ...maintenant ils prennent de gros risques , l’economie mondiale leur echappe lentement.....et nous «  »vieille europe «  »nous avons , je le crains , beaucoup a perdre si les eu se cassent a gueule , qu’on le veuille ou non nos economies sont enchevétrées , nous n’avons pas défendu nos entreprises dont 70%sont a majorité us ...en cas de pépin l’actionnaire us vendra d’abord ses actions a l’étranger et nous nous effondrerons avec lui....faut il acheter de l’or ?? valeur morte et précipiter une récession , inévitable ? ? ? grosse question ! ! ! ...


              • Groseille 20 décembre 2007 23:48

                Article utile et intéressant. Je n’ai pas compris la critique portant sur « cette vision des choses » qui « nous nuit. » La correction à propos des dates (1971, 1976) est un peu spécieuse : la suspension officielle de la convertibilité or du dollar a préparé le terrain au sommet de Rambouillet de 1975 puis aux accords de la Jamaïque de 1976, qui ont entériné la suppression de la référence à l’étalon-or. Il est à noter que l’un des principaux arguments des Etats-Unis à cette époque consistait à rappeler le coût de leur effort militaire aux quatres coins du monde pour contenir l’influence soviétique (« c’est vrai, on vous fait financer nos déficits budgétaire et de notre balance des paiements, mais c’est nous qui finançons la lutte contre le communisme, il faut bien qu’on se rembourse » ont-ils fait valoir, en substance). D’ailleurs, je ne sais pas ce qui s’est dit au Sommet de Rambouillet, mais je ne serais pas surpris que Giscard ait négocié des positions de politique étrangère, notamment au Moyen-Orient, en contrepartie de l’accord qui préparait la réforme des statuts du FMI. Enfin, s’agissant de citations, celle de Friedman de 1976 n’est pas mal non plus : « notre dette est libellée en dollars, pas en marks, ni en francs. Donc, nous ne vous devons rien. »

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