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Crise financière et psychologie

Pour expliquer la crise actuelle du capitalisme financier de marché les médias et les commentateurs recourent à trois types d’explications : 

1/ Des explications techniques et intellectuelles pour comprendre la complexité du système financier. 

Celles qui reviennent le plus fréquemment sont : la globalisation financière qui produit un changement d’échelle des problèmes, la désintermédiation des opérations, l’ innovation permanente de produits financiers et la complexité croissante de leur utilisation, les modèles mathématiques qui génèrent des produits ultra-sophistiqués de plus en plus mal maîtrisés dans leurs risques et dans leur réelle valeur financière (LBO, CDS, OCT, tritisations d’emprunts immobiliers), l’interconnexion des transactions financières (opacité dans la traçabilité des flux financiers, question de la fiabilité et de la rapidité de l’information (forcément incomplète et imparfaite) nécessaire à la prise de décisions, difficulté à évaluer les risques/bénéfices dans un environnement instable manquant de visibilité et d’anticipation fiable), l’autorité morale insuffisante des agences de notation en proie à des conflits d’intérêts, les normes comptables trop liées aux bilans à court terme car valorisées aux cours du marché, les fonds spéculatifs majorant les phénomènes haussiers ou baissiers, les banques d’investissement (sous le joug des actionnaires) privilégiant les placements à court terme qui dégagent les plus values boursières à rentabilité maximum et enfin la démultiplication des mouvements financiers en fonction des anticipations haussières ou baissières des acteurs d’une finance mondialisée.

Ce qui fait que devant cette complexité les experts semblent s’accorder au moins sur un seul point : « on n’y comprend plus rien ! ». Comme si le système financier échappait à la compréhension, à la maîtrise, au contrôle et à la prévisibilité (au-delà du très court terme). Les explications ne viennent que dans l’après coup d’où une appréhension insuffisante d’un système chaotique (au sens des physiciens) pour avoir une action anticipatrice adaptée à la donne du moment.

Soit dit en passant à l’époque (avant l’automne 2007 et à par quelques experts) personne n’a émis d’objections morales ni trouvé à redire sur le principe des crédits hypothécaires et des tritisations (à telle enseigne que même des collectivités locales de gauche y ont eu recours !). En effet, dans la logique mentale du moment, politiciens, banquiers, investisseurs financiers, courtiers en prêts hypothéquaires ou simples ménages, tous étaient convaincus de tirer avantage de cette chaîne financière.

Certes, a posteriori, il est facile de porter des jugements, néanmoins cet impensable de l’éclatement de la bulle boursière doit nous laisser au pire perplexe, au mieux prudent sur les scénarii concernant l’avenir (du style : il n’y aura pas de crise aussi grave avant longtemps). En effet les puissants modèles statistiques ayant été incapables de prévoir les comportements opportunistes, les évènements rares et le calcul des probabilités de risques, on ne voit pas comment ils le seraient davantage dans l’avenir. Quant à l’aspect conséquences tirées de la crise il n’est pas plus rassurant comme le souligne J-P Pollin : « les banquiers n’ont jamais tirés les leçons des crises. C’est toujours la même histoire sous des formes différentes. Une fois assaini, on reproduit les mêmes erreurs avec des moyens différents ». (Libération du 24 septembre 2008).
 

2/ Des explications morales pour identifier le « mal » et punir les « coupables ».

Elles sont aussi avancées avec désignation de boucs-émissaires expiatoires et de coupables déculpabilisateurs : traders irresponsables, spéculateurs avides, banquiers d’investissement cupides, patrons voyous et politiques cyniques. Comme si amener à résipiscence des « coupables », jeter en pâture des « comploteurs » supposés, rechercher une faute introuvable ou mener des procès en sorcellerie financière devait miraculeusement assainir le système et éliminer les acteurs « immoraux ». Mais stigmatiser un coupable n’est pas trouver la « vérité ». D’autre part, il serait naïf de penser que le capitalisme doit être moral : le capitalisme n’est pas une catégorie morale, en soi il n’est ni « bien » ni « mal », il n’y a pas de « bon » ou de « mauvais » capitalisme. En effet l’essence du capitalisme ce n’est pas la création d’une morale... mais la création de richesses et de profits. Que le politique cherche à le moraliser et à le limiter dans ses dérives les plus choquantes est un débat qui se situe alors non plus sur le plan économique et financier mais politique et éthique.
 

3/ Des explications psychologiques pour trouver des raisons aux comportements humains en situation de décision .

Enfin, à bout d’ explications, on assène l’argument psychologique affirmant que la crise est irrationnelle et que « le système financier est devenu fou ». C’est sur ce dernier point que je souhaite m’attarder en défendant l’idée qu’il n’y a rien d’irrationnel dans ce processus de crise sauf à se contenter d’une explication facile et intellectuellement paresseuse. Comme le remarque à juste titre A. Comte-Sponville : « la psychologie, les fantasmes, les rumeurs, les crises de paniques, tout cela n’est pas moins rationnel que le reste. Simplement, c’est plus difficile à prévoir et à contrôler ». En effet, ce que l’on nomme « irrationnel » n’est pas autre chose que la logique du désir humain dans ses ambivalences, ses contradictions, son imprévisibilité et l’embrasement émotionnel résultant des phénomènes d’hystérisation de masse.

La vulnérabilité psychologique de la finance n’est pas nouvelle car les valeurs de confiance et de visibilité dans le marché ont toujours été fondamentales. Cette fragilité aux facteurs psychologiques est cependant amplifiée par le média Internet qui donne un écho démesuré aux phénomènes de fausses perceptions, de sur ou sous-réactions, d’ interprétations basées sur la rumeur (ainsi un problème conjoncturel de liquidité peut être interprété comme un problème de solvabilité), de représentations erronées (la situation réelle ne correspond pas toujours au perçu), de croyances projectives (au sens paranoïde, n’oublions pas que le mot crédit vient du latin credere-croire, si les banques ne croient plus en elles et entre elles qui croire ?), de contagions mimétiques (les comportements moutonniers) et d’auto-alimentation destructrice qui s’emparent des acteurs de la finance.

Dans ces contextes psychologiques incertains et par un effet classique de contagion, d’emballement et d’effet toboggan, la peur se transforme en panique, le pessimisme en dépression, l’inquiétude en défiance, l’anxiété en angoisse dans un crescendo hystérique que rien ne peut endiguer à tel point que les discours politiques de réassurance, de dramatisation voire de catastrophisme ont un effet inverse car ils renforcent le doute, la peur et la défiance au lieu de les diminuer.

Si la finance repose sur des modèles mathématiques et statistiques, comme toute activité humaine elle met en jeu des millions d’investisseurs, des milliards de titres journellement échangés et des acteurs diversifiés (opérateurs multiples, traders, banquiers d’investissement, fonds souverains d’Etats, hedge funds spéculatifs, placements off shore) agissant pour leur propre compte ou celui d’un client. Ces acteurs hétérogènes ont leurs propres stratégies financières et leurs logiques d’intérêts qui ne sont pas forcément convergentes (quand elles ne sont carrément antagonistes) d’où l’imprévisibilité du système boursier et l’extrème difficulté à modéliser statistiquement la dynamique interne du marché (lors de cette récente crise on a bien vu que les théories stochastiques ont atteints leurs limites prévisionnelles avec les modèles aléatoires).
 
Qui dit activité humaine dits aussi comportements biaisés par l’émotionnel ce qui se traduit par des décisions impulsives souvent prises dans un contexte de stress, de tension ou de fatigue. Ils sont aussi biaisés par la cognitif : erreurs d’appréciation, informations mal évaluées et mal interprétées, croyances erronées dans certaines valeurs du marché qui l’emportent sur la valeur réelle des produits. D’où des décisions rétrospectivement catastrophiques ! Enfin le biais psychique n’est pas le moindre : désirs ambivalents, comportements régressifs, hystériques ou auto-destructeurs, sidération mentale, prise de risque inconsidérée.

Certes, on dira, rien de nouveau sous le soleil : finance et psychologie forment en effet un couple indissociable car la finance est intimement liée aux facteurs psychologiques de confiance, de peur, de croyance et d’incertitude.

Ce n’est pas non plus d’ aujourd’hui que les comportements sous l’emprise de l ’argent sont déraisonnables car mus depuis toujours par le désir de richesse, la peur de perdre, le goût de la dépense, la thésaurisation cupide, l’égoïsme de la possession, la griserie de la folle course aux dividendes et la jouissance du pouvoir conférée par l’ argent. C’est pourquoi la bourse se prête si bien à l’expression des pulsions humaines voire à la folie des hommes en tant que lieu de l’ubris. Dans ces conditions il ne faut pas s’ étonner que le « penser raisonnable » aboutisse parfois à un « agir déraisonnable ». Au fond le marché n’est pas rationnel même si les raisonnements utilitaristes et les mathématiques financières le sont. Il ne l’est pas car entre le marché boursier imprévisible et les modélisations mathématiques il y a des hommes traversés par le désir mimétique, l’appât du gain, le plaisir de posséder, l’envie d’accumuler qui font que la bourse- sorte de marché des promesses et des désirs- peut être métaphoriquement lue comme une structure psychique hyperréactive aux mouvements maniaco-dépressifs : les comportements maniaco-euphoriques alternent cycliquement avec les comportements dépressifs atoniques. Mais si le lithium stabilise les troubles bi-polaires, le médicament-crédit est à lui seul bien impuissant à réguler le système financier et il n’y a pas de remède contre l’intempérance...

C’est pourquoi quand cette crise sera retombée dans les limbes de la mémoire une autre surgira qui sera l’objet des mêmes étonnements vertueux, des mêmes imprécations et vitupérations scandalisées ou autres cris d’orfraie car d’une part la nature profonde du capitalisme financier n’est pas l’état stable mais l’entropie cyclique et l’adaptation évolutive : le couple crise/croissance est indissociable de l’économie de marché et d’autre part comme le souligne F. Lenglet de la Tribune : « il est à craindre que les attitudes face à l’argent aient des racines autrement plus profondes que la tritisation ou les normes de Bâle 2 »...

 

Bibliographie

Comte-Sponville A. ; 2004, Le capitalisme est-il moral ? Sur quelques ridicules et tyrannies de notre temps. Albin Michel.

Polin J-P. ; 2002, Les marchés financiers sont-ils rationnels ? Chroniques Economiques. Ed. Descartes.

Taleb N.N. ; 2008, Le cygne noir : la puissance de l’imprévisible, Les belles lettres. Paris.


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20 réactions à cet article    


  • Stoïque 22 novembre 2008 13:37

    Article très intéressant sur les "délires" humains liés à l’appat du gain et à la spéculation...
    En attendant, les mouvements de bourses semblent plus nocifs qu’autre chose pour le fonctionnement des activités économiques humaines.
    Il serait utile d’arriver à trouver un système d’aides à l’investissements et au crédit plus fiable, plus crédible, plus efficace et moins soumis aux esprits de casino de ceux qui vibrent en boursicotant.


    • eugène wermelinger eugène wermelinger 22 novembre 2008 18:06

      Dès les premières lignes les mots ne me disent plus rien. Désintermédiation : kesceça ? 
      La logique du désir humain dans ses ambivalences ...... Ah, ça devient clair .... enfin pas pour moi.
      Je ne sais pas pour qui c’est écrit. Je ne moinse même pas parceque j’ai le sentiment d’être très bête à la lecture de cet "intéressant" article. Excusez-moi de m’excuser. 


      • easy easy 22 novembre 2008 18:43
        Bravo Allonneau pour ce morceau de bravoure !

        Il en faut sous le pied pour s’attaquer aux ineffables, aux réalités floues, à la description des brouillards

        Chacun sait bien, sans trop aimer se l’avouer, que les choses sont toujours d’une complexité insaisissable, impensable en leur totalité. Déjà qu’aucun cerveau n’est capable de penser la simultanéité de ce qui se passe quand un caillou atteint un visage. Alors, tu penses bien que pour saisir dans notre petite tête tout ce qui se passe dans une crise mondiale, va falloir en avaler des wagons de phosphore.

        N’empêche que là, tu viens de prouver qu’il est au moins possible de dire de façon raisonnable et aimable cette impossibilité
         
        Merci à ceux qui essayent, comme toi, de nous présenter des incommensurables sur un plateau de 100 petites lignes !

        Sur le fond, j’apprécie que tu nous renvoies à nos propres responsabilités. C’est le foutoir et nous en sommes tous responsables (Pour autant que nous sachions lire et écrire, pour autant donc que nous tétions au sein du Pouvoir par le Savoir)


        • legendre legendre 22 novembre 2008 18:48

          Les gouvernements de droite comme de gôche nous rabâchent sans cesse qu’ils n’ont pas un seul fifrelin pour :

           

           * donner un peu à celles et ceux qui ont moins, voire qui n’ont rien et, ainsi, garantir à tou(te)s le Droit et la Liberté de vivre dans la dignité ;
           * garantir le Droit au logement (décent), le Droit de Cité (et donc de vivre dans la Cité et pas seulement de survivre ou de s’efforcer de survivre dans la Cité, voire dans les catacombes de la Cité), le Droit à la Santé, le Droit à l’Éducation, le Droit d’accéder, librement, pleinement au savoir, aux connaissances..., le Droit à la Culture, le Droit aux loisirs, le Droit à vivre en paix en toute liberté de conscience et d’expression, le Droit de disposer librement de son corps, le Droit de se déplacer librement, le droit de disposer de transports collectifs gratuits… à tout le monde sans considération de faciès, de statut social, de porte-monnaie… ;
           * non seulement cesser de polluer les villes, les campagnes, les mers, les rivières, les forêts…, les… humains, les animaux…, mais encore remédier sans tarder aux dégâts (écologiques, humains…) commis par les pollutions qui, au passage, sont proportionnelles à l’enrichissement de celles et ceux qui les ont causées ;
           * bref, pour mettre en œuvre la solidarité nationale (et même internationale) dont ils sont supposés être les garants.

           

          Or, outre que ces mêmes gouvernements ne cessent de nous montrer qu’il y a des milliards pour financer les équipées sauvages de leurs soldatesques, par miracle (*), des milliards sont trouvés pour, une nouvelle fois, socialiser les pertes, en l’occurrence celles du système bancaire, sans pour autant remettre en cause, bien entendu, la privatisation des profits.

           

          Cherchez l’erreur…

           
           Le miracle consiste en ce tour de passe-passe par lequel lesdits gouvernements piochent ces milliards dans les poches des prolétaires [terme pris dans son acception première : un prolo est une personne qui ne vit pas du capital mais de son travail ou du travail qu’il a vendu avant d’être "mis en retraite" ; un cadre supérieur, même s’il perçoit un salaire mirobolant, des "stock-options"…, n’est jamais qu’un… prolo] pour venir au secours des banques, des assurances, des organismes de crédit et non dans celles des propriétaires de ces entreprises, bien au contraire, puisque ceux-ci se voient ainsi garantir la pérennité de leurs profits !


          • easy easy 22 novembre 2008 20:55

            Legendre

            Tu as résumé tes doléances par

            "bref, pour mettre en œuvre la solidarité nationale (et même internationale) dont ils sont supposés être les garants."

            Chais pas avec quels yeux tu écoutes mais de mon côté, dans le discours du candidat Sarkozy, je n’ai strictement rien senti comme odeur de "solidarité"

            Je pense avoir vu de mes oreilles qu’il promettait plus d’argent à ceux qui travaillaient plus, que chacun allait pouvoir s’acheter son logement, qu’il allait éliminer la racaille...alors en ça oui il s’est présenté en garant,

            Mais la solidarité, chez Sarkozy ?  smiley



            Ou alors tu t’étais déjà vu faisant partie de ses copains....auquel cas tu serais marri  smiley



            Ahhhhh Ok ça y est, ça me revient maintenant, c’était dans son 14ème point, presque le dernier. Il avait en effet cité le mot "solidarité"
            Pas bête d’avoir pensé.



            Faut toujours placer ce mot quelque part dans un programme. Juste le mot, sans rien autour ; Surtout rien autour. Ca laisse plus de place aux rêves....

            Voici le programme sur lequel il s’est engagé

            1. Mettre fin à l’impuissance publique
            2. Une démocratie irréprochable
            3. Vaincre le chômage
            4. Réhabiliter le travail
            5. Augmenter le pouvoir d’achat
            6. L’Europe doit protéger dans la mondialisation
            7. Répondre à l’urgence du développement durable
            8. Permettre à tous les Français d’être propriétaires de leur logement
            9. Transmettre les repères de l’autorité, du respect et du mérite
            10. Une école qui garantit la réussite de tous les élèves
            11. Mettre l’enseignement supérieur et la recherche au niveau des meilleurs mondiaux
            12. Sortir les quartiers difficiles de l’engrenage de la violence et de la relégation
            13. Maîtriser l’immigration
            14. De grandes politiques de solidarité, fraternelles et responsables
            15. Fiers d’être français



            Alors oui, tu as bien raison. Mea culpa. Il avait bien parlé de "solidarité".
            Reste à savoir ce qu’il entend par "grandes politiques"

             smiley

          • jako jako 28 juillet 2010 12:18

            Easy et Legendre , extraordinaire de relire ces commentaires en 2010, vous pouvez constater par vous même que on a bien fait pire que du sur-place


          • finael finael 22 novembre 2008 20:34

            Enfin une prise en compte psychologique de "la crise" ...

            On devrait dire "des crises" : bien sûr il y a l’actuelle crise financière qui produit ses flots de discours, mais aussi les crises identitaires, sociales, environnementales, militaires, .... ou alors une crise globlale incluant tous les aspects humains de la vie sur terre.

            Il y a un point sur lequel je ne suis pas d’accord : vous écrivez qu"il n’y a rien d’irrationnel dans ce processus de crise". Je ne peux m’empêcher de réagir


            - Rationnel cela veut dire mené, façonné, par la raison - le raisonnement , la conscience.


            - Irrationnel, c’est justement le contraire, le raisonnement est absent et ce sont des pulsions "irrationnelles" qui nous font agir, ces mêmes pulsions que vous décrivez dans la suite et sans doute bien d’autres. Vous devez bien savoir, de par votre métier, que nos actions sont déclenchées inconsciemment, même si nous les "rationalisons" souvent par la suite. De nombreuses expériences l’ont bien montré.

            Mais même si je me permets d’exprimer mon désaccord sur l’emploi de certains mots, je trouve votre article salutaire et votre approche certainement plus fructueuse que les idéologies cachées sous des jargons mathématico-magiques.


            • Lulu de Pantin 22 novembre 2008 21:10

              Le capitalisme est un moteur à explosion, pas mal !
              Donc ils vont nous refaire le coup de la fusion nucléaire pour domestiquer la Bombe : ça ne peut marcher qu’à l’échelle de la mondialisation, à plus petite échelle il y a des ratés.....
              ou alors Karl avait raison, il va y avoir un gros raté dans le moteur....
              Et vous croyez qu’ils vont demander un avis démocratique ? smiley


              • Allonneau Patrick allonneau 22 novembre 2008 21:16

                Je vous invite à lire l’article dans son ensemble et en particulier le § où pour moi faire référence à l’"irrationnel" est une commodité intellectuelle pour ne rien expliquer. L’"irrationnel" fait référence aux lois affectives, aux lois du désir qui constituent une autre logique. Par ailleurs, il faut différencier raisonnable et rationnel : on peut agir de façon raisonnable sans être rationnel...


                • easy easy 22 novembre 2008 21:27

                  Exactement Allonneau
                  Et c’est toute la performance de ton papier


                • finael finael 22 novembre 2008 23:13

                  C’est justement ce paragraphe qui m’a choqué - interpellé dirait-on en langage "post-moderne" -.

                  Pour ma part je préfèrerais le terme d’ inconscient", mais sans doute me suis-je mal exprimé. De par ma formation scientifique et technique j’ai bien du mal à concevoir des "lois affectives" que nous soyons en mesure ... de mesurer et de soumettre à l’analyse logique.

                  Je pressens que vous répondrez - en fait vous l’avez déjà exprimé - qu’il existe "d’autres logiques", sans doute, il en existe effectivement différentes formes puisque par définition une logique consiste à donner un cadre formel à l’étude de la vérité.

                   Mais je crois plutôt que ce ne sont pas des lois logiques qui président à l’affectif, après tout il existe d’autres formes de pensée, comme les sensations, les comparaisons, une partie de nos actions ou de nos réactions, ... qui n’entrent pas dans le cadre d’une logique quelconque, mais n’en sont pas moins utilles pour expliquer le monde. C’est en tout cas ce que je pense


                • fhefhe fhefhe 23 novembre 2008 07:44

                  Merci , pour vôtre "éclairage" en effet depuis que les Statistiques et les Sondages remplacent le "Jugement " , le " Raisonnement " ce n’est partout que Chiffres pour nos Gouvernants et Médias.

                  " Les Statistiques , c’est comme le Bikini . Ce qu’elles révélent est suggestif . Ce qu’elles dissimulent est essentiel " (Aaron Levenstein ) .

                  Les Traders font des "Calculs justes" en partant de prémices "douteuses" pour aboutir à des résultats Faux ou Catastrophiques.

                  Signé un "DépaKotien "qui vit avec sa "Bipolarité" 


                  • Cyberdaf 23 novembre 2008 11:46

                    Trois vidéos valent mieux qu’un discours stéril :

                    L’argent dette de Paul Guignon :

                    http://www.vimeo.com/1711304?pg=embed&sec=1711304


                    Zeitgeist - Addendum

                    http://video.google.fr/videoplay?docid=-3962070356288160346


                    Zeitgeist - The Movie

                    http://video.google.com/videoplay?docid=-8432681533459867510


                    • fonzibrain fonzibrain 23 novembre 2008 19:05

                      La crise mondiale des CDO synthétiques samedi 22 novembre 2008 Business Spectator, le blog australien de référence en matière de finances, vient de poster un article détonant à propos des CDO synthétiques. Au point qu’on en offre ci-dessous l’intégralité, traduction par nous-mêmes. Source : [Business Spectator : Alan Kohler : "A tsunami of hope or terror ?"] http://www.businessspectator.com.au/bs.nsf/Article/A-tsunami-of-hope-or-terror-LHRJP?OpenDocument&src=sph Note : pour en savoir plus sur les CDO et les CDS, notre article pédagogique [La Crise pour les Nuls : "Adieu Ambac, bonjour la crise !"] http://lacrisepourlesnuls.blogspot.com/2008/07/ambac-disparat-le-monde-retient-son.html "A présent que la récession s’étend au monde entier, les CDO synthétiques sont à deux doigt d’un cataclysme qui pourrait en fait sauver le système financier mondial. C’est vraiment très ironique : les banques du monde entier pourraient finalement se retrouver sauvées non pas par les gouvernements, mais bien par la bombe à retardement des CDO qu’elles ont mise à feu, durant le boom du crédit, en usant de procédés pour le moins spécieux. Ou alors, l’irruption de défauts de paiement, sur les CDO d’une valeur de milliers de milliards de dollars, qui ont été vendus avant 2007, pourrait entraîner un désastre capable de faire basculer l’économie mondiale de la récession dans la dépression. Personne n’en sait rien. Mais l’événement ne risque pas de passer inaperçu. Un CDO synthétique est un CDO (’Collaterized Debt Obligation’) qui est basé sur des CDS (’Credit Default Swaps’) plutôt que sur des actifs liés à de réelles créances. Les CDO, ou obligations garanties par des créances multiples, ont été inventés à la fin des années 80 par Drexel Burnham Lambert de chez Michael Milken, comme moyen de conditionner des titres liés à des créances bénéficiant de la même notation [ndt : notation des agences comme Moody’s et Fitch : AAA, AA, etc.], de telle sorte que les investisseurs puissent se concentrer uniquement sur cette notation et plus sur la solvabilité de l’émetteur du CDO. [ndt : on suppose que le risque réparti sur 100 créances de même notation équivaut au risque défini par cette notation, puisque le risque lié à l’émetteur est globalement effacé par la provenance éparse des créances d’origines multiples] Environs dix ans après, une équipe employée chez JP Morgan Chase inventa les Credit Default Swaps (CDS), qui sont des paris pris entre deux parties sous forme d’un contrat, et portant sur la possibilité de défauts de paiement de la part d’une partie tierce. En 2000 on rendit les CDS légaux, et on les préserva en même temps de toute forme de régulation, par le biais du Commodity Futures Modernization Act, qui spécifie que les produits offerts par les institutions bancaires ne peuvent pas être soumis aux règles qui s’appliquent par ailleurs aux contrats d’options. [ndt : contrat d’options, au sens de ’stock-options’, options sur actions en bourse] Cette ordonnance, soit dit en passant, faisait quelques 11.000 pages de long, n’a jamais été débattue au Congrès, et a été signée par le Président Clinton une semaine après avoir été promulguée. Elle est à la racine de l’incapacité des Etats-Unis à réguler les dérivés du crédit qui aujourd’hui menancent l’économie mondiale. Quoi qu’il en soit, continuant sur cette lancée, quelque temps après, dans l’une des grandes banques d’investissements, un esprit éclairé et méconnu avança l’idée d’accoupler CDS et CDO pour créer le CDO synthétique. Voici comment ça marche : une banque crée, aux îles Cayman ou ailleurs, une société écran avec 2$ de capital et des actionnaires en dehors de la banque. Ces actionnaires sont en général l’une ou l’autre des sociétés de bienfaisance auxquelle la banque verse habituellement un peu de cash, et quand un banquier dans son beau costume se présente et leur offre de l’argent pour signer l’un ou l’autre document, elles s’éxécutent. Dès lors, la société ainsi créée, appelée pour la circonstance ’Special Purpose Vehicle’ (SPV), est ’déniable’, on peut dire ’on n’a rien à voir là-dedans’ - un concept que les banques auraient tout aussi bien pu trouver en regardant "Le Parrain". La banque crée alors entre elle et le SPV un CDS [ndt : portant sur la dette d’une partie tierce]. En général les CDS référencent une seule partie tierce, mais le principe des CDO synthétiques, c’est qu’ils référencent au moins 100 sociétés différentes. Les contrats CDS avec les SPV peuvent aller de 500 milllions à 1 milliard de dollars, ou parfois plus. Ils ont une grande gamme de variantes et de subtilités, mais en général, ca se passe comme ceci : en cas de défauts de paiement de la part de sept des 100 parties référencées, le SPV doit payer à la banque un tiers du montant du contrat ; si huit parties sont en défaut, c’est deux tiers ; et si neuf font défaut, le montant entier doit être remboursé. En échange de cela, la banque accepte de payer au SPV 1 ou 2 pour cent par an du montant total du contrat. Enfin, le SPV est trimballé chez Moody’s, Standard and Poor’s et Fitch’s, et les agences de notation le saupoudrent de leur perlimpinpin AAA, les transformant de citrouille en carosse. Les vendeurs de la banque se mettent alors en route pour vendre aux investisseurs [des CDO émis par] le SPV. C’est présenté comme un produit de la banque, et les équipes de vente déclarent que la banque est à fond derrière, mais bien sûr il y a juste une boîte aux îles Cayman avec juste une ou deux sociétés de bienfaisance comme actionnaires. Le SPV offre des produits d’excellente notation et de risque minime, à intérêts fixes, avec une prime de un ou deux pour cent. Ceux des investisseurs qui se mettent en peine de lire les paragraphes en petits caractères découvrent qu’ils perdront en partie ou en totalité leur argent si au moins sept, huit ou neuf noms font faillite, sur une longue liste de sociétés multinationales apparemment en excellente santé. Les sociétés sur la liste ne pouvaient pas faire faillite, cétait impensable. Voici quelques-unes des sociétés qui se trouvent sur toutes les listes de référence des CDO synthétiques : les trois banques Islandaises, Lehman Brothers, Bear Stearns, Freddie Mac, Fannie Mae, American Insurance Group (AIG), Ambac, MBIA, Countrywide Financial, Countrywide Home Loans, PMI, General Motors, Ford et une jolie tripotée de constructeurs immobiliers US. En d’autres mots, les banquiers qui ont créé les CDO synthétiques savaient parfaitement ce qu’ils faisaient. Ce n’étaient pas uniquement des produits d’investissement créés ex nihilo et conçus pour donner à leurs forces de vente de quoi se faire des commissions - quoique, effectivement, ça l’était également. Les CDO synthétiques ont été conçus par les banques pour se protéger contre les sociétés les plus endettées du monde. Et, évidemment, les banques savaient mieux que quiconque qui étaient ces sociétés. Chaque banque, tandis qu’elle prêtait de l’argent à tour de bras à ces mêmes sociétés par devant, vendait par derrière à tour de bras des contrats d’assurance contre leur risque de défaut de paiement, à des investisseurs confiants qui en fait jouaient un peu le rôle des “Lloyds Names” – ces plus ou moins 1500 personnes qui soutiennent le géant londonien de la réassurance. Excepté que dans ce cas-ci très peu de "noms" savaient ce qu’ils achetaient. Et personne n’a la moindre idée de combien ont été vendus, ni pour quel montant. On sait que quelque deux milliards de dollars ont été vendus aux oeuvres de bienfaisance et aux administrations municipales en Australie, mais c’est juste la pointe de l’iceberg dans notre pays. Et l’Australie, bien sûr, est la plus petite des pointe de l’iceberg global des CDO synthétiques. Le total sans aucun doute se chiffre en milliers de milliards de dollars. Toutes les banques [d’investissements] ont trempé dans la combine, pas juste Lehman Brothers, qui avait la plus grande part de marché, et beaucoup d’entre elles ont également investi dans ces produits (un peu comme un chien qui mange son propre vomi). C’est là que ça devient très intéressant. Les défauts de paiement sont bel et bien survenus dans les trois banques islandaises, tout comme chez Countrywide, Lehman and Bear Stearns. AIG a été reprise par le gouvernement US, ce qui est considéré comme un défaut partiel, et Freddie Mac et Fannie Mae sont sous “conservatorship”, ce qui constitue aussi un défaut partiel – un ’défaut partiel’ ne comptant pas autant qu’un ’défaut complet’ dans le calcul des neuf qui déclencheraient le remboursement des CDS. Ambac, MBIA, PMI, General Motors, Ford et un grand nombre de constructeurs immobilier US sont en train de vaciller. Si la liste des défauts - partiels et complets - arrive à neuf, alors on assistera à un transfert massif d’argent vers le système financier, de la part d’investisseurs du monde entier, qui ne s’attendent à rien. Combien ? Personne n’en sait rien, mais c’est beaucoup de milliers de milliards de dollars. Ce sera la plus colossale libération de capital de l’histoire, en une seule levée, et non-révocable. En fait, on peut parler de souscription obligatoire. La détresse de ceux qui perdront leur argent sera immense. Ca sera une perte réelle, pas une perte théorique sur papier. Le cash sera transféré depuis leurs comptes en banque vers celui de la banque émettrice, via ces ’Special Purpose Vehicles’ des îles Cayman. Les répercussions sur les perdants et sur les économies où ils prospèraient, sont imprévisibles, mais seront dans tous les cas énormes. Les taux d’intérêts et les taxes vont devoir augmenter. Les sociétés de bienfaisance vont aller dans le mur et seront incapables d’aider ceux qui en ont besoin. Les particuliers qui ont investi auront tout perdu. Ce sera aussi un tsunami de poursuites légales, quand les investisseurs sidérés essaieront de récupérer leur argent, clamant qu’ils ont été manipulés par ceux qui leur ont vendu ces produits. En Australie, certaines municipalités poursuivent déjà feu Lehman Brothers, et le bailleur de fonds pour les poursuites, IMF Australia, a étudié les CDOs synthétiques pendant 9 mois en prévision de l’ouragan. Mais pour les banques, c’est le retour des beaux jours. Tout d’un coup, quand la neuvième institution de référence basculera, elles seront inondées de capital. Il est possible qu’elles aient des capitaux frais à ne savoir qu’en faire. Tout ceci ne connaît aucun précédent, de telle sorte qu’il est impossible de savoir ce qui arrivera. Mais il est possible que la crise du crédit prenne soudainement fin de manière définitive, comme une tornade qui s’évanouit d’un coup, abandonnant dans un silence de mort le monde dévasté par son passage." Ouf ! voilà le tout. Merci Alan Kohler ! C’est du joli... Question pour les plus aguerris de nos lecteurs : quel rapport avec les manoeuvres récentes de Yves Leterme, Dexia, Fortis, Henry Paulson, Barack Obama, Citibank, General Motors, RBS ? A vous les commentaires... . Publié par Michelange Baudoux à l’adresse 11:54 PM http://lacrisepourlesnuls.blogspot.com/ De : Michelange Baudoux dimanche 23 novembre 2008


                      • civis1 civis1 23 novembre 2008 19:20

                        Une analyse clinique des groupes et des institutions (les banques, les services de l’état, les partis politiques etc …) a sa propre méthodologie qu’il faut différencier d’une analyse psychologique ou comportementale des individus même si « a peur de manquer » est à référer à une  position paranoïde  régressive du sujet et l’accumulation à l’expression de cette tendance.  

                        Par exemple : l’aide à la décision ne sert absolument à rien dans un système qui suppose qu’un trader perde pour qu’un autre gagne. Le système prévu pour jouer aussi à qui perd gagne (warrants) n’est pas viable à la base.

                        A partir de là, pensez-vous   nécessaires les  explications techniques et intellectuelles pour comprendre la complexité du système financier ???

                        Il est de l’essence même de l’ingénierie financière de se compliquer  en ramifications et couches successives de maquillage jusqu’à ce que seuls quelques initiés (les banquiers et certainement pas les élus locaux) détiennent les clefs de l’arnaque  Est-il bien nécessaire d’y  vouloir comprendre quelque chose si la motivation première n’est pas de  s’en mettent plein les poches d’une manière exponentielle sans s’embarrasser de principes ? Un  tel train ne peut que dérailler.  Si tout le monde avait su personne se serait fait avoir, personne  n’aurait  pu spéculer, il n’y aurait pas eu de bulle financière.  La complexité fait partie du piège.

                        La preuve ? Vous citez justement :

                        « Les banquiers n’ont jamais tirés les leçons des crises. C’est toujours la même histoire sous des formes différentes. Une fois assaini, on reproduit les mêmes erreurs avec des moyens différents ». (Libération du 24 septembre 2008). Bien sûr puisque l’arnaque en est la vraie motivation et s’abat sur un secteur de l’économie réelle pour en faire des bulles pour les faire ensuite éclater non sans dommages collatéraux ayant des effets sur l’économie réelle. Bulle internet, bulle immobilière, bulle des matières premières ou de l’énergie,  bulle des dentées alimentaires etc…   

                        L’objectif c’est s’enrichir et on ne s’enrichit jamais qu’au détriment des autres, car la  seule valeur ajoutée est celle du travail.


                        • civis1 civis1 23 novembre 2008 19:23


                           Vous dites que le capitalisme n’est pas une catégorie morale, en soi il n’est ni « bien » ni « mal ».

                          Je pense au contraire que la question éthique s’inscrit au cœur même de l’activité capitalistique qui consiste à accumuler et concentrer la richesse dans les mains de quelques uns qui ne paient  pas  leur juste valeur les services rendus à d’autres et margent sur leur dos,  en surévaluant les risques liés à l’usure et en faisant payer les services rendus à des prix prohibitifs.

                          Pas question de morale ? Impossible que les équipes dirigeantes des banques n’aient pas été au courant de ce qui se passait aux USA au vu et au su de tout le monde  et qui ne se soient pas interrogés sur cette frénésie à fourguer des prêts aux insolvables au-delà de la valeur réelle des biens hypothéqués aux américains pauvres.  Pourquoi ont-ils accepté ? Pour pouvoir en seconde main, faire à leur tour marcher la planche à billets  et revendre les produits pourris aux petits épargnants de leur propre pays qui leur faisait confiance. Ils devraient être poursuivit pour cet abus qui relève d’une délinquance en col blanc inacceptable !   

                          Il y a bien une logique froide et imparable dans cette dynamique qui n’est pas a morale mais immorale.

                           


                          • Allonneau Patrick allonneau 23 novembre 2008 21:27

                            merci pour toutes ces informations très utiles à propos des techniques financières.


                            • moebius 23 novembre 2008 21:45

                              donc si j’ai bien suivi il y’a trois types d’explication....


                              • moebius 23 novembre 2008 21:48

                                mais si on avait fait plus long on aurait pu en trouvé quatre... non ? et même au moins cinq... voir six si on avait voulu se donner un peu plus de peine


                                • moebius 23 novembre 2008 21:49

                                  mais on n’a pas voulu car trois suffise amplement

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