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Accueil du site > Actualités > Economie > Corriger la myopie du progressisme économique : contre l’économie de (...)

Corriger la myopie du progressisme économique : contre l’économie de marché ou contre le productivisme ?

La myopie est l’un des grands dangers qui menace les mouvements politiques et économiques visant à remettre l’économie au service de l’homme. La myopie au sens d’une certaine inclinaison à orienter son énergie, son esprit de révolte et sa volonté de changement contre des « ennemis » mal choisis et mal cernés. Avec, au final, un impact et une efficacité très limités. Et beaucoup de gâchis !

J’essaierai ici de décrire quelques-uns de ces problèmes de vision, qui se retrouvent régulièrement chez ceux qui œuvrent à l’émergence et au développement d’une « autre économie ». Ce premier article porte sur la confusion entre économie de marché et productivisme.

L’économie de marché : une évidence mal assumée

L’économie de marché est entendue ici comme un système économique qui reconnaît l’initiative individuelle, la liberté d’entreprendre, la propriété privée, la concurrence et les échanges marchands. Sans pour autant que la marchandise règne en maître : économie de marché n’implique nullement Etat faible ou citoyen soumis.

Ces cinquante dernières années, l’économie de marché s’est progressivement installée dans une majorité de pays du monde, sous des formes très variées. En France, tous les partis politiques s’inscrivent dans l’économie de marché : la droite depuis longtemps, la gauche depuis 1983 et le « tournant de la rigueur », même si sa reconnaissance officielle est très récente (révision de la déclaration de principes en mai 2008).

Même la gauche radicale, au-delà des slogans et des grands mots (comme "anticapitalisme"), ne cherche généralement qu’à réguler fortement une économie de marché qu’elle reconnaît donc aussi implicitement. Il suffit de lire avec attention les programmes présidentiels du PCF ou de la LCR pour s’en convaincre... Au-delà de la rhétorique, les sympathisants de « la gauche de gauche » sont en effet quasiment tous pour un renforcement de la part du travail dans le PIB (au détriment du capital), un contrôle démocratique renforcé, une intervention publique importante (dans les services publics, la protection sociale, la protection de l’environnement)... donc pour une autre économie de marché - pas pour son éradication, encore moins pour un retour au collectivisme1.

Sortir de la posture

La société capitaliste, socialiste, communiste idéale ou « pure » n’existe pas, n’a jamais existé et n’existera jamais2.

Sortons donc des incantations et des postures, mettons « les mains dans le cambouis » : quels objectifs politiques ? Qu’est-ce qui relève du marché ? De la puissance publique et des « biens communs » ? D’un mix des deux (partenariat public-privé) ? D’aucun des deux (non marchand, bénévolat...) ? Comment permettre la bonne complémentarité et la bonne synergie, au service de l’intérêt général, entre puissance publique, marché et individus ? Entre lois et contrats ? Comment créer les conditions d’un Etat stratège et régulateur ? D’un marché responsable et équitable ? D’un individu citoyen politique et économique ? Comment intégrer concrètement les contraintes imposées par la finitude de la planète ?

Autant de questions-clés auxquelles il faut apporter des réponses précises, claires et cohérentes, loin des débats idéologiques stratosphériques, notamment celui de savoir s’il faut être « pour ou contre l’économie de marché » ?

Cette question obsède et cristallise pourtant le débat public français et celui de la gauche en particulier, départageant deux postures classiques du théâtre politique national. D’un côté, ceux qui voient la moindre critique du capitalisme comme un aveu de léninisme, une marque d’adhésion à un modèle collectiviste ou un « refus d’adaptation au monde réel ». De l’autre, ceux qui voient l’entreprise et le marché comme le Satan absolu ou un monde monolithique dont il faut a priori se défier, voire à combattre ardemment, sans jamais d’ailleurs expliciter ce qui pourrait le remplacer...

Or, ni l’entreprise ni le marché ne sont des réalités monolithiques ou figées. L’entreprise est un espace social de construction du réel, avec ses tensions, mais aussi son potentiel de transformation du monde. Elle n’est ni un mal ni un bien, elle est ce qu’on en fait, potentiellement un levier d’émancipation individuelle comme un lieu d’exploitation et de régression sociale.

On peut ainsi être sur le marché de différentes manières : avec comme seule motivation la recherche du profit maximum à tout prix, souvent au détriment des hommes et de la planète ; avec comme motivation l’envie de proposer de bons produits qui répondent à de vrais besoins, dans une optique de développement durable ; ou encore avec comme motivation la maximisation de l’impact social ou écologique (exemple des « social business » de M. Yunus).

La question qui devrait être au cœur du progressisme économique est plutôt la suivante : quelle économie de marché voulons-nous ?

Une économie de marché court-termiste, dominée par les enjeux financiers, la rémunération des actionnaires, la réduction des salariés à de simples variables d’ajustement dépendant des cours de bourse - bref, une économie « hors-sol », voire « hors-homme » qui est pourtant très actuelle et fait dire au peu gauchisant Patrick Artus que « le capitalisme est en train de s’autodétruire3 » ? Ou alors voulons-nous une économie de marché au service des hommes, des territoires et de l’environnement ?

Rompre avec le productivisme

Pour mettre en place cette dernière, il est indispensable de rompre avec l’idéologie du productivisme, le dogme du « toujours plus », toujours plus vite, qui cherche à exacerber en permanence nos désirs et qui prétend nous épanouir et nous « libérer » (par le mobile, l’ordinateur portable, la voiture...) pour en fait mieux nous assujettir et nous aliéner (par le crédit, la frustration, la dépendance...).

D’abord, parce que philosophiquement, le bonheur, l’émancipation et la liberté des hommes ne peuvent résulter d’une accumulation illimitée des biens et services. Ensuite, parce que jamais le monde n’a été aussi riche : une meilleure répartition des richesses permettrait la satisfaction des besoins fondamentaux de tous. Enfin, parce que la remise en cause du productivisme est plus que jamais nécessaire eu égard aux périls écologiques majeurs en cours, qui menacent très sérieusement les générations futures et la planète.

Des changements majeurs sont nécessaires : nous savons que si le monde entier vivait et consommait comme un Français moyen, il faudrait trois « Terre » pour satisfaire ses besoins (six dans le cas d’un Américain moyen...). Qui plus est, il reste également peu de temps pour opérer ce revirement. Dans dix, vingt ou cinquante ans, on ne pourra pas dire « on ne savait pas ». On sait, dès maintenant, que la perspective d’un « plantage » irréversible de l’homme par l’homme n’est pas un conte à dormir debout...

Le défi n’est pas que technique : la technologie est utile, mais ne suffira pas à relever le défi écologique ; notons d’ailleurs que déjà, on ne parle plus d’empêcher le réchauffement climatique (que n’a-t-on fait avant !) mais seulement de le limiter à 2°C d’ici à 2100... Le défi est bien plus profond : philosophique, moral et même spirituel. Il s’agit d’une véritable confrontation entre deux approches de la vie : le « bien-être » versus le « beaucoup avoir ».

Une autre économie de marché est possible

Il existe un chemin pour une pensée non productiviste dans une économie de marché. Il y a une autre voie à défricher, une autre voix à exprimer, hors des sentiers battus et asséchés de l’économie collectiviste, du libéralisme ou de la social-démocratie.

A première vue, ce chemin peut paraître étroit et ses marcheurs rares, tant on a peu l’habitude d’associer économie de marché et anti-productivisme. Et, pourtant, ce chemin de crête, ils sont déjà nombreux à le suivre.

Je pense notamment, en France, aux centaines de milliers d’hommes et de femmes qui font vivre ce qu’on appelle « l’économie sociale et solidaire ».

En particulier, les dizaines de milliers de chefs d’entreprises d’économie sociale et solidaire - appelons-les simplement entrepreneurs sociaux4 - occupent à mon sens une place symbolique forte car ils constituent en quelque sorte des éclaireurs d’une autre économie de marché, plus responsable, plus équitable et plus humaniste.

Par leurs pratiques, leur capacité à combiner liberté individuelle et ambition sociale, esprit d’entreprise et volonté de changer le monde, projet économique et utilité sociale, dynamisme entrepreneurial et préservation de l’environnement, réussite individuelle et intérêt collectif, convictions fortes et ouverture à l’Autre, capacité de révolte et ancrage dans le réel, par leur faculté à montrer qu’au fond le souhaitable est vraiment possible, les entrepreneurs sociaux contribuent activement à dessiner les contours concrets d’un nouveau projet de société humaniste, où l’économie est pleinement et réellement au service des hommes et de la planète... Un projet de société qui devrait être au cœur d’un « rêve européen5 ».

La fronde économique

Notes :
1) On peut noter au demeurant que le terme qui a émergé avec succès en 2005 pour fédérer les partisans du « Non de gauche », lors de la campagne référendaire sur le Traité constitutionnel européen, est « antilibéralisme » et non « anticapitalisme », ce qui est révélateur de l’orientation retenue. Le libéralisme économique étant perçu grosso modo comme une déclinaison extrême du capitalisme où les lois du marché s’appliquent (quasiment) partout et où l’État se limite à ses fonctions régaliennes d’ordre, de défense et de justice. Antilibéral ne signifie donc pas anticapitaliste, loin de là... Rappelons aussi que le libéralisme n’est pas réductible au seul libéralisme économique : les libéralismes politique (droits et libertés des individus) et sociétal (libéralisation des mœurs) sont deux combats historiquement portés par la gauche... qui l’a oublié pour mieux se complaire dans la condamnation sans nuance du libéralisme. En toute rigueur, le terme le plus adapté pour incarner le « Non de gauche » aurait été plutôt « antinéolibéral » (mais trop hermétique pour se diffuser à grande échelle).

2) Voir notamment Jean-Paul Fitoussi, La Politique de l’impuissance, Entretien avec Jean-Claude Guillebaud, Arléa, 2005.

3) Patrick Artus, Marie-Paule Virard, Le Capitalisme est en train de s’autodétruire, La Découverte, 2005.

4) Pour plus d’infos sur cette réalité de l’entrepreneuriat social (exemples, chiffres, témoignages, ressources...), voir par exemple la publication Avise Devenez entrepreneur social (janvier 2007), téléchargeable gratuitement sur www.avise.org. Voir aussi Virginie Seghers et Sylvain Allemand, L’Audace des entrepreneurs sociaux, éditions Autrement, 2007.

5) Jeremy Rifkin, Le Rêve européen, Fayard, 2005.


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25 réactions à cet article    


  • Lisa SION 2 Lisa SION 26 mai 2008 16:02

    Bonjour,

    vous venez là de décrire la motivation, les activités, les méthodes parallèles, les soutiens locaux..pratiqués par les associations, sans jamais n’avoir une seule fois cité leur nom.

    Ce matin, Europe 1 a fait un plaidoyer notable sur un sondage mndial où les trois quarts des peuples civilisés se sont exprimés sur leur plus grand souhait se résumant ainsi sur une seule priorité : Le besoin général pour l’égalité à l’échelle mondiale...N’est ce pas clair.

     


    • La fronde économique 26 mai 2008 17:36

      En effet, les associations sont un mouvement important. Elles sont parties prenantes de "l’économie sociale et solidaire" dont je parle à la fin. Les associations représentent en France 1 600 000 emplois, 30 milliards d’euros de salaires bruts, etc. (source : Cerphi, 2007).


    • Ian 26 mai 2008 16:09

      La LCR ne chercherait "qu’à réguler fortement une économie de marché qu’elle reconnaît donc aussi implicitement." ??

       

      Je crois que vous n’avez pas bien compris le programme de la LCR, qui est bien une rupture avec le capitalisme. Ce n’est pas parcequ’elle présente aux élections ce qu’on appelle un "programme de transition" qu’elle a pour autant renoncé à une transformation révolutionnaire de la société et accepté l’économie de marché.

       

      Il était d’ailleurs clairement inscrit dans le programme d’Olivier Besancenot à la présidentielle que son objectif était d’aller vers le socialisme autogestionnaire.


      • Ian 26 mai 2008 16:20

        Ajoutons que si la LCR refuse le terme d’antilibéral au profit de celui d’anticapitaliste, c’est parceque ça sous-entendrait qu’il peut y avoir un "bon" et un "mauvais" capitalisme.

         

        Or le capitalisme, c’est-à-dire la propriété privée des moyens de production, est par son essence même un système d’exploitation de l’homme, puisque le capitaliste s’enrichit sur le dos du travailleur, par le simple fait de posséder les moyens de production.

        Le résultat est de déposséder les travailleurs du fruit de leur travail, mais aussi de la possibilité de décider eux-mêmes des orientations de la production.

        On prive donc le peuple de pouvoir décider lui-même de ce dont il a besoin, et d’organiser son travail pour préserver sa santé, sa vie sociale, son environnement... On interdit par là-même toute démocratie réelle.

        En mettant les moyens de production entre les mains de quelques capitalistes, la production est forcément orientée pour satisfaire les profits d’une minorité, au mépris des intérêts de l’ensemble de la population.

         

        Bref, l’utopie d’un capitalisme "propre", social et écologique... reste clairement une utopie inaccessible et impossible. Il n’y a donc que deux solutions : soit on va dans le mur, soit on rompt avec le capitalisme.


      • La fronde économique 26 mai 2008 17:34

        N’oubliez pas que l’autogestion est aussi une forme de propriété privée : l’entreprise appartient aux salariés comme dans les Scop (sociétés coopératives de production, 1700 en France, 37 000 salariés, plus d’infos sur www.scop.coop). Le problème n’est donc pas la propriété privée mais sa concentration entre les mains d’une minorité. Dans un cas comme dans l’autre, on est toujours dans le capitalisme : les Scop évoluent bien dans l’économie de marché, non ?


      • jaja jaja 26 mai 2008 19:14

        Ian je vous plusse...

        Si ce n’était que pour aménager l’économie de marché pas besoin d’organisation révolutionnaire... Ce qu’attendent beaucoup de gens c’est que l’espoir d’un futur meilleur revienne et que des ruines du capitalisme et d’une révolution réussie, menée par le peuple lui-même, naisse une société d’égalité sociale et de liberté...

        Ce qui n’a eu lieu nulle part au monde jusqu’à maintenant...

        J’espère que le NPA, créé à l’initiative de la LCR, ne nous décevra pas et que ce dernier continuera à mener un combat résolu contre le capitalisme et pour une société humaine radicalement différente...

         


      • La fronde économique 26 mai 2008 19:30

        Juste pour être sûr de bien vous comprendre :

        Pensez-vous donc que la société qui remplacera le capitalisme n’aura aucun échange marchand ? Sera-t-elle basée exclusivement sur du troc ? sur autre chose (si oui, quoi ?) ?

        Et si cette société post-capitaliste intègre une part d’échanges marchands, en quoi n’est-elle pas une économie de marché, quand bien même elle aurait un secteur public très puissant ? A moins que vous souhaitiez retourner à l’économie collectiviste et bureaucratique, avec 100 % de secteur public (ce que je ne crois pas).

        Pouvez-vous SVP m’éclairer ? Merci !

         

         

         


      • Ian 27 mai 2008 00:44

        Non l’autogestion ce n’est pas la propriété "privée". Il s’agit bien ici de socialisme autogestionnaire, c’est-à-dire de la propriété sociale des moyens de production.

        La propriété privée des moyens de production est forcément dans les mains d’une minorité puisque dans "privée", il y a bien l’idée de priver autrui de cette propriété. Sinon elle deviendrait propriété commune (=> communisme), ou sociale (=> socialisme), ou collective (=> collectivisme) ........

         

        Pour les SCOP, merci pour le lien, il faudra que j’y jette un oeil plus attentivement. Ce genre d’initiative est à mon avis intéressant d’un point de vue individuel, mais insuffisant en rapport avec les drames sociaux et écologiques en cours.

        Sans modifier le système radicalement à l’échelle mondiale, nous serons vite rattrappés par des crises violentes : désastres écologiques, crise financière, émeutes de la faim, violences diverses etc...

         

        PS : Sur le sujet de la propriété privée (et alentours), je vous encourage fortement à lire "Les Dépossédés" de Daniel Bensaïd. Un excellent bouquin pour réfléchir sur la question.


      • Ian 27 mai 2008 00:58

        Pensez-vous donc que la société qui remplacera le capitalisme n’aura aucun échange marchand ? Sera-t-elle basée exclusivement sur du troc ? sur autre chose (si oui, quoi ?) ?

        Non c’est un faux cliché assez classique, mais la monnaie et les échanges marchands ne sont en rien spécifiques au capitalisme.

        Ils existent aussi dans une économie socialiste, à la différence que ces échanges ne sont pas guidés par la recherche du profit (spécificité capitaliste) mais par la satisfaction des besoins des individus.

        La valeur des échanges et la rémunération du travail ne sont pas soumis à la loi du marché.

         

        Le socialisme/communisme est normalement opposé à l’étatisme, puisque l’Etat est censé dépérir.

        Certains ont cependant développé l’idée d’un socialisme d’Etat permettant de mener au socialisme. L’Histoire a malheureusement montré que cette méthode ne permet d’atteindre que le capitalisme d’Etat (ex : régime soviétique).

        C’est l’une des raisons pour laquelle il est préférable de revendiquer clairement le socialisme autogestionnaire, par opposition au socialisme d’Etat.


      • La fronde économique 27 mai 2008 10:29

        Je suis bluffé par votre phrase "La propriété privée des moyens de production est forcément dans les mains d’une minorité puisque dans "privée", il y a bien l’idée de priver autrui de cette propriété"

        Encore une fois, dans les Scop (comme dans les mutuelles, autre système autogéré), la propriété appartient directement à chaque individu associé ou sociétaire. Elle est donc privée au sens "contraire du public". Autre exemple la Grameen Bank de Yunus appartient à ses 7 millions de pauvres. Sa propriété est privée.

        Vous me direz que tout cela n’est qu’aménagement du capitalisme... Pourriez-vous SVP me donner un exemple de "propriété sociale" dans le monde d’aujourd’hui ?

        Et à quoi ressemble pour vous une entreprise dans le socialisme autogestionnaire ?

        Merci !

         

         


      • Ian 27 mai 2008 14:17

        Si je n’ai pas détaillé la propriété sociale, c’est qu’il en existe différentes conceptions et je préférais éviter de rentrer dans ce débat ! ;)

        Sur le fonctionnement des SCOP, je n’ai pas eu le temps de regarder en détail et de me faire un avis, désolé.

        En revanche, l’opposition propriété privée/propriété publique (étatique) est spécifique au capitalisme. Ne pas être une propriété publique n’implique pas forcément être une propriété privée.

        Pour les exemples de propriété sociale, il y a des tentatives en Amérique du Sud, et on peut aussi citer bien-sûr toutes les tribus dites "primitives" où la propriété privée n’existe pas. Hors champ de la propriété, le régime de retraites par répartition et la sécurité sociale sont du salaire socialisé.

         

        Pour faire vite, un socialisme autogestionnaire, c’est pour moi une société où la production est orientée en fonction des besoins de la population et selon les orientations décidées par celles-ci. Un exercice du pouvoir de bas en haut et non plus de haut en bas. Avec des décisions prises au plus près des problèmes dans des assemblées de quartier, d’entreprises, etc. Et bien-sûr un partage solidaire des richesses produites.

        C’est bien-sûr l’idée générale, je n’ai pas la prétention d’avoir des réponses concrètes sur les détails et je suis tout à fait conscient que ça demande une conscientisation et une prise en main de la question politique par la population. Pour arrêter de déléguer le pouvoir à d’autres et l’exercer nous-mêmes.


      • Eloi Eloi 26 mai 2008 16:14

        Bon, vous êtes de droite ou de gauche ???

        Ca fait du bien de lire des articles pareils : montrer que la politique n’est pas une affaire de camps, mais d’idées...

        Merci !


        • Eloi Eloi 26 mai 2008 16:15

          Ma remarque est injuste avec les autres rédacteurs qui s’y essaient : merci à vous aussi !


        • La fronde économique 26 mai 2008 18:20

          Je crois à un "humanisme économique" qui a autant à prendre de la gauche (dans sa volonté de transformation sociale par exemple) que de la droite (dans son souci de la responsabilité individuelle par exemple)...


        • Ian 27 mai 2008 01:04

          Pour la responsabilité individuelle, je suppose qu’on ne parle pas de celle du travailleur soumis au salariat dans le système capitaliste ?

          Parceque l’émancipation des travailleurs et du peuple en général, n’est pas vraiment une idée de droite...

           


        • Eloi Eloi 27 mai 2008 08:52

          A l’auteur, ma question était ironique : dommage que les smileys n’apparaissent pas !

          Pour le productivisme, à partir du moment où l’indice de progrès est justement une mesure de la production (PIB), il est bien évident que la société va se modifier pour optimiser cette mesure. Tout cela ne serait-il pas qu’une erreur d’indice de progrès ?

          Pourrait-on imaginer de baser notre société sur un autres types d’indices : une sorte de taux de satisfaction client ? Ce serait changer le but pour changer l’orientation de l’économie : revenir en gros à l’"entreprise pourvoyeuse de services" plutôt que l’"entreprise source de profit". Car le rôle de l’entreprise n’est pas de réaliser des profits (augmentation d’une quantité immatérielle) mais bien plutôt de pourvoir les services dont ont besoin les clients

          Pour ce qui est de la part revenant à la collectivité, il est possible de définir une frontière entre la survie et le loisir. La survie (énergie, eau, nourriture, communications, environnement) doit être du ressort de la collectivité, les loisirs (écran plat, piscine, séjours au ski, art de manière générale) peuvent rester dans la sphère libérale. La frontière entre les deux peut être déterminée par le processus démocratique (vêtements, logement).

          Le "jeu" du libéralisme peut très bien survivre et se satisfaire des loisirs, qui en cas de défaillance, ne risqueront pas nos vies pour les risques pris par les "joueurs". La défaillance des systèmes assurant notre survie sont un enjeu collectif, en tant que société.

          Pour résumer, c’est à l’état d’assurer la survie de ses membres, les loisirs de ses membres sont par contre laissé au libre choix de ses membres


        • Eloi Eloi 27 mai 2008 09:31

          L’homme est un être shizophrène : obligé de participé à la société pour assurer la survie de son individu, il doit satisfaire les deux contraintes :

          *sociales : mieux ira la société, plus grande sera sa liberté d’action et meilleure sera sa survie

          *individuelles : que son individu se porte le mieux possible et le plus vite possible

          Il y a donc deux moyens d’actions :

          * actions collectives : améliorer la société pour que, par retour, la survie de l’individu s’améliore. Ce sont des actions à long terme. C’est une sorte de sacrifice de l’individu sur le court terme au profit de la société, pour un meilleur bénéfice à long terme de l’individu.

          * actions individuelles : améliorer son train de vie au-delà de la moyenne de la société. C’est une action qui apporte à court terme, et devient très incertaine sur le long terme car elle est génératrice d’inégalités (forcément)

          Il convient de noter que chacune de ces actions peut avoir des répercutions positives sur l’avenir de la société :

          * soit par volonté consciente (actions sociales), par l’établissment de plans de développement, calculés (si possible) de manière scientifique

          * soit en tant que conséquences, par accident (actions individuelles) : c’est à la base du libéralisme : l’individualisme de chacun des membres de la société peut amener (sous réserve de respect des hypothèses libérales) à un optimum global.

          Et chaque homme va se placer sur cet axe, entre collectivisme forcené (fourmillière) et ultra-individualisme. Chacune de ces actions est bonne pour l’individu, et potentiellement bonne pour la société (et donc pour l’individu), mais à différentes échelles, ce qui explique que le placement de chacun sur cet axe soit très différent selon la vision de chacun.

          L’important n’est pas de choisir le "meilleur positionnement" et de pouvoir juger ceux qui n’y sont pas, voire d’instaurer une société uniquement basée sur un des extrêmes de cet axe, mais bien d’aboutir à une société ou chacun trouve sa place :

          * une part de libéralisme pour les joueurs entreprenants prêts à prendre des risques personnels, motivés par la richesse ou la gloire.

          * une part d’état, pour les gens moins préoccupés de leur richesse ou gloire personnelle, mais motivés par le progrès collectif

          Il convient évidemment de limiter les conséquences des actes de chacun sur la société, pour tenir compte des erreurs :

          * limiter le "jeu libéral" au secteur du loisir, pour limiter les erreurs et le risque du "jeu" dans des secteurs où la survie n’intervient pas

          * contrôler la cohérence, la faisabilité et le bien-fondé des plans gouvernementaux par le moyen démocratique

          Si les termes du contrat sont compris par chacun, alors la société satisfera chacun.


        • Gandalf Tzecoatl 26 mai 2008 17:34

          Vous posez très bien le débat.

          Hélas, le cadre pertinent que vous proposez est systématiquement balayé par du libéralisme simpliste.

          Par ailleurs, le système monétaire actuel (y compris celui de M Yunus) ne peut que forcer le productivisme, l’inflation, et in fine, la guerre de tous contre tous. Faire du social pour une entreprise en place et lieu du profit dans un tel système monétaire est du suicide.

           


          • La fronde économique 26 mai 2008 17:38

            En effet, c’est difficile mais pas impossible, on en compte des dizaines de milliers d’entreprises de ce type en France, des centaines de milliers dans le monde.

            Mais pour changer d’échelle, il faut aussi changer le cadre politique et modifier les règles macroéconomiques, notamment la pression exercée par le capitalisme financier sur le reste de l’économie. Un sujet dont beaucoup parlent, mais très peu (ni PS, ni UMP, ni LCR,...) propose de solutions concrètes, opérationnelles et ambitieuses. Dommage !


          • Gandalf Tzecoatl 27 mai 2008 20:16

            Après tout, c’est bien le propre de l’économie de marché de vendre et le poison et l’anti-dote, dans le cas présent un système financier qui exclut et une économie sociale qui réintègre.

            Prenons un exemple : la crise des sub-primes américaines,originellement favorables aux banquiers, au bâtiment, aux assurances, dont les développements sont propices désormais aux marchands de mobil-homes, de caravanes, d’huissiers, de medias, d’avocats, de juristes, d’analystes, d’informaticiens (certains logiciels de gestion de risques vont être très certainement refondus), d’actuaires, de quants, d’entreprises de solidarité envers les plus démunis (soupes populaires, etc).

            La force du politique et de sa règlementation est d’interdire le poison et de tuer dans l’oeuf l’anti-dote. Evidemment, c’est in fine destructeur de PIB et de croissance. Mais faut-il occuper les individus à des tâches dont on pourrait se passer ? Quoiqu’il en soit, l’économie de marché se targue d’être la plus efficace, l’économie de marché régulée peut encore être plus efficace dans le sens d’être économe en temps de travail humain.

            Par ailleurs, je suis persuadé que vous classez un émetteur de micro-crédits à 7% parmi les entreprises solidaires. Solidaire peut-être, mais certainement pas désintéressée.

             

             


          • Le péripate Le péripate 26 mai 2008 20:53

            Je crois que ce vous décrivez comme productivisme, est, en fait, du consumerisme. C’est le jeu des désirs mimétiques qui entraînent dans cette dérive. Mais, ce n’est pas la première fois que des phénomènes semblables se produisent : les ethnologues ont décrit le potlach, débauche de dons qui visent à rendre le contre don presque impossible, débauche mimétique. Et ce n’est qu’un exemple.

            Pour dire que ce phénomène a peu a voir avec un capitalisme, (qui n’est que le détour de production, l’hétéronomie), qu’il est plus universel que strictement limité à la civilisation d’aujourd’hui.

            Rome, par exemple encore, avait inventé les lois somptuaires, qui interdisait, enfin essayait, l’étalage du luxe et de la richesse. Lois que l’on retrouvent encore dans d’autres pays et d’autres époques.

            Et, dans le fond, c’est une affaire personnelle, chacun doit pouvoir mener la vie qu’il souhaite, dans le luxe, ou la simplicité.


            • wiztricks 26 mai 2008 21:31

              Bon article, bonnes questions.

              Economie de marché et formes plus sociales ont toujours co-existé. De plus, je ne vois pas trop comment une économie purement de marché pourrait survivre : pour qu’elle existe, il faut des règles.

              Le manque de règles est la cause des soucis de la mondialisation. Elle a permis la création d’entreprises monstrueuses dans l’industrie ou la finance et personne pour les contrôler.

              - W


              • Zenon Zenon 27 mai 2008 12:17

                Très bon article,

                Nous ne dépasserons pas l’économie de marché - mondialement acceptée, le Grand Soir est un mythe qui fit couler plus de sang que permettre un avenir meilleur-, mais nous ne pourrons pas survivre à l’idéologie libérale si rien ne vient l’encadrer - désastres environnementaux, guerres à visée économiques, productivisme.

                Le plus frustrant en France est le débat caricatural entre la gauche et la droite sur ce sujet, chacun prisonnier de sa posture idéologique. Mais c’est une recette électoral qui demande peu d’energie. Sarkozy a récolté les fruits de cette paresse intellectuelle généralisée.

                J’espère pouvoir lire bientôt la suite de vos réflexions. Bravo pour ces réponses intelligentes face à une rhétorique d’êtreme gauche, qui bien que sincère, n’en demeure pas moins obsolète et à la limite de l’autisme intellectuel.

                Les scores a 2 chiffres de l’extrême droite furent un handicap majeur pour la droite a partir des années 80, si l’extrême gauche fait de même dans la années futures, la gauche n’est pas prète de revenir aux affaires... L’extrême droite fut l’allié objectif de Mitterrand comme l’extrême gauche est l’alliée objectif de Sarkozy. Les postures c’est bien joli, le réel c’est l’impact sur les élections.

                Mais ce n’est que mon avis.

                Cordialement a tous,

                Zenon


                • Philippe Gay 27 mai 2008 17:35

                  En êtes vous si sur ?

                  L’économie de marché, c’est très simple, c’est la possibilité d’offrir librement ses services dans quelque domaine que ce soit ... c’est si simple que l’on ne voit pas très bien quoi imaginer d’autre !

                  Ce que vous voulez sans doute dire ... c’est qu’on en est encore loin, et que de nombreux porteurs de projets se voient interdire de les exprimer de les soumettre au jugement et à l’arbitrage de tous.

                  Le marché n’est pas encore très libre ... dans de nombreux domaines ( offre de services d’éducation, offre de services de santé, offre de services sociaux, offre de logements, offre de services de transport ... ) les monopoles d’état ne laissent pas beaucoup d’espaces aux innitiatives ... on ne s’étonne guère que tous ces secteurs soient en crise.

                  Mais avec un gauche, qui comme vous, souhaite que puisse s’exprimer la richesse créative de tous les citoyens sur un marché de plus en plus libre ... un espoir renait.

                  Oui comme vous le ressentez, le marché ce n’est pas que le productivisme ... mais quand tant de secteurs sont fermé au libre marché ... seuls s’exprime dans le faible espace de liberté restant les productivistes !

                  C’est donc moins un autre marché qu’il faut souhaiter qu’un marché toujours plus libre et plus ouvert non ?


                  • Gandalf Tzecoatl 27 mai 2008 19:56

                    "L’économie de marché, c’est très simple, c’est la possibilité d’offrir librement ses services dans quelque domaine que ce soit ... c’est si simple que l’on ne voit pas très bien quoi imaginer d’autre !"

                    La nourriture, la santé ou l’éducation laissée en pâture à la liberté qu’offre le porte-monnaie est vraisemblablement une alternative qui fait rayer le parquet à certaines dents longues.

                    "Ce que vous voulez sans doute dire ... c’est qu’on en est encore loin, et que de nombreux porteurs de projets se voient interdire de les exprimer de les soumettre au jugement et à l’arbitrage de tous."

                    Qui a le droit de refuser un projet ? Essentiellement un banquier ou un financier.

                    Et permettez moi de douter de l’intégrité de votre notion de la liberté (video en bas de la page) :

                    http://www.neonline.be/sites/monnaie

                     

                    "Le marché n’est pas encore très libre ... dans de nombreux domaines ( offre de services d’éducation, offre de services de santé, offre de services sociaux, offre de logements, offre de services de transport ... ) les monopoles d’état ne laissent pas beaucoup d’espaces aux innitiatives ... on ne s’étonne guère que tous ces secteurs soient en crise."

                    Il est évident que les quelques 50 millions d’américains qui n’ont pas de couverture sociale se sentent beaucoup plus libres de jouer avec leur santé qu’un français qui est obligé de contracter envers la sécurité sociale.

                    Et les banquiers américains ont bien essayé de faire du social avec les emprunts sub-primes, mais apparemment le marché libre n’est pas très efficace pour faire du social.

                    Après, on peut réclamer que n’importe qui est libre de s’auto-

                    Il va s’en dire que s’en tenir à un droit vieux de 200 ans ("droit naturel") est deux siècles plus tard une régression.

                     

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