Qu’est-ce qu’un système de production ?

La crise systémique manifeste concrètement tout ce qui nous relie matériellement au reste du monde, qu’on le veuille ou non. L’économie-politique est née, elle-même, de l’inflation provoquée par l’afflux d’or des Amériques à la fin du XVIème siècle (Jean Bodin), manifestant l’influence d’événements lointains complètement indépendants de nous. Le mercantilisme a tenté dans un premier temps de répondre à cette sorte de "catastrophe naturelle" par la captation d’un maximum de métaux précieux, mais l’intensification du commerce mondial qui s’en suivit renforçait déjà les interdépendances. Il a fallu attendre 1758 pour que le Dr Quesnay montre, avec son tableau de l’économie, l’analogie entre les circuits économiques et le système sanguin, reliant les classes sociales et des parties éloignées dans une totalité qui rend les éléments solidaires. Plus tard, on voudra réduire les flux économiques à leur équilibre thermodynamique (théories de l’équilibre et de l’auto-régulation des marchés). Au contraire, on peut considérer que l’apport principal de Marx aura été de montrer que la production était bien organisée en système combinant production, reproduction et circulation, système ayant sa dynamique propre (basée sur le profit et l’innovation) avec ses rapports de production spécifiques (salariat) adaptés à l’organisation productives ainsi qu’à l’état des techniques. Le capitalisme s’est différencié du féodalisme aussi bien que d’une économie de prédation comme production déterminée par la circulation, l’investissement industriel et le travail salarié.

Que production et reproduction fassent inévitablement système ne signifie pas qu’il n’y aurait qu’un seul système, fût-il dominant ! Il est vital de comprendre le fait que nous faisons parti d’une pluralité de systèmes, totalités effectives qui nous déterminent matériellement plus que nous ne les déterminons mais entre lesquelles on peut jouer. En effet, contre l’évangile contemporain, un système se définit par un fonctionnement relativement indépendant des éléments qui le constituent. Il n’y a pas d’individu isolé, qui ne soit intégré à un système dont il dépend et qui le contraint (comme le système routier). Le concept va s’appliquer bien au-delà de la production, jusqu’aux écosystèmes manifestant les interdépendances entre espèces et les flux de matières, d’énergies et d’informations qui les traverse. Dans son merveilleux livre "Le Macroscope" (1975), Joël de Rosnay appliquait la théorie des systèmes aussi bien à l’économie qu’à la biosphère, débouchant sur ce qu’il appelait un écosocialisme. Penser global, c’est effectivement penser système, circuits, flux, interdépendances, organisation, division des fonctions, coordination, etc., où l’autonomie et l’auto-organisation ont d’ailleurs une part d’ajustement irremplaçable.

La propension au totalitarisme du marché, avec des théories libérales ne reconnaissant aucune valeur à ce qui n’est pas marchand, a tendance à refouler notre appartenance à différents systèmes de production. Pourtant, c’est un fait, il n’y a pas d’économie qui ne soit une économie mixte, une économie plurielle où cohabitent au moins économie domestique, publique et marchande. C’est d’ailleurs ce qui a permis au capitalisme de se constituer à partir des villes franches en marge du système féodal comme doit pouvoir se construire aujourd’hui avec la relocalisation un nouveau système alternatif au capitalisme.

L’important, c’est de comprendre qu’il ne sert à rien de vouloir sortir d’un système de production si on est incapable de proposer un système alternatif viable. Il ne s’agit donc pas de faire n’importe quoi, ni de simples mesures correctrices, encore moins de faire la morale. Il faut de nouvelles règles, de nouveaux rapports sociaux, des nouveaux modes de distribution et d’échanges qui doivent non seulement "faire système" mais entretenir un dynamisme interne et une synergie avec les techniques employées. C’est une question de viabilité, de durabilité et de reproduction où l’écologie devient à l’évidence déterminante. Ces interdépendances contraignent fortement les possibles mais ne sont pas assez prises en compte, hélas, ni par ceux qui veulent changer le système (dont il ne suffit pas de prendre le contrôle pour en changer le fonctionnement), ni par ceux qui croient pouvoir simplement le corriger par des normes et par des lois.

Le capitalisme comme productivisme

Bien sûr tous les systèmes ne se valent pas, se distinguant par leurs finalités et leur mode de fonctionnement. Cependant, un système ne s’impose pas par ses bonnes intentions mais bien par son efficacité matérielle, ses capacités de reproduction et d’expansion, selon une logique largement darwinienne (qu’il ne faut pas confondre avec un darwinisme social simplificateur). Ce qui a fait le succès du capitalisme, c’est son productivisme qui fait dépendre le profit de l’amélioration de la productivité grâce à l’investissement et l’innovation exploitant tous les progrès des sciences et des techniques pour baisser le prix des marchandises et produire de l’argent avec de l’argent. Cette boucle de rétroaction positive, véritable effet "boule de neige", est à l’origine du décollage des économies et du "cercle vertueux de la croissance", industrialisation galopante dont on sait cependant qu’elle se paie très cher en inégalités, misère et pollutions.

Ce qui fait la réussite d’un organisme invasif ou d’un prédateur trop vorace se retourne immanquablement contre lui lorsqu’il a colonisé tout l’espace vital. S’il reste bien l’Afrique à exploiter, on peut dire que le capitalisme a atteint sa limite écologique avec la globalisation qui ne lui laisse plus d’extérieur. Le problème, c’est qu’il ne peut arrêter sa course à la croissance. On peut dire que le capitalisme s’impose par sa productivité mais dure par la société de consommation, ce qui est bien sûr insoutenable écologiquement. Une décroissance matérielle est donc incontournable mais il n’est pas suffisant de le dire, ni de vouloir faire preuve de volontarisme dans la réduction du temps de travail et de nos consommations pour espérer réduire notablement un productivisme qui est constitutif d’un capitalisme incapable de se passer de croissance, on ne le sait que trop bien. Il faut vraiment changer de système ! Pour cela, il ne s’agit pas de revenir en arrière mais bien plutôt de tirer profit de l’économie immatérielle, qui peut aider à la décroissance matérielle, et surtout de s’appuyer sur les nouvelles forces productives qui entrent en contradiction avec les bases même du capitalisme.

En effet, le capitalisme c’est d’abord l’industrie. Le salariat est une sorte d’esclavage (subordination) temporaire mais le fait de payer le travail au temps passé (temps de machine) est essentiel pour séparer le travailleur de son produit et s’approprier la plus-value obtenue par l’amélioration de la productivité de l’investissement capitalistique. Or, le travail immatériel se caractérise par sa non-linéarité, la production n’y étant plus proportionnelle au temps passé. C’est ce qui l’oppose au travail de force, comme l’information s’oppose à l’énergie. De même, plus le travail est qualifié, incorporant du temps de formation, moins il est réductible au travail immédiat, pas plus que le temps de travail du virtuose ne se limite au concert. Pour toutes ces raisons, la rémunération au temps passé se révèle dès lors inapplicable (un peu comme dans le domaine artistique) obligeant à une évaluation après-coup, sur le résultat. De quoi abolir la séparation entre le travailleur et son produit, dont il pourrait d’autant plus réclamer sa part qu’il possède désormais son instrument de production avec son ordinateur personnel (qui est un outil universel ou General Problem Solver). Sauf qu’il est bien difficile d’attribuer la part de chacun dans des performances qui sont largement globales et collectives. Non seulement le salariat mesuré au temps de travail devient complètement inadapté à l’ère de l’information, remplacé progressivement par des contrats de projet et l’externalisation, mais c’est la mesure de la valeur qui devient elle-même problématique (on parle de "crise de la mesure"). La marchandise perd dès lors son statut de valeur d’échange au profit d’une pure valeur d’opportunité (ou de prestige, de marque, ou de spéculation) souvent assez éphémère et qui ne représente plus que de très loin sa valeur de reproduction (sauf quand elle est soldée peut-être).

Dés que le travail, sous sa forme immédiate, a cessé d’être la source principale de la richesse, le temps de travail cesse et doit cesser d’être sa mesure, et la valeur d’échange cesse donc aussi d’être la mesure de la valeur d’usage. (Marx, Grundisse II, p. 220-221)

Changer d’ère

Le capitalisme n’est pas seulement fragilisé dans ses bases industrielles, la gratuité numérique attaque directement les droits de propriété intellectuelle, ses capacités infinies de reproduction donnant un accès immédiat à toutes les oeuvres, accès dont on ne pourra plus se passer désormais. De quoi certes mettre en danger, elles s’en plaignent assez, des industries culturelles qui devront assurément se reconvertir. C’est sur ce terrain que l’opposition de l’univers du numérique est la plus frontale actuellement avec la logique capitalistique, les anciens médias, les majors de la musique ou du cinéma. La question du téléchargement divise les générations et déchaîne des réactions liberticides à prétendre s’opposer aux capacités techniques de reproduction alors qu’elles sont inhérentes au numérique et aux réseaux ! La fin du modèle industriel, c’est bien la fin annoncée du système de production capitaliste, du salariat et de la marchandisation de la culture ou du vivant. Certes, pour l’instant, en l’absence d’un autre système plus adapté à la production immatérielle, cette contradiction des nouvelles forces productives et des anciens rapports de production se traduit plutôt par un stress supplémentaire de plus en plus insupportable et supporté douloureusement pourtant par une part croissante des salariés avec le développement de la précarité et la régression des droits sociaux. Pour l’instant l’ancien système essaie de se maintenir par des lois intenables qui courent après la technique en voulant maintenir férocement des droits de propriété obsolètes, au mépris des règles de droit élémentaires. Voilà bien les contradictions sur lesquelles on peut s’appuyer, les forces productives qu’on peut mobiliser pour construire le nouveau système de production dont on a besoin.

Il ne faut pas s’y tromper, ni la crise, ni les limites écologiques (ni nos bonnes intentions) ne suffiront à dépasser le capitalisme mais uniquement les technologies numériques, désormais au coeur de la production, ainsi que le travail immatériel qui pousse à la réorientation de l’économie vers le développement humain. Cela ne veut pas dire que ça se fera tout seul, ni forcément à notre avantage si on ne défend pas vigoureusement nos droits, mais c’est ce qui appelle et permet un nouveau système de production avec de nouveaux rapports de production. Admettre cette place centrale du numérique a donc une importance cruciale dans la détermination d’une stratégie pour une écologie-politique à l’ère de l’information, tournée vers l’avenir.

Si les technologies numériques n’étaient pas soutenables comme le prétendent certains écologistes, cela n’impliquerait nullement leur disparition bien sûr mais les réserverait seulement à une élite ainsi qu’à la production au moins. Cependant, il semble plutôt que ces technologies se généralisent à une vitesse inconnue jusqu’alors, y compris dans les pays les plus pauvres dépourvus d’infrastructures. Il est d’autant plus urgent d’en réduire les consommations (surtout pour les télévisions) et de les rendre plus soutenables car il est certain qu’on ne peut continuer sur la pente actuelle et qu’on ne peut se fier au marché pour tenir compte d’enjeux écologiques qui se traduisent la plupart du temps par une augmentation des coûts (ainsi, on ne manque pas d’énergie, ce sont les énergies fossiles, pétrole et charbon, qui sont trop abondantes et dont les prix ont été trop bas jusqu’ici, faisant obstacle aux énergies renouvelables). Même si ce n’est pas gagné d’avance, il n’y a rien là qui semble hors de portée, d’autant que le numérique est l’une des bases essentielles de la conscience écologique et des régulations globales. De plus la dématérialisation peut apporter une contribution décisive à une nécessaire décroissance matérielle dans de nombreux domaines. Ainsi, on sait que les réseaux numériques peuvent faciliter la relocalisation par leurs capacités décentralisatrices mises en oeuvre depuis longtemps dans les entreprises. Aucune écologie de l’avenir ne pourra s’en passer, ce qui implique de se soucier de leur soutenabilité, de réduire le gâchis et de les orienter vers les économies d’énergie (énergie intelligente) mais il ne faudrait pas se tromper d’écologie ni d’époque...

Faire système

On a évoqué la plupart des données d’un dépassement du capitalisme à l’ère de l’information, de l’écologie et du développement humain : le nouveau système de production relocalisé et dématérialisé devra en premier lieu "faire système" et s’adapter aux nouvelles forces productives, aux nouvelles technologies aussi bien qu’aux contraintes matérielles de la reproduction et donc aux contraintes écologiques. Rien à voir ici avec les approches morales ou même purement politiques édictant des lois et des normes, certes souvent nécessaires. Il faut insister sur le fait qu’il nous faut remonter aux causes et pas seulement nous soucier des effets les plus voyants, ce qui veut dire qu’il faut prendre la question du côté de la production plus que de la consommation, du côté du système plus que de l’individu, de l’offre plus que de la demande, de la qualité de travail plus que de la quantité produite. Il faut s’en persuader, la simple décroissance du gaspillage et de la marchandisation ne peut changer la logique productiviste du capitalisme, pas plus que la réduction du temps de travail. Sortir du productivisme, c’est d’abord sortir de la société salariale et d’une production capitaliste gouvernée par le profit.

Il ne suffit pas de le dire ni de prendre ses désirs pour la réalité, rien ne se fera tout seul, mais il est vital de ne pas se tromper de contexte et de bien cerner les enjeux, qu’on n’a pu qu’esquisser ici. Ces enjeux contraignent déjà fortement une sortie du capitalisme qui a déjà commencé mais sans constituer encore une alternative, loin de là. Il faut partir de ce qui est, du "mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses", des expérimentations en cours, seulement il faudrait arriver à les constituer en système de production complet et opérationnel pour devenir une véritable alternative. Aucune initiative isolée ou mesure partielle ne peut en tenir lieu.

André Gorz a été sans doute le premier à donner une représentation cohérente d’un nouveau système de production relocalisé à l’ère de l’information, de l’écologie et du développement humain, en rassemblant dans "Misères du présent, Richesse du possible" les différentes initiatives et propositions où pouvaient s’apercevoir les germes d’un futur possible. En fait, ces propositions étaient déjà défendues depuis quelque temps par Jacques Robin et la revue Transversales, sans être assez reliées entre elles pourtant et supplantées au début des années 1990 par la réduction du temps de travail, stratégie qui allait montrer toutes ses limites avec la mise en place des 35h aggravant la flexibilité salariale. Non seulement André Gorz était l’un des principaux théoriciens de la RTT mais il était fermement opposé au revenu garanti qui était pourtant une revendication croissante dans les mouvements sociaux malgré son caractère apparemment si utopique. La catégorie de "tiers secteur" était aussi ambigüe et les "monnaies plurielles" un peu trop floues. En rassemblant et en spécifiant ces dispositifs (revenu garanti, monnaie locale, coopératives de travailleurs autonomes), c’est donc un grand pas qu’André Gorz a fait, non pas tellement pour la crédibilité de l’alternative (ces mesures semblant bien trop exotiques et minuscules face à l’immensité de la tâche) mais pour sa réussite effective par la constitution d’une nouvelle articulation entre production, distribution, échanges. Je n’ai guère fait plus que de combiner ces dispositifs avec le municipalisme libertaire de Bookchin, ce qui n’est pas un détail d’ancrer la relocalisation dans la démocratie municipale. Le plus difficile à admettre reste qu’il n’y ait que des alternatives locales à la globalisation marchande. Pourtant, par définition, il ne peut y avoir de relocalisation qu’au niveau local, et donc on peut s’y mettre sans attendre, même si cela n’a de sens bien sûr qu’à s’intégrer dans des circuits alternatifs et une perspective altermondialiste.

Impossible de décrire en détail cet après-capitalisme qui réfute les solutions trop simples comme l’étatisation de l’économie ou la propriété collective des moyens de production laissant inchangés les rapports de production et le productivisme du système. Répétons-le, aucune des mesures isolées n’est déterminante en elle-même mais seulement leurs combinaisons. C’est en effet à tous les niveaux qu’il faut tirer parti des potentialités du numérique, privilégier les circuits courts et changer les règles du jeu aussi bien dans les échanges internationaux (commerce équitable, circuits alternatifs), dans les systèmes nationaux de redistribution comme dans la vie locale. Il s’agit bien de changer le monde dans sa totalité et de construire un nouveau système de production mais contrairement aux utopies totalitaires, il ne peut être question d’abolir la pluralité des systèmes et des modes de vie. Il faut se battre contre les politiques autoritaires, et toutes sortes de fascismes verts, pour défendre notre autonomie et continuer la lutte pour notre émancipation. On se situe bien dans une économie plurielle et libre, où le capitalisme ne disparaitra donc pas plus que l’industrie mais devrait employer de moins en moins de salariés dans une production de plus en plus automatisée.

Il s’agit de sortir le maximum de travailleurs de la dépendance d’une production dirigée uniquement par le profit ainsi que d’un travail aliéné (sans prétendre abolir toute aliénation). Plutôt que devenir tous fonctionnaires (il en faut), il s’agit de donner à tous les moyens de l’autonomie et de choisir sa vie (y compris d’une vie plus naturelle), remplaçant une bonne part des loisirs marchands par une activité valorisante, ce qui devrait modifier radicalement les consommations en retour, sans "effets rebonds" cette fois contrairement aux stratégies de réduction des consommations. Il s’agit de sortir du salariat au profit du travail autonome, du travail immatériel, du travail choisi, ce qui ne signifie pas seulement favoriser la créativité numérique mais tout autant les services de proximité, les activités artistiques, et même de redonner vie à l’artisanat et à la petite agriculture vivrière. Pour cela on a besoin à la fois un revenu garanti, qui permet le travail autonome, de coopératives municipales pour exercer son activité et s’associer à d’autres travailleurs autonomes, de monnaies locales enfin pour assurer plus de débouchés à la production locale sans se fermer à l’extérieur.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que toutes ces notions ne sont ni familières ni crédibles, à mille lieux des représentations ordinaires et même inacceptables idéologiquement pour la plupart, ce qui n’empêche pas qu’elles insistent et s’imposent matériellement un peu partout dans le monde. En tout cas, des nouveaux rapports de production qui font système et soient adaptés à l’ère du numérique sont bien la condition d’une économie relocalisée moins productiviste. C’est le cadre dans lequel on doit penser notre avenir. Ce n’est pas dire que cela suffirait à régler tous les problèmes ! De nombreuses mesures sont à prendre pour réguler le capitalisme, rendre l’agriculture plus soutenable et les villes plus vivables mais, sans tomber dans l’utopie technologique, il ne faudrait pas se tromper d’époque ni d’objectif. Ainsi, que ça plaise ou non, il faudra bien utiliser les potentialités du télétravail, des téléconférences, du téléachat et même des imprimantes 3D (ou peut-être de futurs digital personal fabricator) qui non seulement peuvent stimuler la créativité personnelle mais surtout faciliter l’obtention de pièces détachées pour les réparations, ou tout autre petit objet, en éliminant le transport matériel. Ce n’est certes pas ce qui nous sauvera, seulement une petite partie de la solution, mais il faudra bien s’y faire (comme de manger moins de viande rouge) et sans devoir y forcer personne !

On ne peut négliger aucun des instruments en notre possession mais ce sur quoi il faut insister, c’est sur la nécessité d’une pensée systémique et d’une cohérence d’ensemble. Nous avons besoin d’un pensée globale prenant en compte toutes les dimensions de notre vie. Notre capacité à faire un diagnostic juste et d’apporter les bonnes réponses sera plus cruciale que nos bonnes intentions. S’il faut se battre pour une écologie émancipatrice, la marge de manoeuvre est en effet très faible, même si elle existe toujours, entre contraintes techniques, écologiques et systémiques. En tout cas, ces instruments pourraient s’avérer assez vite fort utiles si le système monétaire s’effondrait mais, la bonne nouvelle, c’est que le caractère municipal des bases de ce nouveau système de production permet d’en expérimenter immédiatement les avantages, ici et maintenant pour peu que les conditions locales s’y prêtent.

(EcoRev’ no 33, Penser l’après capitalisme avec André Gorz)