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Accueil du site > Actualités > Economie > Durée du travail, réalité et idéologie

Durée du travail, réalité et idéologie

« Pour la première fois, l’innovation de procédés (portant sur les structures d’organisation, de production et de distribution) va plus vite que l’innovation de produits ; la quantité de travail rendu superflu est supérieure à la quantité de travail créé par l’extension des marchés. »

Si cette conviction d’André Gorz se vérifiait, persister à faire du travail le centre de gravité de notre société pourrait s’avérer un choix condamné à terme. A travers l’emploi, et particulièrement l’emploi salarié, le travail est en effet la forme dominante, voire unique dans beaucoup de pays, de distribution des ressources monétaires de plus en plus indispensables à la (sur)vie dans un monde où toutes les formes d’autonomies individuelles et collectives sont progressivement annihilées.

Qu’en est-il ? Pouvons-nous déceler dès maintenant des signes de diminution du volume de travail nécessaire et disponible dans nos sociétés ?

Pierre Larrouturou fournit dans son Livre noir du libéralisme quelques exemples qui semblent aller dans ce sens. Avec d’abord les Etats-Unis dont beaucoup vantent les faibles taux de chômage attribués à des marchés du travail efficaces parce que libérés de toute entrave administrative.

« Si l’on en croit les chiffres donnés par la Maison Blanche, les Etats-Unis sont très loin du "plein emploi". La durée moyenne du travail est en effet tombée à 33,7 heures. Le chiffre qui est toujours cité ("Aux États-Unis, on travaille 40 heures par semaine") ne correspond en fait qu’à l’emploi industriel. Mais, si l’on intègre l’ensemble des emplois, tous secteurs confondus, on constate que la durée moyenne n’a cessé de diminuer depuis 40 ans et qu’elle n’est plus que de 33,7 heures. Et, si la durée moyenne n’est que de 33,7 heures, alors que ceux qui ont un "bon travail" sont à 41 heures, c’est que des millions d’Américains travaillent moins de 25 heures par semaine. »

Cette baisse de la durée du travail n’a pas été organisée par des négociations collectives ou par la loi. C’est le marché seul qui a réparti le travail entre, d’un côté, ceux qui ont encore un bon emploi, à 40 heures par semaine, et, de l’autre côté, des millions d’hommes et de femmes qui n’ont que des petits emplois avec des petits revenus. Cette répartition du travail provoque évidemment un partage des revenus de plus en plus inégalitaire. Seuls les 5 % les plus riches ont vu leurs revenus augmenter sur les cinq dernières années. Les autres 95 % ont vu leurs revenus stagner ou franchement décliner.

Eurostat, l’organisme statistique de la Commission européenne, fournit les éléments sur la durée réelle du travail dans l’ensemble des pays européens. « Le nombre d’heures effectivement travaillées au troisième trimestre 2007, tous emplois confondus, se situe à 38,5 pour l’Europe et 37,9 pour la zone Euro. Tous les pays, à l’exception de la Finlande, considérés comme "ayant libéré leur marché du travail et donc dynamiques" », et avec un taux d’emploi supérieur au nôtre, ont une durée moyenne du travail inférieure à celle de la France.

Plus significatif encore, le tableau publié sur le site des statistiques officielles du Royaume-Uni qui fournit deux enseignements : une durée moyenne de travail par emploi de 32 heures et l’existence de « seconds jobs » de moins d’une dizaine d’heures.

En France notre ministre de l’Economie et des Finances se félicite des près de 300 000 emplois créés en 2007. Les statistiques stabilisées les plus récentes, celles de 2006, sont inquiétantes quant à la nature de ces emplois. Sur les 188 900 emplois créés en 2006, 116 000 (presque 60 % du total) l’ont été dans les services à la personne (aide à domicile, employés de maison, garde d’enfants, etc.). Les emplois créés dans ces services l’ont été sur la base d’une durée de travail très faible : 420 heures en moyenne par an soit moins d’un tiers-temps (11 à 12 heures par semaine). Et, comme ces activités sont rémunérées aux alentours du Smic, les salaires moyens sont de l’ordre de 300 euros par mois... La montée en régime du plan Borloo permet d’envisager qu’en 2007 les services à la personne auront ajouté 180 000 emplois, mais sur la base de durées du travail aussi faibles... À force de multiplier ces « miettes d’emploi » la France sera peut-être bientôt championne du monde des créations d’emplois.

A partir de ce premier tour d’horizon notre interrogation initiale sort renforcée. Peut-on persister à mettre au centre de gravité de nos modèles sociaux le travail rémunéré ? Surtout quand les deux mécanismes ayant conduit à cette situation de diminution de la durée réelle du travail fonctionnent à plein régime : l’accroissement de la productivité et la mondialisation.

Dans son Livre noir sur le libéralisme, Larrouturou fait, avant même la mondialisation, des gains de productivité la principale explication des bouleversements sociaux de ces 30 dernières années en Europe, et en particulier en France. « Alors qu’il avait fallu 140 ans pour que la productivité soit multipliée par deux entre 1820 et 1960, elle a depuis lors été multipliée par cinq. L’économie française produit 76 % de plus avec 10 % de travail en moins. Depuis 1974, le total des heures travaillées (tous secteurs confondus) est passé de 41 milliards d’heures à 36,9 milliards (Insee). Dans le même temps, grâce au baby-boom et grâce au travail des femmes, la population active disponible passait de 22,3 à 27,2 millions de personnes. Le travail nécessaire à l’économie a baissé de 10 %, mais le nombre de personnes disponibles a augmenté de 23%. »

Pour le second mécanisme (la globalisation), Patrick Artus et Marie Paul Virard, dans leur dernier livre, précisent :

« L’ouverture des échanges de biens et de capitaux entre les pays dits "avancés" et les pays émergents implique un choc massif : l’arrivée sur le marché mondial du travail de travailleurs (dans les pays émergents) qui ne s’y présentaient pas auparavant, qu’il s’agisse des paysans sous-employés chinois, indiens, brésiliens ou roumains... La population de 20 à 60 ans (en âge de travailler) aux Etats-Unis, dans l’Union européenne à quinze et au Japon est de 450 millions de personnes, mais dans l’ensemble du monde émergent, elle atteint près de 2,3 milliards de personnes ! L’effet sur l’économie mondiale de cette énorme hausse de l’offre de travail est simple : elle provoque une baisse des salaires (relativement à la productivité), puisqu’il y a excès d’offre de travail, et une hausse de la profitabilité, puisqu’il y a davantage de salariés par unité de capital, et que le pouvoir de négociation des salariés est réduit. De 1999 à 2007, en moins de dix ans, la productivité a progressé de 30% pour l’ensemble de la planète et le salaire réel par tête de 18% seulement. »

Nos débats idéologiques hexagonaux entre les « 35h » d’un côté et le « travailler plus pour gagner plus » de l’autre ne sont pas à la hauteur. C’est à une véritable question de civilisation que nous sommes confrontés. Le travail, comme activité et « valeur » dominantes, n’a jamais été aussi efficace pour produire de la richesse au bénéfice de quelques-uns. Le travail, comme ressource, n’a jamais été aussi peu efficace pour fournir les moyens de la « (sur)vie » au plus grand nombre.

Revisiter la pensée politique d’un auteur comme Hannah Arendt qui s’est toute sa vie interrogée sur la condition humaine dans un monde post-totalitaire, devient de ce fait indispensable.


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30 réactions à cet article    


  • Anto 13 juin 2008 11:24

    Merci pour cet article. Déjà Viviane Forrester avait développé cette thèse concernant la fin du travail dans son livre "l’horreur économique"


    • JoëlP JoëlP 13 juin 2008 11:26

      L’article est excellent à une réserve près : il redécouvre une vérité bien ancienne. Ceci dit, il faut toujours marteller les vérités que tout le monde n’a pas comprises dans la classe politique par exemple... si Jospin/Aubry s’étaient inspirés de Larroutourou au lieu de nous faire l’usine à gaz des 35 heures, le pays se porterait sans doute mieux, pour les heures sup de Sarko, je n’en dirai rien de plus.

      "Pouvons-nous déceler dès maintenant des signes de diminution du volume de travail nécessaire et disponible dans nos sociétés ?"

      Eh oui, et cela fait bientôt un siècle que l’on s’en est apercu... Un certain Jacques Duboin était un précurseur dans les années 1920, 1930...

      http://perinet.blogspirit.com/duboin/

      http://economiedistributive.free.fr/spip.php?article19

       

       


      • TTO TTO 13 juin 2008 11:37

        Vérité ancienne pour ce qui concerne l’effet de l’augmentation de la productivité, beaucoup plus récente pour ce qui concerne la combinaison de deux mécanismes : l’augmentation de la productivité et la globalisation. En attendant l’effet de la réduction de la consommation dans les pays développés qui nesera jamais compensé par l’augmentation de la consommation dans les pays émergents.

        Vérité ancienne mais quasiment absente des débats poltiquesen particulier au niveau français et au niveau européen.


      • JoëlP JoëlP 13 juin 2008 13:43

        Vous avez raison, la mondialisation change la donne en faisant disparaitre l’argument "tout le monde sur la planète n’a pas tiré partie du gain de productivité." Tout le monde en tire parti ou presque et donc se pose à l’échelle de la planète le problème de la distribution de ces gains et du travailler moins.

        Avec 700% de croissance depuis les années 50, on peut déjà penser que chez nous cette redistribution n’a pas tenu toutes ses promesses. http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=31949


      • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 14 juin 2008 02:39

        @ l’auteur. Intéressant. J’en parle beaucoup depuis bien longtemps. Pour ceux que ça intéresse...

        Pierre JC Allard


      • TTO TTO 14 juin 2008 08:19

        Merci pour votre lien. Notre seul point de divergence porterait sur le titre. M’inspirant d’Arendt je parlerais plutôt de fin du travail (labor) comme activité dominante et redécouverte de l’oeuvre (work) et de l’action.


      • Olga Olga 13 juin 2008 11:32

        @TTO

        Très belle analyse de ce qu’est réellement la durée du travail, en comparaison de ce que les idéologues libéraux tentent de nous faire croire. Le libéralisme a la fâcheuse habitude de maltraiter les statistiques, pour que celles-ci viennent conforter sa position. Il est donc bien utile de se pencher sur les véritables chiffres, pour éviter les débats biaisés. On peut alors se demander si, toujours plus de productivité et de travailleurs, à la recherche de la croissance perpétuelle, n’aboutira pas forcément à une catastrophe mondialisée.


        • Odal GOLD Odal GOLD 13 juin 2008 19:29

          @ Olga

          Tu a écrit :

          "On peut alors se demander si, toujours plus de productivité et de travailleurs, à la recherche de la croissance perpétuelle, n’aboutira pas forcément à une catastrophe mondialisée. "

           Exact.

            La « croissance », c’est le mot magique qui devrait coller à celui de Dieu, dans la tête des humains conditionnés par les illuminés ultra-libéraux économiques.

           Pour sacrifier à cette croissance, il faudra toujours plus d’esclaves, et surtout faire en sorte que ces ilotes ne pensent à rien d’autre qu’à cette « croissance économique », et ne voient leurs espoirs de liberté qu’à travers elle. Si ces ilotes sont dépourvus de tous repères, de toute espèce de solidarité possible, s’ils sont prêts à accepter toutes les servitudes, pour seulement survivre, c’est qu’après tout ils sont tels que le consommateur Occidental – finalement – les veut.

           Le consommateur Occidental a simplement oublié, qu’en tant qu’esclave-citoyen-consommateur – il était aussi un travailleur (un ilote) et un citoyen (un humain de chair qui a besoin de dormir, de penser, d’aimer, d’avoir le temps).

           L’Occidental se tire une balle dans le pied… ou dans la tête.

           

          > http://odalgold.blog4ever.com/blog/lirarticle-106908-635987.html


        • Olga Olga 13 juin 2008 20:08

          Odal Gold

          C’est bien évidemment de la folie pure, que de vouloir sans cesse augmenter la production et les richesses de chaque pays. Ça ne peut qu’entraîner surconsommation, pollution, guerres, exploitation des plus fragiles, etc. Ce modèle est malheureusement en train de s’appliquer partout. Tout en sachant que si la Chine et l’Inde maintiennent une croissance à plus de 5% dans les années à venir, le système économique explosera. D’où guerres, crises, famines... C’est tellement prévisible, que ça semble organisé.


        • ZEN ZEN 13 juin 2008 12:04

          Bonjour TTo

          J’ai découvert hier soir une version plus développée de cet article , dans Contre-info.

          J’ai donc eu le temps d’en apprécier la valeur . Il y a là matière à penser, surtout si on se replace au coeur des analyses de A.Arendt , qui restent d’actualité, avec les adaptations nécessaires...

          Je me souviens des deux articles de Marsu sur le livre de Larrouturou, qui avaient suscité des débats passionnés

          Si tu le permets , je relaie sur mon blog...


          • TTO TTO 13 juin 2008 12:13

            D’accord Zen pour le relais


          • Fred 13 juin 2008 13:23

            Je pense qu’il y a du vrai dans cette article mais il faut aussi voir la durée de travail annuelle. Si la moyenne française hebdomadaire est assez élevée, le résultat est différent à l’année où le volume d’heures travaillées est loin d’être dans les premiers.

            http://www.lemonde.fr/web/infog/0,47-0@2-3234,54-1019194,0.html

             

            Les français ont le record en termes de vacances

            http://www.mon-sondage.com/Sondage/264/37-jours-de-conge-par-an-record-d-europe-pour-les-francais.html

             

            et aussi d’absentéisme en Europe

            http://www.zescoop.com/news.php?id=1053

            http://incroyablemaisvrai.centerblog.net/

             

            Donc les vacances et l’absentéisme combinées font en sorte que les français qui travaillent plus par semaine travaillent moins sur l’année.

             

             

             


            • Gilles Gilles 13 juin 2008 14:59

              Fred

              Pourquoi pas, toute vérité est bonne à netendre mais vos liens n’ont rien d’objectifs ; Je préfererais des données plus "officielles". Par exemple, votre premier lien sur l’absenteisme est un article....publicitaire pour une société (MEDIVERIF) énonçant que beaucoup de fraçais trichent et donc qu’ils faut les dépister. A la fin de l’article il est mentionné :

              Tarifs : Nous facturons 90 Euro par contre-visite. Aucun abonnement n’est à souscrire.

              Ensuite, il est bon de relativiser, d’étudier les cause, les niveaux d’indemnisation (les pays scandinaves étaient les champions voici peu) et de constater que les différences entre grands pays européens ne sont pas si énormes. Citons, le Figaro (journal gauchiste)

              « En 2006, le taux était en France de 4,5%, de 4,4% en Allemagne et de 3,9% en Grande-Bretagne », poursuit Pascal Gallois, qui estime cependant que seulement 3 à 4 % des absents sont des tire-au-flanc."[dommage pour Mediverif qui fait donc de la pub mensongère]

              Et pour Pierre Souchon, responsable de la direction ingénierie santé et travail de Dexia-Sofcap, les plus de 50 ans sont les plus touchés. Est-ce un hasard ?

              cette envolée serait intimement liée aux 35 heures. En raison notamment du surcroît d’activité et de pression, conséquence de la diminution du temps de travail alors que sa charge est restée inchangée.

              Tout ça m’a plutôt avoir trait à l’organisation du travail qu’à la fainéantise inhérente des français (suggérée par vos liens)

               


            • Gilles Gilles 13 juin 2008 15:31

              Quant à la durée annuelle du travail, il est vrai qu’il est difficile de ne pas trouver des durées contradictoires (! !!!). Mais tout dépend de spays que l’on décide d’afficher dans les graphiques. Celui du Monde, votre lien, met 12 pays dont 7 européens.

              En élargissant aux autres pays, en etudiant des donnes SERIEUSES et non biaisées, comme http://www.oecd.org/dataoecd/53/2/38863871.pdf de l’OCDE, onn trouve

              En 2006

              • France 1564 h/an
              • Allemagne 1436
              • Pays Bas 1391
              • belgique 1574
              • danemark 1577
              • RU 1669
              • USA 1804
              • Norvege 1407

              Donc, finalement la France est au niveau des pays les plus développés sur le plan humain ! Moins il y a de pauvreté, moins de disparité, un IDH élevé et bien ce sont des pays où l’on TRAVAILLE MOINS. Bizarre, non ? Mais peut être travailles t-on mieux ?

              Ceci dit il faudrait aussi regarder le taux d’emploi et d’activité, faible en France il est vrai. Mais aussi le taux à temps partiel et pour quelle durée....... mais ça faut avoir un cerveau et savoir l’utiliser au lieu de tomber dans la facilité donné par des graphiques orientés donnés clés en mai comme pêt à penser et à voter

              Allez regarder cette enquête, trés instructive sur d’autres points aussi

              Il

               


            • K K 14 juin 2008 09:21

              excellent commentaire sur un tres bon texte de base.

              Pour ce qui est des statistiques, il faut aussi savoir qu’elles sont etablies a partir des heures reellement declarees par les entreprises. Je dis cela car lorsque je participais a un comite de groupe europeen,nous avions decide d’harmoniser les calculs d’heures, d’absenteisme et d’accidents de travail entre les differents pays.

              Naivement, nous nous etions dit que ce serait tres simple car les directions doivent communiquer ces statistiques aux organismes de controle. Or ce n’est pas si simple car selon les pays, les absences sont signalees ou pas. Meme la direction centrale de l’entreprise fut incapable de savoir le vrai taux d’absenteisme. Il en va de meme pour les heures de travail. Pour tout l’encadrement (au forfait annuel), on compte 8 heures de travail par jour de presence en France. Or, c’est bien plus souvent 10 ou 12.

               Et lors de deplacement a l’etranger necessitant de partir le dimanche midi pour etre a l’heure le lundi matin, ces heures ne sont pas comptees ni recuperees dans de nombreuses societes francaises (en tout cas celles pour lesquelles j ai travaille)

              Ces deux cas de figure sont impossible en Finlande et en Allemagne ou toutes les heures sont comptabilisees, meme celles qui ne sont pas payees a 100%. Dans ces deux pays, il est difficile (voire impossible) de joindre une personne qui n’est pas d’astreinte en dehors de ses horaires de travail.

              Dans le cas de la Finlande, ils appliquent strictement la regle europeenne selon laquelle l’astreinte est du temps de travail effectif. En France, seule la partie reellement travaillee de l’astreinte est consideree comme temps de travail effectif...

              En prenant en compte toutes ces remarques, les francais sont tres loin d’etre les personnes qui travaillent le moins, meme en prenant en compte leurs nombreux conges


            • Fred 14 juin 2008 09:36

              Gilles,

              Comme vous dites il est bon de citer tous les chiffres. Sur le lien que vous avez donne (tableau F), il y a juste :

              Uniquement trois pays, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Norvege qui travaillent moins sur un total de 30 pays sur l’emploi total sachant qu’em Allemagne ils reviennent en ce moment sur le nombre d’heures travaillees. Ces 3 pays ont une proportion d’emploi partiel qui est de 21.9, 35.5 et 21.1% (contre 13.3 en France) ce qui va bien a l’encontre de vos discours puisque vous pensez que plus d’emplois partiels signifie plus de precarite. Comme vous dites il faut bien tout analyser et ne pas simplement regarder (je me serais passe de ce commentaire si vous vous etiez passe du votre, franchement on peut s’en passer si on continue a discuter ).

               

              Encore une fois je ne dis pas qu’il faut travailler comme des malades mais il ne faudrait pas tomber dans l’extreme inverse qui est de croire que les francais travaillent plus que les autres.

               

              K,

               

              Vos commentaires s’appliquent aussi a plein d’autres pays, j’ai travaille 5 ans aux US et mes horaires indiquaient 40h/semaine alors que je passais plus de 60h au travail en moyenne.

               

               


            • TTO TTO 14 juin 2008 09:38

              Merci pour toutes ses précisions très utiles.


            • Tristan Valmour 13 juin 2008 13:29

              Excellent article, bravo.

               

              J’ajouterai les éléments suivants :

               

              Le travail non productif dépasse le travail productif en nombre de salariés comme en volume. Ce travail est le fruit de contraintes et de réparation de l’organisation de la Société. Je m’explique : il y a des conseillers fiscaux parce que le système fiscal est compliqué et injuste. Ce type d’emploi a pour objet de contourner les contraintes. Mais les conseillers fiscaux ne sont pas nécessaires à la Société, il ne s’agit pas d’un jugement de valeur. Exemple d’emploi « réparateur » : tous les emplois liés à la dépollution. On pollue d’un côté – et on laisse polluer avec la multiplication des emballages par exemple – et on crée des emplois dans l’environnement de l’autre côté. Ne serait-il pas plus simple d’agir à la source ? On va chercher des tomates en Espagne (donc, création d’emplois intermédiaires inutiles) quand on peut en produire dans notre région…

               

              D’autres emplois étaient auparavant des activités bénévoles et trahissent le glissement de l’économie de marché vers la société de marché, où toute activité rentre progressivement dans le secteur marchand. Les emplois de service à la personne en sont l’exemple pertinent. Dans les années 70 encore, on s’occupait bénévolement des enfants de ses voisins, on aidait à faire le ménage, on s’occupait de ses vieux, on apportait gracieusement les repas à domicile, etc.

               

                Toute notre existence, toutes nos valeurs, toute notre société sont construites en fonction des variables travail et argent. La valeur d’un individu, son intégration dans la société en sont directement liés. Le chômeur, le retraité, le rmiste, le travailleur pauvre… sont les parias de notre société. Je rappelle que dans l’antiquité, le facteur d’intégration était la citoyenneté, et au Moyen-Age comme dans l’Europe moderne (1492-1789) et aux débuts de l’ère contemporaine, c’était la foi chrétienne. Bref, une intégration sociale qui n’était pas liée aux facteurs économiques. On ne stigmatisait pas ceux qui ne travaillaient pas, ou « pas assez » !

               

               L’homme n’a aujourd’hui de valeur qu’en fonction de ce qu’il peut produire ou consommer, et ce n’est pas triste, mais tragique. Les dégâts sociaux et le coût économique sont énormes. Par exemple, on ne souligne jamais que le problème du logement pourrait être résolu si les gens vivaient ensemble au lieu de vivre séparément (combien de célibataires ?), chacun dans son appartement ou sa maison individuelle. Mais pour cela, il faudrait avoir des horaires de travail semblables, les moyens financiers d’une vie sociale, un travail moins stressant, vivre et travailler dans son quartier pour pouvoir tisser des liens, moins d’internet, de téléphone, de télévision, etc.

               

              L’organisation du travail, la dictature du marché ont tout simplement brisé l’Homme et notre société est très éloignée d’une organisation naturelle des échanges humains. Les fléaux sociaux (délinquance, consommation de psychotropes et d’alcool, etc.) ont encore de beaux jours devant eux !


              • TTO TTO 13 juin 2008 13:39

                Hannah Arendt dès 1958 pointait la catastrophe d’une évolution où le travail devenait l’activité humaine dominante tout en disparissant conduisant vers "une société de travailleurs sans travail".

                http://www.agoravox.fr/ecrire/articles.php3?id_article=32356

                 


              • TTO TTO 13 juin 2008 13:34

                Cela ne change rien à la conclusion de fond . Le volume d’heures travaillé diminue dans tous les pays européens sous le double coup d’avbord de la hausse de la productivité, pour laquelle la France est bien "meilleure" que le Royayume-Uni, et de la globalisation. les taux d’emploi augmentent à travers des miettes d’emploi.

                Le travail, comme activité et « valeur » dominantes, n’a jamais été aussi efficace pour produire de la richesse au bénéfice de quelques-uns. Le travail, comme ressource, n’a jamais été aussi peu efficace pour fournir les moyens de la « (sur)vie » au plus grand nombre. »

                L’étude des quantités réelles de travail utilisées dans le monde développé révèle le non dit majeur de l’époque. Le développement considérable des sciences et des techniques, l’arrivée sur un marché globalisé de centaines de millions de nouveaux travailleurs aux salaires faibles, rendent structurellement le travail moins nécessaire, moins rémunérateur et conduisent ainsi à l’appauvrissement, alors même que les quantités produites n’ont jamais été aussi importantes.


                • TTO TTO 13 juin 2008 13:35

                  Ma réponse s’adressait à Fred.


                • Fred 14 juin 2008 09:40

                  Je suis en partie d’accord avec votre commentaire. Quelques individus s’enrichissent sur le dos des autres mais si on cherche un peu de positif sur cette economie, certains pays se developpent grace a capitalisme meme si encore une fois ces memes individus recoltent le fruit du travail des employes dans ces pays. Il n’y a jamais eu aussi peu de pauvres dans le monde. On peut esperer que quand le cout du travail dans ces pays aura augmente il y aura moins d’avantage a delocaliser et que les salaires de certains emplois manufacturiers remonteront dans notre pays.


                • Martin sur AgoraVox Martin sur AgoraVox 13 juin 2008 18:41

                   

                  Article très pertinent. Article qui étaye ce que de nombreux citoyens devinent mais ont des difficultés de prouver, face aux mots d’ordre dominants véhiculés par les médias et par ceux qui sont aux commandes du pouvoir. Il suffit de se donner la peine de réfléchir en observant le fonctionnement de la société, il suffit d’avoir vécu au sein des entreprises diverses, pour comprendre que cet article dit la vérité.

                   

                   

                   

                  En complément à la remarque de l’auteur : « C’est à une véritable question de civilisation que nous sommes confrontés. Le travail, comme activité et « valeur » dominantes, n’a jamais été aussi efficace pour produire de la richesse au bénéfice de quelques-uns. Le travail, comme ressource, n’a jamais été aussi peu efficace pour fournir les moyens de la « (sur)vie » au plus grand nombre. »

                   

                   

                   

                  et à celle d’un commentateur : « Le travail non productif dépasse le travail productif en nombre de salariés comme en volume. Ce travail est le fruit de contraintes et de réparation de l’organisation de la Société. »

                   

                   

                   

                  je formule la conviction suivante : « Les Européens disposent globalement d’un potentiel de production qui permettrait de subvenir aux besoins d’une population beaucoup plus nombreuse. Si on laisse de coté les contraintes liées au système économique, si on fait le bilan du potentiel humain, du savoir-faire, des moyens matériels, des installations, des infrastructures etc. il est certain qu’en réorientant une partie des activités futiles vers la production utile, le même potentiel actuel humain et matériel pourrait fournir tout ce qui est nécessaire et plus à une population beaucoup plus nombreuse. 

                   

                   

                   

                  [...]

                   

                   

                   

                  La productivité s’améliore mais le citoyens européens n’en profitent pas ils doivent travailler de plus en plus.

                   

                   

                   

                  Alors à qui en fin de compte profite l’amélioration permanente de la productivité ? »

                   

                   

                   

                  Le texte cité ci-dessus est extrait l’article « Mondialisme, croissance économique et avenir des Européens » qui a été publié sur AgoraVox.

                   

                   

                   

                   

                   

                   

                   

                   


                  • Jimd Jimd 13 juin 2008 23:22

                     ... conclusion ??? je reste sur ma faim....

                     


                    • TTO TTO 14 juin 2008 08:10

                      A nous d’inventer la suite....Beaucoup d’auteurs nous y aident. Je privilégie Arendt avant d’étudier Polanyi. Et vous ?


                    • ombrageux ombrageux 15 juin 2008 23:43

                      Quid du rôle social du travail dans la société ?

                      Si je comprends bien la teneur de l’article et de la plupart des commentaires, le travail caca ça ne sert plus a rien.

                      Ok, je ne suis pas contre, mais on les occupe comment les 6 milliards d’humain qui occupe cette planète ?

                      N’ai je pas entendu des personnes toutes aussi savante que celles citées parler de la destruration des personne qui ne travaillaient plus depuis un certain temps.

                      Temps de réveil, de repas, de coucher, décallés, manque de repère dans le calendrier, perte de repère des priorités etc...

                      Vu le nombre d’article à se sujet je ne peut pas croire qu’il s’agisse d’élucubration des quelques idéologues.

                      Donc la question est : "peu ou plus de travail, on fait quoi dans la vie ?"


                      • TTO TTO 16 juin 2008 08:21

                        Hannah Arendt dans "La condition de l’homme moderne" a traité des différentes activités de l’homme : travail (labor), oeuvre (work), action et de ces différentes facultés : pensée, volonté, jugement. Voila qui peut aider à donner un sens à la vie autre que le travail (labor) auxquels sont condamnés beaucoup qu’ils en aient ou qu’ils le cherchent.


                      • JPC45 16 juin 2008 08:59

                        Comme d’habitude, il faut faire attention avant de tirer des conclusions hatives sur la productivité en France.

                        un lien qui explique pourquoi : http://www.ecopublix.eu/2007/11/les-gaulois-sont-ils-plus-productifs.html

                        La productivité en France n’est pas aussi bonne que laisse penser les chiffres bruts mais pas mauvaise non plus.


                        • Fred 16 juin 2008 10:59

                          Cela confirme que les français sur une année ne travaillent pas tant que ça. Ils sont par contre trés productifs lorsqu’ils sont au travail.


                        • TTO TTO 16 juin 2008 11:19

                          C’est de toute façon très éloignée de la question centrale traitée dans cette article : la raréfaction du trvail comme moyen de (sur)vie, sa surabondance comme ressource pour produire.

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