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Crise de 1929. Après 25 ans de carrière bancaire, Henri devient... chômeur

Ce court texte montre comment une famille parisienne a vécu la crise de 1929. Tous les événements et informations sont authentiques et ont été recueillis de première main auprès d’une personne qui y était directement impliquée.

1931. La crise économique dure déjà depuis deux ans. Elle a un peu tardé en France, mais elle se manifeste maintenant dans toute sa force. A 51 ans, Henri est chef de division au Comptoir d’Escompte, rue Bergère à Paris. Cette banque a été créée à la fin du Premier Empire, et deviendra à la fin du XXe siècle après moult rachats et fusions un grand groupe financier, BNP Paribas. Le Comptoir d’Escompte tient un rôle important depuis le traité de libre-échange signé entre la France et l’Angleterre en 1860. Les comportements y sont feutrés, quasi diplomatiques, ce qui convient parfaitement à la personnalité d’Henri qui aime se trouver entre « gens de bonne compagnie ». Sa position dominante permet à la banque de résister plutôt bien à la crise.

Une carrière bancaire déjà longue

Henri a vingt-cinq ans de carrière au Comptoir d’Escompte, interrompue pendant les quatre années qu’il passera dans les tranchées de la Première Guerre mondiale. Sous-officier, il écrivait à sa famille qu’il obéissait scrupuleusement aux ordres de ses chefs, mais suffisamment lentement pour leur laisser le temps de changer d’avis. Cette fois-là, au Comptoir d’Escompte, il va prendre une décision trop rapide. Son employeur souhaite le muter à Saint-Etienne, mais Gabrielle, son épouse, ne veut pas s’éloigner de sa mère qui habite Pontoise et de ses frères, alors que ses deux filles aînées, toutes jeunes mariées, viennent de lui être arrachées.

Mauvaise décision

Henri démissionne et rejoint une jeune banque, créée en 1922, la Banque populaire et commerciale de la banlieue Nord de Paris, basée à Saint-Denis, en tant que directeur de section. Très vite Henri s’aperçoit qu’il a rejoint une institution étrangère au monde auquel il a été habitué. Il ne parvient pas à s’adapter. En toute illégalité, son employeur rompt le contrat signé. Henri engage un procès, mais se retrouve sans travail.

Traversée du désert

A cette époque, il n’existe pas de système de protection contre le chômage. Avec la crise économique, les emplois sont rares, surtout pour un quinquagénaire. La situation est d’autant plus difficile qu’Henri s’est endetté auprès d’un notaire pour acheter une maison de campagne dans le village de l’Isère où sont ses racines familiales. Et il n’est pas question pour le notaire qu’une échéance du prêt soit manquée. La petite famille doit se séparer de sa domestique. Henri et Gabrielle s’installent dans une chambre de bonne sous les combles, et sous-louent à une étudiante anglaise leur propre chambre de l’appartement en location de la rue des Filles-du-Calvaire. Marinette, leur plus grande fille, étudiante en lettres classiques, donne des cours de français, de latin et de grec ; elle remet scrupuleusement à ses parents toutes les sommes qu’elle gagne. Les cousins d’Henri et sa sœur Anne-Marie le dépannent financièrement de temps à autre. Avec le manque de nourriture, Gabrielle semble toute petite et menue, tandis qu’Henri nage dans ses vêtements trop grands. Il arrive parfois qu’Henri revête son frac et descende dignement de sa chambre de bonne, son nœud papillon noué à la perfection par Gabrielle, pour emmener la jeune étudiante anglaise à l’opéra.

La fin de l’épreuve

Mais toute épreuve trouve un jour sa fin. Quatre ans après son licenciement, Henri gagne son procès contre son ancien employeur. Toute la famille se réjouit. Henri est si heureux qu’il donne 1 000 francs à Marinette en récompense de tous les cours qu’elle a donnés pour aider la famille à vivre. Un bonheur n’arrive jamais seul. Au début de 1935, Henri reçoit une proposition d’emploi de la Société lyonnaise de banque pour être le directeur de son établissement de Grenoble, où toute la famille part s’installer. Gabrielle retrouve enfin le moral.

En 1940, Henri a 60 ans. Il est mis à la retraite. Toutefois, il ne perçoit qu’une maigre pension, car il a perdu ses droits à la retraite du Comptoir d’Escompte. Une nouvelle traversée du désert s’ouvre pour la famille, d’autant plus que la Seconde Guerre mondiale et l’occupation allemande vont rendre les conditions de vie extrêmement précaires. D’autres épreuves attendent Gabrielle et Henri. Ce n’est qu’après la guerre que le gouvernement imposera aux banques un accord rétablissant les droits à la retraite acquis par leurs employés, ce qui permettra enfin à nos deux héros de vivre enfin dans une petite aisance.


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3 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 5 novembre 2008 11:18

    les banquiers sont vraiment des fumiers :->


    • Yohan Yohan 6 novembre 2008 00:12

      La banque et l’immobilier, y’a pas pire requins


      • Christoff_M Christoff_M 9 novembre 2008 01:11

        Face aux requins il faut etre patient et téméraire... ne pas lacher prise...

        Vient toujours un moment ou le requin trop téméraire se croit tout permis et se fait prendre parce qu’il se relache en croyant que l’adversaire est fatigué et relaché... je suis bien placé pour le savoir... tout est affaire de patience et de confiance, et d’opiniatreté.

        il faut d’autant plus s’accrocher que par ces temps de "crise" les requins sont plus gros et leurs comportements plein d’arrogance et de mépris... tout dépend du barrage qu’ils trouvent en face d’eux !!
        La lutte n’est jamais finie, la démocratie c’est un combat apre de tous les jours, c’est ce que vont redécouvrir les américains qui se croyaient superpuissance et au dessus du lot pour longtemps... relachement, Bush et patatra !! espèrons que nous n’aurons pas le meme genre de déconvenue avec le gouvernement actuel...

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