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Création, croissance et responsabilité

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Leonard de Vinci
Celui qui s’est fixé un but n’en change pas. Tout obstacle renforce sa détermination.

Les deux conséquences les plus graves de la crise, l’altération des équilibres sociaux et la mise entre parenthèses des impératifs de l’environnement, expriment une même lacune : notre système économique ne parvient pas à financer les investissements nécessaires. La solution passe par une meilleure reconnaissance du rôle des créateurs dans le processus de production des richesses. Dotés des droits qui en découlent, les créateurs pourront financer leurs créations grâce aux garanties qui leur sont attachées. Les bases juridiques de la nouvelle alliance avec les créateurs sont déjà établies par la loi commerciale internationale. Restent à fournir le ou les protocoles nécessaires à sa pleine mise en œuvre.

 La présente crise n’est pas le résultat d’un dérèglement produit par un hasard passager auquel nous serions étrangers. Elle s’explique par une mauvaise organisation économique et juridique, entretenue par notre inconscience et nos inconséquences.

Alors que les relations internationales et le progrès technique favorisent une répartition plus équitable des richesses entre les nations, le futur de l’humanité est obscurci par le manque de vision d’une génération, incapable de répondre aux impératifs de sauvegarde de l’intégrité présente et future de la planète Terre. Pour des raisons similaires, les pays riches ne parviennent plus à mobiliser les investissements pour mettre fin à la misère. Ils dénient à une partie sans cesse plus nombreuse de leurs populations l’accès aux mécanismes de la solidarité sociale.

Au sommet de Copenhague, l’accent mis sur les objectifs, plutôt que sur les programmes et les moyens d’action, est révélateur. La négociation sur les objectifs était en réalité un écran de fumée visant à écarter les vraies questions. Comment les pays qui émergent de la pauvreté en accueillant les industries les plus polluantes des pays riches, qui poursuivent des taux de croissance effrénés et qui ressentent de plus en plus durement les problèmes de l’environnement, pourraient-ils réduire seuls leurs pollutions à facteurs constants ? Il revenait d’évidence aux pays avancés, qui représentent la plus grande part de la demande économique, d’exiger le changement de ces facteurs. C’était à eux aussi, dans la mesure où ils disposent de la plus grande part des capacités d’ingénierie et de recherche, de fournir les solutions et les technologies adéquates.

En pareille matière, convoquer un sommet mondial et prétendre décider d’objectifs sans évoquer les moyens nécessaires relève d’une diplomatie schizophrène.

Certains ont récemment découvert que la croissance était en particulier le résultat des efforts menés par les entreprises. Forts de cette découverte, les gouvernements se sont tournés vers ces mêmes entreprises pour exiger d’elles un comportement plus citoyen. En échange de divers avantages, dont certains pourraient avoir de la pertinence, ils s’efforcent d’obtenir des engagements assurant la croissance, le plein emploi et la prospérité fiscale. Mais à nouveau, on privilégie les résultats sur les moyens.

Une bonne gouvernance devrait s’intéresser aux freins qui entravent le développement et s’attacher à mettre en place des ressorts et des mécanismes assurant l’implémentation effective du progrès technique. Répéter le mot « compétitivité » ne peut suffire pour que les entreprises deviennent leaders techniques sur leurs marchés.

L’expansion dépend des créations introduites dans le progrès technique. Le progrès technique dépend de la pleine reconnaissance du rôle des créateurs.

Le rôle déterminant de la création

Face aux limites des anciennes politiques de relance

Suite aux grandes découvertes, l’Europe s’est transformée à un rythme de plus en plus rapide. Adam Smith considère, avec raison, que l’origine de la richesse des nations ne provient ni de l’or, ni d’une extension géographique. Elle réside dans le travail humain et le progrès technique. C’est grâce à la création des premières méthodes de culture et des premiers outils que le patrimoine originaire des sociétés humaines s’est constitué.

Après la seconde guerre mondiale, la croissance est devenue la préoccupation dominante des gouvernants des pays avancés. Pas seulement parce qu’il fallait reconstruire. Mais aussi pour éviter le chômage de masse qui était considéré comme la source des horreurs de la période précédente. Face à cette même crainte, les gouvernants s’efforcent de renforcer l’intégration internationale des Etats. C’est ainsi qu’un monde global s’est formé grâce à des standards communs supprimant les barrières techniques aux échanges.

Mais la relance par le pouvoir d’achat et les déficits publics ne peuvent plus opérer, dès lors que la loi des vases communicants diffuse tous les savoir-faire disponibles en tous les points du monde. Les pays où la production est moins chère disposent d’un avantage décisif pour satisfaire la plupart des augmentations de la demande.

Quand tout le savoir-faire est partagé entre les nations qui composent le monde, l’accroissement de la richesse économique ne peut plus dépendre que du progrès technique. D’autant que, dans ce même monde, où une croissance débridée des technologies épuise les richesses et détruit les équilibres de la Terre, innover pour produire mieux avec moins devient impératif.

Ces nouveaux paramètres conduisent les économistes à souligner l’importance de la recherche développement. Une nouvelle dynamique peut s’enclencher entre les nations les plus développées et les moins développées : les premières concentrent leur énorme potentiel de recherche sur les pointes les plus avancées du progrès ; les secondes, sans être exclues du processus de création de nouveaux savoirs, bénéficient du transfert des productions issues de ces développements.

Malheureusement, force est de constater que la mise en œuvre de cette stratégie n’a pas mis fin à la crise. La production nationale des pays avancés tend même à décroitre. Faute de croissance, leurs déficits publics se creusent et leurs systèmes sociaux se dégradent. Les objectifs de maintien et de restauration des équilibres écologiques sont pour la plupart suspendus.

Les objectifs de recherche développement n’ont pas été réalisés en fait. Le potentiel de recherche développement ne parvient pas à mobiliser l’investissement pour créer une offre nouvelle. Les perspectives de retour sont trop brèves en raison de la réactivité des pays émergents, qui se saisissent avec une rapidité toujours accrue des nouveaux savoir-faire.

L’aide publique massive mobilisée pour la recherche développement ne compense pas l’évasion. Elle ne change pas les données du problème. Les investissements réalisés avec l’aide des financements publics sont, dans le cadre actuel, tout aussi bien délocalisés. Seuls, quelques secteurs, de luxe ou de très haute technicité, ceux où l’art créatif est à son maximum, échappent encore au phénomène - ils éclairent de mille feux la voie de sortie de la crise.

Face aux limites de la propriété intellectuelle

Les pays avancés ont fourni de grands efforts afin de contrer l’évasion de leur savoir-faire. Grâce aux illustres penseurs qui ont donné naissance au traité de Berne[1], la protection des œuvres littéraires et artistiques s’est diffusée et est devenue relativement efficace dans presque toutes les parties du monde.

Suivant une doctrine dominante, les œuvres à fort contenu économique ont été mises à part du droit d’auteur. Elles ne peuvent faire l’objet que d’une protection limitée qui ne gêne pas la liberté des échanges et la fluidité de l’économie. Les protections, qui concernent les marques et les modèles, ne portent par contre pas atteinte à la fluidité de l’économie. C’est pourquoi elles sont renouvelables sans limitation quant à leur contenu ou à leur durée. Elles-aussi apparaissent relativement efficaces. Cette doctrine considère que les brevets constituent la seule protection acceptable pour les œuvres économiques. La plupart des efforts de propriété intellectuelle ont donc porté sur le brevet.

Cet instrument date de l’Ancien régime, du temps où le monarque octroyait des monopoles. Par le brevet, le souverain encourageait ses sujets à imaginer des inventions en leur donnant pour récompense un monopole d’exploitation pendant 20 ans sur le savoir-faire qu’ils ont déposé en ses offices. La faveur accordée au brevet, après la chute de l’Ancien régime, s’explique notamment par des raisons militaires. Le brevet permettait au Ministère de la guerre de bloquer la diffusion de certaines inventions, pour ensuite les consacrer à la défense nationale. C’est notamment ce qui explique la règle excluant toute protection pour une invention publiée avant d’avoir été déposée à l’office national des brevets.

Appliqué dans un seul pays, au seul secteur industriel, abrité derrière un fort protectionnisme, le brevet a permis à de petits inventeurs de réunir les fonds nécessaires au démarrage et à l’édification de grandes œuvres économiques, autour de nombreux savoir-faire qui demeuraient le secret de quelques initiés.

Le brevet n’est plus aujourd’hui aussi démocratique qu’il pouvait paraître avant l’apparition du monde global. La plupart des inventeurs indépendants n’ont pas les moyens de financer seuls le dépôt et la défense du brevet dans les grands pays avancés qui met en jeu des sommes souvent supérieures au million d’Euros. Ceci a pour effet de restreindre considérablement la base inventive d’une nation.

Le brevet ne protège pas une œuvre en tant que telle. Il revendique un effet technique appartenant à une œuvre économique plus large. Sa rédaction est fragile. Compte-tenu des publications de plus en plus nombreuses qui peuvent être opposées aux revendications choisies par le rédacteur. Eu égard aux possibilités multiples de contournements auxquels une revendication donne prise, rédiger un brevet est devenu l’affaire des spécialistes. La qualité du brevet dépend plus en fait du rédacteur que de l’inventeur ou de l’invention. C’est Plus le conseil en brevets qui crée l’invention que l’inventeur lui-même, affirmait le célèbre Conseiller qui a rédigé la revendication 1 du brevet de la carte à puce.

Une fois octroyé par un pays, toute entreprise suspectée de contrefaçon peut demander son annulation du brevet. Les grandes entreprises estiment que le risque financier d’un procès est modeste et préfèrent souvent ne pas payer de redevances au petit inventeur ou à la PME. Dans les éventuels procès qui suivront le cas échéant, le maintien ou la destruction du brevet dépendra pour une part essentielle de la qualité des avocats.

La durée du brevet est limitée à 20 ans. Pour ne pas voir l’idée de l’invention se diffuser, le déposant doit la faire breveter au plus tôt. Les brevets sont en général délivrés plus de 3 années après leur premier dépôt. Dix ans sont en moyenne nécessaires au développement du produit et au lancement commercial. Il faut attendre encore une dizaine d’années avant que les nouveaux produits ne prennent une part significative du marché. Bien avant cette date, des entreprises tierces seront entrées en scène et interdiront, par le jeu de la baisse des prix, à l’entreprise créatrice d’amortir ses lourds coûts de recherche et de commercialisation.

La recherche d’une fluidité économique maximum a conduit à ignorer l’importance de la sécurité et de l’amortissement pour l’investissement. Dire que le brevet fait partie de la propriété intellectuelle n’est pas exact : le brevet n’est qu’une concession temporaire accordée sur un territoire donné et, au surplus, révocable.

En proportion, le brevet ne protège qu’une infime minorité des œuvres économiques. Pour preuve, les immenses patrimoines technologiques cédés pour quelques euro symboliques qui sont ensuite délocalisés. Une comptabilité plus juste, donnant sa vraie valeur aux savoirs immatériels qui font la richesse d’une entreprise, d’une région, parfois d’une nation et même d’un continent, commence à poindre. Elle va sans doute contribuer à une meilleure prise de conscience. Mais le processus est trop limité pour endiguer l’hémorragie des délocalisations. Sans protection, les savoir-faire ne peuvent être réellement valorisés convenablement.

La nouvelle alliance

La reconnaissance internationale du droit des créateurs

Un des premiers penseurs à dénoncer les méfaits de la spoliation dont les créateurs font l’objet est Philippe Berna.

Le 5 juin 1991, dans une lettre[2] adressée à Mme Edith Cresson, qui vient d’être nommée Première ministre de la France, il souligne l’impérieuse nécessité, pour le pays des droits de l’homme et du droit d’auteur, de mettre en œuvre le Pacte des droits économiques sociaux et culturels. En particulier, son article 15-1-c qui accorde à tous les êtres humain le droit de "bénéficier de la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l'auteur".

Si la France, affirme Philippe Berna, « respectait vraiment les Droits de l'Homme, ses entreprises industrielles pourraient caracoler aux premières places mondiales comme le font leurs homologues artistiques, en particulier dans le domaine de la Haute Couture ».

Copie de cette lettre est transmise au Président de la République française. Celui-ci, marqué par une visite rendue à la Silicon Valley, demande un rapport sur les tenants et les aboutissants de la lettre Berna. Suite à ce rapport, le Président français demande aux négociateurs français de soutenir fermement l’introduction du droit d’auteur dans les négociations des futurs accords de l’Organisation Mondiale du Commerce. Lors d’un entretien téléphonique, François Mitterrand persuade le Président des Etats-Unis de la supériorité du droit d’auteur. Dans la rédaction finale, ce droit est définitivement préféré au copyright pour protéger les programmes de logiciels.

C’est ainsi que le droit d’auteur devient la référence principale dans la propriété intellectuelle internationale. Les multiples logiciels qui aujourd’hui régissent l’intelligence des choses, la production des entreprises et les rapports humains, sont explicitement protégés par ce droit.

Un potentiel de garanties à matérialiser

La nouvelle norme est trop récente pour produire tous ses effets. En ces matières, la force de l’habitude et du règne des précédents sont tenaces. Mais ici, on n’est pas en présence d’une nouveauté complète. Une très longue expérience existe dans le monde de l’art, de la littérature et de la mode, où le réflexe du droit des créateurs est solidement ancré.

Le caractère invisible des savoir-faire a très largement disparu. Avec le développement de la société d’information, les œuvres économiques, même dans le secteur tertiaire, sont devenues aussi visibles et identifiables – voire plus – que les parcelles d’un champ de blé. C’est le cas en particulier des logiciels, des bases de données et de toutes les documentations rattachées.

Le clivage qui séparait les créateurs techniques des créateurs artistiques tend progressivement à s’estomper. La force des garanties offertes par les créations est très supérieure au brevet tant par sa durée que par la multiplicité des savoir-faire qu’elles recouvrent. Au vu de la clarté des dossiers constitués par les créateurs, de nombreuses contestations entre entreprises et créateurs ont déjà été réglées à l’amiable sans nécessiter aucune intervention judiciaire.

Pour que les créateurs puissent développer tout leur potentiel au service de l’investissement et de la reprise économique, il importe d’accélérer l’évolution en développant les instruments nécessaires pour certifier, enregistrer et nantir les droits du créateur.

Le processus est lui aussi amorcé. Des offices de dépôts enregistrent des CDs rom entiers où l'œuvre qui porte l’empreinte de l’auteur est décrite, avec datation, par acte authentique si besoin est, pour quelques euros seulement. Les équipes qui conçoivent, développent et améliorent un logiciel, font aussi figurer en tête de leur programme un contrat que l’utilisateur doit viser avant de pouvoir l’installer ou l’utiliser. Les ilots en faveur de la protection des œuvres économiques originales se multiplient dans la jurisprudence.

A cet égard, la participation active des Conseils en propriété intellectuelle est très importante. Ils jouent déjà un rôle dans la rédaction des contrats de logiciels. Il leur appartient de valoriser les créations, d’apporter leur savoir stratégique et d’organiser la coopération des créateurs d’œuvres composites. Les Conseils doivent aussi prendre leur part dans la préparation et l’établissement des certificats d’originalité attachés aux créations selon un Protocole de certification approprié. Il s’agit de permettre aux créateurs d’exercer pleinement leurs droits, au plan national et international, en utilisant les réseaux déjà constitués.

L’enregistrement des créations devrait être opéré de préférence sur le Registre unique constitué par la Société mondiale des Créateurs en utilisant les multiples relais de dépôt des œuvres qui existent déjà. Ce Registre unique des créations doit permettre tenir à jour d’une manière fiable les gages et les nantissements dont les créations sont l’objet, de sorte à offrir aux financiers les garanties et la sécurité dont ils ont besoin.

Dans ce cadre, l’Etat et les autres collectivités publiques pourront également, en échange de leurs financements et pour des causes d’utilité publique telles que la mise en œuvre de nouveaux standards internationaux ou l’attribution des marchés publics, obtenir toute une série d’engagements de la part des créateurs, notamment concernant la territorialité du savoir et la maîtrise des emplois clés.

Les droits et responsabilités attachées

Tous les objets qui nous entourent ont été un jour inventés. L’écrasante majorité des inventeurs qui les ont créés reste anonyme. Quand un savoir-faire n’appartient à personne, personne n’en est responsable ; ni de sa protection, ni de son développement, ni de ses méfaits, ni de sa disparition.

A l’inverse, les créations sont généralement liées aux créateurs. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder un livre, une peinture, une sculpture, un film et, aussi, un logiciel. Ils portent pratiquement tous la signature de leur(s) auteur(s). Ils sont protégés, ont tous une valeur, parfois considérable.

La nouvelle alliance avec les créateurs économiques prend sa source dans les droits de l’être humain. C’est sur eux qu’elle prend appui. Les Protocoles définis pour établir l’originalité des œuvres économiques valorisent les liens qui unissent le créateur à sa création et la continuité de son apport au progrès technique.

En valorisant le créateur, ce nouveau cadre souligne du même ses droits, mais aussi ses devoirs : préserver et améliorer la vie, le bien-être et l’intégrité – réinvestir les gains de productivité réalisés dans le développement de ses créations.

Le premier droit du créateur est un droit moral : celui de décider du nom de sa création. L’entreprise qui reproduit son œuvre sous un nom différent est un contrefacteur. Quand l’identité du responsable de la création est connue, son image et la réputation de l’organisation qu’il met en place sont engagées. Ceci permet de limiter les tromperies du consommateur.

Le devoir du créateur est d’améliorer constamment ses créations, selon son génie et l’état de la technique, pour se conformer à la demande et aux standards qui régissent le placement sur le marché des produits ou des services. Il faut rappeler à ce sujet la pensée d’un des plus grands créateurs, Léonard de Vinci, qui affirmait : Celui qui s’est fixé un but n’en change pas. Tout obstacle renforce sa détermination.

Mantelet invente le moulin à légume manuel. Il l’améliore sans cesse jusqu’au BB Mixer électrique. Même dépossédé de sa création, l’inventeur du Guide intelligent poursuit ses recherches en vue d’améliorer la navigation automobile. L’humanité aurait sans doute gagné à reconnaître son statut de créateur. L’imprimerie aurait sans doute été supérieure si Gutenberg avait pu en garder le contrôle. On dit que Rudolf Diesel est mort parce qu’il améliorait son moteur qui tournait déjà à l’huile d’arachide.

Dès lors qu’il participe d’une manière ou d’une autre à son exploitation, le créateur porte la part de responsabilité qui lui revient dans les dommages que cause sa création. Il lui appartient, en tant que son gardien, de prendre toutes les mesures nécessaires pour réduire les risques susceptibles dont ses créations peuvent être la cause. Ceci concerne au premier chef la protection de l’environnement, la sécurité des personnes et la santé des travailleurs.

*

* *

L’alliance avec les créateurs s’inscrit dans le consensus des droits de l’homme qui forme le socle du monde global d’aujourd’hui. A l’opposé des brevets qui tirent leur source du droit divin par lequel le souverain établit et révoque les droits de ses sujets, le droit du créateur est consacré par tous les textes qui fondent l’Etat de droit contemporain. A l’opposé du droit des brevets, devenu un droit complexe de déposants et de spécialistes, le droit des créateurs s’inscrit dans l’une bases les plus fondamentales du droit humain : celui que tout être humain détient sur son travail. Le droit des brevets se fonde sur des détails techniques et juridiques dont la nouveauté est souvent difficile à établir pour l’être humain ordinaire, comme, souvent, pour les magistrats. Tandis que l’originalité d’une création peut être rendue visible pour tous. La création devient alors un fait qu’un droit juste ne peut plus légitimement prétendre ignorer.

En faisant la lumière sur la source véritable des richesses, la nouvelle alliance avec les créateurs favorise la transparence et l’information économique de l’Etat. Elle met fin à l’expropriation et au pillage dont ont été victimes la plupart des créateurs depuis l’aube des temps. Ce faisant, cette nouvelle alliance fournit aux financiers les contreparties solides dont les créateurs ont besoin pour voir prospérer leurs créations. Les créations réussies offrent incidemment une assiette solide, consistante et facile à mesurer pour la contribution publique.

La nouvelle alliance réconcilie l’ouverture du monde, la nouvelle division du travail et la protection de l’environnement. Elle favorise une meilleure gouvernance en offrant aux parties prenantes les garanties nécessaires pour développer des perspectives rentables aux créations en faveur de la carte de la croissance verte. Elle s’inscrit dans la nouvelle division internationale du travail, tout en mettant fin aux excès des délocalisations débridées. Elle favorise le développement responsable dans tous les pays, tout en permettant aux pays les plus avancés de mettre en valeur, dans l’intérêt de tous, leur formidable potentiel de recherche.



[1] Le Traité de Berne est un traité signé en 1886 sous l’instigation de Victor Hugo, qui poursuivait une action elle-même initiée par Beaumarchais et Balzac, protège (http://en.wikipedia.org/wiki/Berne_Convention)

[2] M. Berna écrivait cette lettre en tant que Président de l’Association de défense des inventeurs français.


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50 réactions à cet article    


  • diogène diogène 28 août 2014 11:41

    Très bien.

    Tout ça est rationnel, cohérent et sage.
    Dommage que le monde soit dominé par des prédateurs violents et armés qui ne cherchent qu’à se goinfrer et ne sont pas prêts à partager...
    Pour changer qq chose dans un monde dominé par la violence, ul faut être lucide et un raisonnement fondé sur la raison n’a aucune chance de donner naissance à un monde meilleur.
    Les tyrans qui nous dominent ne pourront être terrassés que par la force.

    • zygzornifle zygzornifle 28 août 2014 17:30

      Hollande et son gouvernement sont des grands « CRÉATEURS DE MISÈRE » .....


      • Alain SOULOUMIAC 31 août 2014 13:50

        François Hollande n’est pas seul


        François Hollande n’était pas au sommet de Copenhague. Il n’est pas responsable du chômage qui a frappé la France entre 1974 et 2011. Il n’est pas à l’origine des crises espagnoles, grecques et portugaises.

        Il semble que la nouvelle politique hollandais soit plus orientée investissement que pouvoir d’achat. On va dans le bon sens. Encore faut-il bien assurer le financement et la protection des-dits investissements. 

        L’article Création, croissance et responsabilité propose une orientation pour ce faire.

      • Hervé Hum Hervé Hum 28 août 2014 22:30

        Bonjour Alain Souloumiac,

        l’idée est juste, donc le fond visant à donner le mérite intrinsèque au créateur n’est que justice, mais en rester en l’état est certainement insuffisant.

        Comme le dit diogène, le monde est dominé par des prédateurs qui ont la haute main sur la finance et donc sur les financement d’une part et de l’autre, sont aussi les actionnaires majoritaires des grandes entreprises contrôlant les moyens de productions économiques.

        Bref, le droit du créateur s’oppose directement au droit du propriétaire non pas dans le fait qu’ils ne puissent pas partager les profits, mais qu’ils découlent bien de deux philosophies différentes comme vous le dites si maladroitement.

        Votre maladresse vient du fait que vous avez du mal à harmoniser droit du créateur et droit du citoyen, alors que l’évidence du droit du créateur face au propriétaire des moyens de productions et financiers sont, eux, limpide.

        car enfin, si vous dénoncez le principe du brevet comme étant une survivance vénale du système monarchique, il n’en demeure pas moins que toute création s’appuie sur celles qui les ont précédés et sur la société qui encourage son propre apport. De ce fait, le principe même d’exclusivité est anti démocratique, anti social, anti droits de l’homme en tant que corpus social.

        La reconnaissance du droit d’auteur et sa récompense en fonction de sa réception par le corpus social, n’est donc pas lié à l’exclusivité du droit en question qui reste toujours une survivance du principe de souveraineté, donc un principe monarchique, mais est lié au profit procuré à la société. C’est ce profit qui fait droit au corpus social et entraine son devoir de reconnaissance et la récompense.

        Ceci ne contredit donc pas le fond de votre article soutenant le droit du créateur, bien au contraire, mais souligne qu’il n’est cohérent avec lui même que s’il abandonne toute idée de souveraineté sur la création, dès lors où celle ci est à destination du corpus social.

        Vous ne pourrez lever les contradictions qui pointent dans votre articles tant que vous voudrez à toute force conserver le principe de souveraineté de la création par son créateur, toujours dès lors que cette création est destiné au corpus social, car c’est vouloir toujours être roi en ses terres. Voir, être dieu en ses créations. Sauf que comme vous le dites ici, toutes ces créations sont la conséquence d’autres créations... Anonymes et ne sont possible que par l’association de tous les citoyens anonymes !

        En d’autres termes, si ceux qui dirigent l’économie de la Terre sont réticents, c’est que le principe du droit du créateur n’a de sens que si elle se fonde sur une économie basé sur l’association des créateurs et des exécuteurs qui sont de manière interdépendante tous les consommateurs et non plus sur l’exploitation des réalisateurs et des créateurs par une minorité propriétaire du capital.

        CQFD !


        • L'enfoiré L’enfoiré 29 août 2014 15:30

          Bonjour Hervé,

           C’est et c’est pas vrai.
           « vous avez du mal à harmoniser droit du créateur et droit du citoyen » 
           Un créateur est un artiste qui produit quelque chose qui n’existe pas. Un producteur est artisan qui reproduit ce qui existait.
            L’artiste est propriétaire de son oeuvre. C’est son boulot ensuite de le vendre ou de le faire vendre.
            Le citoyen est l’utilisateur consommateur, qui consomme s’il a le besoin de consommer.
            Le lien existe dans les deux sens. Si l’artiste ne crée rien, il n’y aura pas de citoyen.
            Je crois que vous faites un cas particulier quelque part.
            Les moyens de productions et le côté financier vont de pair.
            Le brevet n’est qu’une protection de son invention. 
            Pour créer quelque chose, il faut un investissement dont vous ne semblez pas tenir compte.
            Le principe de souveraineté de la création n’existe pas s’il n’était pas enregistrer sur papier. 
            Le coût des brevets n’est jamais que temporaire, doit donc être amorti en peu de temps et en plus, il doit être déposé pays par pays. 
            Ce n’est que récemment qu’il y a moyen de déposer un brevet pour l’Europe entière.
            Si nous étions tous égaux, tous créateurs, ce qui est loin d’être le cas, il ne faudrait plus de brevet mais il n’y aurait plus d’échange non plus.

           « droit du créateur n’a de sens que si elle se fonde sur une économie basé sur l’association des créateurs et des exécuteurs qui sont de manière interdépendante tous les consommateurs et non plus sur l’exploitation des réalisateurs et des créateurs par une minorité propriétaire du capital. »
            En fait, si vous ne l’avez pas constaté les prix Nobel sont souvent distribués pour un groupe et non plus pour une personne. 
             
            Le cas des produits informatiques est particulier, car il faut se demander jusqu’où faut-il breveter ? Au logiciel ou au niveau de l’instruction ?
            Il faut du capital et même le libre ne fait pas sans.
            Est-ce qu’il faut breveter les mots du dictionnaires ou ce qui en est fait lors de la construction des phrases, d’un texte, d’un livre ? 
            
            Tout est économique, qu’on le veuille ou non. smiley
           

        • L'enfoiré L’enfoiré 29 août 2014 15:32

          « C’est et c’est pas vrai. »

          Voilà que je joue à l’économie : « C’est vrai et c’est pas vrai. »
          voulais-je dire.

        • Hervé Hum Hervé Hum 30 août 2014 01:32

          Salut l’enfoiré, vous écrivez

          « Pour créer quelque chose, il faut un investissement dont vous ne semblez pas tenir compte. »

          Vous me lisez mal, je n’oublie pas qu’il faille un investissement, la réponse est dans la phrase que vous recopiez, à savoir

           « droit du créateur n’a de sens que si elle se fonde sur une économie basé sur l’association des créateurs et des exécuteurs qui sont de manière interdépendante tous les consommateurs et non plus sur l’exploitation des réalisateurs et des créateurs par une minorité propriétaire du capital. »

          Cela signifie que l’investissement doit dépendre de l’association et non de l’exploitation. L’investissement est donc ici, fait par l’association des créateurs et des exécutants, ce sont ces derniers qui investissent par leur temps de vie dédié à la création. Ce qui implique une inversion du sens de la publicité auprès des consommateurs/exécutants, c’est à dire, que la création est un projet appelant association d’exécutants et non de propriétaires des moyens de productions et de financement.

          Ce sont dès lors les créateurs dont les créations sont individuelles, n’appelant pas association de consommateurs/exécutants, qui sont le cas particulier que vous citez. Ce qui implique, il est vrai, une transformation du système économique avec l’abandon de la propriété des moyens de productions et de leur financement par une mutualisation, basé sur une arborescence allant des biens primaires jusqu’aux créations culturelles associatives. Le tout géré comme aujourd’hui par une bourse de la demande et de l’offre et non plus de l’offre et de la demande. Les propriétaires offrent ce qu’ils veulent ou peuvent offrir. Mettre la demande avant l’offre implique que ce soit les consommateurs qui financent les moyens de productions. D’abord par obligation sur les besoins primaires et contraintes écologiques, ensuite par volonté, choix de consommations sur les besoins secondaires et culturels, donc, suivant les disponibilités offertes par les obligations primaires. La bourse est un système de régulation de la consommation, non de dérégulation !

          Ceci est la base d’une société répondant stricto sensu à la déclaration des droits humains et de leurs devoirs qui fonde la responsabilité.

          Vous écrivez

          « Un créateur est un artiste qui produit quelque chose qui n’existe pas » puis
          « L’artiste est propriétaire de son oeuvre. C’est son boulot ensuite de le vendre ou de le faire vendre. »

          Auquel je répond

          "La reconnaissance du droit d’auteur et sa récompense en fonction de sa réception par le corpus social, n’est donc pas lié à l’exclusivité du droit en question qui reste toujours une survivance du principe de souveraineté, donc un principe monarchique, mais est lié au profit procuré à la société. C’est ce profit qui fait droit au corpus social et entraine son devoir de reconnaissance et la récompense."

          Dont la compréhension renvoi à mon explication ci dessus... Mai si ce n’est pas encore parfaitement clair, je reste à votre disposition.


        • Alain SOULOUMIAC 31 août 2014 10:06

          Le financement de l’investissement

          Cher M. Hum,

          Deux préoccupations ont formé le point de départ de notre débat qui se poursuit ici (voir l’article publié dans Agovax : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/retour-a-la-croissance-par-la-loi-153996)

          -  Comment relancer l’emploi et diminuer la misère ?

          -  Comment assurer le développement durable ?

          Vous avez raison. Le travailleur créateur n’est pas Dieu. Il n’est pas seul. Il reçoit des générations qui l’ont précédé un héritage considérable que ses créations fructifient. Ce legs fait partie du domaine public. Après sa mort, sa création s’intègrera au patrimoine de l’humanité – dans les conditions et les délais prévus par la loi.

          A la différence du travailleur salarié, qui vend son travail à son employeur, le travailleur créateur possède en propre la valeur ajoutée qu’il crée. Le droit du créateur est un droit constitutionnel qui ne peut être accordé ou soustrait par une loi ordinaire. La Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 affirme que l’oubli ou le mépris de ces principes du droit naturel « sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des hommes  ».

          Le droit qu’il détient provient du travail par lequel il ajoute à la richesse commune une oeuvre originale qui n’existait pas avant son acte créateur. Il est protégé par la Constitution. « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité ».

          Le créateur peut abandonner sa création à la société sans formuler aucune exigence. Il peut partager sa création avec d’autres agents économiques créateurs ou non. Les fameuses licences « Creative Commons » suggèrent différentes formules de partage. C’est au créateur qu’il appartient de décider, sous réserve de respecter les lois qui intéressent l’ordre public et les bonnes mœurs.

          La finance n’est pas censée gouverner. Elle est censée financer les actifs, meubles ou immeubles. Trouver un financement pour financer l’achat d’un immeuble Avenue Victor Hugo est très facile. Trouver un financement pour une nouvelle technologie de Commande Optoélectronique, malgré le potentiel considérable du marché, est pratiquement impossible, parce que notre système économique n’est pas correctement mis en œuvre.

          Une finance saine est celle qui s’appuie sur des actifs d’avenir, solides et prometteurs. Comme le souligne l’enfoiré, les grandes œuvres économiques des créateurs ont besoin de capital pour se développer. Les pays avancés disposent d’énormes quantités de capitaux à investir. Le potentiel de créations prometteuses est probablement plus considérable encore. Mais ces actifs ne sont pas assez solides pour que la finance les envisage. 

          C’est ce que l’article propose de changer. Ce changement est une des conditions du plein emploi, du développement durable et de l’équilibre du monde global.


        • Hervé Hum Hervé Hum 1er septembre 2014 00:08

          bonjour Mr Souloumiac,

          je pense que mes commentaires précédents répondent à votre commentaire ci dessus, notamment sur la question essentielle du financement. Pour cela, il s’agit de redéfinir le cadre de la bourse en inversant le rapport offre/demande par le rapport demande/offre pour les besoins primaires et secondaires or création. L’offre/demande étant alors réservé aux projets de création appelant association et au cas particulier où la création ne demande pas de moyens humains et structurel autre que personnel. Donc, un système plus élaboré que le système actuel, sans pour autant être plus compliqué, mais fondé sur l’éthique du mérite personnel.

          L’idée étant de passer d’une économie d’exploitation à une économie d’association.

          Vous reprenez un point de la déclaration des droits de l’homme

           "La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité ».

          Or, chacun peut constater qu’une part importante de la population est privé de propriété et avec la crise actuelle, une autre part non négligeable risque de s’en voir privé. Bref, cette déclaration est ce qu’on appelle un voeu pieu. En fait, elle semble défendre le principe du droit à la propriété pour tous, mais en fut écrite pour défendre la propriété existante, non pour accorder à tous le droit à la propriété, mais son accès à partir d’une non propriété. Bref, le sophisme habituel de la bourgeoisie reprenant à son compte le principe de souveraineté établi avant elle par la monarchie. Votre problème, c’est que vous voulez seulement transférer ce principe de souveraineté à votre avantage, non l’abolir. Mais je note avec plaisir que vous posez un cadre plus restrictif et donc tentez de corriger les abus liés au principe de souveraineté.

          En fait, la seule propriété inviolable et sacré est son intégrité physique, donc, imaginaire et créatif.

          Mais dès lors que vous dépassez ce cadre de l’intimité, vous entrez de plain pied dans le domaine public, commun.

          Les philosophes des lumières qui ont écris la déclaration des droits de l’homme, l’ont écrite dans le contexte de l’ancien régime et d’une conscience d’un monde où la mondialisation de l’économie n’avait pas de sens pour 99,99 % de la population. Ce qui aujourd’hui est totalement l’inverse !

          Je défend fondamentalement le principe du mérite, c’est même le centre de gravité de ma pensée, celle qui tient tout l’édifice. Mais encore une fois, le mérite est personnel et dès lors, ne peut être exploité par autrui autrement que par l’usage exclusif de la force, physique ou psychique. Le mérite personnel s’associe aux autres mérites, ainsi, si votre création a besoin de plus ou moins de main d’oeuvre, garder le principe de souveraineté consiste à défendre le principe de l’exploitation d’autrui et donc de la propriété exclusive et nous vivons sous ce régime. Par contre, dans le principe du mérite personnel avec l’association, la souveraineté n’existe plus ou plutôt est strictement limité à la personne elle même et ce de manière inviolable.

          Toutefois, l’approfondissement du principe de création lié au mérite personnel, donne un droit naturel au créateur lié au temps d’action, c’est à dire, qu’étant à l’origine de la création, il conserve le droit de donner le nom à cette création, d’en être désigné pour la mémoire collective comme le créateur et d’en conserver un droit d’ingérence et /ou de regard moral quand à son évolution future (donc, d’accord avec vous). Enfin, suivant le profit tiré par la collectivité de sa création, de capitaliser de manière personnelle le bénéfice ainsi apporté à la société, donc, d’accroitre sa richesse matérielle. Même ici, le principe capitaliste persiste !

          Quand au système à mettre en place, j’en donne un aperçu dans un article dont voici le lien,

          http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/les-bal-citoyens-126665


        • Alain SOULOUMIAC 1er septembre 2014 09:28

          Propriété, finance et responsabilité

          Cher Monsieur Hum,

          Dans votre dernière intervention, vous affirmez l’idée selon laquelle la finance devrait être au service de l’économie et non l’inverse. Au nombre des impératifs les plus fondamentaux auxquels la finance doit répondre, figure en tout premier celui d’assurer le financement des créations que demande l’économie. Je crois que nous sommes bien d’accords sur ce point.

          Il semble subsister entre nous une querelle d’origine. A l’opposé du brevet, les droits du créateur ne proviennent pas, selon moi, du souverain. Ils ont leur origine dans le droit naturel que l’être humain possède sur sa personne. S’il est esclave, il n’a pas de droit sur sa personne et appartient à son maître. Mais s’il est libre, il détient un droit fondamental sur sa personne (habeas corpus) et sur tous les prolongements de sa personne (son travail et ses créations). Là réside à mon sens l’une des bases les plus « universelles » des droits de l’homme et du citoyen ; celle qui a permis à l’humanité de se construire en tant que telle. Les progrès à réaliser à partir de cette base restent encore considérables.

          Un autre point sur lequel nous devrions nous rejoindre aussi concerne les billets de banque et autres assignats. J’ai lu quelque part dans cette revue qu’il y avait en garantie pour chaque tonne d’or papier un kilogramme d’or physique (Daniel Roux - http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/soros-parie-2-milliards-sur-un-155741). C’est sans doute une image, mais si on ajoute les polices d’assurance-vie et autres produits d’épargne, la tonne sera probablement rapidement dépassée. A brève échéance, si la situation n’est pas apurée et si la crise poursuit pas funeste logique, toutes ces « propriétés papier » vont être réduites à néant.

          Par contre, si vous êtes propriétaires d’une petite cabane, si vous n’avez aucune dette et si l’Etat de droit demeure, cette propriété tiendra fièrement debout dans la bourrasque. Si vous avez une petite création, si elle est reconnue, et si les mêmes autres conditions sont remplies, elle demeurera également. Si le créateur est responsable, son papier sera dur comme du fer, parce qu’il est facile à contrôler, parce qu’il n’est pas issu de finance, parce qu’il n’est pas anonyme, et que son propriétaire en répond, à vous, comme à tous les autres financiers, sur tous ses biens. La mise en œuvre des Bourses d’Activités Locales pourrait contribuer à renforcer l’ancrage territorial des créations et la responsabilité des créateurs.


        • Hervé Hum Hervé Hum 1er septembre 2014 23:02

          Cher Monsieur Souloumiac,

          Dans un crack financier, il n’y a que la valeur de l’argent qui s’écroule, la terre et toutes les constructions, créations humaines physiques restent réelles ! Une forêt de papier brûle.... Et alors ?

          Se sont les règles qui font la redistribution de la propriété, celle ci aussi se fonde sur du papier !

          En réalité, il n’y a de propriété que la Terre elle même, nous ne sommes que des passagers de celle ci, non ses propriétaires. La notion de propriété n’a de sens et n’existe que dans un rapport de force entre tous les êtres vivants. La particularité de l’humain est de transmettre cette notion de propriété spatiale et temporelle par l’héritage et non par le mérite.

          Je vais demander la publication d’un article à ce sujet.

          Mais donc, ma cabane ne m’appartient pas, je n’y suis que de passage si c’est elle qui me survit ! Ensuite, je n’existe plus en tant que Hervé, je ne peux plus rien dire pour après. Seulement vouloir que celui qui suit bénéficie d’un cadre aussi beau que ce dont j’ai pu bénéficier. L’héritage est collectif en tant que générations.

          La propriété dont vous parlez n’est aussi qu’un bout de papier, tout comme un billet de banque, sa valeur ne tient qu’à la reconnaissance qu’on lui accorde et c’est cette reconnaissance qui fait qu’elle dispose de la force et uniquement cela.

          Un organisme c’est tout un ensemble d’organes où chacun à sa fonction propre et est indispensable à la bonne santé et capacité de la vie. Le créateur est un de ces rouages, non le seul.

          Qu’il soit reconnu pour sa création est une chose, qu’il en soit propriétaire en est une autre, car comment celui qui apporte un service pourrait il être propriétaire de son service ?

          La concurrence n’est pas entre les gens, mais entre les défis qu’ils se posent. Une création est un défi, une concurrence entre soi et la création à réaliser. Or, ce qu’il vous est nécessaire pour cela, c’est la liberté de temps de vie dédié à cette réalisation et pour cela, il faut que d’autres dédient leur propre temps de vie à vous assurer le maximum de liberté.

          C"’est un échange dont l’argent est quelque chose de sacré en tant que représentant la valeur du temps de vie dédié au service d’autrui. Spéculer avec l’argent, c’est jouer avec la vie des gens, c’est totalement immoral et anti éthique.

          Si la propriété est un droit dont nul ne peut être privé, c’est qu’il est écrit que tous les êtres humains jouissent des mêmes droits fondamentaux, dont le logement.

          Là aussi, jouer, tirer profit d’un droit fondamental sans que tout un chacun en soit déjà pourvu est immoral et anti éthique. Mais tout droit implique un devoir,, ici celui du bon usage, entretien et bonification du logement.
          ,
          Pourquoi je vous dis cela ? Pour vous montrer que fondamentalement, ce n’est pas la propriété qui fait la performance et le respect de la déclaration des droits de l’homme, mais les moyens mis en oeuvres pour la respecter, même si et surtout cela exige la transposition de la propriété en responsabilité.

          Pour que l’être humain soit totalement libre, il lui faut se détacher de la notion de propriété.

          Et cela ne lui est pas difficile, en preuve les échanges en tout genre et jusqu’au maisons, qui se développent grâce à internet. Les gens découvrent l’échange de bon procédés, de bonnes intentions et aiment cela. Qu’est ce qui prédomine dans ces échanges, la propriété ou bien la responsabilité ?

          Mais il est vrai que cela donne le vertige, un monde si.... Ouvert !!

          Tout ceci pour dire que vous êtes la première personne qui comprend vraiment ce que j’écris !


        • Alain SOULOUMIAC 4 septembre 2014 19:05

          De la propriété

          Cher Monsieur Hum,

          1. L’être humain, œuvre de la nature

          C’est le 18 octobre 1752 que fut créé à Fontainebleau Le devin du Village par Jean-Jacques Rousseau (JJR). Cette pièce eut un succès retentissant et fut plagiée dans toute l’Europe[1].

          Peu après Jean Philippe Rameau accusa JJR d’avoir lui-même copié un compositeur italien. Contre Rameau, ce dernier affirma la suprématie de la mélodie sur l’harmonie. Victorieux de cette controverse, JJR en ressorti cependant fort amer, abandonna toute prétention à réformer la musique française et décida de reprendre sa carrière de philosophe.

          Si la Convention de Berne qui protège les droits des créateurs avait existé, si la justice de l’époque avait été efficace, l’histoire de la musique en aurait sans doute été changée, la France aurait probablement adopté une autre notation musicale et plusieurs courants de pensée n’auraient peut-être pas vu le jour.

          Ce prélude est utile à qui veut tenter de comprendre le sens des paroles du grand penseur qui a écrit : « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile ». Ces mots tirés du Dscours sur l’origine de l’inégalité (1754) eurent sans doute un retentissement plus considérable encore.

          JJR poursuit : « Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne. » Ainsi, Proudhon, Karl Marx, Lénine, Staline et Mao, certains soixante-huitards – voire vous-même cher monsieur Hum - ont suivi, au moins pour partie, la mise en garde du grand maître. 

          Mais ce discours enchanteur n’en est pas moins ambigu.

          Dans son réquisitoire, JJR dénonce les créateurs d’œuvres économiques : « Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu’ils se bornèrent à coudre leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes, à se parer de plumes et de coquillages, à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou embellir leurs arcs et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs ou quelques grossiers instruments de musique, en un mot tant qu’ils ne s’appliquèrent qu’à des ouvrages qu’un seul pouvait faire, et qu’à des arts qui n’avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres, sains, bons et heureux. »

          « Mais dès l’instant qu’un homme eut besoin du secours d’un autre ; dès qu’on s’aperçut qu’il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux, l’égalité disparut, la propriété s’introduisit, le travail devint nécessaire et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu’il fallut arroser de la sueur des hommes. »

          « Cette idée de propriété, dépendant de beaucoup d’idées antérieures qui n’ont pu naître que successivement, ne se forma pas tout d’un coup dans l’esprit humain. Il fallut faire bien des progrès, acquérir bien de l’industrie et des lumières, les transmettre et les augmenter d’âge en âge ».

          « Ces premiers progrès mirent enfin l’homme à portée d’en faire de plus rapides. Plus l’esprit s’éclairait, et plus l’industrie se perfectionna… Ces premiers progrès mirent enfin l’homme à portée d’en faire de plus rapides… Bientôt cessant de s’endormir sous le premier arbre, ou de se retirer dans des cavernes, on trouva quelques sortes de haches de pierres dures et tranchantes, qui servirent à couper du bois, creuser la terre et faire des huttes de branchages, qu’on s’avisa ensuite d’enduire d’argile et de boue. Ce fut là l’époque d’une première révolution qui forma l’établissement et la distinction des familles, et qui introduisit une sorte de propriété ; d’où peut-être naquirent déjà bien des querelles et des combats. »

          « La métallurgie et l’agriculture furent les deux arts dont l’invention produisit cette grande révolution ». « Il est très difficile de conjecturer comment les hommes sont parvenus à connaître et employer le fer »… » « Quant à l’agriculture, le principe en fut connu longtemps avant que la pratique en fût établie, et il n’est guère possible que les hommes sans cesse occupés à tirer leur subsistance des arbres et des plantes n’eussent assez promptement l’idée des voies que la nature emploie pour la génération des végétaux ».

          « De la culture des terres s’ensuivit nécessairement leur partage, et de la propriété une fois reconnue les premières règles de justice : car pour rendre à chacun le sien, il faut que chacun puisse avoir quelque chose ».

          Paradoxalement, plus la société progresse, plus l’anarchie grandit : « C’est ainsi que les plus puissants ou les plus misérables, se faisant de leur force ou de leurs besoins une sorte de droit au bien d’autrui, équivalent, selon eux, à celui de propriété, l’égalité rompue fut suivie du plus affreux désordre : c’est ainsi que les usurpations des riches, les brigandages des pauvres, les passions effrénées de tous étouffant la pitié naturelle, et la voix encore faible de la justice, rendirent les hommes avares, ambitieux et méchants. »

          On est frappé du génie et de l’exactitude du raisonnement avec lequel JJR développe sa thèse. On est surpris des conclusions
          - sans doute parce que les temps ont changé. D’un point de vue philosophique, JJR n’a peut-être pas tort de rejeter ce monde et valoriser l’état de nature. Le sage a sans doute raison de se retirer sur une montagne, revenir à l’état de nature, découvrir la beauté du tao, méditer et suspendre le cours du temps jusqu’à l’illumination.

          Mais, à la veille d’atteindre l’éveil parfait et suprême, les cris d’un enfant qui pleure dans son dos, suffisent parfois à détourner le sage de l’objet de sa quête. Socrate a suivi jusqu’au bout les terribles lois de la cité qui l’a élevé. Nous avons un héritage, un destin. Nous ne pouvons sans cesse professer un monde et toucher notre salaire dans l’autre.

          Il faut aussi faire face aux réalités et aux défis de notre temps.

          2. Le citoyen, acteur de la cité

          Les raisonnements que nous tenons depuis le départ, Monsieur Hum, supposent un postulat de départ. Ils ne valent que dans une société civile, avec les citoyens qui l’habitent. Dans un communisme primitif de chasse ou de cueillette ou dans une société esclavagiste d’autres mœurs pouvaient dominer. Si l’être humain ne produit pas, il n’y en principe pas de propriété. Tout ce qu’il consomme est un don gratuit de la terre.

          Mais dès que l’être humain récolte et commence à stocker, comme le regrette JJR, il se civilise. Il peut, comme certains animaux, cacher sa nourriture. Mais si quelqu’un la découvre et la prend, il aura le sentiment d’avoir été volé. S’il travaille et cultive son terrain, à la sueur de son front, avec de simples outils de bois, il s’attend à ce que la récolte qu’il stocke soit la sienne. Il n’y a pas d’ordre sans un minimum de justice. L’impôt est nécessaire. Plus la justice est consentie, plus la paix est forte.

          A fortiori, dans des sociétés avancées comme la nôtre où le secteur primaire ne représente pas 3% du PIB, les individus s’attendent à recevoir une contrepartie en échange du travail fourni. Chaque heure de leur travail ajoute mille unités au don gratuit de la nature.

          L’Etat de droit se veut être juste. La justice n’est évidemment pas de ce monde. Mais il y a des Etats plus justes et moins arbitraires que d’autres. La justice civile se définit, ainsi que JJR le reconnaît, comme une volonté ferme et permanente qui attribue à chacun ce qui lui revient.

          Evidemment, l’Etat de droit qui, après avoir instauré l’Etat de bien être cher au Président Roosevelt, est en train de revenir à la loi d’airain de l’Etat gendarme cher à Margaret Thatcher, va générer des troubles intérieurs. Evidemment, l’Etat barbare, qui accepte que de grands trusts menacent et saccagent la planète terre, apparaît grave à beaucoup de nos concitoyens. Evidemment aussi, tout ceci risque d’aboutir à des explosions sociales, des guerres et de terribles dictatures.

          C’est pourquoi il faut abandonner le vertige du no future, des subprimes et des taux d’intérêts négatifs pour reprendre racine dans nos valeurs et dans le réel.

          Quels sont les fondamentaux de notre société ?

          Comment les préserver et les développer ?

          [1] A l’âge de 12 ans, Mozart fit néanmoins un grand hommage à JJR en reprenant la pièce et la composition musicale du Devin du village sous le nom de Bastien et Bastienne en 1768.

           


        • Alain SOULOUMIAC 5 septembre 2014 02:07
          Musique de Mozart recréant Jean Jacques Rousseau

          La plus belle version que je connaisse n’est plus disponible :
          Les extraits de la plus approchante, celle que je voulais citer, sont ceux-là :
          https://www.youtube.com/watch?v=aQ6jdVZyxUQ
          Je pense que JJR, malgré ses susceptibilités, les aurait aimés.
          La plus charmante, quoiqu’un peu fausse :

        • Hervé Hum Hervé Hum 5 septembre 2014 15:12

          Bonjour Alain, je me permet cette familiarité dans le cadre du forum.

          Je n’irai pas reprendre tous les extraits de textes deJRR, parce qu’il y aurait trop à en dire depuis notre XXIème siècle, alors j’irai juste à l’essentiel.

          Vous commencez par

          « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile ».

          Il m’est heureux que vous citiez cette phrase de JRR car c’est bien la seule que je connaisse vraiment de lui. J’avoue ma faible érudition.

          Mais les faits sont ainsi, les « sans dents » comme les appelle l’actuelle honte de l’Elysée, sont pris entre l’usurpation des riches et le brigandage des pauvres. Les seconds avec la bénédiction des premiers.

          Et cela, depuis qu’il y a comme le dit JRR,

          « De la culture des terres s’ensuivit nécessairement leur partage, et de la propriété une fois reconnue les premières règles de justice : car pour rendre à chacun le sien, il faut que chacun puisse avoir quelque chose ».

          Sauf, sauf que ce qui est écrit, c’est qu’il n’y a pas de reconnaissance supérieure à l’ humain, une reconnaissance divine qui s’impose à tous par la force divine. Alors, à défaut de force divine c’est la force humaine qui s’impose.

          JRR le remarque et pourtant finit par l’oublier.... C’est fâcheux, mais compréhensible ! La propriété se fonde sur la loi ou philosophie du plus fort, dont ce dernier définit le droit accordé au plus faible. C’est vérifiable partout. C’est cette même loi du plus fort qui à changé l’état de système monarchique au système bourgeois. Mais qu’est ce qui à fait que le rapport de force a changé en faveur de la bourgeoisie au détriment de la monarchie ? La même raison qui donna naissance au système monarchique ! La civilisation. Et qu’est ce qui est le lien le plus significatif de l’évolution de la civilisation sinon la communication et l’information ?

          Or, qu’en est il de l’évolution dans la communication entre les gens et ce au niveau mondial ? qu’en est il de l’évolution de l’information ?

          Voyez, ce sont des éléments tangibles que JRR relève mais n’a pas prophétisé. Mais comment pourrait on lui reprocher de ne pas avoir imaginé l’électricité et l’électronique !

          Au début, un homme ou une communauté pouvait bien cultiver pacifiquement la terre, mais quelle morale, quelle éthique lui en donnait la souveraineté ? Aucune, celle que vous considérez aujourd’hui n’avait aucun sens à l’origine et d’ailleurs, allez expliquer cela aux autres êtres vivants. Seule la force le pouvait. et à ce jeu là, les natures prédatrices, charognardes et parasitaires se nourrissent des autres natures sur la Terre. La monarchie basait sont droit de souveraineté sur l’accomplissement de son devoir de protection de ses sujets. La bourgeoisie à simplement inversé le rapport entre droit et devoir en s’appuyant sur les « sans dents ».

          Aujourd’hui, la communication permet à la natures pacifique, grégaire, aux « sans dents » de s’imposer aux « dents longues ». Non pas de les tuer, mais de les maitriser et de les utiliser dans son intérêt. Chaque nature doit être remise à sa juste place, mesure.

          L’union fait la force, la division permet de régner. La mondialisation de la communication et de l’information permet l’union de tous les « sans dents » de la planète pour maîtriser les « dents longues » et changer les règles du jeu.

          L’argent n’a rien à voir avec l’or, mais avec le temps de vie dédié au service d’autrui.

          Quels sont les fondamentaux de la société ? Le contrat social !

          Comment le protéger ? L’écologie,

           comment le développer ? La responsabilité individuelle et collective par l’association des uns et des autres et non plus par l’exploitation d’une majorité par une minorité.


        • Alain SOULOUMIAC 31 août 2014 11:32

          François Hollande n’est pas seul


          François Hollande n’était pas au sommet de Copenhague. Il n’est pas responsable du chômage qui a frappé la France entre 1974 et 2011. Il n’est pas à l’origine des crises espagnoles, grecques et portugaises.

          Il semble que la nouvelle politique hollandais soit plus orientée investissement que pouvoir d’achat. On va dans le bon sens. Encore faut-il bien assurer le financement et la protection des-dits investissements. L’article Création, croissance et responsabilité propose une orientation pour ce faire.


          • GilbertMounier 31 août 2014 12:41

            Bonjour
            Votre article décrit une véritable révolution de la propriété intellectuelle. Le droit d’auteur accorde à son titulaire une protection incomparablement plus puissante que le copyright ou le brevet. Avez-vous plus de références sur la lettre de Philippe Berna. Quelles sont les dispositions précises des accords de l’OMC que vous visez ? Pouvez-vous citer une jurisprudence ?
            Bien à vous
            Gilbert Mounier


            • Alain SOULOUMIAC 31 août 2014 15:07

              Lettre de Philippe Berna à Edith Cresson



              LETTRE OUVERTE

              DE

              L’ASSOCIATION DE DEFENSE DES INVENTEURS FRANCAIS

              A

              Madame Edith CRESSON

              Premier Ministre

              Hotel Matignon

              75007 PARIS


              Paris le 5 juin 1991


              Madame le Premier Ministre,

              Il faut remonter loin dans le temps pour trouver un Premier ministre qui a montré, comme vous, à sa nomination, autant de détermination et autant d’ardeur à vouloir redresser la France. Tant de souci du bien public et de l’intérêt national encouragent les inventeurs que nous sommes à vouloir vous alerter.

              A l’aube de son premier septennat, le Président François MITTERRAND avait prescrit :

              "Il nous faut mettre en oeuvre une volonté industrielle grâce en particulier au développement de la recherche et de l’innovation."

              Il est bien connu en effet que sans innovations, dont la principale source sont les inventeurs (voir en particulier INNOVATION AND ENTREPRENEURSHIP de Peter F. DRUCKER), une entreprise ne peut légalement s’affranchir de la concurrence, et, par conséquent, est vouée à une mort plus ou moins accélérée, avec le cortège des conséquences qu’endure aujourd’hui notre pays :

              - inflation du nombre des chômeurs ;

              - augmentation du déficit commercial ;

              - incapacité croissante à supporter les charges sociales.

              C’est dire que si vous ne parvenez pas à mobiliser maintenant les inventeurs français, et pas seulement les quelques inventeurs que compte notre organisation, votre grand plan de redressement est condamné d’avance. Et vous risquez à terme de perdre toute crédibilité et, avec vous, la majorité présidentielle toute entière.

              Et que faudrait-il pour mobiliser les inventeurs ?

              Tout simplement adopter les deux mesures de propriété industrielle sur lesquels s’appuie l’économie de notre plus grand concurrent : le Japon. Comme l’a rapporté le député Claude GERMON au retour de sa mission dans ce pays en 1985 :

              "Les Japonais pensent presque unanimement que le système de propriété industrielle a été le facteur essentiel de la croissance économique de leur pays après-guerre ... Le système de propriété industrielle a joué le rôle de stimulant vis à vis de la concurrence en matière d’innovation, et a permis d’élever le moral des travailleurs japonais et de favoriser la pensée créatrice."

              Plus précisément, le Professeur Teruo DOI, de l’Université WASEDA de Tokyo, a déclaré :

              "The remarkable achievements of Japanese companies in terms of technological advance during the past three decades after the war, could not have been made without adequate incentives for employees’ inventive activities. Such incentives include the legal protection of the rights of employee inventors and the provision of compensation for their inventions".


              Depuis trente ans, les Japonais appliquent tranquillement un cocktail de deux mesures, une sorte de fusée à deux étages :

              - premier étage : le système du premier inventeur (alinéa 6 de l’article 39 de la loi japonaise sur les brevets)

              - deuxième étage : intéressement des inventeurs salariés aux profits générés par leurs inventions de mission (alinéas 3 & 4 de l’article 35 de loi japonaise sur les brevets).

              Grâce à cette fusée la courbe des dépôts de demandes de brevet s’est envolée au rythme de 8,5% l’an et le Japon est devenu le premier producteur d’innovations du monde (50 fois plus de dépôts de brevets au Japon qu’en France). A coté de cela, aux USA avec seulement le premier étage et en Allemagne avec seulement le second étage de cette fusée, la courbe stagne et ces deux pays, qui ont encore de bons résultats économiques, commencent à souffrir sérieusement de la concurrence japonaise.

              En France, sans aucun de ces étages, la courbe des dépôts régresse et l’économie s’effondre.

              Pays des droits de l’homme, la France manque à son destin. Le 7 janvier 1791, l’Assemblée Nationale avait voté, dans le cadre de l’article 17 de la Déclaration de 1789, une loi sur les brevets qui conférait à l’inventeur la propriété de son invention (ce que respecte la loi japonaise en vigueur).

              En 1844, cette loi a été remplacée par une loi contraire, qui a introduit le système du premier déposant, système consacré par la loi actuelle (de 1968, modifiée en 1978 et 1990). Parce qu’il expose les inventeurs salariés ou indépendants au pillage de leurs inventions par les entreprises, ce système les incite à garder secret le fruit de leurs découvertes.

              Le plus fâcheux c’est qu’en appliquant la loi actuelle des brevets, la France viole un Pacte de la Charte Internationale des Droits de l’Homme que le Parlement français a approuvé le 4 novembre 1980, Pacte qui a une autorité supérieure aux lois en vertu de l’article 55 de notre Constitution. L’article 15.1.c du Pacte des Droits Economiques, Sociaux et Culturels, accorde en effet aux créateurs industriels les mêmes droits moraux et matériels sur leurs créations qu’aux créateurs artistiques car les Etats parties au présent pacte reconnaissent à chacun le droit de :

              "bénéficier de la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l’auteur".

              Ce qui fait que si la France respectait vraiment les Droits de l’Homme, ses entreprises industrielles pourrait caracoler aux premières places mondiales comme le font leurs homologues artistiques, en particulier dans le domaine de la Haute Couture.

              "Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des Droits de l’Homme sont les seules causes des malheurs publics", nous restons évidemment à votre disposition pour vous fournir tout éclaircissement, référence, ou détail supplémentaire.

              Le passé a largement démontré que vouloir redresser l’économie à coups d’aides financières aux entreprises sans que celles-ci disposent réellement d’innovations, revient à vouloir relancer la production d’un champ par des apports massifs d’engrais en oubliant les semences dans le sac.

              Vous pouvez être assurée, Madame le Premier Ministre, de toute notre considération

               Philippe BERNA


              2 rue du Clair Soleil - 86130 JAUNAY CLAN


            • Alain SOULOUMIAC 31 août 2014 17:43
              Dispositions des accords de l’OMC Aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce

              L’Accord sur les ADPIC est reproduit à l’Annexe 1 C de l’Accord de Marrakech instituant l’Organisation mondiale du commerce, signé à Marrakech, au Maroc, le 15 avril 1994.

              Article 10
              Programmes d’ordinateur et compilations de données

              1. Les programmes d’ordinateur, qu’ils soient exprimés en code source ou en code objet, seront protégés en tant qu’oeuvres littéraires en vertu de la Convention de Berne (1971).

              Les compilations de données ou d’autres éléments, qu’elles soient reproduites sur support exploitable par machine ou sous toute autre forme, qui, par le choix ou la disposition des matières, constituent des créations intellectuelles seront protégées comme telles. Cette protection, qui ne s’étendra pas aux données ou éléments eux-mêmes, sera sans préjudice de tout droit d’auteur subsistant pour les données ou éléments eux-mêmes.


              • Alain SOULOUMIAC 1er septembre 2014 17:16

                Jurisprudence récente sur le droit d’auteur

                Cour de cassation, civile, Chambre civile 1, 10 juillet 2014, 13-16.465, Inédit

                Alors, d’autre part, qu’en l’absence de revendication du ou des auteurs, l’exploitation non équivoque d’une oeuvre par une personne physique ou morale sous son nom fait présumer, à l’égard des tiers recherchés pour contrefaçon, que cette personne est titulaire sur l’oeuvre, qu’elle soit collective ou non, du droit de propriété incorporelle de l’auteur  ; que dès lors, en jugeant, après avoir observé l’exploitation paisible et publique en France par la société Tecni-Shoe du modèle de chaussure incriminé ainsi que l’absence de toute revendication de son auteur, qu’il appartenait encore à la société Tecni-Shoe, qui agissait en contrefaçon contre la société Siplec, de démontrer qu’elle avait participé au processus créatif du modèle litigieux pour bénéficier de la protection au titre du droit d’ auteur, la cour d’appel n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations, en violation de l’article L. 113-5 du Code de la propriété intellectuelle.

                Cour de cassation, civile, Chambre civile 1, 14 novembre 2013, 12-20.687, Inédit

                Aux motifs qu’« il résulte des articles L. 112-1 et L. 112-2 (13°) du code de la propriété intellectuelle qu’un logiciel, y compris le matériel de conception préparatoire, est protégeable par le droit d’auteur à condition d’être original ; il est de principe qu’un logiciel est original s’il porte la marque de l’apport intellectuel de son auteur  ; la directive (CE) n° 91/ 250 du 14 mai 1991 énonce également, dans son article 1er, paragraphe 3, qu’un programme d’ordinateur est protégé s’il est original, en ce qu’il est la création intellectuelle propre à son auteur

                 Cour de cassation, civile, Chambre civile 1, 20 octobre 2011, 10-14.069, Publié au bulletin

                le principe de libre concurrence ne saurait justifier l’utilisation d’un logiciel au mépris des droits d’auteur  ; qu’en l’espèce, la Cour d’appel a statué par un motif inopérant en invoquant le principe de la libre concurrence pour justifier les opérations de migration, sans avoir précisément recherché si les sociétés DPSI et la société AND@LYS n’avaient pas, pour effectuer les opérations de migration, fait un usage contrefaisant des logiciels en cause ; qu’elle a ainsi privé sa décision de base légale au regard des articles L.122-6, L.122-6-1-IV.3° , L.122-6-1-V et L.335-3 du Code de la propriété intellectuelle.


                • Hervé Hum Hervé Hum 2 septembre 2014 23:21

                  Bonsoir cher Monsieur Souloumiac,

                  Je regarde l’émission Thema de Arte sur le pillage des statuts de l’art Khmer.

                  Le documentaire en est où les ventes de statuts sont toutes restitués au Cambodge, avant même le procès !

                  Et pourquoi ? D’une part parce que les généreux donateurs ont profité de la donation pour gagner l’argent à donner au fonctionnement de l’état et d’autre part parce que la propriété !

                  Ils ont réfléchis ces chères têtes d’oeufs, et ont bien compris qu’ils touchaient là à la propriété de l’oeuvre au moment de l’exportation. Surtout que les oeuvres en questions ont été abimés et beaucoup détruites.

                  Ici, nous sommes bien face à la propriété, celle collective d’une culture d’un peuple. Elle est intérieure à ce peuple, sa culture. C’est une propriété intangible !

                  Le documentaire montre le pillage en Afghanistan, mais celui ci est motivé par le désespoir de ces gens là. En cause, la guerre.

                  Le marché de l’art pillé représente entre 6 et 7 milliards d’euros par an.

                  Il y a maintenant un documentaire sur l’accélération ultime de la bourse qui est en contradiction avec la nécessité de ralentir le rythme de l’économie et de la baser sur la qualité et la relation dans l’échange.

                  Bref, ce reportage va dans le sens que je vous disais dans le précédent commentaire, les gens pensent l’échange en terme de responsabilité individuelle et collective et non en tant que propriété et profit monétaire.

                  La responsabilité se partage, la propriété se dispute. Et contre cette inertie, vous ne pouvez rien, absolument rien pour l’inverser !

                  Autrement dit, il vous faut choisir ce qui est le plus important pour vous et ceux que vous aimez.

                  Cela vaut pour tout le monde, car la responsabilité implique, concerne tous le monde. La propriété contraint les uns par les autres.

                  Tiens pour terminer, ils décrivent une volonté de mode de vie où le bal semble répondre !!!


                  • Laurent Simon 3 septembre 2014 00:16

                    Article intéressant, même si de temps en temps interviennent des notions qui ne me semblent pas pertinentes. Par exemple vous avez le tort bien français de considérer que le monde entier est en crise économique (depuis longtemps) alors que ce n’est vrai, que pour certains pays particulier, dont malheureusement la France.
                    Je vais éclater ma réponse en plusieurs morceaux.
                    1. Au sujet de la différence entre le brevet et le droit d’auteur, j’ai des questions ; le lien (consubstantiel) que vous faites avec la monarchie me semble non pertinent, même si historiquement vous semblez avoir raison.
                    Pour m’intéresser à ces questions depuis longtemps, et pour avoir fait des démarches pour déposer un brevet, j’avoue avoir une préférence ’spontanée’ envers ce système de brevet, même si je suis bien obligé de constater que c’est effectivement très cher.
                    J’avoue ne pas voir comment le droit d’auteur peut contourner la difficulté essentielle, rappelée ici par plusieurs commentateurs, relative au fait qu’une création s’appuie sur les créations précédentes... Le brevet vise justement, à mon avis, à permettre de bien identifier en quoi une invention (qu’il faudrait distinguer de création) est attribuable à quelqu’un, et non à ses prédécesseurs, ou à ses contrefacteurs.


                    • Laurent Simon 3 septembre 2014 00:25

                      2. Il me semble que le débat est pollué par des aspects ’politiques’ : un vrai libéralisme permettrait à l’inventeur d’avoir accès aux moyens financiers qui lui permettraient de protéger son invention. (nous ne bénéficions pas en France de ce vrai libéralisme, un des aspects évident est que les banques ne prêtent pas, ne prennent pas de risque, et tout est fait en France pour le salarié, rien pour l’authentique créateur de richesses)
                      Voir par exemple les moyens importants qui irriguent la Californie, et les Etats Unis en général, au niveau du capital risque (ordre de grandeur : 100 aux US, 10 au Royaume Uni, 1 en France...) ce qui permet aux petites entreprises comme Apple, Sun, HP, Google, Amazon, etc. de se développer et de devenir très grandes.
                      Et le fait que ces entreprises devenues grandes prospèrent n’empêche pas les nouvelles entreprises, très petites, de prospérer à leur tour et de se développer, souvent d’ailleurs dans le sillage de ces plus grandes entreprises.
                      Donc le fait que vous écriviez votre article en France, où nous avons une économie complètement ’à l’ouest’, qui ne permet justement pas de développer des entreprises, ne donne pas les meilleures conditions pour que votre article soit pertinent dans un vrai contexte (’normal’). Les différents biais qui résultent de votre vision trop française empêchent à votre article d’être vraiment pertinent, et c’est vraiment dommage.
                      Car je suis bien d’accord avec vous, l’immatériel est source de richesses incomparables, et la France passe complètement à côté !


                      • Laurent Simon 3 septembre 2014 00:27

                        3. Ce débat est passionnant, mais il faudrait peut-être par commencer à se mettre d’accord sur des termes et définitions, à préciser des exemples et voir en quoi il est bon ou non qu’un tel bénéficie d’une protection, et comment, etc.
                        Car sinon ces aspects ’politiques’ extrêmement présents dans plusieurs commentaires empêchent d’avancer vers quelque chose qui pourrait faire l’objet d’un consensus. Exemple : si l’on refuse à un auteur - créateur - inventeur un quelconque droit à obtenir une rémunération par rapport à ce qu’il a créé - inventé, il n’y a plus de possibilité que cette personne continue à créer inventer (voir tout le débat sur la protection des oeuvres artistiques et littéraires).
                        Conclusion : il faut donc installer ces droits et devoirs dans un cadre libéral, authentiquement libéral. (pas dans cette caricature que nous voyons en France, qui empêche aux créateurs de créer des richesses, et d’en faire bénéficier leur environnement, donc leur pays, notamment bien sûr par des emplois)


                        • Alain SOULOUMIAC 7 septembre 2014 12:28
                          L’exigence de la création

                          Le dessin n’est rien sans la perfection de l’exécution

                          (Ettore Bugatti)

                          MM. Hum et Simon ont fortement lié droits et devoirs. C’est fort. Ils ont évidemment raison : il n’y pas de droit sans devoir. Le créateur est lié par l’exigence de sa création. A l’intérieur d’elle-même, comme vis-à-vis de l’extérieur.

                          Autrefois, lorsqu’on voulait désigner le chef d’entreprise, on parlait souvent du patron. Il n’y a pas si longtemps encore, les ouvriers de chez Dassault plaçaient dans le couvercle de leur boîte à outils la photographie de Marcel, en signe de défiance vis-à-vis de son successeur. 

                          Meissier-Bugatti, dont l’un des sites clés demeure à Molsheim, s’est intéressé tardivement aux trains d’atterrissage. Quelques années ont suffi pour que la compagnie devienne leader mondial.

                          Ettore Bugatti est mort mais le patron est demeuré. C’était un créateur issu d’une famille d’artistes de Milan. Découvert par le baron de Dietrich, il devint le designer de son usine d’automobiles de Niederbronn. Il quitta l’entreprise en 1904 pour établir sa propre entreprise de design. C’est ainsi qu’il créa divers modèles pour Deutz et pour Peugeot (Type 19 Bébé).

                          En 1909, il lance l’entreprise de Molsheim qui allait concevoir et réaliser des « purs sangs » : les automobiles les plus rapides du monde, parce que les plus belles. Il conçoit les pièces qui équipent ses produits. Il paie bien ses ouvriers et instaure une participation de 50% aux frais de chemin de fer. Il prête de l’argent sans intérêt aux ouvriers qui souhaitent construire leur maison. Il connaît tous les recoins de son usine. C’est lui qui fait fabriquer les outils pour ses ouvriers. Ils sont d’une précision sans égale.

                          Durant la seconde guerre mondiale, il quitte ses usines occupées par les nazis. Pendant la première guerre mondiale, il avait revêtu de graisse ses meilleurs moteurs pour les enterrer afin qu’ils ne servent pas les armes.

                          La vitesse, il l’atteint par des moteurs dopés à coup de savoir-faire, alliés à une aérodynamique qui marrie la perfection à l’esthétique. Plus de mille brevets seront déposés durant la vie d’Ettore. En 1927 les Bugatti Type 43 (8 cylindres) franchissent les 170 km/h, vitesse hallucinante pour l’époque. En 1934, ses autorails équipés de moteurs de Bugatti Royale Type 41 de 12,7 litres, couplés par quatre, atteignent la vitesse record des 192 km/h. En 1937 ses bateaux effleurent la Seine à plus de 133 km/h. Il est un des concepteurs de l’avion le plus élégant du monde.

                          En 1937, alors que la montée des dictatures contre les démocraties est déjà très avancée et que la guerre des moteurs se prépare, Bugatti remporte les 24 heures du Mans. Dans le Journal L’Auto du 21 juin 1937, le directeur de la course écrit :

                          « Le constructeur de Molsheim alignait au Mans, deux châssis de son modèle 57 sans compresseur, châssis habillé de la meilleure carrosserie profilée qu’on puisse imaginer. Wimille dans un grand jour s’en allait, menant à sa guise, tournant à 5m15s, c’est-à-dire près de 155 km/h, vitesse jamais approchée ici…. »

                          « Cette Bugatti qui doit à sa forme rationnelle de carrosserie un gain de vitesse d’au moins 30km/h, nous a stupéfié par sa faible consommation. Quand tout le monde ravitaillait vers 25 tours, la Bugatti faisait 40 tours, près de 550 km et pouvait faire davantage… De tous les succès qu’a remportés Bugatti, je n’en mets aucun plus haut. Dieu sait, cependant, si le palmarès en est long et je ne répèterai jamais assez qu’en gagnant la rude épreuve du Mans comme il l’a gagnée, en battant tous les records, en amenant au poteau une voiture aussi nette, aussi parfaite qu’au premier départ, à part quelques traces d’un ‘baiser’ un peu appuyé au talus, Bugatti a donné au monde une leçon de mécanique, de logique et de bon sens »

                           

                          Buggati est mort en 1947, mais son empreinte est restée. Il a donné à ses ouvriers le sens de l’engagement, avec un perfectionnisme sans cesse renouvelé. Chez Bugatti, c’est l’ouvrier qui décide si la pièce est bonne ou mauvaise. Personne ne songe à le contredire, car il est Bugatti. Encore aujourd’hui, quant on parle du patron, c’est d’Ettore Bugatti qu’on veut parler.

                          Imagine-t-on Ettore Bugatti déclarer comme tel grand manager, après l’accident d’une de ses voitures : « Je ne suis pas responsable ».

                          Quand on parle du passé, on le magnifie toujours un peu. Mais la magnification a du bon. Ainsi, les lettres anglaises de Voltaire ont beaucoup contribué au progrès de la société, à ce qu’on appellerait aujourd’hui « bonne gouvernance ».

                          L’un des grands devoirs d’une nation (bonne gouvernance), dans le monde global qui est le notre, est de fournir aux créateurs l’opportunité et les moyens de développer leurs œuvres. Les exigences de la création sont la dynamique interne des créateurs. Il appartient à l’Etat, en tant que de besoin, de formuler d’autres exigences pour sa dynamique externe (sécurité, protection des travailleurs, protection de l’environnement, prise en compte du progrès des techniques…). Mais, quoiqu’il en soit, il aura toujours des relais beaucoup plus puissants en s’adressant à des créateurs plutôt qu’à des gestionnaires.


                        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 7 septembre 2014 13:21

                          Bel hommage au génie d’Ettore Bugatti .
                          Un mythe sur 4 roues ...la type 35 http://fr.wikipedia.org/wiki/Bugatti_Type_35.


                        • Hervé Hum Hervé Hum 8 septembre 2014 13:43

                          Un bien bel hommage.

                          son talent créatif était reconnu et incontestable.

                          Il disait aussi « Ce qui a déjà été inventé appartient au passé, seules les innovations sont dignes d’intérêt »

                          Vous écrivez

                          " Le créateur est lié par l’exigence de sa création. A l’intérieur d’elle-même, comme vis-à-vis de l’extérieur."

                          C’est là que nous sommes fondamentalement en désaccord, le créateur ne peut assumer sa création que tant qu’elle reste dans son intimité, une fois qu’elle est diffusé à l’extérieur il ne peut pus rien assumer du tout.

                          Vous me direz que pour la fabrication d’armes de destructions massive ce serait positif, sauf que la guerre n’est pas le fait des inventeurs, mais de la cupidité.

                          Les physiciens français refusaient de donner la bombe H à De gaulle, il l’acheta aux anglais moyennant leur entrée dans l’union européenne ; Du moins c’est l’histoire qui se raconte.

                          Tesal avait inventé un rayon de la mort de destruction massive, devant l’irresponsabilité du gouvernement US il décida de détruire les plans (il avait la particularité de dessiner et corriger les plans dans sa tête, et n’avait donc pas besoin de les écrire sur papier  !). Là aussi, c’est une histoire qui se raconte. Ici, tesla pris sa responsabilité, il avait le droit d’auteur, imposa son devoir moral, mais parce qu’il était le seul à connaître les plans de son arme. A sa mort, les services secrets US envahirent son bureau et pillèrent tout. Vous la voyez où vous le droit de l’inventeur ?

                          Enfin, on attribut à Einstein la bombe atomique, est il responsable d’Hiroshima et Nagasaki ? De Tchernobyl et Fukushima ?

                          Désolé, une fois connu, l’inventeur ne peut plus être responsable de sa création, car sinon il ne pourrait rien créer du tout en conscience. Et pour imposer à la société des limites à l’usage de ses inventions, il lui faudrait disposer du pouvoir royal ou divin. Elle est où la démocratie là ?

                          Chacun est responsable uniquement vis à vis d’autrui tant qu’il possède le droit et le devoir associé, une fois qu’il a perdu soit le droit, soit le devoir correspondant, il n’est plus responsable de rien.

                          Ce qui veut dire, qu’il détient la responsabilité en droit et devoir d’une invention tant que celle ci n’est pas révélé, une fois connu, il perd le devoir et ne peut que revendiquer le droit... D’auteur ! Le devoir étant transféré à la collectivité entière.

                          Vous pouvez faire tout ce que vous voulez, le tourner dans tous les ses, prendre tous les exemples possibles, ceci est un fait, non une théorie.


                        • lermontov lermontov 8 septembre 2014 13:57

                          @ Hum

                          Te voilà louchant sur le communisme, c’est du propre.


                        • Laurent Simon 3 septembre 2014 00:29

                          4. Quant aux aspects environnementaux, auxquels je suis très sensible, je ne vois pas de rapport direct et univoque avec ces questions (sauf évidemment qu’il n’y a pas de raison de breveter du vivant, et donc d’empêcher un agriculteur de continuer à produire ce que ses ancêtres, ou lui-même utilisaient / utilisent) :
                          Il n’y a aucune raison de s’inscrire dans un cadre « socialiste » pour protéger l’environnement et l’humanité contre les aberrations que certains font par simple intérêt à court terme (cela n’a pas de rapport direct et exclusif avec le capitalisme, preuve en est que les pays qui ont le plus détruit l’environnement sont les pays communistes, bien plus encore que les pays où le capitalisme existe).
                          Ce qui ne veut pas dire que je sois naîf ! (ce que je veux dire c’est qu’il est bien vain de chercher une solution dans un cadre qui est encore pire que le capitalisme, de ce point de vue)..


                          • Laurent Simon 3 septembre 2014 00:43

                            5. Il y a un terme qui manque dans votre titre (très pertinent) : le risque.
                            Et cette notion fait énormément défaut à l’analyse marxiste, ainsi que la notion de création, de créativité. Ce qui explique, en partie, pourquoi les « marxistes » (en tout cas ceux qui s’en réclament, car Marx était bien plus intelligent que la caricature qu’ils en font) sont complètement à côté de la plaque, et que les régimes qu’ils ont justifiés n’ont apportés qu’appauvrissement et régression, sans parler des restrictions évidentes envers les libertés ’formelles’.
                            Et la prise de risque est une lacune énorme en France, qui explique une bonne partie de nos difficultés à sortir d’une situation de plus en plus compliquée.
                            D’une certaine manière l’auteur, le créateur, l’inventeur prennent un risque, celui d’essayer autre chose, et de consacrer beaucoup de temps à préciser / valider leur création - invention, et il faut bien qu’il y ait rémunération de ce risque (et ceci les théories ’marxistes’ ne le permettent pas)

                            6. Votre article aborde très utilement la notion de responsabilité, qui n’est pas assez prise en compte en France (cf les fonctionnaires, dans les « anciennes » administrations, qui ne sont responsables de rien, ce qui permet toutes les aberrations constatées dans ces administrations. Alors que dès que la responsabilité est reconnue dans une organisation, fût elle une administration, les choses se mettent à mieux marcher, comme par enchantement)..

                            A contrario, votre insistance à parler d’une responsabilité de l’inventeur - créateur me semble (donc) excellente. En tout cas c’est une piste de réflexion très intéressante. Et j’espère que le débat ici permettra de développer ces aspects.


                            • Alain SOULOUMIAC 9 septembre 2014 15:33

                              5. Capitalisme, marxisme et création


                              Un peu d’ordre tout d’abord. Cette réponse est la 5e aux questions soulevées par Laurent Simon. Les réponses précédentes ont été :

                              1. Du droit de l’inventeur et de celui du créateur
                              2. De la généralité de la crise, de l’arme secrète des Etats-Unis et de sa remise en cause
                              3. L’exigence de la création
                              4. Tout fait quelconque de l’homme ...

                              Sur la question du risque, il est vrai que ce terme a été laissé de coté par l’article. M. Simon signale que cette notion et celle de la création font énormément défaut à l’analyse marxiste. On pourrait rappeler que, d’un point de vue marxiste, la plus-value est considérée comme un prélèvement sur le travail ouvrier et le capital comme du travail accumulé. En poursuivant notre raisonnement, on pourrait dire que c’est le travail créatif et les savoir-faire qui constituent la matière dont est formée le capital. Une grande part de cette création est souvent apportée par l’entrepreneur lui-même. Une autre, non négligeable, vient sans doute des travailleurs. C’est ce supplément de capital qui génère le progrès technique. Ainsi donc, la notion de création permet de réconcilier, en partie du moins, les analyses économiques libérales et les analyses économiques socialistes.

                              En ce qui concerne le risque, la théorie économique y voit la légitimité du profit. Je ne suis pas sûr que les analyses que j’ai avancées aient réellement besoin du risque. Le créateur est rémunéré non parce qu’il a pris un risque mais parce qu’il a apporté une valeur ajoutée à la société. Cette rémunération n’est pas proportionnelle au risque qu’il a pris, mais à la richesse que représente son apport.

                              En vérité, les deux approches se superposent mal. Là, on rejoint M. Hum. Le créateur ne crée pas tellement pour l’argent. Il en a besoin, sinon cela ne marche pas. Mais ce n’est pas son but. Ettore Bugatti lorsqu’il crée ses voitures, ses moteurs, ses trains et ses avions, ne recherche pas l’argent. Lorsque l’argent revient vers lui, ce n’est pas pour rémunérer les risques qu’il a pris. Cet argent rémunère ses créations.



                            • Laurent Simon 10 septembre 2014 19:28

                              "Sur la question du risque... la notion de création permet de réconcilier, en partie du moins, les analyses économiques libérales et les analyses économiques socialistes.« 
                              Sincèrement, je ne vois pas l’intérêt d’essayer de réconcilier le marxisme, qui a fait la preuve de sa non pertinence (sans parler de ses propensions mortifère et liberticide) et le libéralisme, qui ’est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres ».

                              "En ce qui concerne le risque... Le créateur est rémunéré non parce qu’il a pris un risque mais parce qu’il a apporté une valeur ajoutée à la société. Cette rémunération n’est pas proportionnelle au risque qu’il a pris, mais à la richesse que représente son apport."
                              Et alors, quelle est la différence avec le créateur d’une entreprise, ou l’associé travailleur d’une start up, qui ne sont ’vraiment’ rémunérés que lorsque leur entreprise a réussi, évidemment parce qu’elle a apporté une valeur ajoutée à la société (très significative). Quelle différence faites vous ?

                              .


                            • Laurent Simon 5 septembre 2014 08:00

                              @M. Hum. « La responsabilité se partage, la propriété se dispute. » Je ne suis pas sûr de ce que vous voulez dire, peut-être sommes nous d’accord.

                              En tout cas pour moi la responsabilité ne se divise pas ! J’ai fait moi-même cette erreur, longtemps, et j’ai bien été obligé de constater, à mon tour, que « la responsabilité ne se divise pas » ; c’est-à-dire que si je suis responsable officiellement de quelque chose, et si j’en délègue tout ou partie à quelqu’un, j’en reste responsable.

                              Ce qui explique pourquoi souvent c’est le dirigeant d’une entreprise ou d’une administration qui « saute » alors que c’est une personne inconnue de lui qui a fait une grave erreur, non vue par son supérieur, etc.


                              • Hervé Hum Hervé Hum 5 septembre 2014 21:09

                                Monsieur Laurent Simon.

                                Le cas que vous écrivez coule sous le sens ! La responsabilité est toujours vis à vis d’autrui, non vis à vis de soi même. Si vous êtes officiellement le responsable, il est normal que ce soit vous qui soyez désigné officiellement !

                                En fait, j’écris que la responsabilité est entre droit et devoir. Un droit implique un devoir et un devoir applique un droit. Si l’équilibre est rompu ou absent alors il’ n’y a pas responsabilité, mais irresponsabilité. en d’autres termes, si vous avez octroyez un droit sans sa contrepartie en devoir, la personne ne s’est pas vu déléguer une responsabilité, mais juste un droit... Sans aucun devoir ! Les personnes qui se disent « responsable mais pas coupable » expliquent simplement qu’ils prennent les droits sans les devoirs. Je prends des décisions qui relèvent du droit mais laisse le devoir de répondre de ces décisions. C’est le niveau d’un enfant qui a des droits, mais apprend ses devoirs. l’inverse, c’est le militaire qui accomplit son devoir mais n’ayant pas de droit de décision, ne peut être jugé responsable des actions commises en obéissant aux ordres. Les GI qui ont torturés les détenus de Guantanamo n’ont pas été poursuivi pour avoir torturé les prisonniers, mais pour avoir montré les photos des sévices. Ils ont été poursuivi pour avoir désobéi, non pour avoir obéi en torturant !

                                Maintenant, je parlais de la responsabilité en tant que génération présente face aux générations passés et futures,donc, en tant que l’humanité toute entière. Suivant la définition de la responsabilité ci dessus, le devoir des générations passés est le droit de la génération présente et le devoir de la génération présente le droit des générations futures. C’est ce qu’on appelle la responsabilité intergénérationnelle. Cette responsabilité ne se divise pas car nous sommes tous liés par les conséquences de nos actions en tant que civilisation. Mais en se réfugiant derrière la propriété, les nations nient cette responsabilité intergénérationnelle. C’est ici que se situe la lutte... Finale !

                                Or, nous ne sommes pas une société qui fonde son éthique sur la responsabilité, mais sur la propriété et celle ci n’appelle pas la responsabilité, mais l’irresponsabilité, car la propriété n’est pas une notion extérieure à soi, mais intérieure. On dit « je fais ce que je veux chez moi et j’emmerde les autres » telle est la pensée dominante de la propriété. Par contre, la responsabilité étant toujours vis à vis d’autrui, le droit hérité de ses parents devient un devoir pour soi vis à vis de ses enfants.

                                Or, quels sont les droits hérités ? Ceux décrits dans la charte des droits de l’homme ! Mais comme il n’y a pas de charte des devoirs correspondants et que notre monde est dominé par la propriété, c’est l’irresponsabilité qui domine et règne en maître. Résultat, les droits de l’homme sont des voeux pieux, mais stérile ou plutôt, comme étant la variable d’ajustement de la propriété des biens et des personnes. En effet, celui qui dispose du capital, dispose de la propriété du temps de vie de celui qui ne dispose pas de capital.

                                Pour preuve, trouvez moi un seul capitaliste assumant la responsabilité de ses actes ? A plus forte raison un banquier !


                              • Alain SOULOUMIAC 5 septembre 2014 09:30

                                Du droit de l’inventeur et de celui du créateur

                                La question du caractère mondial ou national de la crise soulevée en introduction de sa remarque par M. Laurent Simon recoupe la question 2, relative au financement des inventions et des créations. J’y reviendrai dans la réponse 2. La présente réponse ne vise que les autres aspects du premier message. Ma thèse est que le droit du créateur est plus élaboré et donc préférable au droit de l’inventeur.

                                D’abord, il est établi (voir en particulier les articles français, et plus encore anglais, de Wikipedia sur le brevet et sur le patent) que le brevet a des origines et reste de nature monarchique. Encore aujourd’hui, c’est le souverain qui octroie un monopole temporaire au déposant d’un brevet.

                                Il ne s’agit pas de la reconnaissance d’un droit de propriété. C’est un droit créé par l’Etat. Une personne informée peut empêcher le dépôt d’un brevet en publiant l’invention. Les intérêts de la défense nationale peuvent justifier le détournement de l’invention hors du libre marché.

                                Le brevet donne le droit au titulaire déposant de demander au juge d’interdire à un tiers d’exploiter la caractéristique revendiquée dans son brevet dans le territoire relevant de la souveraineté concernée. Mais ce tiers peut demander l’annulation du brevet, qui est délivré sans garantie du gouvernement responsable. S’il obtient gain de cause, les effets du brevet cessent dans le territoire concerné.

                                L’auteur possède un droit de propriété sur son œuvre, sans que le souverain intervienne. Pareillement l’auteur (créateur d’une œuvre originale) peut interdire à un tiers d’exploiter son œuvre. Le tiers peut contester l’opposabilité de l’œuvre en prouvant son absence d’originalité.

                                Ensuite, l’invention et la création ne désignent pas les mêmes objets en droit.

                                Un brevet d’invention revendique une caractéristique technique nouvelle – pratiquement plus depuis longtemps, à l’opposé de ce que le public croît, un produit nouveau. Une création vise une œuvre économique originale, plutôt qu’un truc particulier, marquée par l’empreinte de son auteur. Ainsi dans son brevet Roland Moreno revendiquait un :

                                Comparateur de phase numérique fournissant des valeurs numériques (E) correspondant aux différences de phase entre un premier signal (F) ayant un rapport cyclique proche de 0,5 et un deuxième signal (Fref), caractérisé en ce qu’il comprend un compteur (30) à sens unique initialisé à la fréquence du premier signal et cadencé par un signal d’horloge (CK) de fréquence élevée par rapport à celle des premier et deuxième signaux, et comprenant une porte logique (32) pour valider le compteur quand les premier et deuxième signaux sont à des états respectifs prédéterminés, une différence de phase étant considérée comme nulle lorsqu’elle correspond approximativement à la moitié de la capacité du compteur.

                                Alors que l’œuvre économique de Roland Moreno est une carte à puce remplie de multiples savoir-faire, de divers logiciels, dont certains furent empruntés au domaine public et d’autres furent l’œuvre d’autres créateurs.

                                Comme vous le soulignez, la grande différence entre le brevet et le droit d’auteur réside dans le fait que le premier est inabordable pour l’inventeur alors que le second est a priori gratuit. Le droit des créateurs est démocratique, tandis que le droit des brevets, capté par les grands déposants, ne l’est plus vraiment. Dans le monde global où nous sommes, la base inventive des nations s’est trouvée singulièrement rétrécie ; à l’heure où ce même monde en a le plus besoin.

                                D’autres différences mériteraient d’être soulignées. Par exemple :

                                - pour des coûts au départ très réduits, le créateur peut monter des dossiers numériques étendus prouvant ses droits de manière beaucoup plus étoffée que le brevet dont l’ancienneté remonte à bien avant la création de la machine à écrire ;

                                - la durée de vie effective des brevets est extrêmement courte et le nombre des inventeurs qui ne disposèrent pas du temps de développer leurs inventions est légion ; celle du droit d’auteur, beaucoup plus longue, est favorable au plein développement d’une œuvre économique – comme à son financement.

                                Nous y reviendrons sans doute.

                                Enfin, le droit d’auteur offrirait, selon vous, le désavantage par rapport au droit des brevets de mal distinguer l’apport des créations précédentes, concomitantes ou postérieures. Cette question se posait sans doute pour la carte à puce de Roland Moreno. Le problème des inventions et des améliorations dépendantes existe aussi pour les brevets.

                                Mais vous avez deux fois raisons. En premier lieu, et surtout, parce que le problème de la pluralité d’inventeurs est moindre pour les brevets est moindre car selon la théorie, l’invention appartient au premier déposant ; toutes les autres inventions non brevetées sont soumises au libre pillage. En second lieu, parce que la durée de vie du droit d’auteur étant plus longue, ce problème se pose avec plus d’acuité.

                                Toutefois, ainsi qu’on vient de le dire, les créations plus étoffées, donc plus visibles. Alors que les brevets privilégient des revendications tarabiscotées par des professionnels pour servir, dès le départ, de support à des procès, les œuvres des créateurs s’imposent plus naturellement par elles-mêmes, par leur force propre.

                                Les créateurs sont poussés à passer les accords de coopération nécessaires à l’épanouissement de leurs œuvres. Ce système est particulièrement développé dans le cinéma où de multiples auteurs prennent part à la réalisation d’une œuvre – la longueur des génériques en témoigne. Ce système est pratiqué chez les auteurs de logiciels et ces accords de coopération prennent de plus en plus d’importance.

                                Dans un passé plus lointain, contemporain de la création du droit d’auteur par Caron de Beaumarchais, il m’étonnerait que Rousseau se soit opposé à l’hommage que Mozart avait voulu rendre à son œuvre en écrivant l’Opéra de Bastien et Bastienne (Cf. la poste consacrée à la Musique de Mozart recréant Jean-Jacques Rousseau).


                                • Laurent Simon 5 septembre 2014 11:37

                                  @Souloumiac Merci bien de cette réponse, argumentée.

                                  Mais j’ai du mal, je m’y perds, alors que c’est pour vous un sujet ’évident’, que vous maîtrisez manifestement. (ce qui ne veut pas dire d’ailleurs que vous ayez raison simplement parce que vous rappelez un fait historique : votre rappel sur la monarchie ne me semble pas suffisant)

                                  Il me semble que pour faciliter le débat (entre un spécialiste comme vous, et des non spécialistes lecteurs de cet article) , il faudrait faire un ou plusieurs tableaux, avec les caractéristiques de l’invention, de la création (en colonne par exemple) ; et des caractéristiques / avantages du brevet, de la création (en ligne).


                                • Alain SOULOUMIAC 5 septembre 2014 16:33

                                  De la généralité de la crise, de l’arme secrète des Etats-Unis et de sa remise en cause

                                  Laurent Simon reproche au rédacteur de voir le monde à travers le prisme déformant du chauvinisme, tant en ce qui concerne la crise, que le financement de la création économique, matérielle autant qu’immatérielle.

                                  Oui, c’est vrai, les français ont tendance à parler de leur crise comme s’il s’agissait d’une crise universelle. Les français ont souvent ce défaut et cette qualité de penser que leur langue permet d’accéder à l’universel – et (implicitement) que les autres ne le permettent pas.

                                  C’est vrai que tous les pays ne connaissent pas également la crise. A l’inverse, prétendre que l’Allemagne ne connaît pas une crise très similaire, que les facteurs de la crise qu’on identifie en France ne se retrouvent pas aux Etats-Unis n’est pas tout à fait exact.

                                  N’y-a-t-il pas dans tous ces pays :

                                  1/ L’hémorragie des délocalisations ?

                                  2/ L’explosion des déficits et la régression des solidarités publiques ?

                                  3/ Une défaillance des investissements qui sont nécessaires pour le retour aux équilibres économiques, sociaux et environnementaux ?

                                  Quant au dynamisme fulgurant de l’économie américaine et à ses sources, je recommande aux lecteurs de regarder la brillante intervention du Dr Michio Kaku concernant l’immigration sélective et le Brain drain des Etats-Unis et son déclin face aux tapis rouges des nouveaux grands pays.

                                  https://www.youtube.com/watch?v=NK0Y9j_CGgM

                                  Là encore, on retrouve la gigantesque évasion de créations à laquelle les pays avancés font face. Quand elles émigrent vers les Etats-Unis, les créations sont souvent très avancées. 

                                  Aujourd’hui des mouvements contraires se dessinent, même dans ce pays comme l’indique le Dr Kaku.

                                  Pour garder ces richesses immatérielles, il faut les valoriser le plus possible pour les rendre visibles, pour devenir conscient des dégâts que causent ces évasions, pour dresser, bien en amont, devant les créateurs nos propres tapis rouges.


                                  • Laurent Simon 5 septembre 2014 18:24

                                    @Souloumiac "N’y-a-t-il pas dans tous ces pays :

                                    1/ L’hémorragie des délocalisations ?

                                    2/ L’explosion des déficits et la régression des solidarités publiques ?

                                    3/ Une défaillance des investissements qui sont nécessaires pour le retour aux équilibres économiques, sociaux et environnementaux ?« 

                                    Ben non justement, ou en tout cas pas à un point qui serait très gênant ! 1. Les délocalisations sont un problème si elles ne sont pas bien gérées, que ce soit pour une entreprise ou pour un pays. Les trois grandes entreprises automobiles allemandes les ont semble t il très bien gérées. Voir ce que je dis dans différents commentaires sur Agoravox, et dans l’article au titre un peu provocateur »Halte à la démagogie, vive les délocalisations !« 

                                    2. L’explosion des déficits : les pays du Nord de l’Europe, l’Autriche, la Suisse n’ont pas ces problèmes. Quant à la »la régression des solidarités publiques", c’est une question de point de vue.

                                    3. Les investissements ne manquent pas pour ces 3 domaines partout. L’environnement fait les frais pour nombre de pays, mais pas à 100%. Certains investissements sont faits en dépit du bon sens (Etats Unis, gaz et pétrole de schiste), mais les E.U. investissent massivement dans les technologies vertes d’avenir.

                                    Donc attention à un grave défaut dont souffrent beaucoup de Français, moi aussi de temps en temps (j’essaie d’y être très vigilant), les généralisations abusives.

                                    Et donc les conclusions que vous tirez d’une fausse règle générale ne sont pas correctes. Bon au moins il est possible de discuter avec vous, alors que ce n’est pas le cas avec beaucoup de commentateurs sur Agoravox, merci !  smiley


                                    • Hervé Hum Hervé Hum 6 septembre 2014 00:29

                                      J’ai lu votre lien et franchement, c’est ce qu’on appelle noyer le poisson.

                                      La réalité n’a plus rien à voir avec les nations, mais dans le rapport de force entre les propriétaires des moyens de productions et de leur financement d’un coté et les autres, c’est à dire 90% de l’humanité.

                                      Alors dire la France, l’Allemagne, les USA, etc, cela ne veut plus rien dire dans une mondialisé qui tend à la convergence sociale et du capital. Seule la politique continue à faire semblant, ceci pour bien maintenir la division des travailleurs. Que vous stigmatisé dans votre premier commentaire. Déjà, votre mépris est patent.

                                      Alors votre démonstration n’a d’autre intérêt que de faire diversion et ne montre que la contradiction entre d’un coté cette convergence et de l’autre prétendre au maintient d’une concurrence qui n’existe plus ni entre les états, ni entre les propriétaires des grandes entreprises contrôlant les moyens de productions et qui sont aussi les véritables propriétaires des banques et réciproquement. Io n’y a qu’à voir toute l’énergie dépensé pour faire croire en un conflit d’intérêts avec l’Ukraine, alors que cela n’a absolument aucun sens économique si on considère sa mondialisation.

                                      Bref, le jeu consiste à maintenir l’illusion d’une concurrence dans le seul but de justifier une élite économique, mais qui n’a plus de réalité, par le simple fait que les créateurs sont les employés et eux seuls. Supprimez toute cette élite économique, financière et politique et tout fonctionnera bien mieux.

                                      A partir de là, on comprend que vous défendiez le brevet contre le droit d’auteur. Toutefois, Monsieur Alain Souloumiac n’est pas en reste, puisqu’il vend le chauvinisme pour justifier le droit d’auteur alors même que celui ci à tout autant intérêt de s’affranchir des barrières des états. Le rêve d’un auteur créant dans un but mercantile est de vendre partout et d’aller habiter en Suisse pour échapper au fisc. Celui qui ne rêve pas d’échapper au fisc, ne crée pas dans un but mercantile, mais par passion créative.

                                      Tout cela pour dire que oui, les délocalisations, cela ne veut rien dire et n’est pas le problème,. Le problème, c’est le capitalisme parce que aujourd’hui, celui ci est mondial alors que le social, lui, ne l’est pas. Cela veut dire que je ne défend certainement pas le pouvoir d’achat du travailleur d’ici contre le pouvoir d’achat du travailleur de là bas, mais que le nivellement ne saurait être par le bas, sinon par le haut. Sauf que pour arriver à cela, il faut procéder par la coopération et non plus par une pseudo concurrence.

                                      La croissance économique, monsieur, consiste à produire en qualité pour économiser et le temps de travail et les ressources nécessaires pour permettre une plus grande implication dans le tissu social et dans les affaires publiques, donc pour accroitre la citoyenneté, au lieu de produire en quantité pour occuper du temps de travail, gaspiller les ressources et les écosystèmes dans l’unique but de conserver une position dominante en interdisant la citoyenneté. Sinon, comment expliquer l’importation massive de produits chinois de qualités très médiocre, toxique et dangereux, de produits alimentaires tout aussi médiocre et toxiques, sinon pour maintenir l’illusion aux pauvres d’un pouvoir d’achat dont la seule vertu est de maintenir l’aliénation.

                                      Bref, tout ce que vous racontez ne sert qu’à maintenir les consciences endormis.


                                    • Laurent Simon 6 septembre 2014 10:41

                                      @Hum. « ...travailleurs. Que vous stigmatisez dans votre premier commentaire. Déjà, votre mépris est patent. »
                                      Si vous faites référence à "vous avez le tort bien français de considérer que le monde entier est en crise économique (depuis longtemps) alors que ce n’est vrai, que pour certains pays particulier, dont malheureusement la France« . C’est un fait objectif que la France se distingue de la plupart des pays, pour être en crise depuis bien longtemps (40 ans). Et je ne vois pas de mépris, ou de stigmatisation, envers quels travailleurs ?
                                       »’une concurrence qui n’existe plus ni entre les états, ni entre les propriétaires des grandes entreprises...« Eh bien vous allez l’expliquer aux travailleurs de toute sorte d’entreprises, en France puisque nous sommes dans ce pays, comme quoi il n’y a plus de concurrence...
                                       » toute l’énergie dépensée pour faire croire en un conflit d’intérêts avec l’Ukraine, alors que cela n’a absolument aucun sens économique si on considère sa mondialisation.« Je ne comprends vraiment pas ce que vous dites pour l’Ukraine, au niveau économique, et pourquoi vous parlez de mondialisation à ce propos. La question en Ukraine est très largement géopolitique.
                                       »Le rêve d’un auteur créant dans un but mercantile est de vendre partout et d’aller habiter en Suisse pour échapper au fisc. Celui qui ne rêve pas d’échapper au fisc, ne crée pas dans un but mercantile, mais par passion créative.« Sincèrement je ne vois pas comment on peut distinguer entre deux espèces de créateurs. L’appétit financier des uns et des autres n’est pas identique, mais le créateur souhaite que sa création soit largement diffusée, et pouvoir obtenir une rémunération de sa création, et ils sont tous mus par une passion créative,
                                      Evidemment la concurrence et la coopération ne sont pas la même chose, mais on a bien tort de vouloir faire comme si l’une pouvait exister sans l’autre. Et il faudrait corriger une notion largement répandue, »la loi de la jungle«  : dans la nature, par exemple (qui nous montre des exemples de ce qui peut durer), les deux coexistent, et la coopération est probablement plus forte que la concurrence. Mais elles sont toutes les deux importantes. Et dans le monde des affaires, effectivement mondialisées, il y a de plus en plus de »coopétition«  : coopérer avec un concurrent sur un segment de marché.
                                       »produire en qualité pour économiser et le temps de travail et les ressources nécessaires pour permettre une plus grande implication dans le tissu social et dans les affaires publiques, donc pour accroitre la citoyenneté« . Très bien, nous nous rejoignons sur ce point ! Et mon but n’est sûrement pas de »maintenir les consciences endormies", bien au contraire !

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