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Des vertus du libéralisme équitable sur les échanges internationaux (1ère partie)

 

Cet article est le cinquième volet d’une étude visant à proposer « une Nouvelle Théorie du Libéralisme Equitable ». (http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=54588)

Les concepts développés précédemment (en particulier celui d’écosocionomie) sont consultables sur les articles déjà postés et repris en lien dans le texte.

On ne peut concevoir une rénovation en profondeur de nos économies sans faire une analyse globale des échanges internationaux et évoquer la place et le rôle de chacun des acteurs économiques dans le déroulement de ces échanges.

Un bilan de la situation actuelle nous permettra d’émettre des propositions visant à corriger les comportements non conformes au concept d’écosocionomie (voir le chapitre : « Des vertus du libéralisme équitable sur le développement durable » - http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=54637).

Dans cette première partie, nous traiterons du concept d’avantage comparatif au cœur de la théorie du Commerce International (démontrée par David Ricardo) ainsi que des comportements des agents économiques face à l’évolution des échanges. Mais justement parce que les conclusions de cette théorie affirment que la spécialisation productive est systématiquement gagnante pour le pays qui bénéficie d’un avantage comparatif, notre étude va démontrer que cet avantage comparatif est porteur de désordres écosocionomiques qui justifient son évolution vers une solution plus Equitable.

Où il est question des termes de l’échange !

Des facteurs de délocalisation des entreprises …

La recherche du meilleur avantage compétitif possible a conduit les entreprises à se délocaliser massivement au cours des dernières décennies. En particulier, la politique du « toujours plus à l’est » a contribué à redistribuer les cartes de l’économie mondiale en transférant capitaux et emplois des Etats Unis et de l’Europe de l’ouest vers l’Europe centrale et orientale (les PECO) et l’Asie (inde et chine en tête), ces derniers bénéficiant justement du meilleur avantage comparatif.

Ce qui est particulièrement frappant dans ce phénomène, c’est l’effet « boule de neige » qu’il induit puisqu’une part non négligeable des délocalisations concerne les sous-traitants des industriels, contraints d’être au plus proche de leurs clients du fait d’une gestion en flux tendus des approvisionnements (une forme de délocalisation forcée donc !). Ce phénomène est renforcé par la concentration croissante des entreprises. Et cette migration économique a eu d’autant plus de succès que dans le même temps les coûts de transport ont baissé et les techniques de communication se sont améliorées à tel point que leur incidence est devenue insignifiante sur la décision de délocaliser et sur le prix du produit final.

Qu’il s’agisse d’une délocalisation avec transfert total ou partiel d’activité ou d’un recours à de la sous-traitance (outsourcing), l’analyse des facteurs ayant conduit à ces délocalisations nous amène à un constat peu convaincant sur ce choix d’organisation.

Côté géographique, on relève que l’option de délocalisation n’est que rarement liée à un besoin de rapprochement de son marché puisque les biens produits à l’étranger sont ensuite réimportés pour être vendus sur leur marché d’origine. Pire même, les matières premières (voire semi-finies) sont bien souvent acheminées vers le lieu de production délocalisé pour être seulement assemblées puis réexpédiées vers le pays d’origine de l’entreprise ! En poussant ce schéma à l’extrême, dans le cas des matières premières, l’extraction ou la récolte se fait dans les pays en développement, puis les matières premières partent vers un pays tiers pour un passage par la « case subventions », retournent vers le pays d’origine pour une première transformation, repartent ensuite vers le pays d’origine de l’entreprise pour conditionnement et étiquetage et éventuelle transformation finale puis sont ensuite revendues dans le monde entier, incluant le ou les pays dans lesquels les produits ont déjà transité (…).

Peu convaincant disions nous !

Côté technologique, la situation est beaucoup moins tranchée. En effet, si dans un premier temps les délocalisations se sont essentiellement tournées vers les pays à main d’œuvre peu coûteuse et non qualifiée (Maghreb, Asie), une seconde vague de délocalisations s’est plus concentrée sur la recherche de conditions d’accueil favorables à un apport de valeur ajoutée par de la main d’œuvre plus qualifiée (Inde par exemple). On peut donc affirmer que sur ce plan les délocalisations concernées permettent de retenir les plus qualifiés dans leur propre pays, favorisant ainsi le maintient d’emplois qualifiés sur le territoire ainsi que l’apparition d’une génération de cadres et dirigeants d’entreprises locaux. Mais cet impact positif pour les pays d’accueil des Investissements Directs Etrangers (IDE) a sa contrepartie : le dumping social et la diminution massive d’emplois dans les pays développés (nous avons déjà abordée cette question dans le chapitre « emplois et revenus »).

Qu’ils soient géographiques ou technologiques, les facteurs ayant conduit une entreprise à délocaliser son activité ont toujours comme sous-jacent la course à la compétitivité, considérée comme référence première de performance de l’entreprise dans un monde où seule compte la rentabilité des capitaux investis. A défaut de marges élevées, on recherche les volumes pour faire des économies d’échelle, ouvrant ainsi la voie à des phénomènes massifs de concentrations industrielles. Et dans ce schéma, les entreprises qui délocalisent ont un poids suffisant pour négocier leur arrivée dans les pays en développement à « coût » de subventions tout aussi massives !

Concentrations, compétitivité, économies d’échelles ... autant de facteurs qui poussent à la surproduction face à une société de consommation à outrance…

… et des dangers de la Spécialisation Productive pour les nations.

On conçoit évidemment l’intérêt immédiat en termes de compétitivité pour les entreprises qui pratiquent les délocalisations. Cette situation n’est cependant pas sans danger pour les pays partisans de la théorie de l’avantage comparatif de David Ricardo. En effet, si deux pays profitent de leur avantage comparatif pour se spécialiser chacun dans une production qu’il va écouler auprès de l’autre, tout changement d’habitude de consommation ou de production de l’un des pays entrainera inévitablement un désordre dans l’autre pays. Que les commandes baissent et le pays producteur risque de se retrouver en surcapacité de production. Qu’un autre pays propose un avantage comparatif supérieur (évolution des termes de l’échange) et l’entreprise risque de retirer ses investissements pour les relocaliser, laissant le pays déstabilisé.

Reproduits à l’échelle d’une économie mondialisée, ces risques se déclinent pour chacune des hypothèses de base de cette théorie.

Prenons pour commencer la valeur travail. Un des premiers effets induits par la présence d’investissements étrangers dans un pays (surtout un pays en développement) est la hausse des salaires. En effet, non seulement l’entreprise étrangère qui arrive créé un effet d’aubaine sur le marché de l’emploi, mais elle se retrouve elle-même rapidement confrontée à l’augmentation des salaires des entreprises présentes sur le marché qui veulent éviter de perdre leur propre main d’œuvre. Les salariés eux-mêmes savent jouer de cet effet autorisant des hausses de salaires importantes et rapides à chaque changement d’emploi. De positif, cet impact se retrouve donc être un élément de danger pour le pays accueillant des IDE puisque l’entreprise étrangère devra à nouveau se poser la question de son avantage compétitif face à cette variation de la valeur travail dans le pays. Nous y reviendrons un peu plus loin dans ce chapitre pour un bilan social global.

Concernant la concurrence, afin de valider la théorie de l’avantage comparatif, l’hypothèse de David Ricardo est quelle doit être parfaite (…). Faisons court sur ce point qui pourrait mériter à lui seul un chapitre complet : la concurrence parfaite n’existe pas ! Des 5 conditions qui la définissent (atomicité des agents, homogénéité des produits, transparence, libre entrée et libre sortie, libre circulation des facteurs de production), aucune n’est réalisable dans notre modèle de société mondialisée. Sur ce point particulier, on peut donc affirmer que l’on se trouve aujourd’hui confrontés à des mécanismes de distorsion de concurrence permanents qui ajoutent aux dangers évoqués plus haut un risque de pérennité des entreprises, et donc de déstabilisation des nations ; d’une part, du fait de la très forte mobilité des facteurs de production et d’autre part du fait de la chute conséquente des marges commerciales que ces distorsions de concurrence entrainent.

Troisième hypothèse : la productivité doit être constante ! Evidemment, le contexte de la fin du 18eme et du début du 19eme siècle ne permettait pas à David Ricardo de voir l’économie sous l’angle actuel. Sans doute sa théorie n’aurait-elle sinon jamais vu le jour ! Depuis, le progrès technique et l’automatisation des tâches, accélérés l’un et l’autre par l’avènement de l’informatique, n’ont cessé d’accroitre la productivité du travail pour mieux contribuer à la productivité du capital …

Enfin, l’immobilité des facteurs de production (quatrième hypothèse de cette théorie), irréaliste de nos jours, achève de nous convaincre qu’une nouvelle conception du Commerce International doit être théorisée en recourant bien sûr au concept d’écosocionomie.

L’écosocionomie au cœur de la réforme des échanges internationaux

Au delà de la question des délocalisations, on l’a donc bien compris, les termes de l’échange sont porteurs de déséquilibres voire source de désordres économiques. En effet, le commerce international porte bien en lui des germes de crise permanente puisque par construction, et fort du concept de l’avantage comparatif, il autorise chaque pays ouvert à cette pratique à consommer plus qu’il ne produit ou à produire plus qu’il ne consomme. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que la mondialisation ait accrus les désordres économiques, à la fois pour les pays les plus développés et pour les pays en développement, en favorisant la multiplicité des échanges et l’accroissement de la concurrence. Afin d’identifier toute piste de proposition à même de résoudre cette situation, mettons l’écosocionomie au cœur de l’analyse et identifions les incidences, Ecologiques, Sociales et Economiques des choix géographiques et technologiques retenus dans les termes de l’échange.

Un bilan Ecologique désastreux.

Dans le chapitre « Des vertus du Libéralisme Équitable sur le Développement Durable », nous avons opposé les concepts d’éconologie (l’écologie économique) avec celui d’écolonomie (l’économie écologique) pour aboutir à la conclusion que la notion de développement durable avait vécue et que le concept d’écosocionomie devait désormais s’imposer comme une norme ! Mettre en parallèle, l’écologie, le social et l’économie dans toute décision au niveau d’un état, d’une entreprise, d’une association et même d’un particulier doit devenir une évidence. A défaut, comme c’est le cas actuellement et depuis toujours, on en arrive à des prises de décisions dont les arbitrages favorisent inévitablement le seul facteur économique, et en particulier l’impact capitalistique de ces décisions afin de répondre à l’exigence (…) de croissance.

Pour commencer, notre vie au quotidien génère de la pollution ! Pollution de l’eau, de l’air, du sol, radioactive, sonore et même visuelle … Le constat a été établi de longue date et le propos n’est pas d’en faire une revue, mais plutôt de traiter des causes de cette pollution pour proposer des alternatives crédibles en termes écosocionomiques.

Dans le cas particulier d’une délocalisation, si l’on soustrait bien la part de pollution des pays d’origine des entreprises qui se délocalisent, on la rajoute cependant dans le pays de délocalisation. Le bilan est donc à somme nulle vu sous cet angle. Cependant, si l’on prend en compte certains facteurs annexes, ce bilan se dégrade rapidement.

Pour ne pas entrer dans un inventaire à la Prévert, nous nous contenterons de relever les éléments principaux qui justifient à eux seuls de la nécessité d’un changement de modèle :

1- des contrôles bien souvent moins contraignants au niveau de la pollution dans les pays en développement

2- l’accroissement du nombre de déplacements requis pour les échanges commerciaux issus d’une opération de délocalisation (voir plus haut).

3- l’impact direct de la pollution sur la santé du fait de la cohabitation et de la concentration des facteurs de production.

Il y a donc indéniablement un coût écologique global à ces délocalisations !

Face à ce constat, on peut légitimement s’étonner que l’existence même d’agents polluants apparaisse comme une fatalité dans notre modèle de société ou l’on s’attache plus à « lutter » contre les conséquences de la pollution (taxe carbone par exemple) qu’à en supprimer les causes ! Et encore, ne le fait-on que dans une moindre mesure. De la sorte, on privilégie bien sûr la productivité du capital en laissant à la charge de la collectivité le coût de son traitement !

Un coût social intenable.

Côté social, le bilan est simple : moins d’emplois dans les pays en développement, donc plus de charges publiques pour le traitement social du chômage ou plus de pauvreté en l’absence de mesures d’accompagnement, mais plus d’emplois dans les pays en développement ! Cependant, contrairement aux apparences, l’équation n’est pas à somme nulle, mais affiche un solde négatif !

En effet, si l’on considère le nombre d’emplois créés dans les pays en développement, la somme est bien sur positive (à travail équivalent une délocalisation créée généralement plus d’emplois – question de choix technologiques et de savoir-faire). Mais si l’on raisonne en salaire, on relève que la somme globale versée est alors inférieure à celle qui aurait été versée dans le pays d’origine. Il y a donc une réallocation de richesse au profit quasi-unique des actionnaires, étrangers en majorité.

Par contre, pour le pays « bénéficiant » d’IDE il en résulte la création d’une classe moyenne locale qui a un effet de richesse sur le pays puisque, toute proportion gardée, les salaires versés par les entreprises étrangères excédent généralement les salaires locaux moyens. Toutes choses égales par ailleurs, le phénomène de délocalisation apporte donc un effet de richesse apparente dans le pays bénéficiaire d’IDE … apparente seulement et toutes choses ne sont pas égales par ailleurs.

En effet, plusieurs risques majeurs menacent les pays concernés. A court terme, l’apparition d’une classe moyenne-supérieure créée un effet d’éviction pour les « laissés pour compte » de la croissance du pays, augmentant de fait les inégalités. Prenons en exemple l’accès au logement et le coût de l’alimentation qui sont tous deux des facteurs représentatifs de ces inégalités. Dans certains cas, une part infime de la population s’enrichie à l’extrême (apparition de multimilliardaires en Chine et en Russie par exemple), faisant apparaitre des disparités sociales plus grandes encore dans le pays. A moyen-long terme, lorsque l’avantage comparatif du pays se réduit par l’effet de richesse généré par les IDE, ce sont les forces vives les mieux formées qui profitent de leur niveau de formation et de compétence accrues pour quitter le pays. Avec leur départ et celui des entreprises étrangères, les plus pauvres se retrouvent encore plus démunis. Il faut en effet ajouter à la perte d’emploi liée aux départs d’entreprises, la disparition d’un ensemble de facteurs de rémunérations apparus précédemment avec la hausse du niveau de vie de la classe moyenne-supérieure : services et soins à la personne, livraisons à domicile … autant de tâches favorisant la rémunération d’emplois non qualifiés. Et s’il n’en était pas autrement avant l’arrivée des IDE, leur départ génère pourtant une frustration susceptible d’entrainer une crise sociale sous-tendue par les espoirs déçus de l’effet de richesse apporté précédemment.

Des résultats économiques à l’opposé de l’objectif visé.

Mesurer le gain d’une délocalisation est aisé : main d’œuvre moins chère et coûts de transport et logistique insignifiants permettent indéniablement de faire ressortir une marge plus grande pour l’entreprise qui délocalise et répondent ainsi à la principale motivation des délocalisations : la recherche continue de coûts de production de plus en plus compétitifs ! Dans ces coûts de production la seule valeur salaire (incluant les charges sociales) suffit d’ailleurs depuis des décennies à motiver les délocalisations !

Hormis le risque politique ou l’effet défavorable des taux de change, l’opération une fois amortie (bien souvent à l’aide de subventions locales par ailleurs) est donc rentable ! Sinon, à quoi bon …

Pourtant, ce schéma met en danger les pays trop spécialisés lorsque les investissements étrangers se délocalisent. En effet, dans un premier temps, les salaires versés par les investisseurs étrangers ainsi que les investissements eux-mêmes entrainent inévitablement des bouleversements dans la structure des prix des biens de consommation du pays. En cas de reflux de ces investissements, le pays se retrouve donc immanquablement avec des dettes qui ne trouvent plus leur contrepartie en revenus !

Ce phénomène a été particulièrement amplifié ces dernières décennies avec l’essor du crédit insuffisamment maitrisé. En effet, côté ménages, ces crédits ont entrainés des dépenses supérieures à la capacité réelle d’achat des consommateurs qui ont générées elles mêmes des investissements côté entreprises dans des proportions supérieures aux besoins réels. Ce mécanisme place donc les pays les plus consommateurs dans une spirale d’endettement, tandis que les pays les plus producteurs, sont pris en otages de leur spécialisation productive.

Parallèlement, on peut relever les dégâts causés par les IDE aux nations « accueillantes ». Car pour accueillir des IDE, il faut aussi disposer d’infrastructures dont sont rarement dotées les pays en développement concernés. De fait, cette évolution de l’environnement des affaires (construction de routes, de voies ferrées, d’aménagements urbains …) a un coût. Et le prix à payer passe invariablement par l’endettement des états. Résultat : avec l’accroissement des déficits budgétaires et de la dépendance aux capitaux étrangers, les pays bénéficiant (…) d’IDE se retrouvent otages d’un système qui les obligent à une croissance continue des investissements leur permettant d’amortir les dépenses engagées (incluant les subventions offertes aux entreprises étrangères pour les faire venir sur le territoire). Ce n’est malheureusement pas souvent le cas, surtout en cas de perte de l’avantage comparatif !

On peut donc en conclure que le concept même d’avantage comparatif doit évoluer afin, au moins, de supprimer les risques évoqués ci-dessus.

La seconde partie de cet article traitera donc :

« Du concept d’avantage comparatif au modèle de Production Equitable. »


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