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Crise européenne, une hypothèque sur l’avenir ?

Portant ombrage aux keynésiens, les « austériens » font plus que jamais recette sur le vieux continent. La crise de la dette leur lègue une tribune de premier plan, à partir de laquelle ils s’efforcent d’accréditer les thèses néoclassiques et de battre en brèche toute politique expansionniste. Quitte à hypothéquer l’avenir des Européens.

L’expérience des crises économiques, par nature codées et multiformes, devrait porter chefs d’État et de gouvernement à la prudence. Pourtant, la zone euro s’en remet depuis trop longtemps aux théoriciens de l’austérité, fermement arrimés à leurs dogmes. L’analyse clinique a de quoi laisser pantois : le cercle vicieux budgétaire dans lequel les vingt-huit se sont engagés se traduit par une confiance en voie d’érosion, la récession, le chômage et, in fine, les déficits publics. Il ne fait aucun doute que les politiques actuellement menées se révèlent contre-productives. Tandis que les marchés souffrent de dysfonctionnements conjoncturels, que le secteur privé limite considérablement ses investissements et que les ménages enregistrent une nette baisse de consommation, les Européens rament contre le courant et appliquent une rigueur qui, au lieu de la stimuler, réfrène la demande. En rabotant les aides sociales et en contractant les dépenses publiques. Si diminuer la dette est un objectif louable – et nécessaire –, l’effondrement des recettes fiscales induit par l’austérité rend l’entreprise particulièrement vaine, voire franchement hasardeuse. Les États peinent toujours à soigner leur comptabilité ; le chômage croît sans coup férir, surtout chez les jeunes ; et la dépression s’installe dans la durée.

Les signes flagrants d’irrationalité actés, les « austériens » se maintiennent néanmoins en position de force. Leurs préconisations, bien qu’à contretemps, font immanquablement tache d’huile. Autoflagellés, ou presque, les Méridionaux paient aujourd’hui le (lourd) tribut de leur laxisme d’hier. Devenus le laboratoire des résolutions de crises, ils avalent sans broncher toutes les couleuvres, se réfugiant au besoin derrière le vœu – malheureusement pieux – de redressement budgétaire structurel. Pis, même les bons élèves de la zone euro – Allemagne, Finlande, Pays-Bas, etc. – s’infligent la potion amère de la rigueur. C’est la raison pour laquelle ils ne peuvent tenir le rôle, pourtant essentiel, de moteur de la croissance européenne. Les États-Unis, sans doute plus pragmatiques en la matière, échappent pour l’heure à ce diktat néoclassique qui étouffe dans l’œuf le moindre appel au keynésianisme. Et qui hypothèque d’une certaine façon, dans la foulée, l’avenir du vieux continent.

Quid des ressources humaines ?

Tandis que les records de chômage tombent les uns après les autres, les Européens vont se trouver, à terme, face à un défi de taille : que faire de ces travailleurs devenus inemployables parce que restés trop longtemps sur la touche ? Pour ceux-là, la bataille de la réinsertion sociale est loin d’être gagnée. Car les employeurs voient d’un mauvais œil le désœuvrement prolongé, synonyme pour eux au mieux d’oisiveté, au pire d’inaptitude. Et c’est tout juste si les autres salariés s’en sortent mieux. Que penser en effet de ces marées humaines contraintes d’accepter un job inadapté à leurs qualifications sous peine de s’en mordre les doigts, de venir grossir les rangs des inactifs ? Pour les uns comme pour les autres, le chômage de masse tend à rendre stérile la formation initiale, souvent généreusement subventionnée par les pouvoirs publics. Un gaspillage financier doublé du sacrifice, économiquement et moralement assassin, d’une main-d’œuvre qualifiée. En somme, c’est toute l’efficience du marché de l’emploi qui se voit remise en cause : la gestion des ressources humaines souffrent d’imperfections durables et les travailleurs font, bien malgré eux, l’expérience des compétences inemployées, donc galvaudées et improductives.

Défaut d’investissements publics

Les Européens, enfermés dans la logique de la rigueur, s’efforcent de contenir leurs dépenses, quand ils ne sabrent pas hardiment dedans. Les investissements publics connaissent un recul aussi brutal que regrettable. L’atonie économique ne peut évidemment qu’en sortir renforcée, puisque l’État ne tient pas son rôle de relais au moment où les autres agents interrompent leur course. Non seulement la demande globale s’en trouve impactée, mais les effets indésirables, à long terme, pullulent. Qui paiera en effet pour ces postes lâchement supprimés dans l’éducation nationale  ? Pour ces brevets abandonnés à la concurrence ? Pour ces infrastructures devenues inadaptées aux évolutions socioéconomiques ? Pour ces hôpitaux en manque de personnel et où la modernité fait cruellement défaut ? Pour ces forces de l’ordre désorganisées, mal équipées et en pénurie ? Pour cette justice engorgée et défaillante ? Surtout, une fois la croissance recouvrée, les sociétés européennes se heurteront aux insuffisances induites par les années creuses, où l’investissement public a été indûment sacrifié sur l’autel de l’austérité. La machine tardera alors à se remettre en branle.

Les entreprises et leurs moyens de production

Les entreprises européennes vivent comme un drame la conjoncture actuelle. La crise de la dette et l’austérité corollaire mettent à mal leurs modèles économiques. Certaines craignent de devoir, dans un avenir proche, mettre la clé sous la porte. D’autres manquent cruellement de liquidités et subissent de plein fouet le credit crunch. Tous les secteurs d’activités, ou presque, sont logés à la même enseigne : la clientèle se raréfie, ou éprouve les pires difficultés à tenir ses engagements, tandis que les pouvoirs publics réduisent comme peau de chagrin leurs subventions et, parfois, majorent de quelques points les prélèvements fiscaux. Un cocktail d’autant plus explosif que l’on voit poindre le spectre de l’allongement des cycles et, par ricochet, la menace d’une récession durable. Cela sans même compter que l’interpénétration des économies a des allures de château de cartes et que le climat des affaires ne parvient pas à s’extirper d’une morosité inexpiable. Pour toutes ces raisons, les entreprises européennes rechignent, plus encore que les autres, à investir. Un contexte maussade, qui donne lieu à la stagnation, voire à l’effritement, des capacités de production. Les machines se dégradent et les procédés techniques, au lieu de se moderniser, font au mieux du surplace. Pendant ce temps, la concurrence glane, le couteau aux lèvres, des parts de marché très disputées. Au plus fort de la reprise, quand la demande reprendra du poil de la bête, nos entreprises ne pourront même pas donner leur pleine mesure, faute de capacités de production suffisantes. Puisque le temps perdu ne peut se rattraper, cela se soldera forcément par des pertes cumulées de plusieurs billions d’euros. Qui dit mieux ?

Les leçons de l’histoire

Si la Grande Dépression a pris fin dans la seconde moitié des années 1930, notamment grâce à la mise en œuvre du New Deal, c’est l’économie de guerre, par les dépenses qu’elle a induites, qui a définitivement tiré l’Amérique du marasme dans lequel elle était plongée. Le conservatisme budgétaire a alors dû s’incliner devant la nécessité de se protéger face aux menaces totalitaires. Et les travailleurs inoccupés, prématurément jugés « inaptes » par certains économistes, ont repris le chemin des usines, enclenchant par là un cercle vertueux encourageant tant la consommation que les investissements. Aujourd’hui, alors que la trappe à liquidité s’impose à nos esprits – la BCE a abusé, en vain, des leviers monétaires contracycliques – et que l’économie demeure lourdement handicapée par une demande indolente, l’État se doit d’injecter des liquidités dans le circuit afin de redresser, par la distribution de revenus, un paquebot qui n’en finit plus de prendre l’eau. Une idée, vous l’aurez compris, farouchement honnie par tout « austérien » qui se respecte.

 

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3 réactions à cet article    


  • BA 15 avril 2015 15:45

    Mercredi 15 avril 2015 :


    La Grèce « a de l’argent pour deux semaines. »


    Le temps presse pour la Grèce : le gouvernement a jusqu’au 20 avril pour présenter aux autres membres de la zone euro la liste des réformes qu’il entend mener, un dossier sur lequel Grecs et Européens ont déjà étalé leurs désaccords à trois reprises. Mais où en est le pays à moins d’une semaine de cette échéance décisive ? Kostas Botopoulos, président de l’autorité grecque des marchés financiers, était l’invité d’Europe 1 mercredi matin. Et il n’a pas caché la situation difficile du pays.


    Des caisses vides dans «  deux semaines ».


    « Le gouvernement lui-même a admis qu’il y a de l’argent dans les caisses pour deux semaines, jusque début mai. Après, il y aura des problèmes pour honorer nos obligations intérieures et extérieures », a reconnu le président de l’autorité grecque des marchés financiers.


    http://www.europe1.fr/economie/la-grece-a-de-l-argent-pour-deux-semaines-2428349


    Dette publique de la Grèce  :

    2007 : dette de 107,4 % du PIB

    2008 : dette de 112,9 % du PIB

    2009 : dette de 129,7 % du PIB

    2010 : dette de 148,3 % du PIB

    2011 : dette de 170,3 % du PIB

    Début 2012, la Grèce fait défaut : 107 milliards d’euros de dette sont effacés.

    2012 : dette de 157,2 % du PIB

    2013 : dette de 175 % du PIB

    2014 : dette de 177,1 % du PIB


    La Grèce a enregistré en 2014 un déficit public de -3,5% du PIB, supérieur aux prévisions, tandis que la dette publique a atteint 177,1% du PIB, et l’excédent primaire (hors charge de la dette) 0,4%, selon la première estimation publiée mercredi par le service des statistiques grecques (Elstat).


    http://www.romandie.com/news/Grece-deficit-2014-plus-eleve-que-prevu-dette-en-hausse/584461.rom



    • Samson Samson 15 avril 2015 16:41

      " ... l’État se doit d’injecter des liquidités dans le circuit afin de redresser, par la distribution de revenus, un paquebot qui n’en finit plus de prendre l’eau. Une idée, vous l’aurez compris, farouchement honnie par tout « austérien » qui se respecte.« 

      Vous omettez de signaler que l’austérité imposée aux gens et aux entreprises trouve pour large part son origine dans les sommes colossales »transférées« par la BC€ du porte-feuille des contribuables et états €uropéens pour être »investies« et distribuées à perte dans le renflouement du gouffre sans fond généré par les roulettes financières et bancaires.

      La politique €uropéenne »austéritaire« participe activement au démembrement et au pillage néo-libéral du prétendu »état providence« , à la confiscation par des acteurs privés de toute aspect potentiellement rentable du secteur public : cette logique de communautarisation des pertes et de privatisation des bénéfices substitue à la logique d’un service public de qualité celle d’une rentabilité à court terme. L’affectation €uropéenne du »bien public« aux »saints« impératifs de rentabilité mène à terme à priver les états de tous leurs leviers et de leur capacité même à ’ »injecter des liquidités dans le circuit«  pour redresser le Titanic.

      Au regard tant de la concentration sans précédent des capitaux actuellement atteinte au niveau mondial (voir le rapport et les chiffres publiés par Oxfam) que de la force de frappe technologique inégalée que leur confère notamment informatisation, automatisation et robotisation des tâches en matière de concurrence, je crains bien que - plus qu’une »crise €uropéenne« - on assiste bel et bien à la crise systémique et mondiale d’un capitalisme qui s’assied désormais allègrement sur l’existence des classes moyennes, les ressources humaines, le marché de l’emploi, et toute forme d’égard aux peuples qu’il asservit au vain et toujours plus inaccessible idéal de la consommation.

      Mon espoir ne réside donc nullement en une »reprise« - fut-elle même keynésienne - de l’économie, mais dans une définitive mise à bas du Veau d’Or et autres très païennes idoles auxquels la marchandisation sacrifie quotidiennement notre environnement, la beauté de la vie, des êtres, des choses, et notre humanité.

       »Delenda Carthago !" smiley


      • diverna diverna 16 avril 2015 17:42

        Vous oubliez aussi que dans l’amérique d’avant guerre le pouvoir de créer de la monnaie restait à l’état. Les déficits colossaux engendrés depuis sont bien réels et la France est maintenant tenue par ses engagements de remboursement de dette ; voir le cas de la Grèce.
        L’Islande a raison : il faut stopper l’hémoragie, rendre le pouvoir de création monétaire à l’état et retirer aux banques privées le privilège exorbitant qui leur a été accordé.

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