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Accueil du site > Actualités > Economie > CPE, précarité, et justice sociale

CPE, précarité, et justice sociale

Dominique de Villepin annonçait, il y a peu, plusieurs mesures destinées à favoriser l’entrée dans le marché du travail des jeunes gens. Parmi ces mesures, le contrat première embauche (CPE) inspire hésitations et critiques. La gauche, notamment, entend faire de ce projet un instrument de lutte politique.

Que peut-on penser du dispositif tel qu’il se présente ?

Il y a peu à dire sur les aspects de technique proprement juridique. En l’absence d’information précise sur le contenu du dispositif envisagé, on doit s’en tenir à des conjectures. Il est probable que les règles régissant le CPE seront inspirées de celles qui gouvernent le CNE. On peut donc leur apporter une critique analogue. Autrement dit, le CPE ne décourage pas la pratique des discriminations, quel que soit le critère qui les motive.

  • La précarité

Les opposants au projet du gouvernement avancent deux arguments principaux. Le CPE favorise la précarité des jeunes gens, d’une part. Le gouvernement a pour projet de généraliser la précarité aux autres catégories de la population, d’autre part.

A l’évidence, le contrat proposé pour l’embauche des personnes de moins de vingt-six ans, à l’image du contrat nouvelles embauches, favorise la précarité de l’emploi, en ce qu’il autorise l’employeur à mettre fin à l’engagement sans avoir à justifer de motifs particuliers. Une façon de redonner aux mots leur sens initial. Dans le sens historique (et juridique), "précaire" se dit de ce "qui ne s’exerce que grâce à une autorisation, à une tolérance révocable" (Robert). Par extension, on admet que la précarité vise l’absence de "stabilité".

Cependant, la majorité a beau jeu de faire valoir qu’à tout prendre, mieux vaut la précarité dans l’emploi que la stabilité dans le chômage. En quoi peut-être faut-il la suivre. La supériorité de la précarité sur la stabilité ne vaut que si la situation est favorable. Lorsque les adversaires du CPE avancent que le gouvernement fait le choix de la précarité contre la stabilité, ils se réfèrent à l’hypothèse de l’occupation d’un emploi par les jeunes gens, ce qui n’est pas, il s’en faut de beaucoup, la réalité.

La seconde critique opposée au CPE est celle de la généralisation de la précarité de l’emploi à l’ensemble des travailleurs. En effet, la multiplication des hypothèses spéciales écarte du régime général du contrat à durée indéterminée des catégories de travailleurs importantes. Et plutôt que de s’attaquer frontalement au régime général, le gouvernement préfère peut-être multiplier les exceptions légales, de sorte que le régime général n’aurait plus qu’une portée résiduelle. Il est séduisant de spéculer, mais rien ne garantit que telle soit l’intention des partisans du CPE.

En tout état de cause, il ne s’agit en aucune manière de suivre la ligne du MEDEF (comme le suggère Maurice Ulrich dans LHumanité). Laurence Parisot, en effet, suggère de remettre en cause explicitement la protection de l’emploi telle qu’elle résulte du Code du travail. Ce faisant, cette dernière entend soumettre à l’opinion la question. A l’inverse, le gouvernement entend (peut-être) parvenir à un tel état du droit, mais subrepticement. A l’opacité, qui supporte bien des ambiguïtés, on peut préférer le débat public, il est vrai, mais peut-être une expérimentation discrète et limitée aura-t-elle pour effet de dégager l’opinion de préjugés idéologiques - dans un sens ou dans l’autre. Il reste que, contrairement à ce que prétend Alain Vidalies, les mesures prises par le gouvernement ne favorisent nullement un amincissement du Code du travail.

  • Les aspects économiques

La précarisation de l’emploi favorise-t-elle l’embauche ?

La question est complexe et admet sans doute des réponses contrastées.

A l’évidence, le poids économique et juridique des règles relatives au licenciement ne favorise pas la décision d’embauche chez les employeurs ; a fortiori lorsque les demandeurs d’emplois sont dénués d’expérience, comme les jeunes gens.

On peut faire valoir à l’inverse que la décision d’embauche dépend avant tout de la demande reçue (ou anticipée) par les entreprises, de sorte qu’on peut soutenir que les conditions de travail et de licenciement sont sans effet notable lorsque la demande est faible. On doit mesurer l’argument, cependant. Selon les secteurs et la dimension des entreprises, les variations de la demande affectent différemment la décision d’embauche.

Ainsi, une entreprise qui produit pour l’international (pardonnez la substantivation) doit tenir compte de l’évolution de la demande extérieure. Les revenus de ses employés sont sans incidence sur ses prévisions de production. La possibilité de recourir à une production extérieure met en concurrence les demandeurs d’emploi français avec les demandeurs d’emploi de nations équivalentes (étant entendu que le niveau de protection et de rémunération de pays tels que la chine ne permet pas de lutter efficacement, quoiqu’il en soit ; il faudrait une comparaison avec le Royaume-Uni, voire avec les nouveaux entrants européens).

Une grande entreprise absorbe plus aisément les variations de la demande qu’une PME (ce qui devrait justifier, me semble-t-il, que le CPE ne soit pas réservé aux entreprises de plus de vingt salariés). Il ne faut pas négliger, cependant, avec la tendance des grandes entreprises à tenir l’emploi pour une variable d’ajustement. Il existe une culture manageriale qui consiste à voir dans les ressources humaines un coût plus qu’un investissement productif. Or, on sait que la productivité d’un salarié s’accoît avec l’expérience générale (ses compétences propres) et particulière (dans l’entreprise). Il y aurait à dire sur la culture particulière des employeurs dans l’économie française.

Somme toute, les effets d’un assouplissement des contraintes juridiques du licenciement devront être analysées plus finement.

On doit compter également avec les éventuels effets de substitution liés à l’introduction d’un seuil de vingt-six ans.

La limitation de la mesure envisagée à une catégorie de personnes pourrait avoir pour effet d’induire une préférence des employeurs pour l’embauche des jeunes gens (ce qu’attend le gouvernement), au détriment de l’embauche de personnes plus âgées, mais ceci sans stimuler significativement le volume global de l’embauche. Il y a des raisons de mesurer l’analyse, cependant, car l’avantage consenti à l’embauche de jeune gens compense le facteur désincitatif du manque d’expérience. Il est vrai que ce paramètre ne joue guère que pour les métiers qui exigent la mise en pratique d’une formation scolaire ou universitaire. Sans doute intéressent-ils moins les emplois qui n’exigent pas de formation.

Concernant l’embauche des jeunes gens diplômés, on peut du reste faire valoir que l’acquisition d’une expérience professionnelle minimale passe aujourd’hui par des stages et/ou des CDD. Il n’y a guère de raison de penser que le CNE se substitue à ces dispositifs, souvent moins coûteux pour les employeurs. En revanche, elle leur permettront de retarder l’embauche d’un jeune diplômé.

Somme toute, si rien n’assure que la diminution de la protection garantit une hausse des embauches, on ne peut affirmer qu’elle leur nuira.

  • La justice sociale

L’injustice est un argument majeur avancé par l’opposition au gouvernement. Les opposants au CPE font en effet valoir que le CPE caractérise une forme d’hostilité à la jeunesse. L’analyse est fort critiquable. Si le contrat première embauche établit assurément une discrimination fondée sur l’âge quant à la protection de l’emploi, on peut admettre que cette discrimination est justifiée par l’inexpérience des candidats à l’embauche.

De façon générale, on peut penser que la dénonciation vive d’une telle discrimination ne tient que peu de compte de la réalité discriminatoire qui pèse sur les jeunes gens en matière d’embauche. Aussi bien le confort moral que procure l’indignation ne souffre-t-il guère de ce que le système en place à ce jour engendre une situation déplorable en terme d’égalité.

Comme on l’a déjà souligné, l’égalité parmi les travailleurs se fait au détriment de l’égalité au sein de la population active. Il est notable, à cet égard, que les jeunes gens, qui sont parfois prompts à l’indignation, ne rejettent pas massivement le dispositif tel qu’il est annoncé par le gouvernement. A l’inverse, les critiques les plus vives proviennent de ceux qui ne sont pas visés par la mesure.

Assurément, la crainte d’une généralisation de la précarité des contrats de travail n’est pas absente des préoccupations de ces derniers. Mais ne faut-il pas considérer que serait ainsi assurée plus efficacement l’égalité au sein de la population ?

Au prix d’une précarisation générale, m’objectera-t-on. C’est juste. Mais peut-être faut-il admettre que la solidarité réside davantage dans le sacrifice d’une part de ses intérêts que dans l’effort qu’on demande à autrui.

Cet article a été préalablement publié sur diner’s room


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14 réactions à cet article    


  • Quoique (---.---.23.30) 27 janvier 2006 20:06

    Beau discours, belle construction qui ignore les jeunes déjà défavorisés voir en forte « situation de handicap ». Pour cette ’catégorie" ce contrat est à assimilé à une mesure inhumaine qui prolonge jusqu’à plus soif la désespérance accumulée pendant l’échec de la scolarité. Deux années de servitudes lorsqu’on retrouve le soir un environnement aidant financièrement, culturellement, psychologiquement, ... N’est qu’un mauvais moment à passer, mais lorsqu’on est déjà fragilisé par plus de dix ans de galères et qu’il n’y a pas ou plus de ressources dans l’environnement proche, cela peut être la fin.


    • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 29 janvier 2006 12:18

      Excellent article ; j’ajouterais que les syndicats et le PS seraient mieux inspirés d’exiger une négociation sur les garanties offertes pas ces nouveaux contrats, en particulier pour revenir sur l’absence de justification de sa rupture par l’entreprise, que de se contenter de d’exiger leur suppression pour en rester à la situation insupportable actuelle.

      Nous savons par avance que le PS reprendra cette mesure, si elle marche -et il faut l’expérimenter pour le savoir-, en l’assortissant de meilleures garanties.

      De toute façon tout parti (donc responsable) au pouvoir devra mettre en route une réforme du code actuel du travail qui n’est plus du tout adapté à l’évolution du capitalisme mondialisé et cela dans le sens d’une plus grande flexibilité ; ce qui n’est pas du tout contradictoire avec une meilleure protection des personnes, comme le démontre le Danemark.


      • Christophe (---.---.50.175) 2 février 2006 17:15

        J’ajouterais que les syndicats et le PS seraient mieux inspirés d’exiger une négociation sur les garanties offertes pas ces nouveaux contrats, en particulier pour revenir sur l’absence de justification de sa rupture par l’entreprise, que de se contenter de d’exiger leur suppression pour en rester à la situation insupportable actuelle.

        Dois-je vous apprendre, monsieur, que le rôle d’une organisation syndicale ne consiste pas à jouer le rôle de rustine suite à une décision unilatérale.

        Les organisation syndicales, comme patronales, sont prêtes à revoir la problématique posée en terme de contrat de travail. Le problème n’est pas là ; le gouvernement souhaite prendre la main en imposant une mesure sans en mesurer, au préalable, les incidences : échéances électorales oblige.

        Pour ce qui concerne la précarité des jeunes, il est évident qu’elle augmente. Ce n’est pas un jugement de valeur, juste un constat en comparatif de l’existant qui si il n’est pas la panacé doit être revu entre partenaires sociaux ; les périodes d’essai des CDI sont les résultats de négociations entre partenaires sociaux, et les mesures prises récemment dans le périmètre du travail par le gouvernement mettent en évidence leur « incompétence » en ce domaine ; incompétence inhérente à leur manque évident de connaissance sur le dit sujet.

        Pour l’emploi, les armes actuelles, plus particulièrement les CDD peuvent atteindre une durée de 18 mois. Ne faisons pas outrage aux entrepreneurs ; au bout de 18 mois, ils savent si un collaborateur fait l’affaire ou non. Ce n’est d’ailleurs pas toujours le critère majeur permettant à une entreprise et un collaborateur de contracter sur un plus long terme. Soyons honnête, au moins intellectuellement, une période de 18 mois ou de 24 mois n’influence pas directement l’emploi et son besoin industriel en terme de ressource. Par ailleurs, il existe, de nos jours, un grand nombre de variables d’ajustement pour compenser les hausses et baisses de charges et donc de couvrir leurs incidences économiques.

        Il y a certes des choses à entreprendre pour s’adapter aux contraintes économiques ; mais s’adapter ne signifie aucunement se sacrifier. Il faut donc trouver un juste équilibre entre des mesures permettant aux entreprises de pouvoir mieux s’adapter à ses marchés (nous avons tout intérêt à conserver nos industries plutôt que les voir disparaître) mais pour cela, il ne suffit pas de tester un nouveau contrat plus précaire ; c’est largement insuffisant.

        Je vous rejoins, par contre sur l’exemple du Danemark ; il y a des mesures intéressantes dont nous pourrions nous inspirer. Cependant, cela nécessite certaines adaptations car on applique difficilement des mesures dans une société de 5 millions d’âmes à une société de 66 millions d’âmes.

        Mais pour l’exemple du Danemark, nous remarquons qu’ils ont créé une dynamique pour les salariés exclus temporairement du monde du travail ; ce qui n’existe pas vraiment en France. Cette dynamique prend en compte les besoins de formation, les bilans de compétences, les ré-orientation d’un secteur d’activité vers un autre, ... enfin beaucoup de choses qui, même si certaines sont prévus pour les chômeurs en France, ne sont appliquées par manque évident de moyens ; moyens mis en oeuvre par le gouvernement qui décide de prendre une décision unilatérale dans un champs d’action pour lequel ses compétences sont plus que limitées.

        Plutôt que de donner des conseils aux syndicats, je vous recommande, si je peux me permettre, de vous engager et d’oeuvrer dans le sens que vous préconisez. Même si vous souhaitez leur ditiller vos conseils, engagez-vous ; car ce que vous avez aujourd’hui, vous le devez à leur engagement, et non aux conseils aussi avisés qu’ils soient mais restant toujours hors du champs d’action.


      • Homère (---.---.38.118) 4 février 2006 03:20

        « A l’inverse, les critiques les plus vives proviennent de ceux qui ne sont pas visés par la mesure. »
        — > Peut-être subodorent-ils qu’ils sont les prochains sur la liste à partir du moment où la porte aura été entrouverte (réaction à chaud avant d’avoir lu le paragraphe suivant qui corrobore et prolonge mon hypothèse en évoquant la pirouette qui consiste à aligner out le monde en vue d’éliminer les inégalités de traitement consécutive à la première mesure. Voir le travail de nuit des femmes. Ainsi, ce qui est considéré comme un avantage social (le CDI) deviendra de fait un handicap (notamment pour les emplois pas ou peu qualifiés.

        Plus généralement, à quoi bon vouloir réduire le chômage si c’est pour mener une existence précarisée avec faible pouvoir d’achat au milieu d’une société de consommation et de convoitises où la fragilité de votre situation est accentuée par les inégalités de situation imposées par les plus performants qui tracent leur voie sans se soucier du sort subi par ceux qui ne sont pas en mesure de suivre le rythme effreiné imposé par une société en évolution rapide et constante ?

        Et ces gens_là ne sont pas une chimère. Ils existent bel et bien et ils sont nombreux. Sans parler de ceux qui parviennent à suivre le ryhtme à grand peine, mais au prix d’un très grand épuisement physique et moral. Il est conséquent l’ensemble de celles et ceux qui perdent leur vie à la gagner !

        Au profit de qui au final ?

        Le libre échange, principal vecteur de décroissance des pays développés —> voir lien ci-dessous.


        • jules (---.---.70.28) 4 février 2006 12:58

          Je vous suis lorsque vous évoquez les craintes de généralisation d’un système d’emploi précaire ; même s’il me semble qu’un tel système ne doit pas nécessairement être écarté a priori. Vous me concéderez, cela dit, que cela ressemble davantage à la protection de ses intérêts propres qu’à la protection des intérêts de ceux qui sont visés par la mesure.

          Sur le travail de nuit des femmes, je suis prêt à ouvrir la discussion, car il est notable que la décision de la CJCE qui est la source de la modification de la législation nationale a étét fort mal rapportée par les médias et politiques français. Vous pouvez consulter cette décision à l’adresse suivante.

          http://europa.eu.int/smartapi/cgi/sga_doc?smartapi !celexplus !prod !CELEXnumdoc&lg=fr&numdoc=61989J0345

          Je ne partage pas, ou ne comprends pas très bien la question que vous posez ensuite.

          « A quoi bon vouloir réduire le chômage si c’est pour mener une existence précarisée... », m’interrogez-vous ?

          Il me semble que l’alternative entre l’accès restreint à un marché du travail protégé mais peu dynamique et un large accès à un marché du travail précaire et incertain, on peut préférer des deux maux, le second. Ce n’est, me semble-t-il qu’une question de préférence. Du reste, les partisans d’un marché du travail flexible (précaire) font valoir l’hypothèse de la courbe en « J ».

          Entendez que les effets d’un assouplissement des règles de protection ont pour effet premier de faire baisser provisoirement le niveau de vie des travailleurs, mais il y a à court ou moyen terme un rattrapage et une croissance des avantages. En particulier parce qu’on fait estime que l’accroissement de l’activité favorise uen raréfaction de la main d’oeuvre, et impose donc à l’employeur de proposer une rémunération supérieure du travail. C’est à peu près ce qui s’est passé dans l’économie anglaise.

          Je n’aime pas beaucoup recourir à cet argument (car la critique vaut par elle-même) ; mais... Quelle proposition de politique économique voyez-vous qui pourrait assurer un emploi stable à tous ?

          Il me semble que vous exprimez une préférence pour ce système dans lequel un chômage important se pérénise sans que les protections d’un marché du travail où les salariés ont peu à faire valoir garantisse un meilleur équilibre des forces.

          Notez du reste que la situation que vous décrivez dans lequel certains perdent leur vie à la gagner résulte bel et bien du système actuel, et non pas d’un système flexible qui n’est pas (encore) le nôtre.


        • Homère (---.---.192.200) 6 février 2006 10:57

          Les working poors en Grande-Bretagne et aux USA ne perdent-ils pas leur vie à la gagner dans un système économique à l’opposé du nôtre ?


        • Dersou (---.---.151.17) 5 février 2006 13:52

          Cher Jules,

          Tout ceci est bel et bon mais ne répond pas à la question essentielle. Celle qu’aucun journaliste ne pose jamais. La seule qui vaille en la matière. La seule qui fâche et qui permettrait de trancher entre vos deux hypothèses : machiavelique travail de sape du code du travail ou pragmatisme tout entier tourné vers l’amélioration de la situation des jeunes ?

          Cette question toute simple la voici : qu’est-ce que le CPE apporte qui n’existait déjà ? Pour mémoire le contrat à durée déterminée (CDD) peut être rompu unilatéralement par l’employeur pendant 18 mois. Ou bien transformé en contrat à durée indéterminée (CDI). La différence avec le CPE se limite donc à 6 mois de précarité supplémentaires et quelques avantages fiscaux. Avec une restriction de taille : le CDD s’adresse à tous alors que le CPE est réservé aux jeunes.

          Auriez-vous la gentillesse de m’expliquer, à moi qui ne comprends pas très bien, pourquoi il est alors abusif de conclure que la seule motivation du CPE est d’entamer un peu plus les acquis du code du travail et de préparer la suppression pure et simple du CDI ?

          Une fois cette question résolue nous pourrons :

          1) regretter que l’intention véritable de Monsieur Villepin ne soit pas clairement exposée afin d’ouvrir un débat de fond ;

          2) nous intéresser au débat de fond, c’est à dire à la question de savoir si la suppression du CDI est une bonne ou une mauvaise chose.


          • jules jules 5 février 2006 14:47

            Et bien, le CDD ne peut être rompu unilatéralement, ni par l’employeur, ni par le salarié, sauf l’un (ou l’autre) à s’exposer à une réparation équivalente à la durée du contrat non exécutée. Autremnent dit, l’employeur qui rompt un CDD devra s’acquitter du paiment de l’intégralité des salaires. Le salarié devra indemniser l’employeur pour l’intégralité du travail qui n’a pas étét accompli.

            Le principe est que seul les contrats à durée indéterminée (comme le PCE ou le CNE d’ailleurs) peuvent être rompus unilatéralement.

            Il n’est cependant pas abusif de conclure que le CPE et le CNE ont pour objet d’entamer les acquis du Code du travail. Cela dit. Ces acquis profitent-ils de façon suffisamment générale aux travailleurs pour ne pas s’interroger sur leur vocation à assurer la justice sociale.


            • Dersou (---.---.151.17) 5 février 2006 15:48

              Merci de cette rectification. Je pensais que le CDD était plus flexible qu’il ne l’est réellement. La possibilité de le renouveler une fois limite toutefois l’engagement ferme de l’employeur à une durée inférieure au maximum légal de 18 mois. Mais je comprends maintenant quelle différence il y a entre la flexibilité du CPE et celle du CDD ; et l’intérêt supplémentaire qu’il peut représenter pour les employeurs. Je vais méditer tout cela. Encore merci.


              • doudou mariolo (---.---.40.92) 6 février 2006 10:46

                allo ?ici un prolo qui a eu la chance de faire un peu d’étude ,mais qui n’oublie pas d’ou il est parti ; plus je vous lis et plus je me dis qu’on oublie une chose importante :« il est où le boulot ? »« comment faire pour que les patrons ouvrent leurs porte sans discriminations ? »j’ai peu entendu les copains des Gouvernants(et même des non gouvernants) dire « on offre X embauches » « on reduit les profits des actionnaires »« on va participer au renouveau du monde du travail »« il est temps de partager »


                • jules jules 6 février 2006 12:16

                  Vous posez une juste question.

                  Où est le travail ?

                  Le travail est offert par les employeurs, d’une part. Vous pouvez également en trouver en créant une entreprise, d’autre part.

                  Il me semble qu’il est un peu injuste de faire peser sur les employeurs un devoir d’offrir de l’emploi. Après tout, rien n’interdit à quiconque de devenir entrepreneur. Si l’on ne choisi pas cette voie, on admet de dépendre des attentes des employeurs et de leurs besoins.

                  Sans doute, comme je me suis efforcé de le mentionner, les managers ont tendance à considérer le travail comme une variable d’ajustement. Toutefois, je ne vois pas pourquoi on devrait imposer aux entreprises le devoir de fournir un emploi à ceux qui ne prennent pas ce risque.

                  Pardonnez mon ton sans beaucoup de nuance, mais j’ai fort à faire pour maintenir ailleurs un débat sur la liberté d’expression dans des limites décentes.

                   smiley


                  • www.jean-brice.fr (---.---.239.172) 12 février 2006 18:24

                    La politique que fait le gouvernement Villepin a quelques analogies avec le gouvernement LAVAL de 1935 qui donna le Front Populaire. En appliquant à la France le modèle anglo-saxon, on l’appauvrit et même si la gauche est incapable de faire un nouveau front popu, il n’en demeure pas moins que nous allons au devant de graves difficultés sociales. Pour avoir un autre aspect des choses, allez sur www.jean-brice.fr.


                    • ToM (---.---.222.194) 6 avril 2006 23:19

                      bonjour, je suis moi meme lycéen, mon lycée est aujourd’hui bloké par les anticpe. Ces derniers, tou splein aux as, sont fier de pouvoir prouver leur solidarité. Mais aujourd’hui etre solidaire, n’est-ce pas d’accepter pour nous qui feront de longues etudes, d’avoir pour commencer un contrat de travail précaire( La plupart des etudiants sortiront de la fac a 23,24 minimum), pour permettre a ceux qui sortent du systeme scolaire a 16ans, sans formation de pouvoir entrer dans le monde du travail ? Ces gens la sont les vraies précaire, ils n’ont ni rmi, ni assedic... Vous vos parents payent vos etudes, donc c’est facile de bloquer la sorbonne, les gens aux chomages aujourd’hui ne sont pas dans la rue mais a l’anpe a chercher un travail. votre solidarité a outrance n’est qu’un pitoyable egoisme. Moi je n’est pas tres envie d’entrer dans le monde du travail avec un cpe, mais si ca peut permettre a des gens au chomage d’avoir un travail... je suis pret a le faire.. Allez bloker tous les lycée de france, de toute facon on reportera les examents, faurait surtout pas que voter vel engagemnt vous punissent ! bande d’idiots, egoistes... un lycéen, de gauche... Et deja blazé


                      • Picpus (---.---.40.89) 19 mars 2007 14:57

                        Un peu tard pour répondre, mais j’ai trouvé deux articles qui pourront éclairer le lecteur de passage sur agoravox. C’est au sujet du Danemark qui fait les choux gras de la droite, de la gauche et du centre.

                        > http://travail-chomage.site.voila.fr/danois/dk_emploi_public.htm Deux fois plus d’emplois publics au Danemark qu’en France

                        > http://travail-chomage.site.voila.fr/danois/dk_merite.htm Dix fois plus de préretraités au Danemark qu’en France

                        Dans les deux cas, c’est en proportion car le Danemark est un pays dix fois plus petit que la France.

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