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Accueil du site > Actualités > Economie > Comment l’Euro peut (encore) sauver l’Euro… et le reste (...)

Comment l’Euro peut (encore) sauver l’Euro… et le reste !

Il y a un an et demi, en mai 2010, je publiai successivement deux tribunes économiques sur le blog Fusionnisme, et une sous une forme plus courte, dans Rue89, intitulées : « Il faut assujettir la banque centrale européenne » et « Le choix calamiteux de Jean-Claude Trichet, de la BCE et des dirigeants européens ».

J’écrivais alors : « Le Traité constitutionnel européen, rejeté par le peuple français en 2005 puis passé en catimini par Nicolas Sarkozy et ses alliés de gauche en 2007, comportait de nombreuses clauses inacceptables. En particulier l’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE). La crise grecque nous confronte à l’absurdité de ce principe, et à son extrême dangerosité. (…)

Pour aider la Grèce, l’Union européenne, ou plutôt la zone euro, en particulier la France et l’Allemagne, mais aussi l’Espagne et surtout le Portugal, sont conviés à jouer les bailleurs de fonds. Une façon, qui se veut habile, de court-circuiter le petit jeu auquel se livrent les agences de notation. Solidarité touchante, mais étrange quand on sait que l’Espagne et le Portugal sont plutôt mal en point, et menacés de dégradation par les très redoutées agences de notation basées à Wall Street, par ailleurs point de départ de la crise financière mondiale…

A ce stade, une question s’impose : à quel niveau d’émission de valeur sans contrepartie (c’est-à-dire sans bons du trésor en échange, contrairement à la pratique habituelle) la BCE provoquerait-elle une dévaluation de l’euro comparable à celle que la crise grecque a provoquée pour l’instant, soit dix à vingt centimes face au dollar US ? (…)

Une rupture de l’Europe avec l’orthodoxie monétaire, par l’assujettissement absolu de la BCE au pouvoir politique, permettrait, en libérant d’immenses moyens jusqu’à présent confisqués, d’ouvrir la voie d’une révolution qui serait peut-être la plus grande de l’histoire de l’humanité. En rendant une force de frappe financière à des Etats européens que la singulière attitude des marchés internationaux et des agences de notation états-uniennes mettent en porte-à-faux.

Alors, préférera-t-on laisser filer l’euro, quitte, en fin de compte, à le voir démanteler et disparaître, sous prétexte – quel paradoxe ! – de le préserver par respect scrupuleux et suicidaire de principes parfaitement contestables ? Tout au contraire, ne ferait-on pas mieux d’utiliser dès à présent ce merveilleux outil qu’est l’euro, encore essentiellement préservé à l’heure qu’il est, pour relancer l’économie européenne et développer ce grand partenaire naturel de l’Europe qu’est l’Afrique ? La science économique et la monnaie ne doivent-elles pas d’abord être envisagées comme des instruments à la disposition du politique, au profit du bien-être du peuple ?

Mais pareille approche impliquerait un courage et surtout une liberté de pensée à l’égard de tous les dogmes. Des qualités qui, depuis longtemps, font cruellement défaut au personnel politique du vieux continent, et nous conduisent au tombeau… »

Dans le second article, je notais :

« S’affranchir de l’orthodoxie monétaire aurait permis de dégager d’importantes liquidités « saines » (quelques dizaines, voire quelques centaines de milliards d’euros) pour colmater immédiatement les brèches budgétaires et relancer les économies des Etats en difficulté, sans faire peser outre mesure l’effort sur les particuliers, mais sur un cours de l’euro d’ailleurs encore inutilement haut. Par la même occasion, l’opération, en assujettissant la BCE aux gouvernements de la zone euro, aurait permis de lancer un signal fort à l’adresse des marchés, en rappelant qui est le vrai maître du jeu. Cerise sur le gâteau, l’opération aurait permis le lancement d’un vaste plan de développement de l’Afrique, partenaire incontournable et prioritaire pour l’Europe, à tout point de vue, y compris éthique et historique.

Le choix de la BCE et des gouvernements européens est exactement inverse : faire peser l’effort sur les Etats et, partant, sur les particuliers, sous prétexte de protéger l’euro. Le tout sans jamais inscrire l’opération dans le cadre d’une stratégie plus vaste... Ce qui risque, en définitive, de provoquer tout de même une chute de la devise européenne dans des proportions plus graves encore.

A l’arrivée, nous risquons d’être perdants sur tous les tableaux. Car l’avantage reste, une fois de plus, dans le camp des marchés et des agences de notation, pourtant responsables dans une large mesure de la crise financière. Avec, en face, les Etats européens, comme toujours égotistes, aveugles ou pusillanimes.

Que l’euro dégringole ou explose en vol, la planche à billet désormais bel et bien interdite, ils seront Gros-Jean comme devant… »

 Un an et demi plus tard, où en sommes-nous ?

 L’euro s’est à peu près maintenu face au dollar, ce qui pourrait inciter à penser que la monnaie européenne a résisté jusqu’à présent. Résistance en trompe-l’œil, en réalité, car pendant la même période, l’euro s’est écroulé, par exemple, face au franc suisse ou au dollar canadien. Quant au yuan chinois, les grands argentiers du monde, habituellement adeptes de la loi souveraine des Marchés, seraient bien gentils de nous expliquer au nom de quoi ils acceptent que l’Etat chinois le manipule à discrétion, en le maintenant à des niveaux artificiellement bas…

 Quoi qu’il en soit, de fait, c’est parce que le dollar, à l’image de l’économie US, s’écroule lui aussi, que l’euro, bien que lui-même en phase d’effondrement, se maintient face à la devise états-unienne… Deux pierres qui chutent en même temps peuvent paraître immobiles l’une par rapport à l’autre…

 A l’heure qu’il est, de nombreux économistes prédisent l’implosion prochaine de la zone euro, ou de l’euro lui-même.

 Dans cette perspective éventuelle, et pendant qu’il en est encore temps, nous ne saurions trop réitérer les impératifs que nous énoncions il y a un an et demi : assujettissement de la Banque Centrale Européenne (BCE), émission immédiate de 1000 milliards d’euros affectés, pour un tiers, au refinancement à taux 0% de la dette grecque et des autres Etats européens en difficulté (Irlande, Portugal, Espagne…), pour un tiers au lancement de grands travaux en Europe (UE), et pour un dernier tiers au déploiement d’un vaste programme d’enseignement pour les populations africaines (assorti, pourquoi pas, d’un programme de sécurité sociale pour les mêmes populations), en coordination avec des Etats africains volontaires et partenaires pour ce grand projet. Le total des émissions monétaires de la BCE pouvant s’élever à 2000 voire 3000 milliards d’euros sur 5 ans (2011-2016), voire davantage si l’opération se révèle, dans ses applications, encore plus efficiente.

 Car bien évidemment, pour éviter que pareil plan n’entraîne une dévaluation excessive (quoique souhaitable si elle est modérée, c’est-à-dire de l’ordre de 20% à 25% face au dollar US) de la monnaie européenne, il conviendra d’utiliser cette manne financière avec discernement, comme je l’ai déjà expliqué dans les articles de 2010 évoqués plus haut. Il conviendra aussi, pour faire pièce aux agences de notation anglo-saxonnes et chinoise, que l’Union Européenne et la BCE reprise en main créent très rapidement une Agence de Notation et d’Evaluation Européenne (ANEE).

 A défaut, l’euro risque bel et bien d’exploser, et le retour au franc, préconisé de façon notamment par Marine Le Pen, limitera drastiquement voire nous privera de la planche (à billets) de salut que constitue encore, à l’heure où j’écris ces ligne, la monnaie européenne.

Il nous restera alors nos yeux pour pleurer et regretter amèrement de n’avoir pas su profiter de ce formidable outil qu’est (ou qu’était…) l’euro, et de l’avoir, pour cette raison même, détruit.

Alexandre Gerbi

Ecrivain, auteur notamment de Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, Imposture, refoulements et névroses (Ed. L'Harmattan, 2006) et de La République inversée, Affaire algérienne (1958-1962) et démantèlement franco-africain (avec Raphaël Tribeca, Ed. L'Harmattan, 2011), membre cofondateur du Club Novation Franco-Africaine (fondé en 2007) et animateur du blog Fusionnisme


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12 réactions à cet article    


  • lechoux 13 septembre 2011 10:18

    "L’euro s’est à peu près maintenu face au dollar, ce qui pourrait inciter à penser que la monnaie européenne a résisté jusqu’à présent.« 
    Vous devriez plutôt dire : » le dollar s’est maintenu par rapport à l’euro« , cela serait plus juste concernant une monnaie morte. Vous auriez la réponse à ce que vous avez écrit à la suite : »Résistance en trompe-l’œil, en réalité, car pendant la même période, l’euro s’est écroulé, par exemple, face au franc suisse ou au dollar canadien.« 

     »Quant au yuan chinois, les grands argentiers du monde, habituellement adeptes de la loi souveraine des Marchés, seraient bien gentils de nous expliquer au nom de quoi ils acceptent que l’Etat chinois le manipule à discrétion, en le maintenant à des niveaux artificiellement bas…"
    La loi souveraine des Marchés, celle qui permet de vendre à découvert une monnaie que l’on ne possède pas pour la faire chuter. Vous comprenez pourquoi les chinois ne veulent pas jouer selon les mêmes lois, et ils ont raison, et ils nous le prouvent chaque jour.


    • lechoux 13 septembre 2011 10:24

      "menacés de dégradation par les très redoutées agences de notation basées à Wall Street, par ailleurs point de départ de la crise financière mondiale…« 
      Tant qu’il y aura des gogos !!! Ces agences font la pluie et le beau temps pour ces gens-là, il y en a même qui ont investi des sommes énormes dans des véhicules financiers dont personne ne peut dire ce qu’ils contiennent. Ha !! Merveilleux métier qu’économiste !


      • lechoux 13 septembre 2011 10:25

        « A l’heure qu’il est, de nombreux économistes prédisent l’implosion prochaine de la zone euro, ou de l’euro lui-même. »
        Que ces traitres, journaleux compris, aillent aux US et qu’on leur enlève leur nationalité européenne.


        • Ouallonsnous ? 13 septembre 2011 22:07

          Lechoux, il n’y a pas de nationalité européenne, ce serait une chimère.

          Il n’y a qu’une UE imposée par les financiers européo-anglo-américains.

          Tout cela, c’est comme parler d’un état juif, alors que le judaïsme est une religion pratiquée dans beaucoup d’endroits différends dans le monde


        • Coeur de Lion Coeur de Lion 13 septembre 2011 10:36

          L’euro est un outil au service du libéralisme.
          tous ceux qui affirment combattre le libéralisme sans sortir de l’euro sont des manipulateurs de première.


          • lechoux 13 septembre 2011 13:50

            Vrai ! Mais c’est notre monnaie. Accepter de s’en passer dans l’urgence, c’est la chaos assuré. Et son poids est un levier par lequel la zone euro peut devenir la première puissance mondiale étant donné la disparition avérée du dollar.
            C’est une situation qu’il faudra assumer ; l’important pour les européens, c’est de trouver quelqu’un pour assumer la direction de cette toute nouvelle puissance.


          • xray 13 septembre 2011 16:57


            La misère est le fondement de la société de l’argent ! 

            Les élus européens sont des carpettes sur lesquelles les Américains s’essuient les pieds. 

            Les
            Français sont revenus à la situation du début des « années 40 ». 
            Ils sont soumis à : 

            - Une monnaie d’occupation ; 

            - Des journalistes d’occupation ; 

            - Des mœurs judiciaires dignes du nazisme ; 

            - Des collabos financés et au service de qui ? L’Europe,  les Américains, ou le Vatican ? 

            Néanmoins, dans les moyens mis en œuvre par l’Europe pour asservir les foules on reconnaît les méthodes de curés : 

            - « Générer l’incompréhension, les désordres, la délinquance, la criminalité, l’injustice,  la misère, les maladies, les épidémies, les conflits,  les guerres,  les famines, etc. » 
            Le tout reposant sur l’ignorance permanente et des flots de mensonges sous lesquels les médias noient les individus. 

            L’Europe est soumise au dictat de l’axe CIA-Vatican. 
            Seule la géographie distingue la CIA du Vatican. Pour le reste, c’est pareil. 

            - Les mêmes intérêts, les mêmes méthodes, les mêmes moyens, les mêmes personnes ! 

            - Les curés manipulent. Ils contrôlent le premier et le plus grand réseau de renseignement. Ils vivent de la misère qu’ils produisent. Ils gagnent à pourrir la vie du plus grand nombre. 

            - Les américains manipulent. Ils imposent aux pays européens tout ce qu’ils ne veulent pas chez eux. Etc. 

            Le bourbier européen 
            http://n-importelequelqu-onenfinisse.hautetfort.com 

            L’EUROPE des curés
            http://mondehypocrite.midiblogs.com/ 



          • foufouille foufouille 13 septembre 2011 12:31

            "et pour un dernier tiers au déploiement d’un vaste programme d’enseignement pour les populations africaines (assorti, pourquoi pas, d’un programme de sécurité sociale pour les mêmes populations)"
            notre secu est deja merdique
            on va etendre ton europe en afrique
            surtout pour gaver leurs ploutocrates


            • bretagne 13 septembre 2011 14:35

              et aussi un programme de limitation des naissances pour cette afrique - et le tout , bien sur , pour éviter que cela ne serve à payer les mercedes des satrapes , gagé sur les réserves de pétrole de ce continent , bien mieux doté par la nature que l’europe - sinon , niet , on a déja assez de cloches et de mendiants à entretenir dans l’assistanat ici , sur place


              • Peretz Peretz 13 septembre 2011 17:35

                Ridicule ! L’euro était perdu d’avance : on ne bâtit pas une monnaie unique sans un budget et une finance unique. Il aurait fallu tout fédérer d’abord. La monnaie unique pour une zone unique n’a été instaurée que pour rendre service aux grandes entreprises et en particulier celles de l’Allemagne. Une BCE indépendante d’un côté, un monnaie pour la moitié de l’U.E. c’est forcé&ment bancal. Sauver l’Euro c’est se tromper de combat. Tout est à refaire, mais cette fois sans mettre la charrue avant les boeufs.


              • sparte sparte 13 septembre 2011 16:24

                Bonjour,vous ne pouvez pas espérer que les Chinois souscrivent à des BONDS européens , qui seraient ensuite utilisés à monter des écoles et des dispensaires en Afrique.

                Les Chinois préfèreront investir eux mêmes en Afrique , et ils s’y emploient là où ils le peuvent.

                «  L’oeuvre coloniale » des radicaux socialistes français est terminée. L’Afrique doit maintenant prendre soin du capital que nous lui avons laissé : langue unifiante ( comme l’anglais aux INDES ) , hôpitaux , écoles, routes, plantations, mines, ateliers, et la liberté ...

                Certains pays y arrivent, et certains sont mêmes très riches.


                • BA 13 septembre 2011 22:38

                  Mardi 13 septembre 2011 : l’Italie a lancé un emprunt à 5 ans. L’Italie a dû payer un taux d’intérêt de 5,60 %. Les taux sont en hausse : c’était 4,93 % lors de la précédente émission.

                   

                  En outre, l’Italie a lancé un emprunt à 7 ans. L’Italie a dû payer un taux d’intérêt de 5,59 %. Les taux sont en hausse : c’était 4,95 % lors de la précédente émission.

                   

                  Enfin, l’Italie a lancé un emprunt à 9 ans. L’Italie a dû payer un taux d’intérêt de 5,49 %. Les taux sont en hausse : c’était 3,58 % lors de la précédente émission.

                   

                  Grèce : taux des obligations à un an : 134,585 %. Record historique battu.

                   

                  http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB1YR:IND

                   

                  Grèce : taux des obligations à 2 ans : 76,734 %. Record historique battu.

                   

                  http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB2YR:IND

                   

                  Grèce : taux des obligations à 10 ans : 24,478 %. Record historique battu.

                   

                  http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB10YR:IND

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