
Faut-il être indifférent, voire hostile, à la solidarité nationale, du fait qu'il s'agit d'une forme locale de solidarité, n'engageant qu'un groupe limité d'humains, auquel certains appartiennent et d'autres n'appartiennent pas ? Et faut-il donc considérer les formes locales de solidarité comme autant d'égoïsmes, et vouloir les remplacer toutes par une unique grande solidarité mondiale ? Faut-il chercher à préserver la prospérité de son pays, même si c'est parfois un peu aux dépens des prospérités des pays du reste du monde ? Ou faut-il au contraire être toujours d'accord, pour sacrifier la prospérité de son pays à celles des pays du reste du monde ? Enfin, surtout si l'on tient à la solidarité nationale et à la prospérité de son pays, faut-il chercher aussi à s'engager dans des formes de solidarité avec le reste du monde, qui soient compatibles avec la solidarité nationale et la préservation de la prospérité de son pays ? Ou faut-il considérer de telles formes de solidarité avec le reste du monde, comme autant d'hypocrisies, ou au contraire, comme autant de dépenses inutiles pour les habitants du pays ?
C'est à ces questions qu'on finit naturellement par arriver, quand au départ on discute de la politique commerciale de la France, en se demandant : si la France devrait mettre des taxes sur les biens importés des pays émergents, compensant la différence de coût du travail entre eux et nous, afin que sur le marché français, les produits français ne soient plus pénalisés par le coût du travail en France (avoir une politique commerciale protectionniste) ; ou si au contraire la France devrait continuer à ne pas mettre de telles taxes (avoir une politique commerciale libre-échangiste, comme celles du gouvernement actuel et des gouvernements précédents depuis 40 ans). La signification profonde du protectionnisme, est en effet une restauration de la solidarité nationale et de la prospérité de l'économie française (et notamment, un retour du plein emploi en France). Le protectionnisme pouvant ensuite s'accompagner d'un certain nombre d'actions nationales de solidarité avec le reste du monde, qui restent compatibles avec lui.
Il y a donc deux manières d'être incapable de concevoir le protectionnisme, autrement que comme un égoïsme. Il y a la manière de celui qui est indifférent ou hostile au protectionnisme, parce qu'il trouve que les formes locales de solidarité, ainsi que la volonté de préserver la prospérité de son pays, sont des égoïsmes ; celui-là trouve aussi que des formes de solidarité avec le reste du monde, qui seraient compatibles avec la solidarité nationale et la préservation de la prospérité du pays, sont des hypocrisies. Et il y a la manière de celui qui est favorable à du protectionnisme, mais qui trouve aussi que ce serait une dépense inutile, de l'accompagner de formes de solidarité avec le reste du monde, qui seraient compatibles avec lui.
Des formes de solidarité avec le reste du monde, qui seraient incompatibles avec le protectionnisme, sont incompatibles avec la solidarité nationale et la prospérité du pays : elles sont inacceptables par tous les français qui tiennent à vivre durablement dans le bien-être, et donc elles sont irréalisables dans un pays démocratique (la très grande majorité des français tenant à vivre durablement dans le bien être). Celui qui est indifférent voire hostile au protectionnisme, accompagné d'actions nationales de solidarité avec le reste du monde compatibles avec lui, est donc finalement, indifférent ou hostile aux seules formes réalisables de solidarité. Comble d'absurdité : c'est au nom de la solidarité (avec le reste du monde), qu'il est indifférent ou hostile aux seules formes réalisables de solidarité (solidarité nationale et solidarité avec le reste du monde compatible avec le protectionnisme).
Des formes de protectionnisme qui ne seraient pas accompagnées d'actions nationales de solidarité avec le reste du monde, sont éthiquement inacceptables, et donc elles aussi, irréalisables dans un pays démocratique (la très grande majorité des français étant sensibles à l'éthique). Celui qui est favorable au protectionnisme, mais indifférent ou hostile à des formes de solidarité avec le reste du monde, compatibles avec lui, est donc finalement indifférent ou hostile aux seules formes de protectionnisme qui seraient réalisables. Comble d'absurdité encore : c'est au nom de son bien-être (éviter des dépenses inutiles en faveur du reste du monde), qu'il est indifférent ou hostile aux seules formes réalisables de préservation de son bien-être (du protectionnisme accompagné d'actions nationales de solidarité avec le reste du monde).
Par ailleurs, l'indifférence ou hostilité au protectionnisme, au nom de la solidarité avec le reste du monde, est de manière consciente, une indifférence ou hostilité à la préservation du bien être de notre pays. Tandis que l'indifférence ou hostilité, pour ne pas faire de dépenses inutiles, à l'accompagnement du protectionnisme par des actions nationales de solidarité avec le reste du monde, est de manière consciente une indifférence ou hostilité à toute forme de solidarité.
Ainsi, les deux manières d'être incapable de concevoir le protectionnisme autrement que comme un égoïsme, sont unies dans une même action destructrice : toutes deux agissent contre la préservation de soi et contre la solidarité, soit en les négligeant ou les combattant consciemment, soit en croyant les défendre (comble d'absurdité).
Dans la suite, je rappelle d'abord pourquoi la solidarité nationale, et la prospérité de notre pays (notamment le retour au plein emploi), sont impossibles sans protectionnisme. Puis je rappelle quelles formes de solidarité avec le reste du monde, compatibles avec le protectionnisme, on peut imaginer.
Dans un billet précédent, j'avais décrit deux positionnements assez abstraits, sur un questionnement assez abstrait de philosophie morale : deux manières de croire que l'amour de soi est un désamour des autres. Les deux manières de croire que la solidarité nationale et la préservation de la prospérité du pays, sont des égoïsmes vis à vis du reste du monde, sont des incarnations concrètes et actuelles, de ces deux positionnements abstraits. Je montre donc enfin, tout ce que ces incarnations concrètes et actuelles, héritent de ces positionnements très abstraits dont elles sont des incarnations.
Le protectionnisme : une restauration de la solidarité nationale et de la prospérité du pays.
Il n'est pas possible de relancer l'économie française de manière ambitieuse, c'est à dire avec un objectif de retour au plein emploi, sans protectionnisme : c'est ce que j'avais montré dans ce billet (et avec plus de détail, dans une série composée de celui-ci, sur la loi de Thirlwall, puis celui-là, sur le multiplicateur keynésien en économie ouverte ; j'avais aussi écrit ce billet sur le coût en emplois du libre-échange).
Le libre-échange coûte considérablement cher aux travailleurs français exposés à la concurrence des pays émergents (souvent les plus pauvres), tout en ne coûtant rien, et même profitant, aux français qui ne sont pas exposés à cette concurrence (souvent les plus riches). Envisagé comme une action de notre pays pour aider le reste du monde, le libre-échange serait donc une aide au reste du monde, dont le coût ne se répartit pas du tout équitablement aux habitants de notre pays. C'est pourquoi il est une destruction de la solidarité nationale, comme je l'avais montré dans ce billet (et aussi dans celui-là, plus en détail).(1)
Les formes de solidarité avec le reste du monde, qui sont compatibles avec du protectionnisme.

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24/09 14:43 - samuel_Bonjour Samuel, intéressante réflexion que vous nous présentez là. De mon point de vue, et (...)
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