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Accueil du site > Actualités > Economie > Cette petite musique néolibérale qui s’impose

Cette petite musique néolibérale qui s’impose

Il fallait vraiment écouter l’interview de Christian Noyer sur Europe 1 jeudi matin. On y trouvait un condensé de toutes les idées préconçues néolibérales, défendues avec le sérieux donné par le statut de gouverneur de la Banque de France. Un discours malheureusement dans le vent.

Austérité, recul de l’Etat et compétitivité
 
La lecture de la crise actuelle par le gouverneur de la Banque de France est d’une simplicité biblique. Notre pays pêcherait par le poids de ses taxes et impôts, qui pénaliserait sa compétitivité. Il a également appelé à réduire le déficit budgétaire en « coupant hardiment dans les dépenses  ». Même s’il ne l’a pas cité, on devinait derrière tout son discours une forme de fascination pour le modèle allemand. Mais cette fascination semble avoir également provoqué un arrêt du cerveau. En effet, couper vigoureusement dans les dépenses publiques ne ferait que plonger le pays dans une récession violente, comme on l’a vu à Madrid ou Athènes (avec plus de 25% de chômeurs), comme même le FMI le reconnaît.
 
La course à la compétitivité est également absurde dans un monde où il est possible de trouver des salariés que l’on paie 100 euros par mois en Europe de l’Est, en Afrique du Nord ou en Asie. Jusqu’où faudrait-il baisser les salaires et la protection sociale pour être enfin considéré comme compétitif dans ce monde mondialisé qu’il ne remet pas en question ? Naturellement, Christian Noyer n’a donné aucune preuve qui démontrerait que l’Etat français dépenserait tant que cela. Manque de chance : nous manquons de professeurs dans le primaire et ils sont moins payés que la moyenne de l’OCDE… Il est malheureux que Jean-Pierre Elkabbach n’ait pas cherché à remettre en question ses propos.
 
Le néolibéralisme gagne une bataille ?

En janvier 2009, dans un exercice de politique fiction, j’anticipais une sortie de crise illusoire où les idées alternatives seraient malheureusement défaites par une lecture néolibérale de la crise, avant qu’un nouveau grand choc financier, déclenché par un défaut de l’Italie (alors anticipé fin 2016), ne déclenche une nouvelle crise qui permette enfin aux alternatifs d’être mis au pouvoir. Malheureusement, j’ai peur que sur ce point-là, mon anticipation ne soit en train de se réaliser (je suis loin d’avoir tout bien anticipé, ma perspicacité d’alors semblant bien plus économique que politique). Je commence à croire que nous avons perdu la bataille des idées suite à la crise de 2008, malgré l’émergence d’auteurs alternatifs.

Car la lecture néolibérale, même si je la combats, bénéficie de deux forces. D’abord, elle peut s’appuyer sur des exemples concrets qui servent superficiellement son récit : l’Allemagne, ses excédents commerciaux et budgétaires, son faible chômage, trop de gens oubliant que son modèle n’est pas réplicable et comporte des zones d’ombre  ; les différents parasites fiscaux ; et encore le différentiel de conjoncture entre la zone euro et la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis. Bien sûr, quand on creuse, il est facile de démonter ces exemples, mais il faut reconnaître qu’ils fournissent une matière première utile aux néolibéraux. Et ce d’autant plus que la narration néolibérale est appuyée par une grande majorité des médias.
 
Bien sûr, il n’y a pas qu’Europe 1 mais tant de médias servent, consciemment ou non, la lecture néolibérale de la crise qu’il me semble que, malheureusement, nous perdons, à date, la bataille des idées. Mais il faut continuer le combat car le soufflé néolibéral finira par se dégonfler, comme les bulles qu’il engendre.

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3 réactions à cet article    


  • diogène diogène 13 septembre 2014 18:45

    Quand le souffle néo-libéral commencera à se dégonfler,

    ça sera parce que ses adeptes commenceront à perdre de l’argent !
    Mais entre temps, ils auront détruit beaucoup d’économies.
    Ils scient la branche sur laquelle ils sont assis.
    Le problèmes, c’est que nous, nous sommes accrochés aux ramifications de cette branche.
    Quand toute la branche tombera,
    il n’y aura déjà plus grand monde dessus !

    • passtavie passtavie 13 septembre 2014 19:25

      « Ils scient la branche sur laquelle ils sont assis. »

      Mmm pas sûr, quand l’économie se sera effondré ils auront acheté avec leur monnaie de singe, « privatisé » eau, terre, semences, tout ce qui est nécessaire à la vie... Et il y aura toujours une bande de primates qui pour avoir des miettes en plus que le quidam porteront les armes pour faire respecter le statu quo. Et le pire c’est qu’il y a des cons pour trouver légitime qu’on puisse privatiser, posséder ce qui est nécessaire à la vie. La terre, l’eau, les semences, voir l’ADN des animaux d’élevage...


      • marauder 14 septembre 2014 15:04

        Oui, pas sur, quand on voit « le meilleurs des mondes », ca ne les dérangeraient pas de se trouver quelques ilots surprotégés ou vivre... Ils ont déja un silo a grain en scandinavie, les plus riches se sortiront de la sans trop de soucis, quant a ceux qui cherchaient la meme choses et s’y rateront ...

        Oui aussi, ceux qui auront peur et ne chercheront qu’a se conformer deviendront les gros bras de ces nouvelles formes de mégapoles d’hyper riches.

        Et bien dans le film du meilleurs des mondes, je serait bien dans la caravane ... Au pire... Meme si la yourte c’est bien plus accueilant et chaleureux. Ils laissent quelques marginaux vivrent ainsi, qui servent de contre-exemple au systeme, on ne serait pas nombreux ca c’est sur :(

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