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Accueil du site > Actualités > Economie > Carlos Ghosn, une leçon d’optimisme en acier inox

Carlos Ghosn, une leçon d’optimisme en acier inox

L’affaire a été particulièrement bien montée. L’annonce faite voici dix mois par Carlos Ghosn, lors de sa prise de fonction, de la présentation d’un plan pluriannuel pour Renault début février avait tenu tous les observateurs en haleine.

Y compris à l’intérieur de l’ entreprise, où cette attente n’avait pas manqué de générer beaucoup d’inquiétudes. La tension était donc à son comble lors de l’intervention du maestro le 9 février à 8h du matin, devant 450 journalistes du monde entier. Une heure matinale pour démarrer sur un mode dynamique une journée chargée. Un message adressé simultanément à tous les collaborateurs de l’entreprise sur son réseau de télévision interne.

C’est dire si on s’attendait au pire. Les médias avaient même commencé à préparer les esprits à d’inévitables restructurations, comme ils en ont l’ habitude. Sandouville, où se fabriquent l’infortunée Vel Satis et le trop rare Espace, était déjà dans le collimateur. Même la CGT y était allée de ses propositions stratégiques afin de se replier sur des positions préparées par avance. Une première, dans des relations historiquement mouvementées entre la vieille régie et son principal syndicat.

La stratégie choisie par Carlos Ghosn a donc pris tout le monde à contre-pied. Instruit par sa formidable expérience à la tête de Nissan, cette entreprise japonaise presque moribonde dont Louis Schweitzer avait pris le contrôle avec un incroyable culot parce qu’il était confiant dans la capacité de son atout maître à la redresser, Carlos Ghosn a délibérément projeté Renault dans la mondialisation. Et il l’a fait avec force et détermination. En se donnant, avec des objectifs extrêmement ambitieux, inscrits dans Renault Contrat 2009, les moyens d’entraîner l’entreprise vers de nouveaux sommets.

Carlos Ghosn est un pragmatique. Un « doer », un exécuteur. Il parle un langage simple et compréhensible par tous. La démesure de son ego ne s’impose jamais aux autres autrement que par le respect mêlé de crainte qu’il impose à ceux qui affrontent son regard particulièrement perçant. Carlos Ghosn n’a pas de recette magique, comme il le dit lui-même. Il a une vision pragmatique et de la détermination à faire, servie par un très grand souci du détail et un haut niveau d’exigence pour ses clients.

Renault Contrat 2009, ce sont 3,3 millions de véhicules produits en 2009 contre 2,5 millions aujourd’hui, dans des conditions assurant au Groupe une marge de 6% contre 3,2% . Grâce à 26 nouveaux modèles, qui tous devront être placés parmi les 3 premiers de leur catégorie en termes de fiabilité. La stratégie low-cost sera déclinée autour de nouvelles versions de la Logan, tandis que les créneaux porteurs tels les 4*4 ou les cross-over seront explorés activement.

Ce que l’on peut retenir également, c’est la volonté clairement affichée par M. Ghosn d’augmenter la valeur moyenne des Renault, tout particulièrement en se renforçant dans le segment des véhicules dont le prix est supérieur à 27 000€. Il est clair que pour parvenir à de tels objectifs, de très nombreuses synergies devront être recherchées et mises en œuvre avec Nissan, tout particulièrement dans les 4*4 et les cross-over, mais également dans le domaine des motorisations et des transmissions. La montée en gamme des véhicules ainsi que l’élargissement de leurs marchés hors d’Europe imposent en effet au constructeur de produire des véhicules disposant de motorisations plus puissantes, qui se satisfont mal des architectures « traction avant ». C’est donc à une remise à plat technique qu’il faut s’attendre, si Carlos Ghosn veut réussir son pari. Il en ira de même pour le design Renault qui, tout en restant innovant, devra revenir à des lignes plus acceptables pour le commun des clients, pas nécessairement conquis d’avance par les théories progressistes de M. Le Quémant, le gourou-designer du groupe.

Les lignes de management subiront dans le même temps un face-lift susceptible de mettre le client au centre des préoccupations quotidiennes des responsables. Terrain d’abord.

Bref, on respire chez Renault. Le projet est solide, motivant, et l’énergie de Carlos Ghosn communicative. La CGT qui avait, à tout hasard, envoyé une petite délégation sous les fenêtres du siège de Billancourt, a revu ses banderoles rapidement et entonné une protestation préalable à l’accroissement prévisible de l’effort qui sera demandé au personnel. Tout est normal donc.

Si la Bourse n’a pas réservé un accueil extrêmement enthousiaste à ce plan, c’est probablement parce que la capacité d’un grand constructeur généraliste à monter en gamme reste effectivement à démontrer. Renault ne pourra sans doute pas compter sur son marché intérieur pour y parvenir, tant la montée de l’autophobie en France rend cette perspective improbable. Le vieux rêve de la voiture française qui rivaliserait avec les trois mousquetaires allemands et qui nous est resservi, dès qu’apparaît chez PSA ou Renault un véhicule dit de haut de gamme, a, jusqu’à présent, toujours tourné au cauchemar. La seule marque généraliste qui ait jamais réussi à produire en son sein une marque légitime en haut de gamme reste en effet Volkswagen, avec son clone Audi. Mais il aura fallu plus de 30 ans pour y parvenir, sans négliger l’importance cruciale, sur ces segments, du marché américain.

Une marque automobile, c’est dans l’inconscient populaire, une somme d’attributs, issus de son histoire et de l’évolution de ses produits. (voir mon post précédent Debout près du radiateur). La rareté intervient aussi comme un facteur différenciant, qui, bien entendu, est parfaitement incompatible avec la grande série, elle-même nécessaire à la réduction des coûts. C’est donc à un rééquilibrage extrêmement délicat que va devoir se livrer Carlos Ghosn. Trop de sophistication, c’est moins de fiabilité. Trop de volumes, c’est moins d’ exclusivité. Pas assez de volumes, ce sont des prix de revient trop élevés. De récentes tentatives de montée en gamme, opérées par Volkswagen avec la Phaeton par exemple, se sont traduites par un véritable four, sans que le produit lui-même puisse raisonnablement être critiqué.

Pour le reste, la formidable énergie de cet homme, servie par un sens aigu de la communication et un parcours étincelant, sont autant de gages positifs et exemplaires qui nous sont proposés pour que, petit à petit, les Français cessent d’avoir peur d’eux-mêmes. Go Renault, go !


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2 réactions à cet article    


  • longcours (---.---.100.173) 12 février 2006 15:08

    M. GHOSN, c’est simple, c’est un modèle de leader et de manager. Nous allons maintenant voir si les méthodes qui ont remobilisé une entreprise japonaise qui n’avait (presque) besoin que d’être libérée de son conservatisme devenu étouffant, seront adaptées à la culture gauloise de sa « maison mère »... parions - et espérons - que oui !! GHOSN... Président ?


    • Costkiller (---.---.68.143) 17 février 2006 11:46

      Un changement de statut de Cost Killer à Doer (exécuteur) un peu hâtif, il me semble.

      Si la « restructuration » n’a pas été le thème principal de son discours, Carlos Ghosn a tout de même précisé que son groupe continuera d’améliorer sa compétitivité par un programme de réduction des coûts.

      Voir le détail des mesures ici : http://costkiller.net/actu/actu-renault.plan-2009.0602.htm

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