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Accueil du site > Actualités > Economie > D’effet de seuil en effet de seuil

D’effet de seuil en effet de seuil

Drôle de rêve pour Magali.

Magali, 35 ans, divorcée 1 enfant, est caissière dans un grand supermarché de Roncq dans le Nord de la France.

Salaire net mensuel 980 € pour 30 heures de travail par semaine. Une vie en décalé, des problèmes de fin de mois, pas de vraies vacances depuis bientôt trois ans. La pension versée par son ex-époux et l’allocation logement suffisent à peine à couvrir le loyer de son petit deux-pièces en HLM. 

Magali n’est pas du genre à se plaindre. Son souhait pour 2008, pouvoir bénéficier d’une petite augmentation, changer son lave-linge qui fait un boucan d’enfer et offrir un week-end de ski à son gamin qui n’a jamais vu la montagne.

La meilleure confidente et complice de Magali s’appelle Vanessa. Mais, depuis bientôt un mois, les deux amies ne se voient plus, ne se téléphonent plus.

La faute à une vilaine engueulade survenue après les fêtes de fin d’année, lors d’un repas qui réunissait les deux mamans et leurs enfants, et qui a tourné court. Une histoire banale, des enfants qui se chamaillent, une gifle qui part et la discussion qui vire à l’aigre sur les vacances de Vanessa et de son fils, partis une semaine plus tôt à la montagne, aux frais pour ainsi dire du Conseil général.

Vanessa revenait d’une semaine de ski avec son fils Mateo, âgé de 10 ans, encore bronzée, belle et détendue. Magali, quant à elle, sortait des fêtes de fin d’année, fatiguée, le teint pâle, le cheveu terne et le moral dans les chaussettes.

Mère isolée, au RMI depuis fin 2006, Vanessa fait partie des heureux bénéficiaires du RSA, revenu de solidarité active, inventé par Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté auprès du président Sarkozy.

Ce dispositif qui vise à inciter les plus pauvres à reprendre une activité lui a permis pour la première fois depuis bien longtemps de partir en vacances dans les Vosges. Vanessa a repris une activité à temps partiel, 10 heures par semaines dans une petite chocolaterie industrielle en attendant mieux. Avec son statut garanti trois ans, avec les aides cumulées (RMI, allocations diverses, aides du département et son salaire à temps partiel), Vanessa voit les nuages s’éloigner.

Bizarrement, son revenu mensuel global dépasse celui de Magali qui pourtant effectue deux fois plus d’heures qu’elle. Voilà la pomme de discorde.

Avec les trois premiers mois de son RSA, qui lui permet de cumuler RMI et salaire, Vanessa a pu solder quelques vieilles dettes contractées auprès de sa soeur. Et aujourd’hui, elle retrouve à nouveau le plaisir de flâner dans les commerces du centre-ville et de s’étourdir dans les boutiques de lingerie féminine, chose qu’elle n’osait plus faire il y a quelques mois encore.

Les quelque 300 € de plus en fin de mois ont révolutionné sa vie. Revenue bronzée et en pleine forme de sa semaine de ski, Vanessa est aux anges. Son travail dans la chocolaterie industrielle lui plaît de plus en plus. Elle espère passer un jour à temps plein, enfin pour l’heure... cela ne presse pas. Débarrassée du sentiment de pauvreté et d’exclusion, la jeune femme se prend à rêver d’une vie nouvelle.

Censé enterrer le RMI, jugé coupable de maintenir les individus dans la précarité et l’assistanat, le RSA a effectivement changé la vie de Vanessa, tout comme celle des happy few qui ont pu bénéficier de cette mesure en cours d’expérimentation.

De son côté, Magali cherche elle à comprendre. Vendredi, avec ses collègues, elle a débrayé pour la première fois pour la revalorisation des salaires et l’amélioration des conditions de travail. Elle espère obtenir une augmentation sensible du sien, qu’elle juge maintenant indécent. Prête aussi à travailler plus certes, mais pour gagner vraiment plus.

Ce matin-là, avec ses collègues grévistes, elles ont évoqué le cas de Vanessa. Aujourd’hui, Magali se dit "à quoi bon lutter pour quelques euros de plus". Elle devine que le nouveau lave-linge et le week-end de ski, ce ne sera pas encore pour cette année.

La nuit dernière, Magali a fait un drôle de rêve. Prise d’un coup de folie, à la suite d’une parole déplacée de son chef de rayon, Magali a ouvert sa caisse et jeté monnaie et billets à la volée, déclenchant une pagaille invraisemblable.

Dans son rêve, son chef de rayon lui criait "tu es virée, virée !!" et Magali de crier sa joie "je suis virée, waouhhh, virée !!!"

Dans son rêve, elle allait pouvoir faire comme Vanessa, solliciter le RSA elle aussi. Un rêve en happy end : Magali et Vanessa étaient à nouveau réconciliées et trinquaient à la santé de Martin Hirsch.

Mais ce n’était qu’un rêve...

et une fiction aussi...


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24 réactions à cet article    


  • La Taverne des Poètes 4 février 2008 12:52

    Je n’aime pas votre article. D’abord parce qu’il dresse des catégories contre d’autres. (mais Sarkozy le fait mieux que vous ! Inutile d’en rajouter...) Ensuite parce que vous omettez de préciser que le cumul des revenus du travail et des aides est provisoire : il ne dure que le temps de remettre le pied à l’étrier et pour éviter les pertes financières liées à l’accès à l’emploi (situation qui génère la suppression brutale des aides).

     


    • La Taverne des Poètes 4 février 2008 12:55

      Sans oublier que le RSA est encore expérimental dans les départements et qu’avant de généraliser le système, des correctifs peuvent être pris. Martin Hirsch me paraît agir avec grande prudence.

       


    • Yohan Yohan 4 février 2008 14:49

      Je n’ai pas de position de principe contre le RSA dans le sens où il cherche à relancer les gens dans l’idée qu’il est toujours préférable d’aller d’une manière ou d’une autre vers l’emploi plutôt que de se contenter du RMI. On peut lire aussi cet article autrement, car ce que je juge déplorable, c’est plutôt la situation faite aux employés de la grande distribution avec ses trappes à bas salaires. La grande distribution prend déjà beaucoup de stagiaires, elle pourrait être tentée d’offrir ensuite des temps partiels aux bénéficiaires du RSA, s’il se généralise. On aura ainsi nouveau créé une nouvelle catégorie d’ "emplois vieux"

      Il y a un risque à passer son temps à retoiletter des dispositifs sociaux si en même temps, on perd de vue l’invraisemblable complexité des aides cachées, dont les petites caissières n’ont pas idée. 

      L’argument de "dresser les gens les uns contre les autres" a été servi également lors de la refonte des régimes spéciaux. C’est certes plus facile de dire qu’on est pour la solidarité, quoiqu’il en coûte. Ce que je vois, c’est une incapacité chronique de l’état à lâcher du lest sur les charges. Je préfére de loin les deux emplois sans charge de Bayrou qui auraient eu le mérite de stimuler l’emploi et les salaires.

       


    • La Taverne des Poètes 4 février 2008 16:27

      "On peut lire aussi cet article autrement" : il fallait surtout l’écrire autrement.


    • La Taverne des Poètes 4 février 2008 16:29

      car les bas salaires dans la grande distribution est une réalité qui méritait d’être mieux traitée selon moi.


    • Yohan Yohan 4 février 2008 17:28

      Le sujet d’aujourd’hui, ce sont les effets de seuil.

      Quant à la distribution, elle s’honorerait de faire un geste pour améliorer les conditions de travail des ELS et des caissières, car elle a engrangé au fil des années des bénéfices qui lui ont permis d’ouvrir des magasins un peu partout dans le monde. Si elle décide de payer ses employés ne serait-ce que150€ de plus par mois, cela changerait la vie de ces salariés. Le développement partiel de caisses automatisées (caisse sans caissière) une fois les frais amortis peut, il me semble, permettre de donner un coup de pouce aux salaires dans ce secteur


    • La Taverne des Poètes 4 février 2008 18:10

      Votre conclusion est bien naïve : les gains n’iront pas dans ces poches-là...


    • Yohan Yohan 4 février 2008 18:45

      Vous l’avez sous entendu vous même un peu plus haut. Dans ce pays, le seul moyen d’obtenir quelque chose, c’est de faire une grève, dure au besoin. Croyez moi, sans caissière, les magasins n’iront pas bien loin.

      Par ailleurs, s’agissant des options visant à augmenter encore les prélèvements pour redistribuer aux précaires, je vous renvoie à l’article de "ça dérange" d’aujourd’hui. (tout à côté de celui-ci)


    • tvargentine.com lerma 4 février 2008 13:03

      Il faut reconnaitre à Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté auprès du Président Sarkozy d’avoir REMPLACE le RMI (payé à rien faire et la porte au détournement de fond public)

      http://davidfontey.blogspot.com/2008/01/la-millionaire-rmiste-condamne.html

      Le RSA est une véritable deuxième chance de revenir dans le marché du travail et de pouvoir se reinserer dans la vie active et cela aura du etre mis en place par les socialistes au pouvoir

      On se demande pourquoi les socialistes n’ont pas eu cette idée !

      Bien sur,vous faites l’amalgame en montant la caissière du supermarché qui bénéfice de conditions de travail que des ORGANISATIONS SYNDICALES ont approuvé et une situation d’une personne sortant du RMI qui aurait été au ski !

      Le débat mérite mieux car le RSA permet à des gens de revenir dans la société acticve en cumulant les aides et un salaire sur une durée limité afin de faire en sorte que la personne sorte de sa condition sociale misérable pour rejoindre une condition de vie normale

      Quand aux caissières de super marché,elles disposent d’organisations syndicales et elles sont libres de se regrouper pour défendre leurs droits,mais elles ne devraient pas empêcher les gens de pouvoir travailler le week-end si les gens le veulent

      Avec ce discours réducteur,on a exclus du marché des gens qui souhaitaient (ou qui auraient pu ou dû ) travailler uniquement en week-end et donc jeté dans la précarité des personnes comme Vanessa

       Permettez moi de souhaiter bonne chance à Vanessa pour l’année 2008

       


      • alberto alberto 4 février 2008 16:00

        J’ai bien aimé votre article et la part laissée à l’interprêtation du lecteur sur l’évolution, peut-être temporaire, du destin de ces deux femmes : votre fiction est tellement réèlle !

        Bien à vous.

         


        • Charles Ingalls Charles Ingalls 4 février 2008 16:39

          (Auteur) "Avec son statut garanti trois ans, avec les aides cumulées (RMI, allocations diverses, aides du département et son salaire à temps partiel), Vanessa voit les nuages s’éloigner."

          Hourra !!! et peut-être même que son banquier lui fera un prêt avec la caution de Hirsch et qu’elle pourra s’acheter un appartement, ou une maison, ou un château ou une rolex même...

          C’est incroyable comme les gens qui n’ont jamais connu la misère en parlent bien...

          Vous savez pertinement que les seuls bénéficiaires du RSA seront les grandes entreprises qui pourront avoir de la main d’oeuvre (viande ?) à pas cher. Votre ton dubitatif sur l’efficacité d’une mesure "poudre aux yeux" (des gogos) est donc parfaitement inutile et insultant pour des gens qui souffrent...


          • manusan 5 février 2008 10:10

            "Hourra !!! et peut-être même que son banquier lui fera un prêt avec la caution de Hirsch et qu’elle pourra s’acheter un appartement, ou une maison, ou un château ou une rolex même..."

            juste une petite maison dans la prairie et 3 gamins pour les allocs.

             


          • Charles Ingalls Charles Ingalls 5 février 2008 11:25

            On voit que vous ne regardez pas assez TF1 et M6 (mes chaines préferées !!!), c’est 4 enfants et non 3... 


          • Céphale Céphale 4 février 2008 17:29

            @La Taverne

             

            Je vous trouve bien sévère. Plutôt que de dire à Yohan qu’il aurait pu traiter autrement le sujet du RSA, faites-le donc vous-même.

             

            Yohan, me semble-t-il, a écrit à chaud un récit inspiré de faits réels. Je n’y ai pas vu une critique du RSA, ce n’était certainement pas le but, mais j’y ai trouvé matière à réflexion.

             

            Pas d’accord avec votre premier commentaire. Cet article ne dresse pas des catégories contre d’autres.

             

            D’acccord avec votre second commentaire.


            • Daniel Roux Daniel R 4 février 2008 20:18

              Quand s’attaquera t-on à ces contrats qui font que le travail ressemble plus à de l’esclavage qu’à un emploi ?

              Les caissières des supermarchés mais aussi les employés des postes, de France télécom, et de bien d’autres qui n’ont pas la libre disposition de leurs temps libres. Leurs horaires sont variables, régulièrement changés d’une semaine sur l’autre, hachés dans une même journée parfois.

              Une caissière peut commencer à 9h, terminée à 12h et reprendre à 17h pour finir à 22 heures. En plus, pendant ces jours de repos, elle doit rester disponible car elle peut être appelé pour un renfort. Les horaires sont partiels, maintenus si bas que seule la perspective d’une misère encore plus grande la retient dans le piège.

              Quelle vie sociale, familliale, simplement humaine peut-on bâtir sous ce régime inhumain ? Et pendant ce temps là.....bling bling.


              • tvargentine.com lerma 4 février 2008 21:58

                Soyons un peu réaliste,le métier de caissier ou caissière,cela n’a jamais été le top du top mais a permis de permettre à des jeunes ou des personnes d’ages et de conditions différentes d’avoir un travail ,parfois à mi-temps et parfois à temps partagé

                Il faut accepter les régles du jeu,car si les personnes ne sont pas d’accord elles sont libres de ne pas accepter et encore moins d’empêcher les gens de bosser le week-end !

                Ensuite se pose le rôle des syndicats qui ont accepté les conditions de travail productivistes de l’application des 35h Aubry qui empéchait de faire des heures sup mais d’optimiser le personnel avec des rotations horaires indignes (Dans l’informatique aussi,les contraintes de cette loi a obligé les entreprises à supprimer les vacations de 3x12 heures par des 3x8 ou 4x6....ou des 6x9 avec des horaires dignes d’Emile Zola

                La convention collective a été signé par LA CFDT !

                C’est pas la faute du gouvernement si des syndicats non représentatifs imposent ce type d’organisation du travail par des "accords d’entreprises" en échanger de valises d’euros ????

                IL faut etre réaliste et reconnaitre que cette loi n’a jamais été sociale mais réactionnaire mais qu’elle aura mis du temps à détruire le tissu sociale des travailleurs en l’appauvrissant

                Les chefs d’entreprises de services (supermarché,informatique,...) n’ont fais qu’utiliser la LOI pour accroitre leur productivité

                 

                 

                 

                 

                 

                 

                 

                 

                 


                • Christoff_M Christoff_M 5 février 2008 02:45

                   A l’auteur il faut etre réaliste les gérants de grande surface ne vont pas augmenter leur personnel de 150euros alors qu’ils commencent à installer des caisses automatiques....


                  • Le péripate Le péripate 5 février 2008 08:47

                    Vanessa, une semaine au ski avec son fils ? Coût entre 1000 et 1500 euros. Pourcentage de Français qui partent au ski : 6.5%.

                    Donc le conseil général paye des vacances au ski à Vanessa .... Est-ce que ce papier ne se fout pas de la gueule du monde ?


                    • Yohan Yohan 5 février 2008 10:42

                      J’en connais un cas, donc ça existe. Ensuite, je n’ai pas parlé de vacances à Val d’Isère en pension complète avec forfait portes du soleil. Les vacances dans les Vosges en gite rural, sans prendre forcément un forfait ski pour toute la semaine et manger à la cantine, cela n’est pas hors de prix. Il y a des aides pour les familles, bons vacances, séjours organisés et financés en partie par les conseils généraux, la CAF et d’autres, notamment pour faire partir les enfants. Ensuite, si vous êtes un peu débrouillard, vous pouvez demander d’accompagner le groupe. Je n’ai pas inventé. Si vous connaissez une AS, demandez lui si c’est possible...


                    • Le péripate Le péripate 5 février 2008 11:03

                      Et on peut probablement dormir dans sa voiture, skier avec des planches, remonter les pentes à pied et manger des pommes de pins. Mais c’est très différent que d’écrire "Vanessa revient bronzée et détendue d’une semaine de ski avec son fils".


                    • Céphale Céphale 5 février 2008 12:23

                      Curieux, ce parti-pris du Péripate contre le ski. Ce n’est pas parce que 6,5% des Français vont dans des stations de ski que ce sont les Français les plus riches. D’autre part, on peut revenir d’un séjour à la montagne bronzé et détendu sans avoir dépensé beaucoup d’argent. Il y a station et station.


                      • Le péripate Le péripate 5 février 2008 12:32

                        J’adore le ski (et le surf tout spécialement) ! Et, justement, je sais ce que ça coute, même quand on habite aux pieds des pistes, ce qui a été mon cas pendant de nombreuses années. Alors, il y a des procédés réthoriques déloyaux que je ne peux m’empêcher de relever pour les dénoncer.


                      • Yohan Yohan 5 février 2008 17:30

                        Si ça vous plait tant que ça de rester dans vos certitudes, restez y.

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