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É-U= L’art de faire dire aux chiffres le contraire de ce qu’ils signifient

Les gens sont constamment bombardés de statistiques, présentées de telle manière qu’elles semblent prouver le discours qui les accompagne. Mais si on les décode correctement, elles montrent très exactement le contraire dans beaucoup de cas. Ainsi en est-il des informations sur l’augmentation de 3,5% du PIB étasunien. La crise des É-U continue, et pourrait même s’accélérer dans les mois qui viennent.

Le PIB des É-U du troisième trimestre de 2009 vient d’être annoncé en hausse de 3,5% par le département du Commerce des É-U. Cette nouvelle serait bien venue si d’autres informations ne venaient mettre en doute cette performance, ou du moins son intérêt, d’autant plus que pour la Maison Blanche, elle prétend apporter la preuve que ce pays serait sorti de la crise dans le courant de l’été.
Je citerai deux exemples significatifs.
 
Tout d’abord, selon la Maison Blanche, le plan de relance du 17 février concocté par Geithner, le représentant au Trésor, serait responsable de 3 ou 4% dans ce taux de PIB (dépêche du 30-10-09 de l’AFP).
 
Trop parler peut cependant nuire, car si cette assertion était confirmée, cela voudrait dire que sans ce plan, l’économie étasunienne n’aurait présenté aucune croissance naturelle au cours de cette période, et que par conséquent son seul résultat aurait été d’avoir creusé la dette publique de 340 milliards ( montant indiqué comme dépensé à la fin septembre, sur le montant de 787 milliards accordé par le Congrès ).
 
On serait donc loin d’une sortie de crise véritable, puisque le montant du PIB “ naturel ” aurait encore été inférieur au PIB d’avant crise. Dans ces conditions, on comprend que tous les niveaux politiques du pays puissent considérer qu’il faille continuer à maintenir l’économie sous respiration artificielle, notamment en conservant le taux de la Fed à 0%, autrement dit sous endettement continu ou impression continue de dollars sans contrepartie. Personnellement, je suis porté à considérer ce résultat plutôt comme une aggravation de la crise que son contraire.
 
D’autres résultats vont d’ailleurs dans le même sens. On apprend ainsi que sans la “prime à la casse” de 4 à 5000 $ sur les automobiles, la hausse du PIB se serait limitée à 1,9%. On peut comprendre que beaucoup de particuliers aient profité de l’aubaine tant qu’elle était valide, mais cette prime a disparu fin août. Il est peu probable que les amateurs renouvellent cette performance au trimestre suivant. Ceux qui le pouvaient se sont servis, et il est plus que probable que l’on retrouve rapidement les niveaux de vente du début d’année.
 
Dans l’immobilier, les petites améliorations que l’on a rencontrées, ont également été réalisées en grande partie grâce au crédit d’impôt de 8000$ dont pouvaient bénéficier les premiers acquéreurs. Mais cette facilité expirera fin novembre.
 
Enfin, sur le front du chômage, tout le monde est à peu près d’accord, politiciens et économistes réunis, pour affirmer qu’il continuera à progresser pendant un an, quoiqu’en ralentissant progressivement, entrainant par conséquent une diminution continue des revenus disponibles pour la consommation. Sur ce plan, on sait également que le gouvernement a été obligé de porter la durée d’indemnisation des chômeurs de 26 semaines ( durée légale ) à 53 dans un premier temps, pour limiter les sorties d’indemnisation, puis à 79 semaines dans certains États fédéraux particulièrement mal en point d’un point de vue budgétaire. Or le nombre d’États fédéraux en situation précaire, actuellement autour de 15, va probablement avoisiner les 25 dès le début de l’année prochaine. À ce rythme, ce qui reste des 787 milliards du plan Geithner initial va disparaître rapidement. Des PIB négatifs vont donc réapparaître dès le premier trimestre de 2010.
 
Le second exemple qui montre la vraisemblance d’une poursuite de la crise aux É-U, sinon même son approfondissement, est apporté par l’analyse de l’utilisation du plan de relance Obama/Geithner du 17 février.
 
On part donc du montant du plan de 787 milliards de dollars, dont 340 (43,2%) seulement auraient été dépensés à la fin du troisième trimestre de 2009. Sur cette somme, 195 correspondent aux restitutions fiscales consenties aux particuliers et aux PME, 145 ont été distribués à travers les extensions des durées d’indemnisation du chômage dont nous venons de parler, et enfin 40 à 44 (selon les sources) sont allés à certains États fédérés pour éviter des licenciements trop importants dans les effectifs des enseignants, menacés par des coupures budgétaires.
 
Reste alors 105 milliards (101 si on retient le montant de 44 pour les subventions scolaires).
 
Cette somme est réputée avoir servi à créer des emplois et/ou éviter des licenciements dans certaines entreprises. Le montant des effectifs concerné varie selon les sources. Le plus couramment indiqué est celui de un million de postes de travail. À ce niveau l’imagination de l’administration Obama a largement montré sa créativité. La plus “romantique” me paraît être celle de Christina Romer, conseillère économique du Président Obama (Le Monde – 29-10-09 – Sylvain Cypel). D’après elle, cette somme aurait ”permis d’en créer (des emplois) entre 600 000 et 1,2 millions”. Sans commentaire !
 
Si on s’arrête à un million d’emplois sauvés ou créés, pour faire bonne mesure, cela signifie que l’on a dépensé 105 milliards pour atteindre cet objectif. Ou encore 105000 dollars ( 70 000 euros ) par emploi créé ou protégé, ce qui représente entre deux et trois fois le salaire annuel moyen selon la catégorie de personnel.
 
Je crois qu’on peut se demander si une telle dépense était justifiée. Du seul point de vue de l’endettement de l’État fédéral, il est évident qu’il aurait été plus économique de perdre ces emplois.
 
Au terme de cet article, les spéculations sur l’avenir de l’économie des États-Unis pourront varier d’un lecteur à un autre. Tout peut être dit à ce propos.
 
Pour ma part, je pense qu’après une étape qui a conduit la bourse étasunienne au rebondissement auquel j’ai consacré récemment un autre article ( voir lien ci-dessous ), nous allons assister à une nouvelle poussée de crise aux É-U, probablement plus difficile encore à réduire, mais surtout, assister à une chute sans égale du dollar sous le poids d’un endettement faramineux, celui-ci impossible à éviter, qui mènera nécessairement à la création d’une monnaie mondiale de réserve, cette fois complètement distincte de toute monnaie nationale existante.
 
Sinon…
 

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7 réactions à cet article    


  • Le vénérable du sommet Le vénérable du sommet 2 novembre 2009 11:40

    J’ai 100 € en poche, j’en perd 99 %, il me reste donc 1 €. Heureusement, le lendemain, je regagne 100 %, j’ai donc ... 2 € !! Super
    Dans mon exemple, les states ont gagnés 3.5 centimes. Génial, sortez le champagne. Ah non, excusez - moi, le mousseux !! mdr


    • plancherDesVaches 2 novembre 2009 13:33

      Et encore, si vous saviez tout...
      Mr Bunker, ici, a déjà démonté une grosse partie de leurs magouilles. Ceci dit sans vouloir réduire la valeur de votre article.

      De plus en plus de voix (de personnes reconnues) aux US osent dire maintenant tout haut ce qui veut être caché au peuple américain. Et ceci est une révolution en soit.
      Lisez contreinfo.info, c’est édifiant.
      Ceci dit, le peuple américain a été habitué à rêver. Et les habitudes de l’american dream ont la vie dure.


      • nortydal 2 novembre 2009 14:14

        D’après elle, cette somme aurait ”permis d’en créer (des emplois) entre 600 000 et 1,2 millions”.
        30000 le VRAI chiffre.
        Relance par la consommation alors que le pays est endetté jusqu’au coup. Ils font exactement l’inverse de ce qu’il faudrait faire, en même temps ce n’est pas avec un discours de vérité qu’on prépare le mieux les échéances électorales. On en sait quelque chose ici.


        • plancherDesVaches 2 novembre 2009 14:53

          « en même temps ce n’est pas avec un discours de vérité qu’on prépare le mieux les échéances électorales. On en sait quelque chose ici. »
          Je me permets de rebondir sur votre commentaire car de plus en plus d’économistes commence à tenir le discours que les politiques devraient avoir un discours plus « proche » de la réalité.
          Tout simplement parce qu’ils se rendent compte que le fossé entre l’ « officiel » et la réalité devient un abyme. Et craignent des réactions violentes.

          Pour en revenir à OCTOBRE 2008. Georges Sorros avait dit qu’il vaudrait mieux ne pas subventionner la finance en nationalisant les pertes.
          Pour ce milliardaire, la crise aurait été beaucoup plus violente... mais plus courte.


        • plancherDesVaches 2 novembre 2009 17:44

          J’auto-modère mon commentaire car la presse « officielle » commence à révéler des parties de vérité :
          http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/11/02/le-grand-retour-de-la-bulle-speculative_1261468_3234.html#ens_id=1090253
          « Après les injections massives de centaines de milliards de dollars par les Etats et les banques centrales dans le but d’éviter le naufrage des établissements bancaires et des constructeurs automobiles et pour soulager les ménages, de nombreux économistes mettent maintenant en évidence l’existence d’un accès de spéculation. »

          Je pense que tout le monde ici s’était rendu compte que les banques avaient utilisé les fonds publics pour spéculer encore plus.
          L’explication serait que la bourse sert de baromêtre de bonne santé au peuple américain.
          On va le dire comme ça.
          Et faire semblant de le croire.

          « Au terme de cet article, les spéculations sur l’avenir de l’économie des États-Unis pourront varier d’un lecteur à un autre. Tout peut être dit à ce propos. »
          Voire, éventuellement, la vérité.


        • plancherDesVaches 2 novembre 2009 19:24

          Soyons rassurés : certains qui connaissent les chiffres tirent maintenant le signal d’alarme :
          http://www.reuters.com/article/governmentFilingsNews/idUSN3042313420091030
          « US bank regulators warn on commercial real estate »

          C’est’y pas honteux, ça, non... ???

          Tirer le signal d’alarme du train alors qu’il roule à 120 km/h et qu’on est à 20 mètres du mur... ???
          Ces jeunes.... tous des délinquants.


          • BA 2 novembre 2009 21:09

            Aux Etats-Unis, la banque la plus importante pour les prêts aux Petites et Moyennes Entreprises s’appelle CIT. Dimanche 1er novembre, CIT a fait faillite.

            Lisez cet article  :

            «  Le spécialiste américain du crédit aux petites et moyennes entreprises CIT a lancé dimanche une procédure de dépôt de bilan, incapable de se refinancer après la crise financière internationale.


            Ce groupe centenaire compte environ un million de clients aux Etats-Unis et sa mise en faillite, si elle était attendue depuis des mois et ne devrait avoir qu’un impact limité sur les marchés, risque d’aggraver la contraction du crédit et de peser sur l’économie réelle.


            Le groupe CIT avait 71 milliards de dollars d’actifs.

            Il s’agit ainsi de la quatrième plus grosse faillite de l’histoire américaine après celle de Lehman Brothers l’année dernière (639 milliards d’actifs), World Com en 2002 (104 milliards) et General Motors (91 milliards).  »

            http://www.lesechos.fr/pme/conjoncture/reuters_00197442-cit-depose-le-bilan.htm

            Voici les dernières nouvelles de l’économie réelle (je dis bien  : l’économie réelle, pas l’économie des menteurs et des joueurs de pipeau)  :

            1- Le revenu disponible réel des ménages américains a baissé en septembre pour le quatrième mois d’affilée.

            2- Les dépenses de consommation des Américains ont diminué de 0,5 % en septembre.

            3- «  USA  : malgré la reprise, l’économie reste encore très dépendante de l’Etat. Les chiffres publiés vendredi 30 octobre par le Département au Commerce montrent que le revenu disponible réel des ménages a baissé en septembre pour le quatrième mois d’affilée, et que les Américains préfèrent épargner plutôt que dépenser, accréditant le pronostic des analystes selon lequel la consommation, qui a apporté 2,36 points de croissance au troisième trimestre, risque de replonger sur la fin de l’année.  » (Source  : france-info.com )

            4- «  Les autorités américaines ont fermé vendredi 30 octobre neuf banques, un record pour une seule journée depuis le début de la crise financière. Cette opération porte à 115 le nombre de banques mises en faillite depuis le 1er janvier 2009, soit le plus haut niveau annuel depuis 1992. Les analystes s’attendent à ce que d’autres surviennent encore d’ici la fin de l’année.  »

            http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRPAE59U00G20091031

            Conclusion  : la crise est devant nous.

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