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Délocalisation de traders de la Société Générale à Londres ou comment naît une rumeur

Selon plusieurs informations parue dans la presse, la troisième banque française entend proposer à une partie de ses traders et de ses banquiers spécialisés de s'installer outre-Manche. Les conditions de départ seraient, selon le blog Margin call, les suivantes : Abandon du CDI de droit français pour un contrat de droit local anglais, augmentation de 20 à 30% et garantie de conserver son job pour au moins deux ans. C'est ce qu'on appelle la mondialisation heureuse. Cela n'a rien avec ces ouvriers de Bourgogne dont l'usine ferme et à qui on propose un reclassement en Roumanie, parce que c'est une obligation légale, avec un salaire divisé par trois . Mais revenons à notre sujet principal.

Pour les journalistes et beaucoup d'observateurs la messe est dite ; la banque de La Défense a pris le Premier ministre britannique - David Cameron - au mot quand il a déclaré lors du dernier sommet du G20 au Mexique ; Quand la France instituera un taux de 75% pour la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu, nous déroulerons le tapis rouge et nous accueillerons plus d'entreprises françaises, qui paieront leurs impôts au Royaume-Uni. Ah, quelle est loin l'Entente cordiale ! La banque française la plus agressive sur les marchés financiers serait prêt à mordre la main de l'Etat qui l'avait secouru lors du scandale financier où un jeune trader - Jérôme Kerviel - avait exposé la banque à des positions de marché de 50 milliards d'euros et alors que l'appel en justice de ce dernier est toujours en délibéré. Quelle bande d'ingrats !
 
Est-ce que ces faits sont fondées ? Même si je n'ai pas d'information privilégiées en ma possession, j'ai l'intime conviction que cette affaire est un bel exemple appliqué à la finance d'une rumeur. Mais avant de vous dévoiler les raisons qui me poussent à penser que cette affaire ne repose sur rien, je vais essayer de démonter le mécanisme de cette rumeur. Une rumeur bien ficelée c'est la rencontre de quatre éléments : Une cible qu'on n'ose pas appeler victime et qui est la plus noire possible, un terreau fertile susceptible de nourrir la curiosité du public, une part de vérité aussi minime soit-elle pour apporter une crédibilité aux yeux de tous et enfin des relais parmi les initiés "qui savent".
 
La cible et le terreau
 
Cette rumeur a deux cibles, la cible principale et une victime collatérale. La cible principale est une grande banque membre émérite du Cac40 ; la Société générale, a qui on va reprocher sa cupidité et surtout sa traitrise vis-à-vis de la nation qui l'a sauvée deux fois ( affaire Kerviel puis sauvetage global du système bancaire). La victime collatérale est politique, il s'agit du Chef de l'Eta et de sa promesse de campagne d'une tranche d’imposition de 75% pour la part des revenus dépassant le million d'euros qui ferait fuir les gros salaires et donc des gros contribuables dans une période où les caisses de l'Etat crient famine. Le décor est donc planté, si vous être de droite vous accablerez irresponsabilité du PS et si vous êtes de gauche vous vitupèrerez contre ces maudits banquiers. Belle rumeur qui rassemble l'ensemble des Français !
 
La part de vérité
 
La rumeur c'est 90% de suppositions et 10% de vérité avérée. La part de vérité est qu'une multinationale, comme la Société Générale, par définition possède des représentations un peut partout dans le monde et comme Londres est une de trois plus grandes places financières au monde il est normal qu'elle y ait une activité importante avec de nombreux collaborateurs expatriés ou Français en droit local et donc des va-et-vient entre les deux pays. Est-ce que ces mouvements naturels n'auraient pas été mal interprétés, sur-interprétés ou interprété de manière malveillantes ? La supposition est que la Générale prépare un plan massif de départ de hauts salaires vers Londres au détriment de la place financière de Paris et du fisc français et que, cerise sur le gâteau, cela n'est que les prémices d'un mouvement général qui va conduire la France sur la voie de la Grèce.
 
Les relais complaisants et "dignes de foi"
 
Il n'y a rien de choquant à ce que les médias relaient des informations non-confirmées, dont les sources ne peuvent être dévoilées ou même travaille sur des hypothèses. Le journaliste n'est pas un juge qui doit motiver ses décisions et ne reconnaitre que les faits prouvés. Tout semble être parti d'un article paru dans un journal réputé, Les Echos, où une journaliste identifiée, Aurélie Abadie, relate au conditionnel l’hypothèse d'un projet de la Société Générale d'un transfert de traders à Londres. Jusque là rien à redire, cette journaliste fait son job en respectant la déontologie de sa profession. Par contre ce que je condamne c'est le relai pris par un blog - Margin call - animé par des "professionnels des marché" et des étudiants aspirants à le devenir, qui dans un article intitulé la Société Générale cherche à délocaliser ses traders nous apprends que ses "contacts dans les salles de marché confirment et" qu'il peut "même apporter quelques précisions". La phrase est lapidaire et sans appel mais à y regarder de plus près on peut avoir quelques doutes sur la bonne foi de son auteur. L'article est signé par un certain Eric Valantini qui se présente lui-même comme trader. Avec un peu de bon sens on peut supposer qu'il n'est pas assez dingue pour bosser à la Générale et s'identifier de sa vraie identité. Soit l'homme est un trader d'une banque concurrente soit c'est un pseudo ou plus surement les deux à la fois (le monde de la finance est petit et qui sait demain qui pourrait être son employeur). Il y a un petit goût de "l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours" ! L'information en elle-même est douteuse, ce ne sont pas des sources internes d'où vient le tuyaux mais de "salles de marché" dont on peut supposer qu'elles sont situées chez des concurrents et quand on connait ne nombre de rumeurs malveillantes, de fausses informations ou tout simplement de désinformations qui circulent dans ce métier on peut s'interroger sur la véracité ou la motivation inamicale de ces sources.
 
Une balle dans le pied
 
Toute rumeur n'est pas mensonge et des rumeurs les plus extravagantes se sont avérées fondées. Sur le fond de cette affaire j'ai du mal à croire que la Société Générale puisse attirer beaucoup de candidats avec "seulement" une augmentation de 20% ou 30% qui couvre certes le coût de la vie plus élevé à Londres mais avec comme contrepartie le sacrifice de la protection sociale française très supérieure à ce qui se fait en Angleterre. par ailleurs que vaut une garantie d'emploi de deux "petites" années quand on connait la grande période d'incertitude où vont entrer la profession de banquier avec les réformes que tente d'imposer l'UE. Seul point fort de Londres par rapport à Paris, une fiscalité plus avantageuse pour les très haut revenus - plus de 1 millions d'euros - dans l'hypothèse évidemment où le gouvernement français mettrait à exécution son projet de taxation à 75%, mais cela ne concerne même pas un trader ou banquier d'affaire sur dix. Les neuf autres paieront le même montant d’impôt comme le montre ce dossier comparatif paru sur le site internet Tout l’Europe. La troisième banque française a-t-elle voulu lancer un ballon d’essai ou intimider le gouvernement sur son projet de taxe à 75% ? Je ne le crois pas car elle aurait plus à perdre qu’à gagner. D'abord les ballons d'essai sont des exercices réservés aux challengers pas aux leaders. Ensuite pendant l'affaire Kerviel, la banque s'est mis à dos Nicolas Sarkozy, elle ne va pas chercher à collectionner les inimités dans le monde politique en particulier dans une période économique troublée où les établissements financiers ont besoin du soutien des Etats. Enfin même si les activités de marché sont prestigieuses le cœur de métier d'une banque universelle, comme l'est la Générale, reste la banque de détail dont les revenus réguliers, récurrents et stables sont un gage de stabilité et de sécurité face à la banque de finance et d’investissement. La preuve : c'est BNP et le Crédit Agricole qui ont respectivement "mangé" Paribas et Indosuez et pas l'inverse. Une attitude "anti-nationale" dans une période de retour en force d'un certain nationalisme économique serait se tirer une balle dans le pied pour une banque avec un réseau d'agences important. 

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6 réactions à cet article    


  • Manwe 4 septembre 2012 13:36

    "La banque française la plus agressive sur les marchés financiers serait prêt à mordre la main de l’Etat qui l’avait secouru lors du scandale financier où un jeune trader - Jérôme Kerviel - avait exposé la banque à des positions de marché de 50 milliards d’euros et alors que l’appel en justice de ce dernier est toujours en délibéré. Quelle bande d’ingrats !"

    L’etat n’a pas eu a sauvé la SG de l’affaire Kerviel puisque après la perte des 5 milliards le bénéfice de la SG cette année la était encore de 2 milliards !

    Ya pire situation pour etre sauver non ?


    • Le taulier Le taulier 4 septembre 2012 13:50

      L’Etat a sauvé la banque dans le sens où Madame Lagarde ministre de l’économie de l’époque par ses déclarations a déclaré que l’Etat français soutiendrait quoi qu’il en soit la Générale. Elle a rassuré les prêteurs et à donc à la banque de continuer son petit bonhomme de chemin.


    • paul 4 septembre 2012 17:58

      Exit le cas du lampiste Kerviel qui permet à la Société Générale de jouer la victime .
      Dégradée par Moody’s, comme BNP et CA, la banque aura des bénéfices « moins élevés » que prévus avec un recul de 42 % au premier trimestre . Il faut vite remonter tout ça : suppression de 1580 postes dont 880 en France .Mais promis, pas de licenciement économique ni de départ contraint.
      L’analyste JP-Chevalier note cependant que les règles prudentielles de Bâle III sont largement dépassées, car le total de leur dette représente 24,9 fois le montant de leur capitaux propres, alors qu’il ne devrait pas dépasser 10 fois .Mais que fait la pol..l’AMF ?
      Le tout dans un contexte de sauvetage de dernière urgence de la BCE qui prête aux banques sur 3 ans à taux fixe pour un montant illimité, banques qui en outre ont pu mettre la main sur une partie du magot de la Caisse d’Épargne, mais c’est une autre histoire .
      Ceci permet de penser que la banque ne fait pas dans la philanthropie en envoyant ses traders visiter Londres .Rumeurs dites vous. Vous n’avez sans doute pas vu l’excellent doc de France 2 :
      « Les robots traders attaquent »sur le sujet du trading à haute fréquence . Pour gagner des micosecondes, les robots-trader de la Bourse ( le palais Brongniard ) sont installés dans la banlieue de Londres .Même plus besoin d’un Kerviel .

        www.rue89.com/ rue89-eco/ 2012/ 06/ 08/ finance-folle-les-robots-traders-attaquent-sur-france-2-232808 


      • Ecométa Ecométa 5 septembre 2012 12:16

        C’est bien connu ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières.

        A cet égard, il serait intéressant de connaître la part de gain de ces robots trader (les « cafards » comme les appellent eux-mêmes les traders) et celle concernant les traders « humains ». Bien sûr on ne le saura jamais...

        Ceci dit les partons actuel, les dirigeants de grandes entreprises, sont actuellement sans complexes ! L’époque elle-même est sans complexe, sans aucun morale...non pas au sens moraliste du mal ou du bien, mais au sens philosophique humains, ontologique, déontologique, éthique et altruiste, de valeurs hautement humaines ou bassement humaines ; cette époque est sans complexe pour affirmer la bêtise, et même la connerie humaine qui est si manifeste dans cette période dite « moderniste »... paroxysme de modernité et plus simple modernité !

        Affaire de maturité économique et sociétale, il serait temps de réellement faire de l’ « Economie » avec un grand « E », autrement dit, de  cesser de faire du capitalisme, qui, plus est, exclusivement financier.


      • CARAMELOS CARAMELOS 4 septembre 2012 21:51

        Aucun intérêt, on s’en tape, il y a plus intéressant à lire. J ’ai perdu mon temps .
        Bonne soirée.


        • Le taulier Le taulier 5 septembre 2012 13:27

          Un titre cela sert à aiguiller le lecteur pour lui dire si le sujet l’intéresse ou pas.
          Si tu as lu mon papier c’est qu’á priori le sujet t’intéressait si tu penses avoir perdu ton temps après l’avoir lu c’est simplement parce que tu ne partages pas mon point de vu.

          Grâce à moi ton esprit s’est ouvert à une autre opinion. Tu devrais me remercier.

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