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Accueil du site > Actualités > Economie > Congrès CFTC cheminots : avoir la foi pour y croire ?

Congrès CFTC cheminots : avoir la foi pour y croire ?

Le Congrès de la fédération CFTC des cheminots s’est tenu récemment à Châtenois (à proximité de Sélestat, en Alsace).

C’est dans une atmosphère difficile qu’a eu lieu ce congrès après l’échec de l’organisation chrétienne lors des élections professionnelles à la SNCF le 26 mars 2009 (avec 5,3%).
 
Le congrès de la CFTC cheminots était initialement prévu début octobre 2009. Suite aux interventions de la fédération CFTC des transports et de la confédération (appuyée par les responsables régionaux de la CFTC cheminots de Strasbourg), le congrès a été reporté.
 
En effet, l’équipe de direction souhaitait poser clairement la question de la continuité de la CFTC devant les propositions et rumeur de partenariat avec FO cheminots et le syndicat national CFE-CGC de la SNCF. La majorité des dirigeants de la CFTC cheminots ont alors décidé de démissionner de l’organisation chrétienne fin septembre dernier pour rejoindre les rangs de la fédération CFDT des cheminots.
 
Une nouvelle équipe s’est présentée au Congrès en indiquant qu’elle était porteuse « d’un projet de partenariat électoral… » dont « ... le texte vise à unir les efforts de la CFTC, de FO et de la CFE-CGC pour gagner les élections de 2011 ».
 
Un projet qui, selon la communication du syndicat chrétien, « … a fait l’objet de très larges échanges et a été plébiscité par les Congressistes ».
 
Précisons que la loi dite de modernisation sociale qui précise les nouvelles conditions pour accéder au statut d’organisation syndicale représentative impose un seuil minimal de 10% (élection Comité d’Entreprise) au sein de l’entreprise et 8% au niveau de la branche.
 
La seule possibilité réaliste pour obtenir la représentativité réside donc dans un accord entre syndicats actuellement non représentatifs (FO-CGC a obtenu 7,98% en mars 2009 à la SNCF) en accordant à l’une des organisations l’intégralité des suffrages obtenus par les listes de l’alliance électorale.
 
C’est donc un accord de « survie » (terme qu’elle emploie elle-même) qui est envisagé et la nouvelle équipe de la CFTC cheminote est réaliste en déclarant qu’il « …n’y aurait pas de salut à moyen terme pour les organisations syndicales ayant perdu leur représentativité nationale lors des élections professionnelles de 2009 ».
 
Elle se voit aussi à l’avant-garde d’une nouvelle recomposition interne en indiquant que « la CFTC Cheminots joue le rôle difficile de précurseur au sein de sa Confédération. Elle a décidé de signer l’accord de partenariat dès lundi (18 janvier) ».
 
Un « partenariat » qui, selon elle, se présente sous les meilleurs hospices puisque « FO et CGC ont déjà reçu l’aval de leurs instances respectives » et que « le texte sera ensuite présenté au Bureau Confédéral CFTC de février. La CFTC Cheminot souhaite que sa confédération jusqu’alors très hostile (Confédération qui n’a pas hésité à trainer en justice les précurseurs dans la structure cheminot lors des élections 2009) valide son projet et que sa démarche serve d’exemple à l’ensemble des structures CFTC ».
 
Les congressistes ont donc validé les nouvelles orientations de la CFTC cheminote pour les prochaines années à savoir :
  • « Gagner le pari de la représentativité à la SNCF, en partenariat avec FO et la CGC
  • Pratiquer un syndicalisme proche des attentes des cheminots, dans le contexte de profondes mutations qui touche la SNCF.
  • Défendre l’avenir du régime de retraite, qui sera en proie à des attaques dès 2010
  • Restaurer par tous les moyens le pluralisme syndical à la SNCF, et offrir aux cheminots une alternative à la « pensée unique » en vigueur dans l’entreprise depuis les dernières élections professionnelles ».
Hors un discours logiquement mobilisateur et inhérent à tout congrès syndical, de nombreuses interrogations et critiquent demeurent chez les militants chrétiens.
 
Selon l’équipe dirigeante élue, « l’accord intersyndical (CFTC-FO-CFE.CGC) prévoit de totaliser les voix des 3 syndicats qui pourront ainsi franchir, au niveau national, le seuil de représentativité de 10 % (les 3 syndicats représentent aujourd’hui ensemble environ 14 % des cheminots) ».
 
Elle complète en ajoutant que « les structures et le fonctionnement des syndicats partenaires ne seront pas remis en cause. L’accord définit la réparation des moyens-temps (chèques-congé) entre syndicats au lendemain des élections professionnelles. Il répartit entre les 3 syndicats les désignations de militants dans les instances SNCF. Il plaide en faveur de la recherche de synergies communes, dans le respect de l’identité de chaque syndicat ».
 
Tous les observateurs attentifs du monde syndical des transports et notamment ferroviaires ont constaté une évolution rapide de la centrale chrétienne, à la SNCF plus particulièrement.
 
Ainsi, les 5,3% obtenus le 26 mars 2009 ont probablement connus une forte érosion depuis cette élection par le départ massif des adhérents de la Région de Lyon (auparavant 15% au CE, et qui représentait environ 1,2 point du score national de 5,3%), de Lille (avec départs vers SUD et CFDT), Metz-Nancy (vers la CGT et l’UNSA et dans une moindre mesure CFDT, et qui risque fort de passer en-dessous de la barre des 10% en 2011), Bordeaux, etc…
 
Ce qui au final est plus proche d’une réalité égale à 8,5 ou 9% plutôt que des 14% annoncés lors du congrès de la CFTC cheminote.
 
Demeure relativement peu altérée la région de Strasbourg, fief traditionnel du syndicalisme chrétien, qui devrait être modérément affectée par l’alliance culturelle et politique très détonante avec une fédération FO des cheminots connue pour son compagnonnage avec l’extrême gauche « lambertiste » (ex-P.T.) et un syndicat CFE-CGC presque virtuel à la SNCF avec des effectifs adhérents inférieur à 80 membres (pour un EPIC SNCF de 160 000 salariés !).
 
Les deux seuls points de convergence « solides » de ce partenariat sont une opposition farouche à la position commune CGT-CFDT-MEDEF avec la loi de juillet 2008 sur la représentativité, et la préservation absolue des moyens syndicaux (en particulier les postes de permanents et le temps syndical) obtenus par l’octroi de la qualité d’organisation syndicale représentative nationalement.
 
Cela fait peu pour un « projet syndical » commun mais semble être l’essentiel pour les deux organisations CFTC et FO. Surtout quand on se souvient des grandes divergences concernant les revendications chrétiennes pour l’intéressement et le chèque vacances et la farouche opposition de FO sur la première notamment (la liste des « différences » étant loin d’être limitée à cela).
 
Une récente communication par tract CFTC au sein de la SNCF a précisé que si l’accord pour les élections prévues en 2011 prévoyait d’accorder tous les suffrages obtenus à la seule fédération FO des cheminots, l’élection qui suivrait inclurait la disposition inverse au profit de la CFTC. Quelle lisibilité pour le cheminot ? Quelle pérennité dans les revendications et le suivi des dossiers ?
 
La CFTC semble donc redécouvrir les éléments fondamentaux de sa création en 1919. A savoir que le récent congrès des cheminots fut d’abord le lieu pour réaffirmer sa foi et en débattre histoire de croire en l’avenir, mais en le confiant à une autre organisation syndicale.
 
Côté nouvelle équipe dirigeante, Georges NOWAK (services centraux SNCF) prend la Présidence du Mouvement. Bernard AUBIN en sera le Secrétaire Général. Ce dernier avait été mis en minorité par plusieurs congrès cheminots. Ils seront entourés de 2 Vice-présidents et de 6 Secrétaires Généraux Adjoints.
 
Rémi AUFRERE

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