Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Economie > Dette : en finir avec la malédiction de Sisyphe

Dette : en finir avec la malédiction de Sisyphe

C'est souvent dans les vieux pots qu'on fait les meilleures confitures. Que Michel Rocard ne se vexe pas de cette métaphore hasardeuse. Mais, la tribune qu'il a cosigné cette semaine dans les colonnes du Monde avec Pierre Larrouturou constitue un rayon de soleil à l'aube d'une année annoncée comme particulièrement sombre au plan économique. Les deux signataires proposent un dispositif alternatif à la fuite en avant dans l'austérité.

Si Sisyphe fut condamné à faire rouler éternellement, dans le Tartare, un rocher jusqu'en haut d'une colline dont il redescendait chaque fois avant de parvenir à son sommet, les gouvernements du vieux continent doivent eux, dans l'odyssée européenne, refinancer à un taux toujours plus élevé des dettes souveraines qui ne cessent de croître.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ça peut effectivement durer longtemps. Très longtemps. Déjà quatre ans d'ailleurs. Alors, que faire ? Se résigner en serrant jour après jour un peu plus la vis où, chercher à briser ses chaînes par des dispositions sinon révolutionnaires, au moins innovantes ?

Partants de l'exemple américain, Pierre Larrouturou et Michel Rocard proposent une solution de bon sens. Schématiquement, faire baisser le prix de la dette en permettant à la Banque Centrale Européenne (BCE) de prêter aux Etats à un taux voisin de zéro, via un intermédiaire, la Banque Européenne d'Investissement (BEI), pour respecter les traités de l'UE.

Pierre Larrouturou et Michel Rocard pointent le caractère incongru de la situation actuelle. "Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ?" écrivent-ils notamment. On ne saurait leur donner tort.

Il est surprenant que dans une campagne présidentielle aussi terne, cette suggestion ne retienne pas plus l'attention. Comme si, nos chicaillas internes avait plus d'intérêt que de sortir de ce que Paul Krugman définit comme, "la spirale de la mort".

On a maintes fois souligné, ici ou là, la médiocrité de la classe politique européenne. Avec raison. Les deux auteurs servent une esquisse de solution sur un plateau et, rien. Les caciques de la finance européenne reconnaissent la faisabilité juridique mais arguent de difficultés techniques. Leur scepticisme est essentiellement fondé sur la crainte de renouer avec l'inflation. Une position dogmatique de boutiquier qui équivaut à préférer mourir ruiné que de prendre le risque de vivre avec de l'inflation.

L'opposition de la BCE et de Berlin à la proposition semble acquise en raison du risque de hausse de l'inflation, mais également parce qu'ils préfèrent que les Etats adoptent leurs mesures d'austérité dans une approche punitive à l'égard des peuples cigales. Un tel constat interpelle sur le mode de gouvernance européen. On nous vantait hier la joyeuse cacophonie démocratique des institutions européennes. On découvre aujourd'hui que cette impuissance politique organisée nous livre pieds et poings liés aux trésoriers de l'UE, BCE et Allemagne avec, en arrière-plan, les marchés.

Or ces derniers facturent au prix fort l'inaction européenne. Les taux d'intérêt flambent chez nous mais pas aux Etats-Unis, malgré une dette abyssale de 15 000 milliards $, grâce à l'action du Trésor qui a fait le choix de la monétariser. A l'inverse en Europe, les déficits publics s'autoalimentent en raison de l'endettement et des taux d'intérêt de ces emprunts. Pour la seule France, la charge de la dette a augmenté de 55% en cinq ans et devrait friser les 2 000 milliards € fin 2012.

Dans ce cercle vicieux, les banques à l'inverse des peuples ont trouvé un bouclier. Les démocraties se trouvent aujourd'hui menacées par un cinquième pouvoir qu'elles n'ont pas vu venir : celui des banques. Ce qui nous renvoie à la citation de Roosevelt évoquée par Michel Rocard et Pierre Larrouturou dans leur tribune "Etre gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé".


Moyenne des avis sur cet article :  4.06/5   (17 votes)




Réagissez à l'article

12 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 6 janvier 2012 17:59

    C’est vrai que le financement part la BCE au lieux des banques privés est indisdensable, mais au dela de ça, Sarkozy c’est 196 milliards de recettes en moins en 2009 et 5 années de pertes de recettes non compensées. En France, nous n’avons pas de problème de dette, nous avons un problème Sarkozy.
    Voir :
    http://2ccr.unblog.fr/2011/12/21/comment-sarkozy-nous-endette/


    • Gandalf Claude Simon 6 janvier 2012 18:45

      La proposition de Rocard et Larrouturou est foncièrement logique et saine car les services publics n’ont pas vocation à faire de bénéfices, et donc n’ont absolument pas vocation à verser des intérêts pour leur financement.


      L’argument inflationniste des allemands ne tient pas une seconde si l’on en croit J Sapir, pour qui le risque inflationniste n’apparait que lorsque les moyens de production sont utilisés à la limite de la surchauffe. Avec des taux de chomage réels de 20-30% dans certains pays d’Europe du Sud, on en est loin (les US d’après le quantitative easing 2 non plus).

      L’Allemagne semble au contraire arc-boutée sur tout ce qui a fondé l’idéologie anti-nazi, à savoir en autres la décision par les américains de fonder en 1948 une banque centrale allemande indépendante et ne pouvant financer l’état afin de ne pas pouvoir se permettre un futur effort de guerre par la planche à billets, ce dont Schacht avait usé et abusé pendant les années hitlériennes.

      Mais il est de plus en plus inquiétant de constater que l’Europe ne trouve pas d’issue à cette crise. Et il semble de plus en plus clair que cette crise est intentionnelle, afin de perpétuer une idéologie ultra-libérale de démembrement de la puissance publique et de mise sous tutelle du citoyen aux manipulateurs de marché. En tout les cas, c’est bien à cela qu’elle profite.



        • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 6 janvier 2012 19:12

          Votre papier est intéressant car il traduit un état de l’actualité du monde politique et des médias qui va dans le bon sens, celui de la raison.

          Mais ici sur Agoravox, il a un je ne sais quoi d’inactuel, comme si vous sembliez tombé de la dernière pluie.

          Comme si vous n’aviez aucune connaissance de tout ce qui s’est écrit ici sur la dette, son origine, la loi Rotschild de 1973, les articles afférents des traités européens qui ont suivi.

          Rocard et al. propose que l’autorité publique crée de l’argent gratos pour le peuple au lieu que ce soit pour les banques.

          Super !

          Mais sachez que ça fait des lustres que des gens bien informés écrivent des livres à ce sujet (André-Jacques Holbecq par exemple) ou des articles que l’on trouve à gogo sur Agoravox.

          Donc bravo, l’info est intéressante, mais faites svp un petit plus de liens avec ce qui se fait ici, et ça serait top !

          Au demeurant, je pense que je pourrais faire la même remarque à l’article de Koutouzis, mais j’ai la paresse.


          • Robert GIL ROBERT GIL 6 janvier 2012 19:30

            Exact, voici un petit rappel : en 1971 R. Nixon abandonne l’étalon or, il n’y a plus de contrepartie métallique à la monnaie émise. L’argent n’aura dorénavant que la valeur de la confiance qu’on lui accorde ! En 1973 V.G.D’Estain et G. Pompidou réforment la banque de France en lui interdisant toute possibilité d’avance au trésor, la banque de France perd alors son rôle de service public. En 1976 R. Barre décide que l’état payera les intérêts de sa dette au delà du taux d’inflation. En 1993, F. Mitterrand et J. Chirac en application du traité de Maastricht décident que l’état doit obligatoirement passer par les banques privées pour se financer : pour elles c’est le jackpot !
            voir :
            http://2ccr.unblog.fr/2011/05/07/creation-dargent-et-endettement-public/


          • JL JL1 6 janvier 2012 22:08

            Bonjour H. Moreigne, vous auriez pu en dire plus.

            Lisez ou relisez la proposition de Pierre Larouturou et Michel Rocard, tribune parue dans lemonde.fr

            Extrait : "Il faut en finir avec le deux poids, deux mesures : en nous inspirant de ce qu’a fait la banque centrale américaine pour sauver le système financier, nous proposons que la « vieille dette » de nos États puisse être refinancée à des taux proches de 0 %.

            Il n’est pas besoin de modifier les traités européens pour mettre en œuvre cette idée : certes, la Banque centrale européenne (BCE) n’est pas autorisée à prêter aux États membres, mais elle peut prêter sans limite aux organismes publics de crédit (article 21.3 du statut du système européen des banques centrales) et aux organisations internationales (article 23 du même statut). Elle peut donc prêter à 0,01 % à la Banque européenne d’investissement (BEI) ou à la Caisse des dépôts, qui, elles, peuvent prêter à 0,02 % aux États qui s’endettent pour rembourser leurs vieilles dettes.« 

            Citation : » Être gouverné par l’argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé" ( Roosevelt.)


            • ObjectifObjectif 7 janvier 2012 02:15

              "Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ?"

              Certes, mais si c’est anormal pour les états, c’est encore plus anormal pour les citoyens de s’endetter par les intérêts, tout en voyants leurs revenus réduits par l’inflation monétaire (800% depuis 1980 dans la zone euro). cf http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/bancopoly-le-jeu-qui-fait-fureur-102959


              • Taverne Taverne 7 janvier 2012 12:18

                La Bête, madame la Dette, a planté ses incisives dans la chair du nain Sisyphe : « souffre, souffre ! souffre ! », « sacrifice, sacrifice, sacrifice ! » Et l bon peuple qui ne demande que ça vote pour des banquiers, pour les amis des riches. Et le peuple Sisyphe atteint l’extase « oui ! Oui ! Encore, encore, madame la Dette ! »


                • ObjectifObjectif 7 janvier 2012 12:42

                  Car la perversité c’est bien que c’est le citoyen qui demande un crédit au banquier privé...


                • karina 7 janvier 2012 14:03

                  euro shima mon desamour

                  soulignons les propos « apocalyptiques » de Nicolas Sarkozy rapportés dans les médias anglo saxons : Sarkozy menace de guerre en cas d’échec de l’Euro : « la fin de l’EURO SERAIT LA FIN DE L’EUROPE et LA FIN DE LA PAIX » .

                  • Aldous Aldous 7 janvier 2012 14:36

                    Article qui a le bon goût de parler enfin du véritable problème qui est le fait que les états empruntent à des taux usuraires alors que les banques privés bénéficient d’un taux préférentiel.

                    L’interet de l’article est moins clair puisque Le Monde a déjà ouvert ses colonnes à Rocard et Larrouturou. Ca fait un peu perroquet non ?

                    Mais bon, vu les inepties économiques usuelles qu’on lit dans la presse « autorisée » on ne va pas vous jeter la pierre si cet éclair de lucidité partiel vous inspire un article ici.

                    Là ou le bas blesse, c’est que nos deux compères ne proposent que de desserrer le licol qui nous étrangle.

                    Une bouffée d’air qui permettra juste à la bête de somme Etat-Nation de ne pas crever tout de suite, vu que le gouvernement supranational n’est pas encore opérationnel.

                    Si cela suffit à éclairer votre hiver, qu’est-ce que ça sera si vous découvrez que nous n’avons pas besoin de licol.

                    L’état a le pouvoir régalien de battre monnaie et l’a fait jusqu’à l’abandon de ce pouvoir par les lois Giscard-Pompidou en France, mais avant ça par la fondation de la Fed aux USA et encore avant par l’établissement de la Bank Of England en GB.

                    Si l’état ne le fait pas c’est qu’il a été assujetti au cartel bancaire international par ses élites, volontairement ou non.

                    Sinon, même à 1% cette dette n’est pas remboursable car elle n’est la contrepartie d’aucune richesse crée.

                    Il s’agit juste d’un transfert permanent, intenable et injustifié de liquidités du secteur publique vers le cartel bancaire.

                    Autrement dit un impôt généralisé prélevé en faveur de bénéficiaires privés illégitimes.


                    • Taverne Taverne 7 janvier 2012 15:08

                      Parfois perçu comme le gonflant de Sainte-Honorine, Rocard a parfois comme ça des idées audacieuses. Comme le RMI, la CSG...De toute façon, il vaut mieux être perçu comme un gonflant que comme un gros flan.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès