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Du libéralisme dans les transports ferroviaires…

Propos tenus lors du Congrès Fédération Internationale des Transports (ITF) Août 2010 sur les transports ferroviaires dans le monde...

En Europe et sur d’autres continents, l’histoire se répète pour les transports ferroviaires. Après la création du mode ferré et sa prise en main par des intérêts privés, ceux-ci ont failli dans le développement du transport ferroviaire et la prise en compte de l’intérêt général. C’est la raison pour lesquels les chemins de fer ont été nationalisés.
 
Depuis trois décennies, un vaste mouvement de libéralisation et de privatisation touche aussi bien l’exploitation que les infrastructures.
Sous couvert de facilités budgétaires, les Etats n’hésitent pas à solliciter (voire à supplier) des investisseurs privés pour qu’ils prennent leur part de profit dans le secteur ferroviaire
 
La forme la plus subtile, la plus dangereuse et la plus aboutie, de cette lame de fond est le « Partenariat Public Privé » qui permet surtout au secteur privé de prendre très peu de risque financier avec la garantie de la puissance publique. Ce financement est dangereux car il présente la finalité d’une privatisation des infrastructures ferroviaires sans jamais prononcer le nom. Et de récréer les compagnies privées qui possédaient autrefois un monopole sur l’exploitation et la propriété des voies ferrées.
 
Pour la CFDT, organisation française intervenante durant la conférence ferroviaire de l’ITF, le mouvement syndical international doit combattre cette libéralisation qui présente aussi l’inconvénient de n’être intéressé que par les segments à très fort trafic en délaissant les autres voies ferrées sacrifiant ainsi la capillarité du réseau.
 
Pour ce syndicat, ce chemin conduit à de nouvelles fermetures de gares et la dépose de centaines de kilomètres de rail.
 
La capillarité est, selon la CFDT, ce qui forme l’attrait essentiel pour la concrétisation d’une vraie politique publique de développement durable et d’aménagement des territoires pour en finir avec l’hyper concentration urbaine.
 
Le syndicat français n’a pas manqué de saluer la combativité des cheminots estoniens et néo-zélandais qui montre que la reprise par le contrôle public des réseaux ferroviaires est possible. C’est en partie, selon la FGTE-CFDT, la solution pour les défis environnementaux et sociaux planétaires.
 
Depuis 20 ans, le dogme de la « concurrence libre et non faussée » appliqué dans l’Union Européenne provoque des conséquences dangereuses pour le chemin de fer.
 
La législation européenne oblige les entreprises nationales ferroviaires à se restructurer en groupe et à démembrer une large partie de leurs activités nationales pour favoriser de nouveaux opérateurs naissant et privés. Les sociétés nationales se transforment en groupe constitués d’une multitude de filiales qui sont autonomes voire très éloignées de tout discours et pratiques sociales et sociétales de l’entreprise mère originelle.
 
Les groupes ferroviaires européens - et le cas de la France et de l’Allemagne (DB et SNCF) est éclairant à cet égard – mènent une véritable guerre économique par filiales interposées en multipliant les exemples basés sur le dumping social.
Les directions de ces sociétés ont leur part de responsabilités. Les états aussi, notamment à travers l’établissement de cahier des charges qui, selon la CFDT, ne répond plus aux impératifs de la sécurité et de la sureté ferroviaires.
 
Jusqu’à quand accepterons-nous, par exemple, de voir une entreprise ferroviaire prendre un marché comprenant l’obligation minimale (et scandaleuse) de ne faire accompagner leurs trains de voyageurs que sur 30 ou 40% des circulations ?
 
Les syndicats affiliés à l’E.T.F. (Fédération Européenne des Transports) ont conclut un accord paritaire avec le patronat sur le trafic transfrontalier. Mais pour la CFDT, il faut dès maintenant travailler à l’écriture de règles sociales pour éviter à la fois l’obsession de la réduction des coûts du travail (traditionnelle au patronat), mais aussi de placer les pouvoirs publics en face de leur responsabilité sociale devant des appels d’offres qui, demain, pourrait remettre en cause le haut niveau de sécurité de nos trains.
 
 
Pour la FGTE-CFDT, la libéralisation des transports ferroviaires n’est pas l’horizon indépassable bien au contraire.
 
Le XXème siècle prouve que c’est dans les moments de grande crise qu’il faut avoir l’audace d’investir massivement dans les infrastructures publiques (notamment dans les transports ferroviaires). C’est le moment du courage politique.
 
Réunis par ce congrès de Mexico en ce début août 2010, les syndicats affiliés à l’ITF sont réalistes sur le chemin qui reste à parcourir. Mais ils considèrent que, malgré des difficultés à développer la syndicalisation dans certains pays, ils seront plus forts pour réaliser leurs objectifs.
 
Parce que les citoyens comprennent maintenant le sens du combat syndical contre le libéralisme dans les transports ferroviaires, libéralisme qui est à l’opposé d’une politique de service public et de développement durable.
 
Rémi AUFRERE
(Mexico–7 août 2010)

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5 réactions à cet article    


  • Leila Leila 14 août 2010 09:48

    A la demande de Bruxelles, la SNCF a été coupée en deux : RFF (Réseau Ferré de France) qui s’occupe de la construction et de l’entretien des voies ferrées sur tout le territoire, et la SNCF « réduite » qui fait circuler les trains sur les voies, en payant une redevance à RFF. C’est un pas vers la privatisation de la SNCF et vers la mise en concurrence avec d’autres entreprises. Le service ne s’améliorera pas, bien au contraire il se dégradera comme en Grande-Bretagne, et les prix augmenteront.

    Hier soir j’étais à la gare Montparnasse vers 18H. Grosse pagaille. On annonçait des retards de près d’une heure parce qu’un TGV était tombé en panne à la sortie de la gare. Ce n’est pas un hasard. La SNCF entretient mal les trains. Je crains que ce soit du sabotage afin que le public s’habitue à l’idée de voir des trains d’autres sociétés ferroviaires circuler en France. Justement la semaine dernière, Angela Merkel protestait contre le retard de la France à accepter des trains allemands.

    • isabellelurette 15 août 2010 07:46

      Accepter d’autres trains est quand même une bonne idée, non ?

      A quand des directs ou des rapides pour aller dans les autres grandes villes européennes ? Des trains de nuit sur de très longues distances ?


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 14 août 2010 13:18

      "La forme la plus subtile, la plus dangereuse et la plus aboutie, de cette lame de fond est le « Partenariat Public Privé » qui permet surtout au secteur privé de prendre très peu de risque financier avec la garantie de la puissance publique. Ce financement est dangereux car il présente la finalité d’une privatisation des infrastructures ferroviaires sans jamais prononcer le nom. Et de récréer les compagnies privées qui possédaient autrefois un monopole sur l’exploitation et la propriété des voies ferrées." : Ce n’est pas forcément le cas... Tout dépend en fait de la volonté du pouvoir politique...

      Le partenariat dénoncé ici est celui qui a fondé le réseau ferré en France dans les années 1850. L’Etat devenait propriétaire des terrains du tracé et louait l’emplacement aux compagnies privées qui avaient la charge de la construction et de l’entretien en plus de l’exploitation.

      Soi-dit en passant, ce n’est pas ce qu’on peut appeller du vol. Les compagnies prennent leur part de bénéfice mais ils ont engagé des sommes énormes pour la construction. Et cette structure a abouti à la nationalisation de l’ensemble, non parce que les compagnies privées avaient échoué, mais parce qu’il était important pour le gouvernement de mettre la main sur le réseau à l’approche évidente d’une guerre continentale.

      Même lors de la nationalisation de 1938, l’ Etat ne détenait que 51 % du capital. Ce n’est qu’à la fin de la concession en 1983 que la SNCF est devenue publique à 100 %.


      • Jean 14 août 2010 23:59

        Il s’ agissait de compagnies privées qui avaient un monopole.

        Il s’ agit à présent de compagnies privées en concurrence, risquant de provoquer désorganisation du trafic (correspondances déjà parfois mises à mal, et complications pour l’ usager, ...)

        La sécurité n’ est plus une priorité.


      • LOKERINO LOKERINO 15 août 2010 08:49

        des que l’on aborde ces sujets , on cite l’exemple britanique ...

        Sans bien sur preciser que les difficultés au demarage de ces cie privée decoulaient en grande parti de l’etat obsolete du chemin de fer britanique avant privatisation
        ( manque plus , egalement , de citer l’exemple de la distribution d’electricité en Californie !! Maintenant, ça c’est fait ...)

        puis le :
        « Hier soir j’étais à la gare Montparnasse vers 18H. Grosse pagaille....... Je crains que ce soit du sabotage »« 
        Alors il emane des agents de la sncf eux même ???

        Possible quand on voit de quel façon »il s" ont saboté eux même la branche fret !!!

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