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Du Libéralisme Equitable ou comment remettre l’humain au cœur du système économique

Le libéralisme est mort, vive le libéralisme équitable !

Le Libéralisme est mort, non pas du fait de la disparition des libéraux, mais du fait d’un rejet généralisé des théories libérales par l’opinion publique. La simple référence à toute théorie libérale fait aussitôt surgir les démons de l’ultra libéralisme comme origine principale, sinon unique, de la crise actuelle. Et à bien y réfléchir, il convient de s’interroger sur le bien fondé d’une grande partie du modèle libéral que nous avons connu ces dernières décennies.

Alors pointer du doigt les actionnaires, gourmands en dividendes, comme responsables de la crise actuelle, c’est bien sûr le plus simple. Mais si l’on voulait être objectif, il faudrait mettre tout le monde dans le même bateau ! Actionnaires, Dirigeants, Gouvernements, Syndicats, Salariés, Chômeurs, Etudiants ... chacun étant un peu responsable du désordre actuel par sa participation au modèle de société créé durant les dernières décennies (un particulier qui s’est « enrichi » par endettement sur une valeur d’actif immobilier fantaisiste a autant sa part d’inconscience que le banquier qui l’a financé ! In fine, la perte de ce bien immobilier par le particulier et les provisions passées par les banques ne profitent à personne.) Mais peut-on être objectif quand le chômage guette et qu’aucune perspective ne s’offre pour les années à venir ?

En ayant basé tout notre modèle de société sur la croissance, arguant que la consommation ne pouvait que progresser avec la montée des niveaux de vie des pays émergents, les décideurs de notre planète se sont déjà mis le doigt dans l’œil jusqu’au … nombril ! Il suffit de prendre pour exemple la surproduction de véhicules ou le pari d’une évolution sans fin des prix de l’immobilier ; des catastrophes prévisibles (prévues !) mais jamais admises tant que le train avançait.

L’échec du modèle a aussi été accéléré par le sentiment d’un appauvrissement des populations des pays développés ; un nivellement par le bas de nos économies en quelque sorte. Autrement dit, on a généré un principe de vases communicants (en versant aux pays les plus pauvres un peu de la richesse des pays développés) plutôt qu’un principe d’enrichissement. L’investissement productif dans ces pays (chine et inde en particulier) et les salaires versés à leurs habitants sont autant de création de richesse en moins pour les pays d’origine des entreprises concernées tout en ayant rarement eu un effet d’enrichissement pour les populations de ces pays, si ce n’est pour quelques-uns seulement (…). Pire, le coût social de ces délocalisations se paye aujourd’hui en allocations chômage ou en précarité selon les modes d’indemnisation des pays concernés.

Et c’est surtout cela qui entraîne des réactions sévères de la part des populations touchées qui se sentent trahies par une mondialisation dont elles voulaient bien bénéficier (prix à la baisse de produits fabriqués en chine) sans accepter toutefois de souffrir des conséquences de cette réorganisation des échanges (perte des outils de production dans les pays développés et réduction des marges de production).

Le libéralisme a donc fini par marcher sur la tête, trop décomplexé qu’il était devenu et si proche du capitalisme sauvage. Ses acteurs s’en mordent aujourd’hui les doigts. Il y a maintenant un prix à payer pour les erreurs commises. Et ce prix est certainement celui d’une meilleure répartition des richesses.

Dans un tel contexte, un nouveau modèle de société doit naître.

Il n’y a pas d’autre choix que d’aller vers une plus grande « justice sociale » qui remette l’humain au cœur du système de production tout en conservant le bénéfice du progrès lié au capitalisme.

Ce modèle, que l’on peut qualifier de libéralisme équitable (toute référence au modèle de commerce équitable n’étant pas involontaire), fait la synthèse du meilleur du libéralisme néoclassique et laisse à l’état une part encore plus grande dans son rôle de régulateur.

En particulier, l’objectif recherché étant un meilleur partage des profits réalisés par les entreprises, il ne saurait être question de laisser aux actionnaires le libre arbitre de réaliser cette répartition. Pour autant, il ne s’agit pas de spolier les actionnaires ni de décourager l’investissement. Mais si l’on doit parler de moralisation du capitalisme autant refonder notre modèle économique dans cette voie.

Mais au fait, pourquoi chercher à mieux partager les profits ?

En se posant cette question, on répond naturellement à celle-ci : comment a-t-on pu perdre de vue la nécessité d’une meilleure répartition des profits ? A l’heure d’une industrialisation toujours plus productiviste et d’une mondialisation autorisant la délocalisation des industries vers des pays à faible coûts salariaux, il est devenu nécessaire de réguler cette répartition des profits qui entraîne les entreprises elles-mêmes à leur perte. On est en effet arrivé à un point de rupture où la recherche des coûts les plus bas tire les marges au plus bas également, à un niveau tel que plus personne ne gagne rien ! Une forme d’autodestruction du modèle libéral sur le mode du WEB 2.0 où les entreprises cherchent plus à conquérir des parts de marché qu’à rationnaliser leur stratégie de développement en intégrant la composante « profit ». Prenons en exemple les sous-traitant du secteur automobile dont la faillite est probable si même un seul de leurs clients est défaillant, tant les marges sont réduites et la dépendance aux volumes est totale.

Et c’est bien là que le modèle actuel est le plus faible ! Ce qu’on lui reproche le plus c’est de privilégier les dividendes au détriment de l’emploi. Aujourd’hui les dirigeants d’entreprise sont bien souvent plus récompensés par leurs actionnaires, eux-mêmes aux ordres des marchés, s’ils opèrent une stratégie de conquête qui implique des économies d’échelles, et plus encore si cette stratégie passe par des réductions d’emplois, que s’ils maintiennent leur périmètre d’action (sans jeu de mots).

Mais les entreprises ont perdu de vue l’essentiel : les emplois font les achats ! Et si mon employé ne peut plus se payer ce que je produis, rien ne sert de le produire.

D’où la nécessité de réfléchir à un dispositif plus équitable. Mais si l’on s’attaque seulement à la question de la répartition des profits, on ne touche qu’aux conséquences de la situation actuelle (effectivement déséquilibrée). Et appliquer la règle d’une répartition des profits aux 3 1/3 (actionnaires, investissements, salariés) n’empêchera pas de générer du chômage supplémentaire. On n’aura donc pas réglé les causes du problème. Et ces causes sont bien celles que nous venons d’exposer ; à savoir, une trop grande facilité à privilégier le dividende sans prise en compte du facteur humain.

Alors comment mettre en place ce modèle sans décourager l’investissement ni spolier les actionnaires ?

 

Le nouveau modèle doit remettre l’humain au cœur de l’économie.

L’idée principale est bien sûr de renforcer le niveau de satisfaction des salariés sans dissuader pour autant l’investissement ni limiter son rendement !

Pour ce faire, un indicateur de performance en termes d’emplois doit trouver sa place dans les principes de rémunération des dirigeants d’entreprises et des calculs de dividendes pour les actionnaires.

Qu’un entrepreneur gagne des milliards parce qu’il a trouvé un acheteur pour son entreprise ou ses brevets, rien de plus naturel dans une société libérale. Qu’un dirigeant d’entreprise gagne 4000 fois le salaire d’un ouvrier, pourquoi pas ! Mais après tout, il ne prend aucun risque financier ni vital dans son activité ! Alors, que ce niveau de rémunération soit le fruit d’une indexation sur le développement du chiffre d’affaires et du profit, d’accord aussi, mais il devient impératif d’y ajouter une composante sociale si l’on veut sortir de la spirale : « profits contre emplois ».

Ainsi, toute diminution du nombre de salariés et/ou de la masse salariale devrait donner lieu à une diminution de la part variable du salaire des dirigeants (le malus social) et à l’obligation de versement d’une pénalité à l’état (le dividende social) qui pourrait alors mieux financer les formations de reconversion et investir pour relancer l’activité et soutenir la création d’emplois. Une manière pratique finalement de dissuader les licenciements boursiers tout en donnant les moyens à l’état d’investir pour recréer les emplois supprimés par l’entreprise.

Ces normes de malus et de dividende social devraient bien sûr être imposées par la loi et être acceptées à l’échelle mondiale ! A défaut, il serait aisé pour un actionnaire de réallouer son capital sur des places plus favorables au libéralisme sauvage. Mais le contexte actuel est favorable à l’adoption de nouvelles normes internationales !

En parallèle, et pour apporter une réponse aux salariés quant à une plus juste redistribution des profits, ce dispositif devrait être complété par la généralisation des règles d’intéressement et de participation adaptées de façon sectorielle entre les entreprise et les partenaires sociaux sous le contrôle des états.

Cette règle se substitue naturellement à celle des 33% de profit à verser aux salaries qui est dans les esprits actuellement mais qui n’est pas la bonne ! Car si cette idée a le mérite de poser le débat, elle va à l’encontre des droits de propriété des actionnaires sur leur entreprise… sauf à vouloir nationaliser les entreprises ! Par ailleurs, en pensant restaurer un équilibre on crée un nouveau déséquilibre. Quid des différences sectorielles et des écarts d’intensité capitalistique ou de besoins de main d’œuvre ? Un système de répartition de ce type (1/3 pour l’actionnaire, 1/3 pour l’investissement et 1/3 pour les salariés), par sa rigidité, ne permettrait plus à l’entreprise de se développer durablement et aurait un effet dissuasif trop fort pour les investisseurs.

En rééquilibrant les rapports sociaux au travers d’une meilleure répartition des profits, le pari est de rétablir le dialogue entre salariés, dirigeants et employeurs et de relancer la machine économique par la création d’emplois et la hausse du pouvoir d’achat, sans passer par une augmentation des salaires minimums, nuisibles à la compétitivité des entreprises.

Bien sûr, cette réflexion passe avant tout par la validation du rapprochement assez improbable des termes libéralisme et équitable !


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