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Chine, contrefaçon et espionnage économique

En même temps que le Premier ministre chinois visite les usines Airbus à Toulouse, et qu’on signe des contrats de coopération pour s’ouvrir le marché chinois, les Renseignements généraux s’inquiétent de l’espionnage économique auquel certaines sociétés françaises auraient été soumises par des stagiaires, employés ou anciens employés de ces sociétés.

À ce sujet, je vous avais alertés, dans un message du 31 mars, sur la méthode utilisée par les Chinois pour acquérir les techniques qui leur manquent. L’expérience des PME allemandes, premières proies des investisseurs chinois, était représentative de leurs méthodes. Les Chinois investissent dans une société européenne qui a des difficultés, mais qui possède une technologie intéressante, ils travaillent un certain temps avec elle, puis rapatrient les fabrications en Chine, et, éventuellement, prennent à leur compte le développement ultérieur de la technologie en laissant tomber la société d’origine, qui est d’ailleurs devenue une coquille vide.

Dans un premier temps, les investisseurs chinois se sont particulièrement intéressés aux entreprises allemandes. Les révélations des renseignements généraux montrent qu’ils s’intéressent également aux entreprises françaises, pas nécessairement pour les acheter, mais plutôt pour les espionner et leur "emprunter" leur technologie. C’est ce qui est déjà arrivé à Valeo, équipementier français d’importance mondiale, bien connu, qui avait porté plainte contre une stagiaire chinoise prise avec un ordinateur rempli de renseignements techniques, propriétés de l’entreprise.

C’est également ce qui est arrivé à deux entreprises calaisiennes de dentelles, qui ont été attaquées, l’une a eu deux de ses cadres créateurs débauchés ; ceux-ci travaillent désormais à domicile , via Internet, pour des entreprises chinoises et taïwanaises ; l’autre a subi la méthode appliquée en Allemagne : après une injection d’argent et un rachat d’actions, elle a aujourd’hui perdu un tiers de ses effectifs, ses produits ont été remplacés par des productions chinoises, son président a été licencié ; elle conserve pour l’instant le département recherche et création. Remarquez, il n’y a rien de répréhensible dans ce processus. D’autres cas semblables ont été enregistrés par les renseignements généraux.

Rappelons-nous également que la Chine est un haut lieu de la contrefaçon. Malgré les demandes pressantes des autres pays et encore récemment des États-Unis, elle poursuit activement la production de produits occidentaux contrefaits. C’est le cas de l’industrie du luxe, sacs Vuitton ou Chanel, polos Lacoste, montres Rolex. Vous pouvez aller à Shangaï ou à Pékin, vous trouverez dans des lieux tout à fait publics une offre de produits contrefaits absolument ahurissante. D’ailleurs l’OMC chiffre à 450 milliards de dollars par an l’ampleur de ce commerce illicite, soit 5 à 7 pct du commerce international. Cela correspond à 6 milliards pour la France seule, et à 38 000 emplois perdus.

Même le ministre français du commerce extérieur, Renaud Dutreil, a pu s’en rendre compte lui même de visu et incognito. Il a fait son métier, c’est-à-dire qu’il s’en est plaint aux autorités qui ont "promis" de s’en occuper. L’objectif de Renaud Dutreil est que les choses redeviennent plus normales pour les Jeux olympiques de 2008. On a donc le temps d’attendre.

Tout ceci pour dire que le nouveau PDG d’Airbus, Monsieur Humbert, devrait s’assurer que les demandes de coopération approfondies faites par le premier ministre chinois soient bien assorties de contrats en béton de respect de la propriété industrielle. Curieusement, Boeing vient d’annoncer également des ventes massives aux Chinois d’avions à leur marque, mais pas d’annonce de coopération industrielle. On prétend, du côté européen, qu’Airbus est très en avance techniquement sur Boeing ; peut-être y a-t-il là une reconnaissance implicite de cette avance technique ?

En tous cas, prudence, Airbus et EADS, il serait dommage qu’en 2008, les Jeux olympiques à Pékin correspondent exactement au lancement d’un clone chinois d’Airbus...

À suivre.

Mots-clés

Chine

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