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Accueil du site > Actualités > Economie > De l’espionnage à l’intelligence économique

De l’espionnage à l’intelligence économique

L’espionnage économique est-il un « marronnier » de la presse ? Cette dernière joue-t-elle une saine fonction d’éveil, ou bien est-elle l’instrument médiatique d’une propagande judicieusement orchestrée ? Ou bien encore exprime-t-elle l’air du temps au parfum de patriotisme économique ? La réponse n’est pas simple, mais ce qui est sûr, c’est qu’en matière d’espionnage économique, chacun se sent victime de pratiques dont l’histoire montre qu’elles sont communes à tous.

Un vieux serpent de mer

Le mensuel L’Expansion vient de sortir un dossier très complet sur l’espionnage économique, intitulé « La France pillée ». Ce dossier n’est pas sans rappeler celui du Point paru en novembre 1993, intitulé « Le grand pillage de la France ». La même année, l’Américain Peter Schweizer publiait Frendly Spies, How America’s Allies are Using Economic Espionnage to Steal our Secrets, dont l’édition française fut traduite sous le titre : Les nouveaux espions, le pillage technologique des USA par leurs alliés (Grasset, 1993).

Un paradoxe émerge, appuyé par une certaine schizophrénie du discours : d’un côté, nous serions victimes du pillage des autres, de l’autre, nous célébrerions nos exploits en tant que pilleurs. Le sujet n’est pas nouveau, on lira à cet égard l’ouvrage de Philippe Bernert SDECE Service 7 (Presses Pocket, 1981), où le journaliste raconte les exploits des agents tricolores en matière d’espionnage technologique. L’auteur dévoile, non sans une certaine jubilation, le vol d’un réacteur de Tupolev pour le compte de la Snecma. Les mémoires de nos maîtres espions (Marion, Silberzahn) regorgent également d’anecdotes ou de pseudo-révélations (l’espionnage économique n’est-il pas un secret de polichinelle ?) à travers lesquelles on ressent la satisfaction, pour ne pas dire la fierté, d’avoir « coxé » l’adversaire... Dans un sens (celui qui nous est favorable), l’espionnage serait ainsi « de bonne guerre », alors que dans l’autre, il serait honteux, méprisable, indigne.

La question éthique et culturelle

N’est-il pas humain de copier sur son voisin ? Qui n’a jamais été tenté de le faire, assis sur les bancs d’une école ? Si les pays de tradition judéo-chrétienne qualifient l’acte de répréhensible, il n’en est pas de même dans toutes les cultures. Au Vietnam, par exemple, cela tient du bon sens et de la morale que de laisser son voisin s’inspirer de votre travail, parce que la nature même de l’éthique sociétale est de réussir ensemble. Entre pillage et partage, la connaissance serait ainsi l’objet d’enjeux divergents : vue comme un patrimoine universel, elle ne saurait être la propriété d’un individu ou d’un groupe d’individus ; vue dans une perspective économique, elle apparaît comme un produit d’intérêt commercial ou stratégique dont le partage désintéressé n’est pas souhaitable. Cette controverse est très bien illustrée par l’exemple des médicaments contre le Sida : est-il plus moral de les vendre hors de prix que d’en copier la formule sous forme de génériques bon marché ? On serait naturellement tenté de répondre que la vie humaine est sacrée, alors que la réalité, loin d’un tel idéalisme, montre que les choses ne sont pas aussi simples.

Ce qui est sûr, c’est que l’espionnage économique et industriel est vieux comme le monde. Du métier à tisser à la poudre à canon en passant par les nouilles, l’élevage du ver à soie ou l’horlogerie maritime, il n’est pas un secteur d’activité qui ne soit aujourd’hui l’héritier d’un savoir-faire « piqué » aux autres. Pour autant, avec la mondialisation des échanges commerciaux, l’espionnage économique, tout comme le patriotisme économique, apparaît comme la dérive symptomatique d’un système fondé sur la domination plutôt que sur le partage.

De fait, l’espionnage économique est une menace pour nos entreprises. Il s’inscrit dans un contexte d’hypercompétitivité (la course à l’avantage concurrentiel), qualifiée parfois de guerre économique. Cette situation génère des tensions qui justifieraient a priori le recours à des méthodes plus ou moins licites issues du renseignement : interception des communications (privées ou étatiques), pénétration des systèmes informatiques, filatures, fouille de poubelles, chantage, menaces, désinformation, rumeurs et calomnies.

La société française face à l’espionnage

L’expérience montre cependant que dans ce domaine, la psychologie est un élément déterminant : le rapport à l’information-pouvoir-puissance est en effet un facteur de confusion mentale à l’origine de nombreuses dérives, certains acteurs se prenant pour des espions de roman (l’affaire Clearstream en est un exemple). Or ce genre d’attitude discrédite l’activité de renseignement et par extension, celle d’intelligence économique avec laquelle elle est bien souvent, mais à tort, confondue.

Ainsi les chefs d’entreprises français, imprégnés d’une culture nationale assez ambiguë à l’égard du renseignement, prennent les espions pour des personnages imaginaires. Dans la tradition de la Guerre froide, l’’espionnage ne pourrait d’ailleurs viser, s’il existait, que des entreprises du secteur de la défense. Cette croyance est confortée par l’action même des services secrets des Etats en faveur de leurs complexes militaro-industriels. Il s’est donc développé une sorte de certitude qu’en dehors de ce secteur, nul ne peut s’intéresser à nos entreprises au point de missionner des James Bond pour leur voler des secrets. On retrouve encore ce phénomène dans les universités où nombre de chercheurs ironisent dès qu’on leur parle d’espionnage ! Il n’est qu’à voir avec quelle facilité les étudiants étrangers (et chinois en particulier), pénètrent dans des laboratoires qui seraient naturellement interdits d’accès en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis.

Une évolution remarquée

C’est donc une origine culturelle qui freine la prise de conscience individuelle et collective, et ceci jusqu’à ce qu’un incident survienne. J’évoque parfois l’intelligence économique comme un Samu stratégique auquel on ferait appel alors qu’il est déjà trop tard. Et de fait, les chefs d’entreprises qui jusque-là s’interrogeaient encore sur l’utilité de l’intelligence économique, apprennent à leurs dépens ce qu’il en coûte d’être espionné.

La situation a cependant commencé à évoluer depuis environ trois ans, grâce aux efforts conjugués de la DST, des professionnels de l’intelligence économique, mais également et surtout par la mise en œuvre de la politique publique impulsée par le gouvernement, et pilotée par Alain Juillet. Ayant l’occasion de visiter régulièrement des entreprises, je constate que nombre d’entre elles se protègent de mieux en mieux, preuve d’une prise conscience des enjeux de sécurité et de la nécessité vitale de protéger leur patrimoine immatériel.

L’intelligence économique : un subtil équilibre

On a l’habitude d’évoquer l’aspect sécuritaire de l’intelligence économique, car il apparaît comme une priorité essentielle pour la préservation des emplois. Certes, et le dossier de L’Expansion le développe fort bien, l’espionnage est un risque et une réalité dont il convient de se prémunir. Il ne faudrait pas cependant cantonner l’intelligence économique à une posture défensive, et développer une culture de méfiance généralisée, aux dépens d’une maîtrise de la connaissance soutenant l’innovation et l’esprit d’entreprise. Car à l’instar d’une équipe de foot, le fait de jouer en défense ne permet pas de marquer des buts et n’exclut pas le risque d’en prendre.

Il s’agit par conséquent de considérer l’intelligence économique dans sa dimension stratégique, autrement dit dans sa capacité à soutenir la politique générale de l’entreprise. L’intelligence économique ne se résume donc pas à quelques opérations tactiques que l’on serait naturellement tenté de ranger au palmarès des coups tordus. Ainsi au CERAM, on enseigne moins l’art de téléphoner à un concurrent que celui d’analyser sa stratégie à court, moyen ou long terme, sur la base d’informations fiables, et de définir les actions susceptibles d’améliorer notre position.

L’avenir passe ainsi par une recherche d’équilibre entre la défense des intérêts des entreprises, leur compétitivité, mais également par un accord sur le partage des connaissances pouvant être considérées comme relevant du patrimoine universel. Entre pillage et partage, l’intelligence économique, loin d’être au service d’une économie agressive et nihiliste, peut être considérée comme l’instrument d’une économie de l’intelligence visant la paix et le développement durable. Pour l’avoir parfaitement compris, ses détracteurs entretiennent volontairement la confusion avec l’espionnage, au risque, pour certains chefs d’entreprise et responsables politiques, de « jeter le bébé avec l’eau du bain ».

 

 


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13 réactions à cet article    


  • CAMBRONNE (---.---.25.30) 6 novembre 2006 12:21

    A L’AUTEUR

    Excellent article qui me convient plus que le premier que vous aviez commis sur le même sujet .

    En effet vous faisiez preuve d’un optimisme exagéré sur l’intérêt porté par nos concitoyens à l’intelligence économique .

    L’effort fait par la DST pour sensibiliser les entrepreneurs remonte à plus de vingt ans et la route a été longue pour convaincre ces derniers que les murs ont des oreilles et que les moyens de communication modernes sont à double tranchant .

    Il m’a suffit de voir dans une ambassade , à la sortie d’une réunion en chambre sourde , les participants continuer leur discussion pour être persuadé qu’il y avait du chemin à faire .

    Nous avons progressé dans les deux domaines de l’espionnage et du contre espionnage . Beaucoup de boites privées se sont crées et depuis le rapport Martre les choses ont changé .Il ne faut pas s’endormir pour autant .

    En conclusion merci de parler de ce sujet car il est important même si il ne fait pas un tabac .

    Cdt


    • alberto (---.---.161.35) 6 novembre 2006 13:13

      Bien d’accord avec vous, Cambronne, pour votre commentaire, et pour votre appréciation positive de l’aticle de VV.

      Mais un petit bémol quand même : tout ce qui est écrit va bien pour les « grandes entreprises », mais les pour les PME, la route est encore longue !


    • CavalierSeul (---.---.115.60) 6 novembre 2006 12:54

      Vous avez tout à fait raison de parler avec décomplexion de la relation avec renseignement et intelligence économique, car il en faut une ! Quand nos chères élites auront compris l’importance de nos services, alors on pourra envisager leur réhabiliation économique et sociale... ce qui n’est sans doute pas demain la veille.


      • krokodilo (---.---.61.119) 6 novembre 2006 12:56

        La DST fait son travail, vous faites le vôtre en sensibilisant les chefs d’entreprise au risque d’espionnage, mais vous paraissez bien peu sensible à la première des armes économiques du monde anglo-saxon (qui paraît-il nous empêche de vendre le rafale : zéro ventes à ce jour malgré ses qualités ?), et cette arme c’est l’anglais tout simplement. La langue anglaise a fait reculer le français et l’allemand à Bruxelles depuis l’adhésion de la GB à l’Union Europénne. Ils ont tenté d’imposer l’étiquettage des aliments en une seule langue, la rédaction des brevets en anglais ,etc, etc la liste est longue. Pourquoi donc ne pas se montrer aussi vigilant devant les anglicismes absurdes qui prolifèrent que devant l’espionnage : intelligence économique ne veut rien dire. Si c’est illégal, c’est de l’espionnage comme vous l’avez dit, sinon c’est de la veille économique, ou documentaire. Si vous voulez un terme qui rende au mieux l’ambiguité de l’IE, c’est le renseignement économique, car il ne présume pas de la façon dont ce renseignement a été obtenu ! Croire que le terme anglais est mieux est une erreur, du snobisme, ou une mauvaise habitude des écoles d’ingénieur ou de commerce, au choix. Cordialement.


        • CAMBRONNE (---.---.25.30) 6 novembre 2006 14:38

          KROKODILO

          Je suis assez d’accord avec vous pour l’appellation renseignement économique au lieu d’intelligence .Vous savez , en france on a peur d’appeler un chat un chat et tout ce qui a trait au renseignement donc à l’espionnage a mauvaise presse .

          Chez les anglais le renseignement est encore un métier de seigneur . Les meilleurs étudiants des grandes écoles allaient vers l’IS comme les meilleurs soviétiques allaient au KGB .

          La DGSE fait des efforts pour recruter des pointures mais le culte du renseignement n’est pas encore à la mode chez nous .Ce ne sont en général pas les meilleurs officiers qui vont dans le rens, en tout cas pas en début de carrière . Cette filière offre peu de débouchés interessants aux amateurs de belles carrières .

          Ramener du renseignement , on sait faire( les exemples donnés sont vrais, on a même piqué aux américains des informations pour mettre au point notre bombe H ) mais là où le bat blesse c’est effectivement dans la protection du secrêt . Combien d’ingénieurs travaillant sur du pointu rammenent du travail à la maison ?

          Quelle est la qualité des enquêtes faites sur les personnels qui travaillent dans des entreprises sensibles .

          Elles sont souvent baclées come je l’ai vu pour des électriciens chargés de remplacer le cablage électrique d’une ambassade située dans un pays du pacte de varsovie . Vous imaginez , installer des cablages qui passent dans tous les bureaux , y compris celui de l’ambassadeur . Il n’y a plus de pacte de varsovie mais surement encore des électriciens mal formés et vulnérables qui sévicent dans tous les coins du monde . Car en plus on ne prend pas des techniciens du cru par mesure de sécurité et ces personnels viennent de métropole .

          Une entreprise comme Michelin est exemplaire car elle a monté des services de renseignement et de contre espionnage vraiment pros .

          Ce sont effectivement les PME qui sont les plus sensibles et c’est pourquoi des officiers de la DST parcourent la France depuis plus de vingt ans pour éduquer les personnels de ces entreprises .

          Un dernier point , 99%du renseignement vient de source ouverte , c’est à dire la presse et les médias auxquels tout le monde a accés . La veille technologique est le meilleur moyen de se tenir au courant de ce que font les concurents .Le 1% qui reste est l’affaire des pros du renseignement et ne s’obtient que par des moyens que la morale réprouve .

          Encore un dernier point , ce n’est pas le fait de parler ou non l’anglais qui nous fait perdre des marchés mais le fait que les américains mettent plus d’argent dans la corbeille du décideur . Pour vendre en arabie saoudite par exemple il faut d’abord payer le prince responsable et puis négocier . ceci n’est pas vrai qu’en Arabie Saoudite , CF les frégates de Taiwan .

          Bien à vous .


          • krokodilo (---.---.215.69) 6 novembre 2006 20:33

            « ce n’est pas le fait de parler ou non l’anglais qui nous fait perdre des marchés mais le fait que les américains mettent plus d’argent dans la corbeille du décideur »

            Certes, mais c’est aussi un tout : l’entourage du nouveau roi du Maroc est moins francophone qu’autrefois, certains ont fait leur scolarité aux USA. On peut supposer qu’ils seront moins sensibles aux liens historiques avec la france, etc., et écouteront d’une oreille amicale les arguments anglo-saxons, qu’ils soient monétaires ou qu’ils jouent sur la corde sensible de la culture.


          • Cincinnatus (---.---.212.37) 6 novembre 2006 16:04

            Je ne vois pas l intérêt de vouloir vendre « à tout prix » des armes à des gens qui ne sont pas des « amis » déclarés !

            Vendre des engins et autres équipements militaires élaborés à des gens qui sont susceptibles de trahir ou de nous tirer dans le dos à la première occasion me parait aller à l encontre des intérêts nationaux.

            J estime même que c est de la haute trahison !

            Quand on est sur le « terrain » et que l on met la main sur des armes, des procédés, des équipements qui proviennent de son propre pays , et que l on a soit même qu un MAS 36, ou une MAT 49 pour se défendre, on est en droit de se poser des questions sur le sentiment patriotique qui anime certains...

            De même, quand on examine avec un oeuil critique de professionnel ce qui se passe dans certains etablissements qui confient leur « sûreté », leur « sécurité », ou même leur propreté à des gens ou des sociétés qui ne sont même pas « filtrés » par des services spécialisés, on ne peut que s interroger ! C est de la folie, de la bétise, de l irresponsabilité !

            Quant au mot « Intelligence », laissons le aux anglo-saxons ! Cest lui aussi un faux ami ! Préférons les mots « Renseignement » et « Sûreté » , ces mots recouvrant beaucoup de domaines !...


            • Jal Fo (---.---.56.57) 7 novembre 2006 01:02

              L’espionnage économique ou intelligence économique (comme disent les Français) sont du pareil au même : s’approprier des informations ou des secrets légalement propriété d’autrui. Le renseignement économique sert à accumuler de l’information de source ouverte.

              Certaines compagnies américaines (General Motor) dispose d’un budget équivalent à celui de la CIA américaine.

              Le petit propriétaire de la PME doit rester loin de ces éléphants. La solution repose dans les mains du petit propriétaire et non sur l’aide de l’État. Une telle intervention de l’État risque d’enclencher une vendetta sans fin. La seule force du petit demeure sa flexibilité et sa capacité de réagir rapidement. Pour ce faire, une seule solution, investir dans le savoir faire, la formation.

              Le Canada vit un problème encore plus crucial que la France. 30% des entreprises appartiennent aux Américains. S’ils décident de nous compresser ( exemple : le bois d’oeuvre) nous devons plier. Nous avons versé aux Américains plus d’un MILLIARD DE DOLLARS AMÉRICAINS pour qu’ils nous autorisent à continuer à exporter aux États-Unis. Nous avions fait l’erreur, comme industrie du bois, de devenir plus compétitif. Les petites entreprises doivent pouvoir trouver des créneaux (niches) inexploités par les Américains.

              Au moins, en France, vous avez les outils de votre destinée. Salutations aux Français. Jal Fo Québécois.


              • Emscreen (---.---.3.195) 7 novembre 2006 14:11

                Parler d’espionnage dans le contexte de l’intelligence économique est très sulfureux, je peux en témoigner. Pour tenter une comparaison audacieuse, repensons à ce qui s’est passé pour l’attribution des JO de Londres au dépend de Paris : Quoi ! les anglais auraient parlé avec des membres du jury ? Quoi ! ils auraient proposé des avantages à certains membres du CIO ? Tant d’ingénuité me laisse pantois. La célèbre arrogance française que j’ai expérimenté en tant que vendeur (encore un gros mot, en français) à l’export nous poussent constamment à penser que tout le monde joue avec NOS règles du jeu, nos schémas mentaux. Eh bien, continuons à penser que ce dont nous sommes incapables, en l’occurence d’espionner, de corrompre, de faire pression, les autres en sont bien incapables également, et nous pourrons encore longtemps adopter notre posture éternelle de victimes des grands méchants américains, du capitalisme sauvage, de la mondialisation, et que sais-je encore.


                • dussauge dussauge 7 novembre 2006 23:38

                  Merci pour ce billet et des commentaires intéressants. Je regrette tout de même que l’Expansion ait titré « Espionnage économique », pour des raisons commerciales évidentes. Je ne veux pas nier que l’espionnage existe toujours. Mais cet angle éditorial est un sujet « froid » qui mérite une publication au mois d’août, tout au mieux. Un autre regard analytique aurait tout simplement pu développer la puissance des logiciels d’intelligence artificielle qui récupérent en toute légalité sur Internet, les indiscrétions quotidiennes des millions d’internautes. Ces indiscrétions (confidences reçues d’un salarié, d’un fournisseur ou d’un partenaire...) sont postées dans les blogs et encore surtout dans les forums. C’est ce que j’appelle du blanchiment d’informations grises.

                  De nombreuses entreprises françaises savent maintenant exploiter cet or « blanc », même des PME. Les associations d’entrepeneurs dans les régions et le réseau de chambres de commerce offrent un accompagnement à forte valeur ajoutée.

                  Des entreprises de taille moyenne sont plus nombreuses à vouloir investir une vingtaine de milliers d’euros par an dans un premier budget de « renseignement économique » quand elles savent qu’elles gagneront du temps sur leurs concurrents. Les plus petites structurent peuvent commencer avec Google ou Yahoo. C’est une bonne initiation...gratuite. L’enjeu consiste à obtenir une information légalement avant qu’elle ne soit publiée par Les Echos ou le Financial Times. La grande presse nationale perd progressivement son statut de « primo-déclarant ». J’ai encore été plus long que prévu ! A suivre...


                  • Franck Bulinge 8 novembre 2006 07:09

                    Bonjour et merci de vos commentaires. Je réagis à celui de M. Dussauge, afin d’ajouter une précision. Ayant été contacté par mail et téléphone (plus d’une heure) par le journaliste de L’Expansion chargé de ce dossier, j’ai commencé nos échanges par cette déclaration : « Tout d’abord je tiens à préciser que l’IE et l’espionnage industriel sont deux choses différentes, l’IE envisageant l’espionnage comme une pratique illégale et comme une menace pour la sécurité de l’entreprise. Un praticien de l’IE se défend légalement de l’espionnage et ne le pratique pas. C’est ce qui fait la différence entre un cabinet d’IE, une officine de barbouzes économiques et un service de renseignement ». Le journaliste (Quentin Domart) a alors répondu ceci, à mon grand désespoir (mais peut-être s’est-il mal exprimé) : « Vous avez raison, l’espionnage n’est qu’une facette de l’intelligence économique, et nous avons choisi de centrer notre dossier sur ce thème ». Je précise que mes propos n’ont finalement pas été repris dans ce dossier de 30 pages, ce qui n’enlève rien à sa qualité mais lui laisse, je vous le concède, quelques défauts, dont celui d’une vision orientée et sulfureuse (mon propos n’étant pas sulfurique) smiley


                  • jef88 jef88 8 novembre 2006 14:48

                    Les entreprises françaises ont deux faiblesses :

                    - ISO9000 : Tout le savoir faire est décrit et compilé en une bibliothéque
                    - INTERNET : On peut souvent envoyer n’importe quoi par mail, carnets de commandes, bilans, procédures iso9000.

                    Les groupes de pression qui ont voulu « améliorer » l’industrie française l’ont en réalité affaiblie.


                    • Jules Lebenet (---.---.0.139) 27 novembre 2006 18:34

                      Excellent article Monsieur. Et pour être concret, si je complète ce vous écrivez « Ainsi au CERAM, on enseigne moins l’art de téléphoner à un concurrent que celui d’analyser sa stratégie à court, moyen ou long terme, sur la base d’informations fiables, et de définir les actions susceptibles d’améliorer notre position. », je m’interroge sur cette affaire SWIFT concernant l’espionnage de la CIA sur les transactions bancaires Européennes.

                      Le prétexte de lutte contre le terrorisme ne cache t’il pas plutôt la recherche d’information permettant d’analyser les sources d’approvisionnement de nos entreprises et de nos citoyens pour favoriser des opérations commerciales et de marketing direct du label « USA ».

                      Qu’en pensez-vous ?

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