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Accueil du site > Actualités > Economie > « Dé-balkaniser » le Progrès par la Disruption digitale

« Dé-balkaniser » le Progrès par la Disruption digitale

Tant en Europe qu’aux Etats Unis, les lampions d’espoir d’un retour de la croissance économique mondiale dissipent mal encore l’épais rideau de confusion brodée autour de l’hystérie collective de la dette. Une confusion à la peau racornie s’est invitée dans l’appréciation entre déficit de la balance commerciale et déficit du budget national. Quoique l’un ne partage pas nécessairement une filiation à l’autre, certains économistes à l’opportunisme offensif ont instrumentalisé les amalgames commodes en semant dans le paysage mental la fixation autour du naufrage par un double déficit commercial et budgétaire en Europe. Ceux qui font du business de l’apocalypse de la dette un titre rentier ont mis pourtant sous le boisseau des leçons économiques d’une élémentaire honnêteté.

Baromètres Vétustes du Progrès et Hystérie Collective de la Dette

Sous l’administration Clinton, l’Amérique a connu, entre 1998 et 2001, un excédent budgétaire de l’ordre de $236.2 milliards de dollars sur fond d’un déficit commercial. En janvier 2012, le Japon a fait l’expérience d’un déficit de sa balance commerciale de l’ordre de $18.7 milliards de dollars contre un déficit de son budget national qui avoisinera $122.53 milliards en 2015. En 2010, l’Irak enregistrait un excédent budgétaire de $72.3 milliards et un excédent commercial de $19.6 milliards de dollars. Pareille planchette de comparaison à rebrousse-poil révèle que l’indice de déficit du budget national et de la balance commerciale n’est plus forcement un indicateur fiable ou absolu de la compétitivité d’une économie nationale. Et mieux, les baromètres de l’économie nationale sont frappés aujourd’hui d’anachronisme par leur obstination à évaluer l’état de santé économique nationale. Pour l’exemple, la valeur marchande de Apple se jauge à près de $302 milliards de dollars. Ce qui la place largement hors compétition en rapport avec certaines économies nationales.

C’est tout dire comment les goliaths de l’innovation industrielle ont simplement opéré un transfert de la performance des économies nationales vers le champ mouvant de la performance des firmes multinationales. Partant, les grilles nationales d’évaluation de la production et de la dispersion de la richesse restent inappropriées à assigner un coefficient de performance aux économies postindustrielles du 21ème siècle. Des symptômes avancés d’un retard mental par rapport aux enjeux de l’économie postindustrielle. L’imagination collective reste enlisée dans les clichés vétustes dans l’errance de vouloir bricoler des solutions aux crises du 21ème siècle. Otages malgré nous du centralisme de la transmission des savoirs sociaux, nous n’avons été que trop longtemps adossés aux bastions des ghettos nationaux pour apporter une réponse satisfaisante aux crises du 21ème siècle.

Pourtant, la disruption digitale s’est conviée déjà aux noces du progrès économique et social. En débalkanisant la marche du progrès, elle a provoqué une grande mutation dans les paradigmes de production et de diffusion de la richesse. Les presqu’îles de pays dits développés sont de plus en plus rattrapées par de nouveaux pays émergents. Le progrès économique et technologique s’est émancipé de la tutelle nationale. L’horizon du développement économique se confinait jadis à la production de masse pour satisfaire une demande endogène et exogène. Aujourd’hui, l’innovation de masse supplante la production de masse. L’innovation de masse sera dorénavant le moule adapté pour la gestion des politiques monétaire et financière, énergétique, de l’agriculture, de l’hygiène, du transport et de la santé.

Démonétisation des Banques Nationales par la Bancarisation Mobile.

Rattrapés par la grande disruption digitale introduite par la compétition entre les grandes firmes multinationales, nous nous acheminions à pas lents mais certains vers le crépuscule de la souveraineté des monnaies locales. Sous cet angle, la crise de la dette signe l’annonce de la fin du monopole régalien exclusif du centralisme de l’émission de la monnaie par l’Etat pendant plus de 600 ans. A l’horizon de 2025, une conversion de nos cœurs à une nouvelle architecture d’un écosystème monétaire digital s’impose. En effet, il existe approximativement plus de 5000 monnaies digitales, dont Ven et Bitcoin. Les monnaies digitales privées sont en phase de dénationalisation des banques traditionnelles en nous plaçant progressivement sur orbite à l’ère d’une société des monnaies virtuelles. British Airways, Wal-Mart, Starbucks et American Express ont mis au point leur système de paiement à travers leur propre monnaie digitale. Des firmes comme Google, Facebook, Amazon et Apple sont en ordre de bataille pour le contrôle de l’offre du porte-monnaie digital.

L’écosystème des monnaies alternatives digitales démonétisera les institutions bancaires traditionnelles. Le téléphone portable dématérialise la banque traditionnelle. Il permet aujourd’hui de rapprocher les services financiers des masses et des populations rurales en Afrique. On compte environ 4.6 milliards de téléphones portables en circulation dans le monde, dont 80% de nouvelles connections réalisées dans les pays en voie de développement. Le téléphone portable s’est mué en branche ambulante d’une mini banque de poche. En 2010, on dénombrait 150 services bancaires mobiles au niveau mondial avec un volume de transactions avoisinant $250 milliards de dollars. Au Kenya, M-Pesa, un service de paiement bancaire mobile lancé en 2007 par Safaricom engrangea 20.000 abonnés pendant ses premiers mois. Quatre années plutard la compagnie M-Pesa enregistrait 13 millions d’abonnés. En 2011, la compagnie explosa en une industrie de $16 milliards de dollars. En revanche, il a fallu attendre un siècle pour que la banque conventionnelle atteigne 5 millions de clients au Kenya.

Dématérialiser le Sol par une Agriculture en Suspension

La migration massive de la population humaine vers les centres urbains a ramené au premier plan les visions malthusianistes du péril par la faim, des conflits autour de la gestion de l’eau ainsi que la rareté des terres arables. Ainsi, les conclusions hâtives ont-elles ourdi des projections de catastrophe à longueur d’années. Nul ne récusera la fatalité selon laquelle l’agriculture traditionnelle utilise 70% d’eau sur la planète. Pourtant, les solutions les plus innovantes pour des alternatives à l’agriculture traditionnelle ne manquent point. En 1983, Richard Stoner a découvert qu’il était possible de cultiver des plantes par suspension ou système d’agriculture en aéroponie. Les toitures ainsi que les murs des maisons peuvent se transformer en agro habitation pour l’alimentation ou en aéro-oasis de repos dans les cités. Dickson Despommier a démontré que 150 fermes verticales suffisent à nourrir chaque habitant de New York. Une autre forme d’agriculture plus performante que l’agriculture traditionnelle consiste à pratiquer l’agriculture par l’hydroponie. Les surfaces aquatiques offrent à souhait des espaces pour l’agriculture.

Les Techno énergies Alternatives Dans les cités Post-Petroléum

La quantité d’énergie solaire qui se disperse dans l’atmosphère est estimée à 174 pétawatts alors que notre planète n’en consomme environ que 16 térawatts par an. La source disponible d’énergie solaire a vite orienté la recherche vers l’utilisation des panneaux solaires pour résorber les besoins énergétiques sans cesse en hausse. Le nécessaire compromis pour la construction de cités post-petroleum s’esquisse à l’horizon. L’horizon de 2050 verra l’apparition de nouvelles technologies d’innovation de masse en matière énergétique. Murs, portes, fenêtres, espaces des bâtiments publics et privés sont autant des aires disponibles pour que l’imagination humaine y insère de gadgets photovoltaïques pour capter ou transformer les sources d’énergie naturelle. New Energy Technologies de Maryland a mis au point une technologie révolutionnaire. Cette compagnie transforme les fenêtres ordinaires des maisons en panneaux photovoltaïques par l’utilisation de petites cellules solaires organiques pour générer une source d’électricité naturelle et artificielle. Cette approche représente une innovation supérieure par rapport à la technologie des grands panneaux solaires commerciaux.

En outre, une porte qui s’ouvre ou se referme produit de l’énergie que l’on est à même de canaliser et d’exploiter par l’invention de techno-portes et de techno-fenêtres. Il en sera de même pour les toilettes qui vont se muer en techno- toilettes. Depuis l’époque où John Harington inventa une toilette en 1596 pour sa grande mère la reine Elizabeth Ier, les toilettes n’ont pas connu une innovation radicale par rapport aux latrines de la dynastie Han de 206 BC. L’horizon de 2050 verra des techno-toilettes qui transforment les urines et excréments humains en énergie tout en nous faisant l’économie des chasses d’eau et des fosses sceptiques.

Narcisse Jean Alcide Nana, The University of Leicester, UK

 

Bibliographie

- Peter H. Diamandis & Steven Kotler, Abundance : The Future is Better Than You Think (New York, Free Press, 2012)

- Michelle Manafy & Heidi Gautschi, Dancing With Digital Natives : Staying in Step with the Generation That’s Transforming the Way Business is Done (New Jersey, CyberAge Books, 2011)

- David Wolman, The End of Money : Counterfeiters, Preachers, Techies, Dreamers – and the Coming Cashless Society (Boston, Da Capo Press, 2012)

- Laurence C. Smith, The World in 2050 : Four Forces Shaping Civilization’s Northern Future (New York, Dutton, 2010)

- New Energy Technologies, Inc, disponible sur http://www.newenergytechnologiesinc.com/technology/solarwindow

- Ron Adner, The Wide Lens : A New Strategy For Innovation (New York, Portfolio/Penguin, 2012)

- Reuben Grinberg, “Bitcoin : An Innovative Alternative Digital Currency,” in Hastings Science & Technology Law Journal, (Vol. 4, December 9, 2011), p.16


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1 réactions à cet article    


  • Gandalf Claude Simon 24 mars 2012 22:56

    C’est étrange comme conclusion.

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