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Des questions d’économie

« Le capitalisme est la croyance stupéfiante selon laquelle les pires des hommes vont faire les pires des choses pour le bien commun de tous ». J. M. Keynes

Tandis que la crise économique s'abat sur le monde, l'Occident s'évertue à gagner du temps par tous les moyens : désinformation et propagande, guerres, émissions monétaires, diversions, promesses de réforme chimériques et plans d'austérité plus sévères les uns que les autres. La contestation monte progressivement, menaçant de se muer en une gigantesque lame de fond que nos démocratures de marché tentent de conjurer par une inflation de contrôle, de surveillance et de divertissement. Les revendications sont partout les mêmes : plus de justice économique, une démocratie « véritable » et un avenir. Les peuples d'Occident réclament un nouveau paradigme. C'est à dire, une renaissance, un renouvellement radical de tout ce qui constitue une civilisation : valeurs, régime politique, et naturellement, l'organisation de l'économie.

La question économique est au cœur des revendications des « Indignés » de Madrid et des « 99% » de New York City venus en masse occuper Wall Street, des manifestants, des millions de chômeurs et des « exclus » de toute sorte, de toutes les contrées et de toutes les origines, à quoi les politiques répondent par des mesures ayant déjà largement prouvé leur stérilité : à une dette occidentale abyssale on répond par davantage de dettes, à une faillite générale du système bancaire et financier on réplique par l'injection de liquidités supplémentaires, à une inflation en passe de devenir incontrôlable on remédie en manipulant les cours, et notamment celui de l'or, à une spéculation éhontée on propose de remédier par la marchandisation universelle permettant de spéculer plus encore. Certains dissidents proposent le retour à l'étalon or, la nationalisation monétaire et financière, réclament de la régulation et du protectionnisme, tandis que d'autres appellent à la décroissance, à la démondialisation, voire à la dépopulation.

À mauvaises questions, mauvaises réponses. Poser les bonnes questions ne peut se faire sans comprendre la question source, celle d'où procèdent toutes les autres : quelle économie voulons-nous ? Où devraient se trouver ses limites ? À quoi et à qui doit-elle être vouée ? Avant de nous occuper de questions financières, du sort des banques, d'investissements ou de de gestion du patrimoine, encore faut-il comprendre ce qu'on veut en faire. La question initiale serait peut-être de savoir ce qu'on entend par « économie ».

Le mot admet deux sens : dans celui le plus couramment employé, il s'agit de l'ensemble de ce qui concerne la production, la répartition et la consommation des richesses et de l'activité que les hommes vivant en société déploient à cet effet ; dans son sens originel néanmoins, il ne s'agissait que de l'art de gérer sagement une maison, un ménage, ou d'administrer un bien. Dans le premier cas, nous avons affaire à un concept fondamentalement étendu, tandis que dans l'autre, au sens initial, c'est au contraire une affaire individuelle.

À ce niveau, bien que chacun s'efforce en effet de « gérer » sa maison, son ménage et ses biens, il y a un élément contenu dans la définition qui nous fait néanmoins souvent défaut : la sagesse. Par exemple, le fait de prendre un crédit sur 30 ans pour acheter un appartement, c'est à dire, la plupart du temps un espace parallélépipédique dans un parallélépipède de béton est-il « sage » ? On peut se poser légitimement la question. Sachant que le crédit a beau être « à taux zéro » ou même seulement « à 4% », négocié grâce aux bons offices d'un courtier, on devra rembourser le double de ce qu'on emprunte, ce qui dépasse de loin les taux usuraires du Moyen-Âge ; sachant que l'on se condamne pour trois décennies à se nourrir essentiellement de pâtes ; sachant qu'au bout de ces trois ou quatre décennies l'immeuble sera de toute façon devenu insalubre ou délabré ; sachant que ce faisant on enrichit un notaire et un banquier pour rien, il ne serait pas superflu de s'interroger quelques instants. La plupart des choses et des objets que nous achetons – généralement de façon irréfléchie – nous sont inutiles et nous encombrent en cas de déménagement. En réalité, l'inventaire des choses considérées indispensables par la loi est assez étendu. Ainsi, la liste des biens meubles insaisissables admet même un certain degré de confort – on ne peut vous saisir votre lave-linge, de même que les objets d'enfants, ou encore les « livres et objets nécessaires à la poursuite des études ou de la formation professionnelle » (en présentant bien son affaire, on peut conserver son MacBook dernier cri et même sa connexion Internet, puisque le matériel nous est loué par le fournisseur d'accès). Ajoutons-y un réfrigérateur, une table basse, une bibliothèque, un bureau, un canapé (excepté peut-être le frigo, on peut trouver tout cela en dépôt-vente à très bon marché) et nous voilà dotés de tout le confort des standards de vie actuels, ce qui fait de nous, par rapport à un prolétaire des années 1930, des rupins, d'authentiques nababs, dont le seul souci est d'avoir trop de temps et de pas savoir de quoi le remplir. À l'issue de cette rapide démonstration, nous voyons bien qu'il n'est pas bien difficile de gérer sa propre vie, même avec des moyens modestes, et qu'un peu de sagesse et de bon sens nous éviteraient bien des ennuis. Se posent évidemment d'autres problèmes, d'ordre cette fois social, et notamment celui de la frustration – entretenue à dessein par les marchands de biens et de services de tous genres – que nous pouvons éprouver de ne pas avoir un yacht et une résidence secondaire aux Seychelles, ou encore, celui du mimétisme qui nous pousse à adopter les comportements de consommation de ceux qui nous entourent, mais il ne s'agit plus d'économie au sens strict.

La définition contemporaine de l'économie – l'économie au sens de l'ensemble de tout ce qui concerne la production, la répartition et la consommation des biens est plus difficile. Y entrent toutes les activités humaines indispensables à la simple existence, c'est à dire, au maintien des fonctions biologiques (se nourrir, se vêtir, avoir un endroit où dormir, se chauffer et se soigner), ce qui représente une très large gamme d'activités, faisant appel à tous les secteurs (dits primaire, secondaire et tertiaire). En supposant que l'on y pourvoie seul, il devient bientôt manifeste que l'on y passerait le plus clair de son temps, ce à quoi nul de nos jours ne consentirait, à moins d'y être forcé. Heureusement, les temps des cavernes et de la chasse au mammouth sont révolus. Nous vivons à présent au sein de sociétés cohérentes et fortement structurées, dont le grand mérite, du point de vue économique, est qu'elles rendent possible la division du travail, c'est à dire, la spécialisation, qui augmente considérablement la productivité et libère un temps précieux, que l'on peut consacrer à autre chose. Par exemple, à l'accumulation de capital.

Le capital est l'ensemble des moyens de production, qui peuvent être matériels (on parlera alors de capital industriel) ou financiers (capital financier, ou capital tout court), investis par un individu ou un groupe d'individus dans le cycle économique, en vue d'améliorer la capacité de production ou bien sa qualité. Ainsi, un chasseur à mains nues devra probablement se contenter de limaces et de crapauds, tandis qu'un chasseur possédant un arc et un chien de chasse pourra être beaucoup plus ambitieux. C'est là que surgit une problématique-clef : confectionner un arc de bonne qualité, dresser un chien et apprendre à se servir des deux suppose un certain savoir faire (que nous pouvons appeler capital technologique), et beaucoup de temps. L'accumulation, la gestion, la transmission et la répartition de ce capital technique et des moyens de le concrétiser (le capital industriel) est le point crucial, la question la plus importante qui se pose dans toute société. Pour être précis, le capital peut prendre d'autres formes que celles déjà évoquées : capital social (position dans le groupe social, pouvant procurer des avantages), capital financier (forme liquide du capital matériel et technologique), capital humain (femmes, enfants, esclaves, travail humain en général, dont les principales qualités seront le nombre et le degré de compétence), et même le capital culturel, qui peut s'apparenter plus ou moins au capital social. Examinons ce que nous en dit la pensée marxiste :

« … dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives matérielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle s'élève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociale déterminées. Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en général. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience. À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n'en est que l'expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s'étaient mues jusqu'alors. » (1)

Nous voilà au cœur du sujet, de l'analyse socio-économique proprement dite. Dans la terminologie marxiste, les classes sociales sont des ensembles d'hommes caractérisés par leur position au sein du système productif (en bon français, on dit un corps). Ceux-ci se classent d'après le capital auquel ils ont accès, d'où il résulte évidemment que ceux qui possèdent le capital et décident de sa répartition et de sa gestion, ainsi que ceux qui imposent le respect de ces décisions disposent d'un pouvoir total sur les autres. En 1848 sort le Manifeste du Parti communiste, ouvrage diffusé par centaines de millions depuis lors (ce qui est comparable à la diffusion de la Bible), où Marx et Engels posent le problème d'une façon très simple : ceux qui n'ont rien que leur force de travail (les prolétaires) sont exploités par ceux qui possèdent le capital (les bourgeois) ; pour mettre fin à la misère et à l'exploitation des prolétaires par les bourgeois accaparant le capital, il convient que les prolétaires s'emparent de ce capital. Adviendra alors sur Terre le paradis prolétarien où régneront justice, prospérité et fraternité. La fin de l'histoire avant l'heure, pour les laudateurs de Fukuyama.

Cela fut tenté en maints pays et à multiples reprises, et mené à terme au prix de guerres civiles meurtrières dans les États dits « communistes ». Malheureusement, dans la plupart des cas il est arrivé une chose totalement différente de ce que Marx prévoyait : les prolétaires devenus propriétaires du capital et des moyens de production furent bernés par d'autres prolétaires, qui spolièrent tous les autres et devinrent des bourgeois. Retour à la case départ.

Mao Zedong lui-même l'avait d'ailleurs parfaitement compris : « On demande où est dans notre pays la bourgeoisie. Eh bien, elle est dans le parti communiste ». En URSS, on les appelait la « nomenklatura » ou les « apparatchiks ». Mao perçut cette évolution dès les années 1950 au sein de l'URSS, et pour tenter d'éviter ce sort à la République Populaire de Chine, relança vers 1966 le processus révolutionnaire, espérant que quelque chose de positif en émergeât. Hélas ! Il n'en sortit rien d'autre que des millions de morts et le chaos, qui bientôt menaça de s'étendre à l'ensemble du pays. Trois ans plus tard, Mao et les cadres du Parti convinrent d'arrêter l'expérience et les frais. Depuis lors, la République Populaire de Chine connaît une évolution semblable à celle de l'URSS.

Pendant ce temps, les États-Unis prospéraient grâce à la richesse de leur terre, et aux capitaux européens, accumulés à la faveur des deux guerres mondiales et aux dépens du monde entier, notamment de la vieille Europe. De leur situation privilégiée, les États-Unis tiraient la conclusion – à leurs yeux indubitable – que le capitalisme combiné au gouvernement représentatif était le meilleur système possible. Ils achetèrent des pays entiers, corrompirent les autres, et firent la guerre aux irréductibles. Quand l'argent vint à manquer, ils imprimèrent de la monnaie de papier en quantité démesurée, firent des dettes et inventèrent mille subterfuges et tours de passe-passe techno-juridiques pour maintenir le mythe démocratique occidental aussi longtemps que possible, au prix, là aussi, d'une misère noire qui ne se voyait pas, parce qu'on prenait soin de l'exporter vers le Tiers Monde. Pour justifier ce système, le bloc communiste constituait d'ailleurs un excellent alibi, dont on abusa jusqu'à l'absurde : si l'expérience marxiste s'était avérée globalement infructueuse, c'est que le système anglo-saxon abusivement appelé « occidental » était le meilleur possible (ou, par euphémisme, le moins mauvais). Monstrueux sophisme...

Au bout d'un moment, au cours de la décennie 1990, les États occidentaux commencèrent à réduire les prébendes que les possédants distribuaient aux dépossédés à travers les institutions désignées sous l'appellation générique et en même temps théologale d' « État-providence » (ce qui correspond à l' « aide au développement » pour ce qui concerne le Tiers-Monde). Sans résultat, naturellement, si ce n'est d'alimenter l'extrémisme et de transformer le ressentiment du Tiers-Monde en franche hostilité, excitée par l'impérialisme occidental. Le communisme a échoué, mais le capitalisme également, et d'une façon absolument épouvantable. Plus efficace à la mobilisation, le système capitaliste a réussi l'exploit de propager le matérialisme absolu et son modèle à l'ensemble de la planète, de faire plonger l'Occident dans la barbarie et la techno-dictature, tout en allumant des foyers de guerre et d'instabilité partout sur la planète. Alors que le chiffre de la population mondiale atteint les 7 milliards et va avoisiner les 9 milliards d'ici une décennie, les ressources et l'énergie se font plus rares ; par ailleurs, une crise écologique majeure semble s'amorcer. Le capitalisme à outrance a créé toutes les conditions d'un cataclysme d'une ampleur difficile à imaginer. Grâce à tous les acquis de la technologie et de la science, l'homme est maintenant doté d'une puissance démesurée, tout en étant devenu de moins en moins apte à en rester le maître.

Face à ce terrible paradoxe, les élites autoproclamées de l'Occident cherchent une réponse. Nous savons déjà qu'elles ne la trouveront pas. En fait, on pourrait même douter qu'elles en cherchent une en réalité. Le monde tel que nous le connaissons a été construit quelque part vers la fin du XVIII e siècle, au moment des révolutions européennes et américaine. Il est le même, avec le même ordre établi, les mêmes valeurs et les mêmes préoccupations ; la technologie seule a évolué, le rendant chaque jour plus effroyable et inhumain, au fur et à mesure que le capital devenait plus considérable et plus dense, plus concentré en des mains toujours moins nombreuses. Il subsiste en dépit de tout un point où les marxistes ne se sont pas trompés : les guerres et les crises que Marx annonçait dans son Manifeste, et Lénine dans « L'impérialisme, stade suprême du capitalisme » se sont bien produites. Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, ceux-ci ne feront que persister et s'amplifier aussi longtemps que les causes n'auront pas été traitées.

À cet égard, la démarche de Pierre-Joseph Proudhon est fort intéressante, en ce qu'elle s'écarte à la fois de la logique capitaliste et collectiviste pour s'attaquer non au capital proprement dit, mais plutôt à la manière dont la propriété de celui-ci est distribuée. Dans son célèbre traité sur l'institution de propriété, « Qu'est-ce que la propriété ? ou Recherche sur le principe du Droit et du Gouvernement », Proudhon établit que « La propriété, c'est le vol », mais finit en poursuivant sa réflexion par conclure que la propriété est également la liberté ; dans Théorie de la propriété, il établit que la « propriété est la seule force qui puisse servir de contre-poids à l'État ». Sur ce point fondamental, il est en opposition complète avec les marxistes, qui proposent ni plus ni moins que d'abolir la propriété privée. On a vu ce que cela a donné dans la grande majorité des cas : conformément à l'analyse de Proudhon, les citoyens se sont retrouvés livrés pieds et poings liés au Léviathan étatique ayant confisqué le capital, qui s'est empressé de la rétablir sous d'autres formes et d'autres noms au profit des hommes du Parti. L'exemple-type en est probablement la République populaire démocratique de Corée. Et les sophistes démocrates occidentaux de nous vanter l'excellence de leur modèle, qui apporterait, lui, liberté et prospérité sinon à tous, du moins au plus grand nombre. En vérité, leur modèle livre les citoyens pieds et poings liés au Grand Capital ayant acheté l'État, ce qui est tout à fait équivalent, sinon pire.

Nous sommes aujourd'hui dans l'obligation de trouver une alternative à ces deux systèmes. La plus proche de nous dans le temps, l'Ancien Régime en était une. Le système des privilèges, infiniment compliqué mais néanmoins efficace, ne laissait personne totalement démuni face aux riches et aux puissants ; le régionalisme protégeait de l'absolutisme royal la majorité des sujets, en dépit de tout ce que les républicains ont pu en dire, tandis qu'une monstruosité telle que la conscription, par exemple, paraissait en ce temps-là complètement inconcevable. Mentionnons en outre le système des charges, dont on était propriétaire à vie, et qu'on pouvait transmettre, vendre, ou déléguer, ce qui recelait bien des travers, mais avait l'immense mérite de constituer une barrière opiniâtre vis à vis de l'État (il convient d'apporter une réserve : Louis XIV et Louis XV en particulier, dans le but de remplir les caisses, les confisquèrent à multiples reprises afin de les remettre en vente ensuite). À titre d'exemple, citons Alexis de Tocqueville :

Sur le clergé :

« Le clergé s'y [les cahiers de l'ordre du clergé de 1789] montre souvent intolérant et parfois opiniâtrement attaché à plusieurs de ses anciens privilèges ; mais du reste, aussi ennemi du despotisme, aussi favorable à la liberté civile, et aussi amoureux de la liberté politique que le tiers état ou la noblesse, il proclame que la liberté individuelle doit être garantie, non point par des promesses, mais par une procédure analogue à celle de l'habeas corpus. Il demande la destruction des prisons d'État, l'abolition des tribunaux exceptionnels et des évocations, la publicité de tous les débats, l'inamovibilité de tous les juges, l'admissibilité de tous les citoyens aux emplois, lesquels ne doivent être ouverts qu'au seul mérite […]

Dans la politique proprement dite, il proclame, plus haut que personne, que la nation a le droit imprescriptible et inaliénable de s'assembler pour faire des lois et pour voter librement l'impôt. Nul Français, assure-t-il, ne peut être forcé à payer une taxe qu'il n'a pas votée lui-même ou par représentant. Le clergé demande encore que les états généraux, librement élus, soient réunis tous les ans ; qu'ils discutent en présence de la nation toutes les grandes affaires ; qu'ils fassent des lois générales auxquelles on ne puisse opposer aucun usage ou privilège particulier ; qu'ils dressent le budget et contrôlent jusqu'à la maison du roi ; que leurs députés soient inviolables et que les ministres leur demeurent toujours responsables. Il veut aussi que des assemblées d'états soient créées dans toutes les provinces, et des municipalités dans toutes les villes. Du droit divin, pas le mot. »

Sur la justice :

« Ce qui assurait surtout dans ce temps-là aux opprimés un moyen de se faire entendre était la constitution de la justice. Nous étions devenus un pays de gouvernement absolu par nos institutions politiques et administratives, mais nous étions restés un peuple libre par nos institutions judiciaires. La justice de l'ancien régime était compliquée, embarrassée, lente et coûteuse ; c'étaient de grands défauts, sans doute, mais on ne rencontrait jamais chez elle la servilité vis-à-vis du pouvoir, qui n'était qu'une forme de la vénalité, et la pire. Ce vice capital, qui non seulement corrompt le juge, mais infecte bientôt tout le peuple, lui était entièrement étranger. Le magistrat était inamovible, et ne cherchait pas à avancer, deux choses aussi nécessaires l'une que l'autre à son indépendance ; car qu'importe qu'on ne puisse pas le contraindre, si on a mille moyens de le gagner ? »

Sur une certaine noblesse de province, enfin :

« On a souvent attribué cet abandon des campagnes par la noblesse à l'influence particulière de certains ministres et de certains rois : les uns à Richelieu, les autres à Louis XIV. Ce fut, en effet, une pensée presque toujours suivie par les princes, durant les trois derniers siècles de la monarchie, de séparer les gentilshommes du peuple, et de les attirer à la cour et dans les emplois. Cela se voit surtout au XVIIe siècle, où la noblesse était encore pour la royauté un objet de crainte. Parmi les questions adressées aux intendants on trouve encore celle-ci : Les gentilshommes de votre province aiment-ils à rester chez eux ou à en sortir ?

On a la lettre d'un intendant répondant sur ce sujet ; il se plaint de ce que les gentilshommes de sa province se plaisent à rester avec leurs paysans, au lieu de remplir leurs devoirs auprès du roi. Or, remarquez bien ceci : la province dont on parlait ainsi, c'était l'Anjou ; ce fut depuis la Vendée. Ces gentilshommes qui refusaient, dit-on, de rendre leurs devoirs au roi, sont les seuls qui aient défendu, les armes à la main, la monarchie en France, et ont pu y mourir en combattant pour elle ; et ils n'ont dû cette glorieuse distinction qu'à ce qu'ils avaient su retenir autour d'eux ces paysans, parmi lesquels on leur reprochait d'aimer à vivre. » (2)

Ce qu'il convient d'en retenir n'est point que l'ancien régime doit nous servir de modèle ou qu'il dût être restauré en remplacement de nos républiques corrompues ; ce qui est intéressant dans ces trois cas de figure, c'est que nous avons affaire à trois ordres (classes sociales) munis de privilèges et de statuts particuliers, qui ne sont rien d'autre qu'une des formes possibles du capital, ou des combinaisons de celles-ci ; la qualité de noble, par exemple, est une forme de capital social inamovible, provient de la naissance et de ce fait ne peut être retirée, perdue ou vendue ; y sont attachés des prérogatives et des droits particuliers, des terres, parfois des rentes ou des charges. De même pour le clergé, les magistrats, les corps de métiers et les corporations. Nous avons affaire à une organisation complexe, résiliente et, certes, extrêmement inégalitaire de répartition de toutes les formes possibles de capital, où même le roi ne pouvait prétendre les détenir toutes, en faire ce que bon lui semblerait, confisquer et piller à merci, s'immiscer jusque dans l'intimité de ses sujets, pour régler les moindres détails de leur vie, comme le font le totalitarisme néo-libéral ou bien communiste aujourd'hui.

Le processus qui rendit tout cela possible n'est rien d'autre que celui de liquidation, au sens où toutes les formes de capital possibles ont été comme transmutées en liquidités, à savoir, un objet immatériel pouvant être divisé, agrégé, transféré instantanément et sans entraves d'aucune sorte à tout endroit du globe, précisément chiffré et s'échangeant à partir d'un certain seuil contre toute forme de capital, puisque tout est devenu marchandise, et peut donc également être liquidé. Nous sommes au seuil de la liquidation universelle ; ce que Staline faisait autrefois par quelques oukazes, les liquidateurs le font aujourd'hui en quelques clics de souris.

Il ne s'agit pas d'idéaliser l'Ancien Régime et l'absolutisme royal ; il ne s'agit que de montrer quelques points spécifiques illustrant ce que des usages, des coutumes, des principes, une organisation sociale inégalitaire, fût-elle par nature injuste, peuvent opposer de résistance et de ténacité face à l'absolutisme par la coercition et l'argent de l'État et du grand capital confondus que nous subissons aujourd'hui, sous le nom de démocratie et de l'État de droit, dont le seul objet semble être de légitimer l'exploitation du dépossédé par le possédant. Les questions fondamentales en matière d'économie que nous devons nous poser est de savoir ce qui peut être possédé, dans quelle mesure et par qui, qui distribue à qui et de quelle manière, sur quels fondements et critères, qui produit quoi, et enfin, question la plus importante sans doute, en vertu de quoi tout cela se ferait-il. Nous ne pourrons envisager d'examiner tout ce qui en procède, ordre politique et moral, mœurs et coutumes, culture et civilisation, qu'une fois que des réponses convenables auront été proposées. Est-ce uniquement pour satisfaire les vices du narcissisme, de la vénalité et de la cupidité, pour accumuler et amonceler des richesses à la seule fin d'en posséder toujours davantage, quitte à nous entre-égorger d'après le dogme de la libre concurrence, à tout sacrifier, euthanasier nos parents, rançonner nos enfants, escroquer nos proches et asservir nos semblables, et à ne reconnaître pour toute légitimité que celle du pouvoir sordide et ignoble de l'argent, est-ce pour tout cela que nous vivons, produisons, consommons et mourons ?

C'est par leur réponse singulière et propre à chacune que les civilisations se distinguent entre elles, et qu'elles s'effondrent ou bien, au contraire, demeurent et prospèrent. Or, nous ne sommes pas confrontés aujourd'hui à une crise économique ; nous sommes confrontés à une crise de notre civilisation. Notre conservation en tant que nations d'Europe distinctes des autres dépend non de nos armes, de notre technologie ou de nos talents d'illusionnistes et d'imposteurs, mais de notre capacité à trouver une réponse sensée à cette question. Si nous échouons, d'autres la trouveront pour nous, mais nous l'imposeront, ainsi que l'ont fait et continuent de le faire les États-Unis d'Amérique. Or à présent, nous voyons bien que la réponse proposée par l'Empire euro-américain ne mène à rien qu'au pillage et à la destruction, jusqu'à ce qu'enfin il ne reste plus rien à piller et que tout soit détruit ; à nous de formuler notre propre réponse, conforme au génie de chacune de nos nations et dans le respect de celui des autres, avant que la démence de cette nouvelle Rome ne nous emporte avec elle dans sa chute. À défaut de quoi, c'en sera fini de nous, en tant que Français, Britanniques, Allemands, Italiens, Espagnols ou Grecs. Sic transit gloria mundi.

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1. Karl Marx, Contribution à la critique de l'économie politique, 1859

2. A. de Tocqueville, L'ancien régime et la révolution, 1856


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34 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 18 octobre 2011 08:41

    Les trois dogmes du capitalisme sont privatisation, dérèglementation et réduction
    des systèmes de protection sociale. Cela se traduit par une exploitation toujours
    plus grande des salariés et un accroissement de la pauvreté. Il faut remettre
    l’homme au centre de la vie. Le capitalisme ne sert que des intérêts privés, c’est à
    l’Etat, donc à nous, de veiller sur les intérêts collectifs. Voir :

    http://2ccr.unblog.fr/2011/10/07/un-travail-decent-pour-tous-partout/


    • yoananda 18 octobre 2011 13:12

      pas du tout, vous confondez capitalisme, libéralisme, économie de marché, et américanisme.

      Capitalisme =

      • propriété privée
      • liberté d’entreprendre
      • salariat
      • droit de capitaliser
      Libéralisme =
      • liberté individuelle
      • utiliser l’économie de marché pour limiter les abus et autres effets néfaste de l’état
      • mise en concurrence pour baisser les prix
      Américanisme (dans le cadre économique) =
      • fordisme, consommation de masse
      • pétro dollar
      • impérialisme (récent)
      c’est un peu simplifié, mais en tout cas, libéralisme n’est pas opposé aux intérêts collectifs, il faut avoir la mémoire courte pour penser que l’état est la solution !

    • Bovinus Bovinus 18 octobre 2011 14:53

      @ yoananda :

      Assez d’accord avec ce que vous dites, sauf pour l’impérialisme, dont les américains n’ont pas le monopole, loin de là. Ça fait plaisir de voir qu’il y en a qui suivent smiley


    • minidou 19 octobre 2011 15:53

      @yoananda :
      la propriété privée pré existe au capitalisme.
      la liberté d’entreprendre, en soit ne veut rien dire . Il était possible de créer des entreprises privée dans les pays de l’est bien avant la chute du mur. A contrario, il existe encore des monopoles et des restriction règlementaires dans les pays dit « capitalistes ».
      Salariat : idem, le salariat existait dans les pays socialiste et bien avant l’avènement du capitalisme.
      Droit de capitaiser ? Le droit d’amasser de l’argent ? Idem il pré existe largement au capitalisme (les banquier juif au moyen age).
      Votre définition du capitalisme me parait fausse, je dirait que le seul penseur à l’avoir défini et a l’avoir utilisé en tant que concept est Marx je vous inviite à le lire (bien que sa lecture soit des plus ardue).
      Le libéralisme ? Surprise votre définiton est toute aussi fausse !
      La liberté individuelle ? Cela ne veut rien dire. Celle-ci n’est jamais absolue, seuls les anarchiste pronent une telle chose, ce n’est pas le cas du libéralisme.
      Utiliser l’économie pour limiter les abus de l’Etat, bon là je répondrait lorsque j’aurais cessé de rire (êtes vous naïf ?).
      Mise en concurence pour baisser les prix ? Non ça s’appelle un mécanisme de marché, le marché est un force, un peu comme la gravité, encore une fois la formulation est naïve, le libéral ne cherche pas la baisse du prix, encore une fois totalement à coté de la plaque.
      L’américanisme : le fordisme ? il a aujourd’hui disparu en tant qu’idéologie, en particulier aux USA, il ne saurait définir l’amérique.
      Consommation de masse ? demandez ça aux millions d’américains miséreux, plus serieusement, cela aurait pu définir l’amérique des 50’s, mais pas celle d’avant 1940, ni celle d’après 70.
      Petro dollars ? ben les pétros, ils aimeraient bien s’en débarasser de leurs dollars dollars...Les sino-dollars ? eux aussi !
      L’impérialisme, bon lmà oui, mais c’est vrai de tout empire, mais seulement des USA.

      Pour résumer vous avez quasiment tout faux, donc évitez de reprendre les gens sur des concept que manifestement vous ne matrisez absolument pas.


    • Bovinus Bovinus 20 octobre 2011 11:01

      Il avait précisé que c’était pour « simplifier »... smiley


    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 18 octobre 2011 08:45

      Le Dividende Universel.
      Synthèse capitaliste pour instaurer une authentique compatibilité entre compétitivité et cohésion sociale ; entre compétitivité et solidarité.


      • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 18 octobre 2011 11:38

        Addendum :

        Ce projet « Dividende Universel » se compose d’un Objectif Principal et de deux Objectifs Spécifiques qui découlent de l’objectif principal.

        Objectif Principal :
        Acquisition Citoyenne & Collective du Pouvoir Économique

        Objectifs Spécifiques :

        I)
        Transformer le « capitalisme ordinaire » en un authentique Capitalisme Écologique, Anthropocentrique, Philanthropique et Équitable.
        II)
        Faire bénéficier chaque citoyen, même mineur, d’unDividende Universel évolutif.


      • Bovinus Bovinus 18 octobre 2011 12:26

        Désolé d’avoir replié, je voulais vérifier si on pouvait le faire temporairement. Apparemment, non.


      • devphil30 devphil30 18 octobre 2011 09:40

        Excellent article , fort instructif 


        Merci 

        Philippe 

        • Walid Haïdar 18 octobre 2011 12:50

          Si la question avait été « article intéressant ? », j’aurai voté OUI, mais là j’ai du voter NON.


          Vous fustigez à juste titre le sophisme du capitalisme meilleur système possible parce que le communisme n’a pas marché, mais vous déduisez de l’inanité du capitalisme, qu’un système de privilèges et de coutumes bien établis est sans doute le plus à même de contrecarrer l’emprise totalitaire induite par la liquidité des biens.

          C’est fort spécieux comme présentation.

          Ceci étant dit, il y a une idée fondamentale avec laquelle je suis d’accord, c’est bien qu’il faut mettre fin à cette liquidité absolue, non pas en fixant les biens dans un système de privilèges et de traditions, qui, et c’est ce que vous semblez oublier, sont une forme de totalitarisme en ce qu’ils constitue un contrôle social de fait, contrôle d’ailleurs très cassant car fondé sur des croyances et des injustices, or il nous faut sortir des alternatives totalitaires et cassantes pour s’organiser de façon plus libre et résiliente.

          Je disais donc mettre fin à la liquidité absolue des biens, en utilisant un système de poupées russes. Dit autrement, il s’agit de reproduire la structure naturelle qui consiste à reproduire à chaque échelle le même schéma plutôt que d’appliquer à la globalité la grossierté du schéma simple local.

          Cette répartition et cette allocation du capital doit donc se déployer du niveau le plus local au niveau le plus global. Ainsi, le prédateur Léviathan comme le prédateur Capitaliste perd son emprise, à partir du moment où ce dégradé d’allocations est bien défini.

          Mais il ne s’agit pas d’une bonne définition fixe, statique, en soit. Il ne s’agit d’une bonne définition que parce que les rapports de pouvoir entre les différents échelons ont été bien définis. autrement dit, une coalition de départements (pas tous les départements, juste une certaine partie suffit) peut s’opposer à la région, tandis qu’une coalition des régions peut s’opposer à la nation etc. Et alors on voit tout de suite la nécessité du tirage au sort des gestionnaires et de la brièveté de leur mandat, comme garantie contre les associations partisanes ou d’intérêt.

          Il n’y a pas d’alternative à la dérive totalitaire ailleurs que dans l’activisme citoyen. Celui qui ne se préoccupe pas de son destin en participant à la prise de décision participe à son asservissement.

          C’est une donnée fondamentale qu’il serait temps d’admettre, tant les dominants l’ont intégrés dès les premiers jours, en utilisant le divertissement et l’obscurantisme comme outils de détournement.

          C’est aussi en ce sens que votre présentation est spécieuse, parce que l’ordre bourgeois, au delà de ses travers, a certes prolongé et fini par amplifier le divertissement*, mais a eu l’incomparable mérite de donner à tout le monde le savoir de l’écriture, de la lecture et du calcul. C’est tout de même un outil de base anti-totalitaire.

          • Bovinus Bovinus 18 octobre 2011 14:46

            @ Walid :

            Merci pour le commentaire. J’aimerais toutefois préciser certains points.

            Walid :
            mais vous déduisez de l’inanité du capitalisme, qu’un système de privilèges et de coutumes bien établis est sans doute le plus à même de contrecarrer l’emprise totalitaire induite par la liquidité des biens

            Vous interprétez mon texte ; excusez-moi si je n’ai pas été assez clair, mais cela me semble pourtant relativement précis (je me cite moi-même) :

            Ce qu’il convient d’en retenir n’est point que l’ancien régime doit nous servir de modèle ou qu’il dût être restauré en remplacement de nos républiques corrompues ; ce qui est intéressant dans ces trois cas de figure, c’est que nous avons affaire à trois ordres (classes sociales) munis de privilèges et de statuts particuliers, qui ne sont rien d’autre qu’une des formes possibles du capital, ou des combinaisons de celles-ci  ;

            Nulle part il n’est question de « sans doute » ; j’ai pris l’exemple de l’Ancien Régime parce qu’il est plus proche de nous historiquement et sur le plan de l’identité, mais j’aurais tout aussi bien pu employer celui des sociétés polynésiennes ou amérindiennes étudiées par M. Mauss dans l’Essai sur le don. La problématique clef de l’article est la répartition du capital, dont résulte tout le reste.

            Walid :
            Cette répartition et cette allocation du capital doit donc se déployer du niveau le plus local au niveau le plus global. Ainsi, le prédateur Léviathan comme le prédateur Capitaliste perd son emprise, à partir du moment où ce dégradé d’allocations est bien défini

            On peut trouver mille façons différentes d’allouer et d’organiser le capital ; ce que j’essaye de montrer est qu’au lieu d’attaquer le problème en passant par l’organisation politique, on devrait peut-être s’y employer directement.

            Walid :
            Mais il ne s’agit pas d’une bonne définition fixe, statique, en soit. Il ne s’agit d’une bonne définition que parce que les rapports de pouvoir entre les différents échelons ont été bien définis [...]

            Marx, que je cite, considère que ce n’est pas le pouvoir politique qui règle les rapports économiques mais l’inverse. Je pense que c’est un postulat qu’on gagnerait à creuser un peu plus, et d’ailleurs, les faits donnent raison à l’analyse marxiste. Ceux qui nous dirigent réellement sont ceux qui possèdent le plus de capital, à savoir J.P. Morgan, Goldman Sachs, etc. Il en résulte que quelle que soit l’organisation politique mise en place, elle finira forcément par être corrompue et dévoyée par le grand capital, à moins que l’institution de propriété elle-même ne soit réformée, comme le préconisait Proudhon.

            Walid :
            Il n’y a pas d’alternative à la dérive totalitaire ailleurs que dans l’activisme citoyen.

            Il y a bel et bien une alternative, et celle-ci s’appelle la propriété (cf le paragraphe sur Proudhon).

            Walid :
            C’est aussi en ce sens que votre présentation est spécieuse, parce que l’ordre bourgeois, au delà de ses travers, a certes prolongé et fini par amplifier le divertissement*, mais a eu l’incomparable mérite de donner à tout le monde le savoir de l’écriture, de la lecture et du calcul.

            Est-ce bien vous qui vous exprimez, ou bien le Ministère de l’Éducation Nationale qui s’exprime à travers vous ? Avec ou sans l’ordre bourgeois, cette évolution se serait produite parce qu’elle était devenue nécessaire pour accroître la division du travail.

            Walid :
            C’est tout de même un outil de base anti-totalitaire.

            Bah... vu l’ignorance et l’inculture crasse où macèrent nos sociétés occidentales, permettez-moi d’en douter. Il ne sert à rien de savoir lire si on n’en fait pas usage, et d’ailleurs, l’écrasante majorité des Français préfèrent regarder la télévision (voir TV Lobotomie de M. Desmurget).


          • Walid Haïdar 18 octobre 2011 17:04

            « Nulle part il n’est question de »sans doute«  ; j’ai pris l’exemple de l’Ancien Régime parce qu’il est plus proche de nous historiquement et sur le plan de l’identité, mais j’aurais tout aussi bien pu employer celui des sociétés polynésiennes ou amérindiennes étudiées par M. Mauss dans l’Essai sur le don. La problématique clef de l’article est la répartition du capital, dont résulte tout le reste. »


            Voilà. Je ne suis pas d’accord avec « plus proche de nous sur le plan de l’identité ». Je suis Français de naissance, et je ne me sens absolument pas proche de l’ancien régime, je m’en sens même viscéralement éloigné. Et je disais que votre présentation était spécieuse justement parce qu’elle faisait in extenso la démonstration d’une forme particulière de protections contre une certaine forme de totalitarisme. Mais d’une part cette forme est elle-même totalitaire (poids des traditions, privilèges et conservatisme extrême, castes...), d’autre part il existe bien des idées qui ont la vertu de reposer sur autre chose que des croyances et des injustices, et sur lesquelles il eut été plus approprié de s’attarder. Des idées plus proches de nous... sur le plan de l’identité... si je puis me permettre d’utiliser ce mot à la mode. Je me sens bien plus proche, et de nombreux Français avec moi, de l’autogestion et de la démocratie directe que de l’ancien régime.

            Par ailleurs sur la question du rapport politique-économique, je suis tout à à la fois dans la ligne marxiste, et dans son dépassement (après avoir été un peu naïf sur la question étant ado, pensant que le conditionnement du pouvoir était à sens unique, de l’économique vers le politique, en bon petit Marxiste). Quand je parle d’équilibre des pouvoirs, ceux-ci reposent bien entendu sur le capital de chaque agent. Si l’état est propriétaire de tout le patrimoine public, c’est le Léviathan. Si la propriété publique est vide, il n’y a pas de bien commun, et donc il n’y a pas de souveraineté populaire mais simplement le chacun pour soit, et ce même si on fait des assemblées populaires.

            Par conséquent il faut que le bien public soit réparti à travers les différents échelons, et ce de façon appropriée pour avoir un équilibre matériel des pouvoir. Cependant, ceci ne peut pas être mis en place sans des assemblées populaires et la démocratie directe, qui elle-même comme on vient de le voir n’a pas de sens en l’absence d’une répartition adéquate du bien commun. C’est alors qu’il ne faut surtout pas se poser la question de la poule et de l’oeuf : « la démocratie directe d’abord ou la répartition du capital d’abord ? »

            Cette question n’a pas de sens. Je fais simplement le pari que les questions de la rerépartition de la propriété (du capital en fait) et de la légitimité de la décision (et la solution de la démocratie directe), vont germer ensemble, et que c’est par le jeu
            1/ de l’effondrement du système
            2/ de l’activisme citoyen qui ira croissant
            que la rerépartition adéquate du capital et la démocratie directe se mettront en place petit à petit et aussi par à-coups, conjointement et aussi incertainement et contradictoirement.

            Je ne vois pas d’ordre pérenne, économique et relativement pacifié (guerre homme/homme mais aussi homme/écosystème) faisant l’économie de la démocratie directe.
            En un mot : ce me semble être le sens actuel du courant de l’Histoire.

            enfin sur l’éducation : en effet, l’alphabétisation est d’un point de vue Historique, la conséquence de la division du travail et de la mutation de l’économie. Mais c’est un fait du renversement de l’ancien régime quand même, puisque cet ancien régime correspondait à cette ancienne économie, et un progrès en soit. Après, qu’il y ait eu par ailleurs la télévision pour contrecarrer la mise au service de l’intelligence et de la collaboration citoyenne de ce capital technique accumulé, je ne le nie pas. Mais voilà un fait encore : je vis au Sénégal, et je peux garantir que l’alphabétisation est une valeur ajoutée sur tous les plans de la société. Car ici aussi nous avons le divertissement, et même moins qu’en France, mais nous avons les chefferies religieuses, et l’analphabétisme. Et le délabrement des relations sociales ici est bien pire qu’en France en réalité (en dépit des clichés à la con du nègre souriant). Il est bien pire au sens où le lien social le plus répandu, et il est absolument répandu dans chaque pouce de la société, le seul lien c’est celui de corruption. Et si vous vous intéressez à l’ancien régime, vous devriez savoir à quel point il était corrompu : éminemment corrompu.

            • Bovinus Bovinus 18 octobre 2011 18:34

              Walid :
              Mais c’est un fait du renversement de l’ancien régime quand même, puisque cet ancien régime correspondait à cette ancienne économie, et un progrès en soit.

              Cela est faux. L’alphabétisation de masse n’est absolument pas l’oeuvre de la République, mais du petit clergé catholique de France. La République n’a fait que la poursuivre, l’étendre et la laïciser. Le peuple de France était alphabétisé à plus de 80% en 1789...

              Walid :
              Je suis Français de naissance, et je ne me sens absolument pas proche de l’ancien régime, je m’en sens même viscéralement éloigné.

              Vous ne savez à peu près rien de l’Ancien régime ; comment pouvez-vous prétendre vous en sentir éloigné, qui plus est « viscéralement » ?

              Walid :
              Mais d’une part cette forme est elle-même totalitaire (poids des traditions, privilèges et conservatisme extrême, castes...) [...]

              Votre diatribe repose sur des préjugés qu’on vous a inculqués dès l’école primaire. Les traditions, les rites, le « conservatisme » ne sont pas des handicaps, mais des atouts. Le siècle des Lumières n’est pas post- mais bien pré-révolutionnaire : il en est l’œuvre. La révolution française elle même est encore l’expression et l’émanation de l’ancien régime ; loin d’avoir été l’œuvre des bourgeois, elle en a été l’otage et la victime. Lisez le bouquin de Tocqueville que je cite, vous serez surpris.

              Ce que vous voulez dire, en fait, c’est que vous êtes une sorte de fanatique de l’égalitarisme ; fort bien. C’est une passion très répandue parmi les hommes. Je n’ai rien contre les fanatiques de l’égalitarisme, tant qu’ils ne cherchent pas à m’ « égaliser » à tout prix.

              Walid :
              Des idées plus proches de nous... sur le plan de l’identité... si je puis me permettre d’utiliser ce mot à la mode. Je me sens bien plus proche, et de nombreux Français avec moi, de l’autogestion et de la démocratie directe que de l’ancien régime.


              Ces idées, elles sont simplement en vogue, grâce au renouveau du trotskisme, et tout récemment, aux travaux de M. Chouard sur la démocratie athénienne (je vous rappelle tout de même que c’était il y a 2300 ans, à la louche).
              Elles n’ont jamais été proches de nous en aucune façon, bien au contraire : qu’est-ce que la Ve République de 1958, d’après vous, si ce n’est une sorte de monarchie républicaine élective ? Qu’est-ce que le 1er ministre dans la Ve République, sinon une sorte de grand intendant au service du monarque ?

              Ces principes ne sont mis en application réellement que dans un seul pays, la Suisse. Je veux bien admettre une certaine proximité, mais seulement géographique.

              Walid :
              C’est alors qu’il ne faut surtout pas se poser la question de la poule et de l’oeuf : "la démocratie directe d’abord ou la répartition du capital d’abord ?« 

              Y a pas à se poser de questions. On peut fort bien se passer de démocratie, mais on ne peut pas se passer de manger. Celui qui a la mainmise sur l’agriculture tient tout le monde à la gorge. Appelez cela comme vous voudrez, vous n’en fera pas moins une tyrannie pour autant. Si par contre les terres, l’eau et les charrues étaient équitablement partagées entre tous, alors on serait en démocratie.

              Concernant la façon de réaliser ce partage, ce que vous suggérez et ce que vous faites (si je ne me trompe, vous militez avec ceux que les médias appellent »les indignés« ) me font supposer que vous comptez y arriver par la non-violence, l’occupation de l’espace public et la désobéissance civile. Je crains que vous ne vous exposiez à de très cruelles désillusions - ceux qui possèdent le capital ne vont pas se laisser dépouiller sans combattre férocement. Les révolutionnaires communistes y étaient parvenus par la force ; laissez-moi vous suggérer une troisième possibilité, que j’avais évoquée lors d’un échange sur ce site :

              Bovinus :
               »Au papier, opposons l’or et l’argent-métal. Au grand cirque électoral, opposons l’indifférence. À la pléthore de gadgets inutiles, opposons le dégoût. Au neuf, opposons le second hand. À la lobotomie de masse, opposons la culture et l’esprit. Au cynisme, à l’hédonisme, à la chrématistique, à la concupiscence et au vice, opposons l’espérance, la charité, la tempérance et la frugalité."


            • kemilein 18 octobre 2011 19:08

              La Géographie et Géologie mère de toute civilisation.

              1 Du déterminisme des espèces

              ¤ Le principal déterminisme est la génétique. Vous êtes né animal et non végétal, vous ête né humain et non canin. notre génétique fait de nous ce que nous sommes avant même d’être conscient.

              Un humain n’aura ni radar-chauve-souris ni sonar-dauphin ni vision-olfactive-thermique-serpent. Nos capacités sensorielles sont celles d’humain, ce qui influe sur perception du monde, de notre environnement, donc de notre conscience d’icelui.

              ¤ Le second déterminisme, valable pour toutes les espèces, n’est rien d’autre que l’environnement dans lequel nous vivons.

              les déserts vivent en cycle mouvant, une partie de l’année certaine zone sont aride, d’autres sont verte, il faut donc accompagner la migration de l’humidité pour survivre. Les zones glaciales sont au contraire a quitter dès qu’il fait un froid mortel, ce qui n’est pas le cas des terres tempérées ou l’on peut sans problème être cédentaire et cultiver la même terre d’une décennie sur l’autre, voir pêcher sur une côte peu soumise aux caprices océanique.
              A un environnement donné avec des ressources (techniques -savoir- et technologiques -matérielle-) données égale une certaine possibilité d’un certain nombre de type de civilisation.

              Dans un désert on ne produit pas ni la même chose ni de la même façon que dans une vallée opulente. Pas besoin des mêmes outils, pas les mêmes matériaux disponibles, des ressources diversement concentrées et ça n’appelle pas la même concentration humaine par km² donc pas la même organisation sociétale donc pas les mêmes institutions (famille, tribue, clergé, juge, assemblée). le tout étant dépendant des techniques et technologies (2010 n’est pas 1492).

              C’est l’infrastructure et superstructure définit par marx.

              ¤ Le troisième déterminisme est l’apprentissage, qu’il soit volontaire ou involontaire, présent ou absent, actif ou passif. Certaine espèce enseigne des techniques a leur progéniture (lion, ours, singe,...), ces techniques dépendent de l’environnement. La méthode d’apprentissage dominante parmi les espèces animales est dite « mimétique », l’enfant copie ses parents et ses ainés, parfois même (l’histoire du 100ième singe) des individus matures (avec plus de difficultés) apprennent des plus jeunes. L’humain n’échappe pas a la règle, elle est même dominante et ultra majoritaire.

              Combien sont ceux qui répètent bêtement ce que les autres font, ce que leur parent leur ont appris : par exemple se marier (pourquoi faire, être ensemble ne suffit-il pas ?) faire des enfants (parce que tout le monde en a ?) Pendant 14 siècles l’europe croyait en un disque-monde plat, pourquoi ? parce que tout le monde le disait parce qu’ils l’avaient tous appris ainsi...

              Qu’on vous apprennent (présent) ou qu’on ne vous apprennent pas (absent), il y aura des conséquences. Qu’on vous éduque (conditionnement social) ou pas. On apprend aussi de sa propre expérience (et imagination/ conceptualisation) que celle ci soit désiré ou subie.

              Génétique > Environnement > Comportement.

              2 De l’organisation sociale

              la politique est le processus décisionnel.
              l’économie est la méthode productive et répartitive.

              wikipédia - - L’économie (du grec ancien oikonomía : « administration d’un foyer », créé à partir d’oîkos : « maison », dans le sens de patrimoine et nómos : « loi, coutume » ; ce terme désignait donc la gestion de la maison, en opposition à la politique, la gestion de la cité)

              Aucune espèce animale ne peut survivre en ne faisant rien, elle est donc obligée de prendre des décisions.
              De même une espèce ne peut pas survivre sans produire (le lion ne produit pas le zèbre, il le chasse et c’est considéré comme « production » de nourriture -c’est d’ailleurs la lionne qui bosse-)

              De façon générale, la politique et l’économie sont indissociables et fortement intriquées, ce sont les composantes d’un tout plus large qu’on nomme : social.
              un Homme possède deux jambes pour marcher, une société aussi. Elle décide (politique) et agit (économie), s’il vous en manque une vous n’irez pas bien loin. Et encore faut il qu’elles soient accordées et synchronisées.

              3 Des ressources terrestres

              Il est important de comprendre qu’au préalable de toute économie, de toute politique, de toute société (social/sociétal) il y a une irréductible et obligatoire exigence de ressources :
              - ou vivons nous
              - de quoi disposons-nous
              - de quoi avons-nous besoin
              - que savons-nous faire
              - que pouvons-nous faire

              le métal est exclusivement produit par fusion nucléaire, ce n’est pas une ressources renouvelable. Recyclable certes, mais pas renouvelable. c’est donc une dotation.
              le pétrole, étant a base organique, est une ressources renouvelable... a l’échelle de 300 million d’année. En ce qui concerne l’humanité on peut considérer que c’est un stock finit.

              la planète Terre est une boule finit, elle dispose d’une réserve de ressources naturelle limitée. la question qui s’impose est : comment les utilisons-nous, et qui est ce « nous ».

              A- laissons-nous moins de 20% de la population mondiale les consumer totalement en moins de deux générations.

              B- partagerons-nous équitablement entre tous et consommons les compulsivement et qu’importe les générations futures.

              C- pensons a l’avenir, mais seulement le notre, les 80% de l’humanité devront vivre comme des miséreux pour que nous (20%) puissions, nous et nos descendants, jouir d’un confort obscène.

              D- et enfin, le moins probable compte tenu de la nature comportementale humaine, répartirons-nous également (dans une vison de très long terme) les ressources commune de l’humanité.


              • Bovinus Bovinus 18 octobre 2011 22:46

                Ça fait pas de mal de rappeler ces choses-là, de temps en temps.

                J’aurais peut-être une réserve concernant l’articulation économie - social - politique :

                De façon générale, la politique et l’économie sont indissociables et fortement intriquées, ce sont les composantes d’un tout plus large qu’on nomme : social.
                un Homme possède deux jambes pour marcher, une société aussi. Elle décide (politique) et agit (économie), s’il vous en manque une vous n’irez pas bien loin. Et encore faut il qu’elles soient accordées et synchronisées.

                Il me semble que c’est beaucoup plus compliqué que cela. Fortement intriqué, sans aucun doute ; mais il me semble que le mécanisme que tu décris avec la métaphore des deux jambes est trop simpliste et évacue un aspect de la question que j’ai volontairement laissé de côté : la coercition, qui est l’expression du pouvoir politique, des rapports de production, mais aussi de la contrainte sociale, et qui serait une sorte de courroie de transmission entre les trois, fonctionnant dans les trois sens : le politique peut contrôler l’économie, mais l’inverse est vrai aussi ; les déterminismes sociaux peuvent s’avérer décisifs ou bien céder au pouvoir politique ou à la contrainte économique. Tout dépend de quel côté s’exerce la plus forte coercition (elles peut prendre différentes formes : sociale, physique, économique, morale, etc). Ces trois domaines (politique, économique et social) interagissent, et il me paraît difficile à ce stade de proposer une théorie cohérente là-dessus. La seule chose dont je sois à peu près convaincu est que la répartition du capital ainsi que sa typologie est justement la clef qui permet de décrypter ces rapports.


              • bert bert 19 octobre 2011 21:41
                123
                abcd Mr anonymous la science
                tu es bien prétentieux....
                tu es sponsorisé par big brother ???????? 

              • Walid Haïdar 18 octobre 2011 20:21

                Mon aversion pour l’ancien régime tient à des choses simples Bovinus :


                - il était injuste
                - il était obscurantiste
                - il était non laïque
                - il était corrompu (au sens de la corruption que je peux observer ici autour de moi, au Sénégal)

                Je n’ai rien contre les traditions contrairement à ce que vous pensez. Je n’ai rien contre les rites. Par contre j’ai un gros problème avec leur poids sur la liberté de conscience lorsqu’ils deviennent des normes sociales.

                Par conséquent je suis fermement opposé à ce que la société soit réglée par des traditions et des rites obscurantistes. Parce que la messe du Dimanche pour mois c’est un rite sectaire, quel que soit le message. Le guignol avec sa toge et son apparat, sa fumée et ses hosties, est un payen obscurantiste dont je n’ai pas besoin, et que celui qui s’y plaît y aille : j’égorgerai le premier qui m’obligera à supporter ces âneries, car n’en déplaise à votre tempérance, j’ai le droit de penser qu’il s’agit d’âneries, et pas petites, du moment que je n’empêche personne de les écouter.

                La tradition a le droit d’exister, elle n’a pas le droit de s’imposer. Pareil pour les rites. Ce n’est pas avec ça qu’on avancera.

                Le problème c’est que je suis en train de débiter un truisme : si vous voulez que je respecte votre opinion, vous ne pouvez pas défendre une position de censure de la liberté d’expression et de conscience. Car c’est ce qu’est la tradition lorsqu’elle pèse sur la société.

                Chacun est libre de pratiquer ce qu’il veut, et rien d’autre n’est défendable, c’est très simple. Parce que si vous ne défendez pas cette idée pour imposer une tradition plutôt qu’une autre, tradition qui entravera la liberté de ceux qui n’en veulent pas, pourquoi demandez-vous aux autres de respecter ce que vous voulez ?

                Pratiquez ce que bon vous semble, et délibérons sur ce que nous devons partager : la connaissance, l’eau, les moyens de production des biens élémentaires.

                Vous me traitez d’égalitariste fanatique. Mais pas du tout, je suis juste sur une position très simple : si tu veux être entendu, la cohérence te commande de demander à ce que chacun puisse être entendu, à moins de considérer que tu es supérieur aux autres et donc que tu dois jouir d’un droit supérieur. Je ne suis pas pour l’égalisation des possessions. Je suis pour leur redistribution adéquate. Après, chacun est propriétaire d’un certain nombre de choses, car la famille est une entité sociale, elle doit avoir un capital, de même que l’individu, sinon ces entités sont privées de liberté. Et je ne suis pas pour une division euclidienne bête et méchante, simplement cette répartition risque d’être trivialement plus égalitaire que la répartition actuelle puisqu’il n’y a strictement aucune raison qu’un commercial ou un patron de magasin gagne plus d’argent que les gens qui produisent ce qu’il vend, et je ne parle même pas des parasites financiers et autres parasitent publicitaires hautement nuisibles (d’ailleurs à mon sens, la technique et l’organisation nous feront nous passer dans une très large mesure des métiers archaïques de commerçants, mais j’admet que cela se discute.)

                Par ailleurs vous avez déjà oublié que je suis 100% d’accord pour dire que la liberté n’est que blabla si chacun ne possède pas les moyens de produire ou de s’approvisionner en nourriture.

                Enfin pour la proximité de telle ou telle régime : vous ne comprenez pas ? je m’en fiche totalement de savoir ce qui est proche géographiquement ou temporellement. Ce qui m’intéresse c’est ce qui est proche de ma conscience. Si un habitant d’une planète située à 20 000 années lumière et venant du passé très lointain m’exposait un système politique je le prendrai pour ce qu’il est, et ne lui accorderait pas un crédit amoindri à la mesure de son éloignement.

                Je n’ai pas dis que le changement viendra tranquillement et sans violence. J’ai dit qu’il viendrait par la force des choses, et l’effondrement du système actuel (donc un bon paquet de violence, quelle qu’en soit la forme). Et contrairement à ce que vous pensez encore, je suis certain qu’il n’adviendra pas grand chose en palabrant sur le coin d’une place. Dès les premières mobilisations d’indignés j’ai suggéré vivement de gagner les campagnes. Nul besoin de lancer une offensive armée contre les grands propriétaires terriens, ça sert à rien, et ça n’existe même pas. L’important c’est d’occuper chaque espace disponible, de grignoter jour après jour, de rallier à sa cause de plus en plus de producteurs déjà engagés dans des voix dissidentes, puis des conventionnels n’y trouvant plus leur compte : pour cela s’organiser collectivement pour consommer au travers d’associations, comme les AMAP, mais cela est à perfectionner, notamment en utilisant la technologie et les sciences de l’organisation, l’informatique etc. Il est certain que les indignés qui bossent dans la pub vont vite se retrouver dans une situation de grave contradiction, et qu’ils seront des boulets pour le mouvement, mais un boulet n’est pas la fin du monde, et ça peut se faire une raison, surtout par la force des choses.

                Vous semblez négliger le fait que cette société de consommation est obligée de turbiner à mort pour fonctionner. C’est comme les incinérateurs de déchets :s’ils ne sont pas alimentés à une certaine dose assez conséquente, ils s’éteignent.

                • Bovinus Bovinus 18 octobre 2011 21:52
                  Walid :
                  Mon aversion pour l’ancien régime tient à des choses simples Bovinus :
                  - il était injuste
                  - il était obscurantiste
                  - il était non laïque
                  - il était corrompu (au sens de la corruption que je peux observer ici autour de moi, au Sénégal)

                  Je me bornerai à répondre à cela, pour le reste, on a déjà fait le tour :

                  - Injuste : je ne dirais pas cela. Inégalitaire, oui, mais injuste certainement pas (encore une fois, je vous renvoie à Tocqueville ci-dessus, chapitre « justice »). Si pour vous l’inégalité est une injustice absolue et insupportable, alors oui, on peut certainement dire que l’ancien régime était injuste, mais ni plus ni moins que la république ou tout autre régime existant.

                  - obscurantiste : comment une organisation socio-économique ayant produit le merveilleux patrimoine de nos villes et de nos campagnes, visité chaque année par des millions de personnes, ayant produit les arts et les sciences qui ont fait la gloire et la renommée de la France, bien davantage que ses armées, aurait-il pu être « obscurantiste » ? La République, à en juger par ses œuvres, est par contre tout à fait « obscurantiste ».

                  - non laïque : eh bien oui, il y avait une religion d’État ; quoi de plus naturel ? Vous ne seriez pas un peu intolérant, par hasard ? Je vous ferai remarquer que ce que vous appelez « laïcité », c’est à dire, la conception de la laïcité d’après laquelle on vous a éduqué, est bel et bien une religion :

                  « Comme elle [la Révolution française] avait l’air de tendre à la régénération du genre humain plus encore qu’ la réforme de la France, elle a allumé une passion que, jusque-là, les révolutions politiques les plus violentes n’avaient jamais pu produire. Elle a inspiré le prosélytisme et fait naître la propagande. Par là, enfin, elle a pu prendre cet air de révolution religieuse qui a tant épouvanté les contemporains ; ou plutôt elle est devenue elle-même une sorte de religion nouvelle, religion imparfaite, il est vrai, sans Dieu, sans culte et sans autre vie, mais qui néanmoins, comme l’islamisme, a inondé toute la terre de ses soldats, de ses apôtres et de ses martyrs. »
                  A. de Tocqueville, L’ancien régime et la révolution

                  - corrompu : j’ignore si l’ancien régime se distinguait particulièrement par la corruption par rapport à tout autre régime ou non, mais il n’y a à cela aucune raison particulière : son organisation sociale inégalitaire aurait dû au contraire le protéger de ce vice, puisque l’argent n’achetait pas tout (comme c’est le cas de nos jours) ; si vous parlez de cette sorte d’usure qui se met en place avec le temps et qui affecte tous les régimes, tous les systèmes et toutes les institutions, alors oui, il l’était. Il fallait clairement qu’il tombe, ou qu’il soit totalement réformé car il était usé jusqu’à la moelle et moribond.

                  Ce que je veux dire, c’est que c’était tout de même malgré tout un magnifique ouvrage qu’on gagnerait à mieux connaître. Respecter les traditions, ça veut aussi dire connaître et respecter son propre passé. C’est notamment l’idée fondamentale du confucianisme.

                  En ce qui concerne la tempérance, je vous invite à en découvrir la définition ici même ; je pense, puisque la culture antique vous est plus familière, que le stoïcisme ferait un assez bon équivalent.


                • moebius 18 octobre 2011 23:37

                  j’aime bien l’article mais quand on parle d’économie ne pourrait t’on pas tout simplement parler d’argent. L’économie ne consiste pas a gérer à controler ou a régulariser c’est l’argent qui.... circule et qui ne troiuve a s’investir nul part et qui a donc perdu sa valeur. Il n’y a pas d’économie parce que les structure de décision hérité de la guerre qui les a mise en place sont désormais caduques ce qui fait que les etats pédalent dans la choucroute en roue libre mais pratique a coup de G 20 le consensus a haute dose et la photo de groupe pour se rassurer et donner cle change quand a l’existence d’une économie


                  • moebius 19 octobre 2011 00:17

                     ce ci dit un laique n’est pas un religieux parce que si religieux équivaut a laique alors une chose est son contraire et nous ne pouvons pas parler ensemble. Il ne peut y avoir de religion d’état ailleurs que dans votre esprit perverti et vagabond. La république du moins notre chose publique a nous est de droit c’est a dire qu’elle est toute entiere contenue dans un texte qui n’est pas sacré mais relatif et cependant nous constitue en tant que collectivité de destin et qui est la loi que nous nous bricolons dans une assemblée ou siégent des représentants que nous avons élue et qui portent des costumes et des cravattes


                    • Bovinus Bovinus 19 octobre 2011 01:22

                      Quand je parle du caractère de religion dont on a pu enguirlander la laïcité, je m’écarte évidemment de sa définition précise, telle qu’on la trouve dans un dictionnaire de langue française. La propagande contemporaine détourne le sens des mots et déguise les concepts - j’ai d’ailleurs écrit un texte plutôt médiocre sur le sujet, mais explicite et largement plébiscité, que vous pouvez retrouver en cliquant sur mon pseudo.

                      Il ne peut y avoir de religion d’état ailleurs que dans votre esprit perverti et vagabond.

                      Les religions d’État ont toujours existé, et continuent d’exister à peu près partout, que cela vous plaise ou non (on peut parler de cultes, de doctrines ou bien de mystiques diverses et variées qui ont néanmoins un point en commun : elles constituent les valeurs dominantes admises socialement, valeurs dont l’irrespect est très fermement combattu, et qui font l’objet d’une promotion soutenue de la part du pouvoir politique).

                      En URSS, il y a 20 ans de cela, c’était l’athéisme (le genre particulier d’athéisme imposé en URSS avait un caractère réellement religieux) ; en Arabie Saoudite c’est l’Islam sunnite ; aux États-Unis, c’est le mondialisme ; en France, c’est la laïcité ; en Russie, c’est le christianisme orthodoxe ; en Israël, c’est le judaïsme. Etc, etc. Simplement, certaines de ces « religions » que je qualifierais de tartufes, refusent d’admettre leur nature religieuse, voilà tout.


                    • moebius 19 octobre 2011 00:40

                      mais pour en revenir il semble bien que l’objectif de nos politique est ou a été de nous faire croire à l’existence d’une économie global ,qui transcende nos misérable destiné et serait capable de relier nos existence punctiforme en une masse mais a part gérer le budget de leurs ministéres et faire des economie de trombonnes, de taxer les sodas..nt de fond et de piocher dans la caisse ou c’est pas trop syndiqué pour comme on dit rassurer les marchés qui sont énervés et peuvent vous gronder et vous donner une mauvaise note...moi je crois que le roi est nu et que le mouvement international dit des indignés est un mouvement de fond qui a vu que le roi est nu et a toute les meilleurs raisons du monde a s’indigner parce que ce monde est devenu un cirque dont pas méme les acteurs ne croit à l’existence de l’économie


                      • Bovinus Bovinus 19 octobre 2011 00:57

                        Merci pour vos commentaires.

                        Au sujet du mouvement dit des « Indignés », il me semble malheureusement que c’est du flan, et même bien pire : il s’agirait d’une vaste opération de propagande et de « récupération », menée simultanément dans la plupart des États occidentaux. C’est ce qui ressort de mes observations, que des gens plus compétents que moi confirment et développent par ailleurs : http://www.u-p-r.fr/actualite-facebook/manipulations-et-recuperation-qui-est-vraiment-derriere-les-%c2%ab-indignes-%c2%bb


                      • bert bert 19 octobre 2011 06:17

                        ZZZZzzzzz

                        à mon humble avis le concept de nation et d’état est un concept dépassé.....
                        cela ne mène qu’à des guerres stupides 

                        • kemilein 19 octobre 2011 14:19

                          le concept de nation ne peut être « dépassé »
                          - premièrement il n’a jamais été totalement appliqué (ni dans nos démocratures, ni dans les monarchies)
                          - deuxièmement parce que beaucoup de gens ne savent absolument pas ce qu’est qu’une Nation (vous le premier)

                          .

                          pourquoi le concept de Nation ne sera jamais dépassé par une espèce organique.

                          Une nation n’est pas un royaume ni un territoire, ce n’est pas une couronne ni un état. Une nation c’est le passage des Objets du Royaume aux Sujet de Droit.
                          un Objet subit, un Sujet agit.

                          la Nation c’est la constitution d’une fusion sociale/sociétale.
                          Pour faire simple ce sont des gens qui se mettent ensemble pour partager une vie commune/collective avec des règles communes. Et, pour que cette Nation en soit réellement une, chaque Sujet (acteur / citoyen/ personne) doit y être de son plein gré, et pour y être de son plein gré cela signifie qu’il doit être autonome-libre politiquement (être en capacité de décider d’appartenir ou pas)

                          pour faire encore plus simple les esclave grec n’était pas des Nationaux grecs. de même un basque, breton, corse indépendantiste n’est pas un National Français (puisqu’il ne veut pas faire communauté)

                          le concept de Nation n’a rien avoir avec une frontière géographique, même si comme je l’ai dit, une géographie = des comportements, donc deux géographies différentes = des comportement différents = probable impossibilité d’entente donc de nation (par dessus s’ajoute les imbéciles intérêts stratégiques). ce n’est pas la nation qui engendre les conflits mes les imbéciles-traites a qui ont laisse décider a notre place. c’est aussi d’autres peuples qui n’ont aucunement envie de progresser et préfère voler et piller leur voisin (USA, UE)

                          .

                          une Nation est forcément une démocratie (démosarchie)


                        • bert bert 19 octobre 2011 21:06

                          tu es sponsorisé par Israel ??????????


                        • Mr-J 19 octobre 2011 16:05
                          Ce qui apparaît à la fois à la lecture du manifeste du parti communiste et de votre article c’est la nécessité de redéfinir le tissu social de nos sociétés. 

                          Tout simplement parceque l’argent, n’est pas une valeur vertueuse du fait de son intérêt et qu’il s’avére être un frein à l’humanité, tel que l’illustre les situations de monopole ou encore de prohibition...

                          Le communisme à échoué selon-moi car il à préféré mettre en avant l’industrie lourde et militaire alors que si son objectif avait été plus consumériste il aurait été le pourfendeur idéal du capitalisme.

                          Aujourd’hui nos démocraties capitalistes surendetté ne doivent leurs salut qu’aux racquet de leurs propres populations, comme l’illustre le cas de la grèce. Si l’état à besoin de sa population pour survivre, ma question est la suivante : la population a t-elle besoin d’un état pour survivre ? Par la force des choses, une population ne semble pouvoir aujourd’hui se passer d’êtat. Elle serait une proie pour les autres états qui n’aurait aucune pitié a prendre les richesses du sol qui s’offrent à elle.

                          Et l’anarcho-communisme ? Là ça deviens intéressant, mais applicable qu’avec une refonte totale de nos sociétés : dans un premier temps juridiquement et économiquement. Car l’anarchisme peut se passer d’un état, mais une société ne peut se passer de justice. Enfin pour éviter que l’anarchisme ne soit qu’une forme encore plus brutale du capitalisme intervient la notion de communisme, une nation se doit d’être communiste pour être sûre d’assurer un développement harmonieux à son peuple. Coopératives d’états> utilisations des bénéfices des dites coopératives dans le secteur boursier> puis redistribution de la richesse à l’ensemble du prolétariat et aux projets créateurs d’emplois et le cercle vertueux sera alors amorcé. Enfin la cohabitation entre secteur public communiste, et secteur privé capitaliste est possible, toutefois le secteur privé aura forçément vocation à disparaitre ou du moins à se délocaliser.

                          Un état qui travaille avec et pour nous, c’est ça selon -moi : l’avenir.

                          Après je suis bien conscient d’éluder de nombreuses problématiques dans mon commentaire ; toutefois je suis preneur de toute critique concernant ma pensée.


                          • Bovinus Bovinus 19 octobre 2011 23:14

                            Mr-J
                            Enfin la cohabitation entre secteur public communiste, et secteur privé capitaliste est possible, toutefois le secteur privé aura forçément vocation à disparaitre ou du moins à se délocaliser.

                            C’est tout à fait possible, c’était même le système en vigueur en France en gros entre 1946 et 1973, voire 1983. La tendance à se « délocaliser » peut être enrayée à l’aide de nombreux mécanismes fort bien connus et ne serait nullement un problème (protectionnisme, contrôle sur les mouvements de capitaux, taxation raisonnable, lois sur les salaires - par exemple, les entreprises suédoises sont en vertu de la loi obligées de verser le même salaire à l’étranger qu’en Suède, ce qui casse net les velléités de délocalisation fondées sur le seul critère de réduction des coûts de main d’œuvre). La véritable difficulté consiste à pérenniser un tel système, ce qui nécessite l’implication soutenue des principaux intéressés - à savoir, les travailleurs.

                            Un état qui travaille avec et pour nous, c’est ça selon -moi : l’avenir.

                            Ce que je suggère dans ce papier n’est ni plus ni moins que de faire de sorte que tous les citoyens en deviennent « propriétaires » directement (sans passer par le Parti)... Les règles régissant cette propriété doivent bien entendu être redéfinies (il ne s’agit pas de transformer l’État en SARL et de distribuer les actions aux citoyens), ainsi que les règles de définition du capital : qu’est-ce qui est considéré comme étant du capital, et qu’est-ce qui n’en est pas ?

                            La démocratie directe et par tirage au sort est l’un des moyens d’y parvenir, l’institutionnalisation de privilèges et de statuts particuliers en est un autre. Il y a mille formes d’organisation socio-économique permettant d’atteindre un tel résultat. Le tout est de savoir distinguer l’essentiel du superflu et de cerner les vrais enjeux.


                          • Mr-J 4 novembre 2011 00:48

                            Le capital, c’est grosso modo tout ce qui rapporte :).

                            Industriel, spéculatif, locatif ect.

                          • Jason Jason 23 octobre 2011 09:43

                            Bovinus,

                            Je souscris à l’ensemble de vos arguments, même si la méthode génétique qui est la vôtre donne lieu à quelques longueurs.

                            J’apporterai un ou deux détails. Le capital social (noblesse, avantages de la naissance qui se poursuit dans nos pays qui ont aboli les ordres), ne peut être confondu avec le capital financier. Il y a là un glissement de sens. Souvenons-nous qu’il y avait (et qu’il y a aujourd’hui) des nobles ruinés, et de peu de pouvoir, qui cherchaient à « vendre » leurs titres à l’aide d’alliances familiales.

                            Deuxièmement, le capital est mobile avec une rapidité extraordinaire grâce à l’informatique, alors que le travail ne l’est pas. Le capital n’étant qu’un opportunisme de classe se satisfaisant de tous les régimes, il peut donc se fondre dans toutes les sociétés. Il a un côté protéiforme que le travail n’a pas.

                            Nous avons sous les yeux une défaite historique diluée sur au moins une centaine d’années, et qui met en évidence que dans le conflit Capital-Travail, c’est le Capital qui a gagné. Je parle de conflit, pas seulement moral (exploitation de l’homme par l’homme), mais au simple niveau comptable-financier. L’argent qui va au travail ne va pas aux profits. C’est mathématique.


                            • eric 23 octobre 2011 20:36

                              Excellente illustration qui nous rappelle les origiens intellectuelles de « l’anticapitalisme »
                              http://fr.wikipedia.org/wiki/Programme_en_25_points


                              • Defrance Defrance 6 novembre 2011 16:17

                                 Bon travail détaillé ! 

                                       Par contre il ne peut être compris que par TRES PEU de personnes et c’est bien là le problème. La grande masse des électeurs potentiels qui votent encore ou qui ont abandonné la démocratie ne peuvent malheureusement pas assimiler ces explications. 

                                 

                                    


                                • Le Chat Manul Le Chat Manul 17 novembre 2011 19:32

                                    Effectivement travail intéressant et, je trouve, bien rédigé. Faisant personnellement partie de « la grande masse », sans véritables connaissances sur ce dont il est question dans cet article, je comprends et j’assimile. Suffit de s’intéresser, de lire et de prendre son temps. 

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