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Accueil du site > Actualités > Economie > Durée du travail. Où en sommes-nous réellement ?

Durée du travail. Où en sommes-nous réellement ?

La durée du travail est très inégale selon les différentes régions et nations du monde. De plus cette dernière a subit de très fortes modifications depuis les années 50 et on a constaté, globalement, un recul du nombre d’heures annuelles consacrées au travail. Dans les pays développés cette baisse est encore plus marquée. Les diminutions successives des durées hebdomadaires, une économie qui s’est salarisée, l’augmentation du nombre de jours de congés accordés aux salariés et le temps partiels sont quatre facteurs déterminants de la baisse de la durée du travail.

Si certains pays ont vu leur moyenne annuelle chuter brutalement entre 1950 et 2007 d’autres ont été stables. Ainsi, durant cette période l’Allemagne a vu sa durée moyenne annuelle de travail exprimée en heure évoluer à la baisse d’une manière significative (-40% de 2 370h à 1432h) alors que les Etats-Unis ont fait preuve d’une relative stabilité (-11% de 2010h à 1785h). Des pays comme les Pays-Bas, la France et l’Italie ont imité l’exemple germanique alors que l’Espagne et le Japon sont plus dans l’optique américaine de ce point de vu.

La baisse a bien évidemment été moins marquée dans les pays en développement et depuis la crise on assiste même à une ré-augmentation de la durée moyenne du travail. Les statistiques fiables sont très difficiles à trouver pour certains pays émergeants comme la Chine mais une récente enquête de la société de service de bureau REGUS fait apparaître que les travailleurs chinois auraient augmentés la cadence depuis 2008. Alors que la durée légale du travail au sein de l’Empire du Milieu est de 40h par semaine, la réalité est tout autre et il semble que les entreprises définissent elles-mêmes leurs durées propres. L’enquête de REGUS fait ressortir qu’un tiers des employés chinois travaillent jusqu’à 11 heures par jour. La société Foxconn, désormais rendue célèbre par son contrat de sous-traitance avec Apple a parfois augmenté la cadence de travail de ses employés jusqu’à 76h par semaine ce qui a poussé la firme à la pomme à prendre des mesures pour calmer le courroux de plusieurs organisations de défense des travailleurs à travers le monde. Nombre de pays émergeants comme l’Inde, le Brésil ou plus majoritairement la plupart des pays d’Asie et d’Amérique Latine souffrent de ces problèmes inhérents au retard de développement par rapport à l’occident. En Corée du Sud, au Chili et au Mexique, les 2 000 heures de moyennes sont par exemple dépassées.

Intéressons nous à la situation européenne et plus particulièrement celle des pays de l’UE. A la surprise générale, on s’aperçoit que les pays qui travaillent le moins en Europe (entre 39 et 40h hebdomadaires en moyenne) comptent dans leur rang la Roumanie, la Lituanie et la Hongrie ! Ces derniers sont accompagnés de l’Italie, de l’Irlande et de la Finlande. Au contraire les pays où l’on travaille le plus (+ de 42h hebdomadaires en moyenne) sont la Belgique, l’Autriche, la République Tchèque et … la Grèce ! Le pays Hellène très souvent montré du doigt pour sa supposée responsabilité concernant sa propre situation (ce qui est en partie vrai) fait partie des pays les plus travailleurs au sein de L’UE. En Allemagne, au Danemark, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et au Portugal on travaille en moyenne entre 41 et 42h par semaine. Le reste des pays composant l’UE (dont la France) se trouve dans une moyenne située entre 40 et 41h de travail par semaine.

En premier lieu, les idées reçues peuvent parfois tomber très vite et les durées légales de travail ne reflètent pas la réalité en termes de durée de travail des employés européens. On constate par exemple que la France, dont la durée légale de travail de 35h (loi Aubry de 1998 mise en place à partir de 2000) est loin des 40.5 heures hebdomadaires de la réalité.

La loi des 35h a en effet été à plusieurs reprises montrée du doigt du fait de son supposé impact néfaste sur la compétitivité des entreprises françaises. La comparaison avec l’Allemagne que certains mettent en avant comme un modèle de compétitivité fait en réalité apparaître que la réelle différence n’est que d’une heure hebdomadaire à l’avantage des allemands et que l’on travaille plus en Grèce qu’en Allemagne. La durée légale du temps de travail allemande est certes supérieure à celle de la France (40h contre 35h) mais la très grande progression du temps partiel ainsi que le grand nombre de secteurs soumis à des conventions collectives qui réduisent le temps de travail parfois jusqu’à 35h (comme en France) font apparaître une réalité qui diffère de certains commentaires. En 2012, les Allemands ont travaillé en moyenne 52 h de plus que les français ce qui n’est pas neutre mais est loin d’un écart foudroyant. Si les entreprises allemandes sont plus compétitives que les entreprises françaises en général, ce qui est un fait, il faut surement chercher ailleurs et éviter de se focaliser seulement sur la durée du travail.

 


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10 réactions à cet article    


  • ecolittoral ecolittoral 20 mars 2013 15:51

    Si on ne tient compte que des actifs, déclarés et à temps plein, cet article tient la route.

    Si on tient compte des actifs, non déclarés et des inactifs(?) on se rapproche de la réalité du « monde du travail ».
    « On a constaté...un recul du nombre d’heures...au travail... » Oui !...On l’avait remarqué !
    Quand aux quatre facteurs déterminants !
    Années 60 pas de chômage donc les quatre facteurs sont valables...dans quelques pays.
    Années 80, on passe à l’automatisation des productions. 800* salariés => 250 pour une production multipliée par 3, 4, 5. Réduction des charges et compétitivité(déjà !).
    Années 90, 2000, nos 250 ne sont plus que 200 avec une rentabilité multipliée par deux.
    Puis 180* délocalisés « à l’Est ». 
    2000 en Chine deviennent 800 pour les mêmes raisons, avant de devenir 450...faute de marchés !

    Les facteurs déterminants ont changé.
    Les « charges » salariales ne peuvent plus être comprimées...ou trop peu.
    Les coûts d’approvisionnement (matières premières) et les coûts de l’énergie (production) augmentent. En parallèle, les coûts de transport(énergies) augmentent aussi. Produire à 7000 Kms des clients coûte plus chère qu’à 300.
    Les 620, (800* - 180*) sont inactifs (0 heure) et ne consomment plus les productions.
    Les monnaies sont à la hausse...ou, si vous préférez les produits sont plus chères et les revenus stagnent ou diminuent.
    Conclusion : Vous avez raison, la durée du travail ne peut que diminuer mais pas pour les mêmes raisons que dans les années 60.


    • pierrot pierrot 20 mars 2013 17:59

      Il faut se méfier des chiffres bruts concernant la durée moyenne de travail par pays.

      Par exemple en Allemagne, elle peut paraître inférieure à celle de la France mais si on examine par sexe on observe que la durée du travail des hommes (principalement dans l’industrie) est largement supérieure à celle de la France ; mais en Allemagne les femmes ont usuellement un travail à temps partiel, voire très partielle, ce qui fait descendre la moyenne du pays.


      • Antoine 20 mars 2013 23:11

         Quoiqu’il en soit, on observe que :
         - notre compétitivité ne cesse de faiblir depuis les 35h,
         - que l’on travaille ici moins dans les régions où les congés maladie sont le mieux indemnisés, bizarre, non ?


        • pierrot pierrot 21 mars 2013 09:35

          à @ Antoine,

          en vérité la compétitivité économique de la France diminue depuis 1975 et non depuis les 35 H.

          Les causes sont multiples dont, sans être exhaustif, saturation partielle des marchés, compétitivité accrue des pays émergeant, formation professionnelle insuffisante, manque d’innovation et de prise de brevets et licences, formation commerciale insuffisante ...

          malgré : le bon niveau de nos ingénieurs, la relative efficacité industrielle dans certains domaines (aéronautique, espace, nucléaire, traitement de l’eau, produits de luxe, gastronomie, agriculture ...)


        • Antoine 21 mars 2013 23:02

           Si vous m’avez moinssez parce que j’ai écrit « quoiqu’ » au lieu de « quoi qu’ » ok, mais pour le reste : l’économie française a reçu un bon coup sur la trombine en 1975 mais par la suite est restée volatile avec certes un petit fléchissement global jusqu’en 2000 pour flancher plus franchement par la suite.


        • citoyenrené citoyenrené 21 mars 2013 10:27

          @ l’auteur,

          un débat dans l’émission « du grain à moudre » sur france culture entre Pierre Larrouturou et Hervé Novelli qui vous intéressera sûrement, en tout cas qui intéresse le sujet de votre article

          « travailler moins pour travailler tous ? »

          en lisant votre article, je ne suis pas absolument convaincu par vos chiffres, et me demande quelque peu quel est votre but, sans doute aucun, « c’est un tour d’horizon neutre, l’auteur présente des faits objectifs et ne propose aucun point de vue » pourrait-on arguer..dans ce cas là, le choix et la sélection des « faits objectifs » est tout à fait subjectif...plus que ce baratin de commentaire, cette émission aura tout pour vous passionner


          • ecolittoral ecolittoral 21 mars 2013 10:36

            Pour pierrot.

            Compétitivité ? Pourquoi payer un ingénieur 8000 euros toutes charges compris alors que le même en Indes ne coût que 1500 euros toutes charges comprises ?
            Saturation des marchés. OUI mais faute de clients solvables, Des chômeurs ou mi temps ou précaires, CDD ne consomment pas grand chose !

            Formations professionnelle insuffisantes !
            Vous nous refaites le coup (coûts) des années 80 !
            Des milliers de formations longues, assurées par des professionnels => des millions de stagiaires « au chaud » pendant un an puis retour à pôle emploi !
            Les populations on une éducation et une formation suffisante. Ce sont les emplois qui font défauts, pas des formations !

            Ces emplois supposent une volonté ET une autorité politique suffisante pour exiger des productions régionales ET des revenus correctes pour les chefs d’entreprises/salariés/clients/consommateurs.

            Même si on appliquait, en France...et partout dans le monde, cette « politique », les contraintes physiques que sont les prix et les quantités de matières premières et d’énergies limiteraient de facto les productions. l’ère industrielle est sur la fin !

            Quand au mirage des innovations, nous avons plus d’un siècle d’historique. 
            Pour quels résultats ? Si c’était une solution, nous serions tous « aisés », l’alimentation ne serait plus DES problèmes, les populations seraient loin du mécontentement, de la méfiance, de la crise de nerf. 
            Je suis toujours passionné par l’évolution des sciences et des techniques mais je ne suis pas naïf.

            • Nuccia Nuccia 21 mars 2013 12:19

                   Travailler moins pour travailler tous ( cf la proposition Rocard /Larroutouru ) me paraît une bonne piste . 

              Il faut en effet mesurer le coût humain que représente le chômage de longue durée : dépressions , maladies négligées et aggravées , suicides , addictions ; sans parler des répercussions sur les enfants , la famille : la liste est lourde ! 
              Ce coût humain a aussi un prix , une pesanteur économique que le RSA alourdit encore ( bien qu’il puisse figurer , en le modifiant , parmi les mesures de sauvegarde des individus ) .
              Il faut oser penser la réduction radicale de la durée du travail ET la réduction radicale - conséquente- du coût de la misère sociale . 

              • thomthom 21 mars 2013 21:21

                Parler de durée légale du travail sans parler de durée réelle, ça ne sert pas grand chose.
                dans certains pays, il est très mal vu de dépasser l’horaire l"gale... dans d’autres, ce serait plutôt le contraire.
                Demandez à tous nos cadres au forfait jour qui font régulièrement 50h/semaine voire plus ce qu’ils en pensent... ils ne savent même pas que ce qu’il subissent est illégal.


                • Lapalice Lapalice 23 mars 2013 14:22

                  Une critique qu’on peut adresser à l’article : ne pas citer assez précisément ses chiffres est très dommageable sur un sujet aussi technique. C’est largement mieux que plusieurs articles vus sur ce site sur le sujet mais il y a des dizaines de façons de calculer une « durée moyenne annuelle de travail » : sur les temps pleins ? sur la population active ? sur les travailleurs ? En comptant les heures sup ? 

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