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Accueil du site > Actualités > Economie > Comprendre HADOPI, ses enjeux, ses risques (3/6)

Comprendre HADOPI, ses enjeux, ses risques (3/6)

Perpétuellement invoqués comme les principaux (voire les seuls) bénéficiaires du projet de loi, les artistes sont globalement discrets, et pour beaucoup opposés, à ce texte qui risque de criminaliser leurs fans. Demandent-ils vraiment la protection qu’on met en place en leur nom ?

Chapitre III : Et les artistes ?
 
Les artistes sont le principal alibi des soutiens de cette loi. Perpétuellement mis en avant comme les vrais bénéficiaires du projet, seuls une poignée d’entre eux ont effectivement pris parti en faveur de la loi, un plus grand nombre s’est exprimé contre, en particulier pendant la fin des débats à l’Assemblée, et la grande majorité est restée silencieuse. Il faut dire que le propre des artistes est souvent d’être lié contractuellement à des sociétés de gestions de leurs droits… qui du coup parlent en leur nom.
 
Christine Albanel revendique une pétition favorable à sa loi signée par 10 000 artistes… mais certains ont protesté d’avoir été intégrés à leur insu sans avoir jamais rien signé, et l’examen attentif en cours de cette liste fait apparaître des noms fantaisistes voire même des employés des sociétés de gestion de droits !
 
Comment donc des artistes peuvent-ils donc être majoritairement hostiles à une loi censée préserver leurs droits et leurs revenus, alors même que le sens commun suggère que le piratage les affecte négativement ? Réponse : parce qu’en dépit des apparences, l’expérience a prouvé que le piratage augmente leurs revenus plus qu’il ne les diminue. L’explication est simple : les interprétations et les diffusions leur rapportent bien plus que les droits liés aux ventes de disques… dont les artistes ne touchent pas grand chose !
 
À ce titre, l’exemple le plus éloquent est celui du groupe Metallica : après avoir été franchement hostile, procès à l’appui, aux tous premiers logiciels d’échange de musique, le groupe a présenté ses excuses à ses fans et s’est félicité du piratage de son dernier album.
 
En effet, avant d’espérer vendre leur premier disque, les artistes doivent préalablement accéder à un début de notoriété. Une poignée d’industriels du disque ont longtemps décidé seuls des artistes dont ils souhaitaient faire la promotion, sur la seule base du succès espéré. Les artistes dont le potentiel n’est pas jugé suffisant demeurent ignorés du public. Et pour les artistes élus, les clauses léonines sont la règle.
 
Ces dernières années, avec la possibilité donnée aux artistes de diffuser facilement leurs œuvres sur Internet, de trouver leur public, le rôle d’intermédiaire technique des professionnels du disques est apparu nettement moins indispensable, et des artistes improbables ont pu accéder aux revenus du spectacle vivant avant même de réaliser leur premier album pour conforter cette notoriété.
 
Les rares artistes qui ont embrassé (et eu la liberté d’embrasser) le modèle gratuit n’ont guère eu à s’en plaindre. Le groupe Radiohead a remporté un succès énorme en proposant son dernier album à un prix librement fixé par les acheteurs et a néanmoins gagné plus d’argent qu’avec le précédent album, vendu par le circuit traditionnel. Quelques autres artistes, très ou moyennement connus ont d’ores et déjà décidé de reprendre leur destin en main, ou s’apprêtent à le faire.
 
Non seulement le téléchargement gratuit affecte plutôt favorablement les revenus des artistes (notamment les moins connus), mais surtout, il les affranchit de la tutelle obligatoire des éditeurs de musiques. Les sites favorisant le téléchargement gratuit commencent d’ailleurs à proposer aux artistes de reprendre le rôle d’intermédiaire technique à leur profit et donc de gagner de l’argent avec le téléchargement P2P.
 
Enfin, contrairement à ce qu’affirme les soutiens du projet HADOPI, les internautes sont prêts à « payer le gratuit », comme en témoigne la levée de fond de 6 000 000 de dollars de Wikipedia.

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5 réactions à cet article    


  • iris 23 avril 2009 12:19

    et juqu’à maintenant je pouvais enregistrer et copier des cd ou radio sur k7 !!
    personne ne se plaignait-
    va t on supprimer ou taxer durement les médiathèques qui diffuse la culture ??


    • chlegoff 23 avril 2009 18:57

      Bravo à l’auteur qui écrivait déjà en 2007 :

      On peut d’ores et déjà prédire, sans grand risque de se tromper, que seront également annoncées très bientôt des mesures de surveillance d’internet, terrain de chasse de prédilection des pédocriminels, mesures auxquelles la CNIL ne pourra guère s’opposer, la protection de la chair de notre chair ne pouvant souffrir aucune économie de moyens, fut-ce le sacrifice de nos libertés. Bénéfice collatéral, cela permettra de surveiller plus étroitement les internautes, notamment ceux qui se livrent à des activités par comparaison bien anodines, tels que le téléchargement illégal. Mais Nicolas n’a-t-il pas précisément promis son aide aux professionnels de l’industrie du disque alors que la CNIL s’opposait aux mesures de surveillance qu’ils réclamaient parce qu’elle les jugeait trop intrusives ? En plus, l’amalgame entre p2p et pédophilie est si facile !

      Effectivement l’enjeu dépasse de beaucoup le simple télé-chargement illégal. L’individu qui affirmait publiquement le 09 novembre 2006 « l’homme n’est pas une marchandise comme les autres » a très certainement des visés plus extrémiste que le simple renvoi d’ascenseur à ses amis du Fouquet’s. Le seul petit hic c’est que la marchandise c’est vous, c’est nous et même ceux qui votent pour sa bande.


      • Thomas Thomas 23 avril 2009 21:01

        Merci. Il se confirme hélas que l’HADOPI ne soit qu’un simple cheval de Troie d’une surveillance plus orwélienne baptisée « Loi sur la Sécurité Intérieure (LSI) » qui a encore peu fait parler d’elle : Sarkozy en rage contre le Nouveau Centre et Jean Dionis du Séjour.
        Si nous ne réagissons pas dès maintenant, il sera très vite trop tard. Je l’aborde dans l’épisode 4/6.


      • ernst 25 avril 2009 01:10

        Un moyen terme ne peut-il être envisagé, à savoir une somme modique de, par ex, cinquante, dix centimes d’€ par téléchargement ?.


        A ce taux là, tous les artistes seraient d’accord. Le plus serait alors de pouvoir contourner le racket des Majors qui ont la comptabilité la plus obscure qui soit. C’est bien entendu cela, je veux dire le Pascal Nègre que le gouvernement protège, sous prétexte de défense des Droits du Créateur, dont il n’a rien à faire...

        Le manque de flair, de connaissance du métier des dirigeants de Majors est affligeant. Certains artistes refusent même d’enregistrer avec ces voyous ( je sais de quoi je parle )et n’attendent qu’un signe des internautes pour faire le grand saut et lâcher leurs maisons de disques...

        De toute façon, continuez de télécharger, les artistes n’auront qu’à vous autoriser à le faire en cas de litige. Le problème aux EU est que le distributeur ou producteur est de facto, propriétaire des droits. Prince , par exemple, n’est plus propriétaire de ses oeuvres, ce qui est scandaleux.J’ai peur que le but suprême ne soit de faire passer les Majors du statut de garant à celui d’ayant-droit. Auquel cas les artiste l’auraient largement dans le fion.Ce qui semble se profiler...



        • Roux 25 avril 2009 04:58

          Bonjour, Afin d’aider M.Copé dans son difficille combat contre les godillots, qui se sont tristement illustrés durant les débats sur la loi Hadopi, des citoyens ont lancé le site Députés Godillots sur lequel des godillots sont dévoilés jour après jour et leur travail parlementaire décortiqué. Les premiers godillots en date sont :
          Alain Marty
          Françoise Guégot
          Jack Lang
          Françoise Hostalier
          Éric Raoult
          Pierre Morange
          Françoise de Panafieu
          Benoist Apparu

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