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Contrat sur la dette Francaise ; encore un fantasme

Le 16 avril prochain, soit une semaine avant le scrutin du premier tour de l'élection présidentielle, sera lancé un contrat sur les obligations à dix ans émises par l'Etat français. Une déclaration de guerre d'après un grand nombre de journaux français. Déclaration contre la France pour ceux de droite ou contre le future président François Hollande, pour ceux de gauche. Much Ado About Nothing diraient les Anglais.

De quoi s'agit-il ? Tout simplement d'un type de contrat qui existait avant l’avènement de l'euro et qui concernait la plupart des devises défuntes, peseta espagnole, lire italienne, et bien entendu franc français. Ces contrats ont été retiré des marchés organisés faute de demande suffisante de la part des investisseurs qui croyaient à l'époque - ils n'étaient pas les seuls - qu'acheter une obligation de l'Etat portugais ou de l'Etat allemand c'était kif kif bourricot, alors pourquoi s’encombrer avec 17 types de contrats différents quand un seul suffit ; le contrat à terme sur le roi des rois, le Bunds allemand. Depuis beaucoup d'eau a coulé sous les ponts et on s'est enfin rendu compte qu'exporter des voitures de luxe et des machines outils, c'était pas la même chose que de produire des olives ou des oranges.
 
Les nouveaux contrats offerts permettront aux investisseurs de prendre des positions sur l'évolution des obligations de l'Etat français. Ceux qui détiendront le sous-jacent (des obligations d'Etat à 10 ans) en portefeuille ne feront que se garantir contre une moins-value en cas de baisse de la valeur de l'obligation, y compris un défaut de paiement, les autres spéculent. La spéculation peut prendre trois directions ; parier que l'Etat français va faire faillite ou que le taux auquel il émet ses obligations va se renchérir (c'est la seule stratégie de spéculation que la presse retient), parier que la France va voir sa situation s'améliorer ou moins s'empirer que d'autres ne le parient et même que rien ne va se passer et donc que les taux vont rester aussi plat qu'un électroencéphalogramme d'une grenouille morte.
 
Quelle est la différence entre ces contrats et les fameux CDS ? Les CDS sont des contrats d'assurance qui ne se déclenchent qu'en cas d'un sinistre constaté et officialisé par un groupe d'experts (pour plus de précision voir mon article ; CDS : la bombe atomique qui fait pschitt) alors que les contrats à terme sont des valeurs mobilières qui font l'objet de cotation sur une bourse, dans le cas qui nous intéresse sur Eurex. Autre différence de taille, les CDS, se traitant de gré à gré, ne sont pas accessible aux petits investisseurs, on peut même dire que le FOAT (French Obligation Assimilable du Trésor, tel sera son nom) démocratise la spéculation sur la dette souveraine.
 
Ce type de contrat est-il une menace pour l'Etat français ?
 
J'ai retenu quelques griefs, que j'ai trouvé dans la presse, contre ce nouveau type de contrat :
 
"Cet instrument permet aux spéculateurs de parier très facilement à la baisse, pour des montants considérables s’ils le souhaitent."
Il est vrai que spéculer sera plus facile mais cette facilité ne sera nouvellement offerte qu'aux petits investisseurs, les gros avaient déjà accès aux CDS. Par ailleurs un contrat à terme n'est que le dérivé d'un sous-jacent, c'est ce dernier, le prix de l'obligation, qui fixe le prix et pas l'inverse. De plus si des spéculateurs peuvent "parier plus facilement à la baisse" cela veut dire que leurs contreparties, d'autres spéculateurs, peuvent aussi facilement parier à la hausse car un marché n'est que la rencontre de deux anticipation opposée.
 
"Cet instrument permet aux spéculateurs de ne presque pas payer de frais pour parier : 1 à 2 euros pour parier 100 000 euros soit 0.002% de frais au maximum. "
Cela existe déjà pour les CDS, le coût de transaction rapporté aux montants traités est marginal. 
 
"Le moment chois n'est pas le fruit du hasard, c'est un message à l'adresse des candidats." Si c'est un message lancé aux candidats, les candidats doivent être sourds car cela ne les gênent pas pour promettre monts et merveilles. Je ne pense pas que les dirigeants d'Eurex se disent "on va se payer un dirigeants de gauche" ou "on est tellement puissant que c'est nous qui allons choisir le future président". Le lancement de ce nouveau produit est juste le résultat d'une constatation simple ; un marché potentiel sur la dette française émerge peut-être avec pour moteurs ; des finances de l'Etat français qui se dégradent continuellement et l'entrée de Paris dans une ère de turbulence politique avec un candidat favoris, François Hollande, qui fait de nombreuses concessions, au moins dans ses discours, à l'électorat de la gauche de la gauche. Ce contrat à terme pourrait-il être un atout pour la France ? J'ai lu dans le magazine Le Point que l'écart de rendement (euphémisme qui désigne la surprime payée par Paris) ente les taux français et allemand s'explique, selon l'Agence France Trésor, par "la prime de liquidité dont bénéficient les emprunts d'État outre-Rhin grâce aux futures." Le seul problème pour adhérer à cette théorie est qu'il n'existe pas de marché future pour la dette finlandaise ou néerlandaise mais que ces deux pays empruntent malgré tout à un prix proche du taux allemand. - quand on est désespéré on s'accroche à n'importe quelle branche -..
 
Les craintes exprimées par de nombreux journalistes relèvent plus de la "théorie du complot", de la recherche d'un bouc émissaire (c'est encore mieux quand il est anglo-saxon) que de la réalité économique. La réalité est simple pourtant ; une gestion budgétaire d'un pays saine et constante permet de bénéficier de financements à bons marché et les marchés obligataires comme leurs dérivés ne sont que le reflet d'une telle politique.

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13 réactions à cet article    


  • André-Jacques Holbecq André-Jacques Holbecq 10 avril 2012 08:55

    La gestion budgétaire d’un pays devrait inclure la possibilité pour lui de monétiser ses besoins de financement, donc de ne pas devoir faire appel aux marchés financiers. C’est ce que nous réclamons, soit par le « 100% monnaie » soit par le « chartalisme ». Mais des candidats comme comme Mélenchon, Dupont-Aignan ou Le Pen, le réclament également : le dogme monétariste de l’U.E. et de la BCE est mortifère....


    • Le taulier Le taulier 10 avril 2012 15:49

      Mélanchon, Le Pen, Dupont-Aigan ! Quelle sacré équipe de pieds-nickelés.

      La monétisation de la dette c’est la ruine des petits épargnants et la chute du pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes et des retraités.


    • Gandalf Claude Simon 10 avril 2012 17:02

      " La monétisation de la dette c’est la ruine des petits épargnants "

      Quelle différence avec la possiblité de spéculer les bonds du trésor à la baisse ?

      Le capitaliste, décidément, est un sectaire qui ne prône que moutonnement sa chapelle.

    • Le taulier Le taulier 10 avril 2012 17:13

      La différence c’est que ces petits épargnants ne sont pas des spéculateurs et qu’ils essaient seulement d’améliorer leur petite retraite et de laisser quelque chose à leurs mômes. C’est petits épargnants sont le peuple qui vous, la gauche, vous prétentez défendre et représenter alors que vous n’avez que du mépris pour eux. 


    • Gandalf Claude Simon 10 avril 2012 18:42

      Vous êtes un peu péremptoire dans vos accusations politiques, sans doute un réflexe sectaire. Il m’arrive de mépriser mon concitoyen quand son opinion est démocratiquement déficiente. Mais de ce fait, je méprise d’autant plus nos élites qui n’en ont que faire, et instrumentalisent la chose politique à leurs seules fins.


    • mac 10 avril 2012 20:25

      @le taulier
      La ruine des petits épargnants c’est ce que nous vivons depuis 15 ans accompagné de l’enrichissement colossal d’une toute petite minorité, souvent parasite et peu créative en dehors des arnaques financières.
      Que vous le vouliez ou non, on ne fait pas tout à fait la même chose avec 100000 euros qu’il y a 10 ans et pourtant le salaire médian lui n’a pratiquement pas bougé quand au revenu du livret A, il vaut à peine le carburant qu’on dépense pour aller y déposer ses économies car il a considérablement augmenté, lui.

      Il doit falloir sérieusement en croquer pour défendre un système aussi abjecte qui ruine les petits épargnants sans compter les travailleurs pauvres qui seront bientôt majoritaires ?


    • Abou Antoun Abou Antoun 10 avril 2012 23:48

      La monétisation de la dette c’est la ruine des petits épargnants et la chute du pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes et des retraités.
      Tout à fait d’accord avec vous sur ce point. Pas besoin d’être économiste pour le comprendre, sauf à indexer les taux d’intérêt des comptes d’épargne, les salaires et les retraites, ce que personne ne fera évidemment.


    • Abou Antoun Abou Antoun 10 avril 2012 23:53

      La ruine des petits épargnants c’est ce que nous vivons depuis 15 ans accompagné de l’enrichissement colossal d’une toute petite minorité, souvent parasite et peu créative en dehors des arnaques financières.
      Non, ce n’est pas leur ruine, c’est leur appauvrissement progressif.
      Une dévaluation compétitive serait véritablement la ruine.


    • Le taulier Le taulier 11 avril 2012 10:26

      « démocratiquement déficiente » ! Jolie petite expression stalinienne qui désigne ceux qui ne sont pas d’accord avec toi, qui en plus sont plus nombreux que ceux qui partagent tes idées.


    • jef88 jef88 10 avril 2012 12:28

      C’est la spéculation qu’il faut détruire
      Depuis LAW elle n’a emmené que des problèmes pour le peuple et des fortunes pour ceux qui en avaient déjà..........


      • Lisa SION 2 Lisa SION 2 10 avril 2012 12:34

        Bonjour,

        il s’agit en fait d’une guerre de religion au sein même des pays chrétiens. Au nord, les protestants, prospères et riches, champions de l’énergie solaire et éoliennes. Au sud les catholiques, assommés de soleil, adeptes de la sieste et de l’énergie nucléaire, classés feignants, voire fainéants, mais où les premiers vont passer leurs vacances.

        L’Europe n’est donc que la main invisible du marché transatlantique tentant de ruiner ces pays jusqu’au plus profond de l’Afrique. L’euro devrait survivre à l’effondrement du dollar exsangue et les spéculateurs à la baise iront se faire emboiter chez les grecs...


        • Le taulier Le taulier 10 avril 2012 15:59

          Tu oublie ou peut-être ne sais-tu pas que l’Allemagne du Sud catholique et bien plus riche que l’ex-RDA qui ne s’est toujours pas remise de 40 de communisme. Ou que les ménage italiens sont plus riches que les ménages anglais ou hollandais.


        • beuha 13 avril 2012 02:31

          "...l’entrée de Paris dans une ère de turbulence politique avec un candidat favoris, François Hollande, qui fait de nombreuses concessions, au moins dans ses discours, à l’électorat de la gauche de la gauche."
          Très drôle. Vous dénoncez une théorie du complot que vous alimentez vous même. très fort...très,très fort.

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