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De la crise du crédit à la crise du change...

La crise financière ne se manifeste pas seulement à travers la déconfiture des bourses, elle a des conséquences tout à la fois spectaculaires et nettement plus sérieuses qui se traduisent par des variations de très forte amplitude de certaines devises.

Le yen s’est ainsi apprécié de 40 % vis-à-vis de l’euro pendant que le dollar australien et que la livre sterling chutaient respectivement de 25 % et de quasiment 20 % contre le billet vert alors que l’euro, lui, dégringolait de 1.60 à presque 1.23 - soit de près de 25 % - depuis Juillet dernier... De tels mouvements substantiels sont inquiétants dès lors qu’ils affectent les bourses, mais catastrophiques s’ils touchent aux marchés des Changes car ils rendent toute opération d’import/export virtuellement impossible à réaliser dans des conditions saines pour les entreprises et pour les Etats !

Il fut un temps où les investisseurs et spéculateurs du monde entier empruntaient en yen et en franc suisse, devises au taux d’intérêt très avantageux, afin de placer dans des actifs libellés en monnaies à fort rendement comme le dollar australien, le rand sud-africain ou même l’euro. Cette source de financement idéale à bas prix s’est à présent tarie et ces mêmes investisseurs se précipitent depuis quelques semaines vers la sortie, forcés de racheter les yens et les francs suisses qu’ils avaient vendus à découvert en bénéficiant de l’effet de levier, ce qui ne fait qu’amplifier les fluctuations à l’image d’une boule de neige qui se transforme progressivement en avalanche... cas d’école du "deleveraging", autrement dit "liquidation d’opérations à levier" ! La peur qui saisit nos spéculateurs fait le reste du travail car ils se dessaisissent des devises dont les pays importent des capitaux étrangers, comme l’Europe centrale ou la Corée du Sud, contribuant ainsi à accentuer la crise auprès des économies émergentes.

La contamination et la transmission de la crise depuis le système financier jusqu’à l’économie réelle se fait aussi à travers la courroie du marché des Changes et du fait des intervenants principaux à ce marché que sont les spéculateurs ! Le procédé juteux qui consiste à emprunter des devises au taux infime, voire nul, pour investir dans des marchés aux devises à haut rendement tout en bénéficiant souvent de surcroît d’une plus-value sur le capital grâce à l’appréciation intrinsèque du sous-jacent est pour le moins malsain et déstabilisant. Les spéculateurs et investisseurs en paient certes aujourd’hui le prix, mais ils ne sont toutefois pas les seuls à subir les conséquences de ce deleveraging. Effectivement, les dommages collatéraux contaminent toute la chaîne des intervenants : depuis la banque ayant prêté ou mis à disposition cet effet de levier aux fonds de pension ou à la compagnie d’assurance qui voit la valeur de ses actifs fondre du fait de la vente précipitée de ces valeurs par les spéculateurs forcés de sortir de ces opérations à levier...

Par ailleurs, les exportateurs confrontés à une brusque appréciation de leur devise nationale - à l’instar des compagnies japonaises - subissent également une diminution drastique de leurs marges bénéficiaires. Certains pays - comme la Grande-Bretagne - bénéficient certes de la dépréciation de leur monnaie, mais la conjoncture mondiale extrêmement tendue ne peut se payer le luxe de pertes supplémentaires dans le domaine bancaire et encore moins parmi les entreprises de l’économie réelle ! 
 
Les Etats du G-20 doivent activement s’employer à définir, puis à défendre quand cela s’avérera nécessaire, des parités ou des fourchettes de fluctuation entre devises. Pour que ce combat soit mené à bien efficacement et de manière crédible vis-à-vis des marchés, ajustements et rééquilibrages seront indispensables : les pays très riches en réserves monétaires comme la Chine et le Japon devront consentir à dilapider certaines de leurs munitions pour le bien commun et les nations, comme les Etats-Unis ou comme la Grande-Bretagne, habituées à dépenser sans compter, devront se serrer la ceinture, voire accepter une dévaluation de leur devise nationale…
 
Ces décisions ne seront certainement faciles à admettre, mais l’alternative - à savoir l’effondrement du système commercial mondial - n’est guère plus réjouissante.


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1 réactions à cet article    


  • Forest Ent Forest Ent 5 novembre 2008 22:53

    En résumé, les US viennent de dire à la planète : "nous n’avons pas les moyens d’honorer nos dettes ; ou vous achetez des dollars potentiellement sans valeur, ou vous n’avez plus de monnaie d’échange donc de commerce international". Du débiteur insolvable et son créancier, lequel dort le plus mal ?

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