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Accueil du site > Actualités > Economie > EADS : « Nous avons été laxistes... »

EADS : « Nous avons été laxistes... »

Si l’affaire EADS ressort aujourd’hui, les éléments de ce casse de l’année sont connus depuis mai. Simplement, la presse s’est ressaisie du dossier alors que le rapport de l’AMF vient d’être remis au parquet après ces mois d’enquête préliminaire.

Espérons que Rachida Dati laissera l’instruction suivre son cours normal. Car en plus des 21 dirigeants menacés de mise en examen pour « délit d’initié » et « diffusion de fausses informations », il y a en effet un proche du président de la République, Arnaud Lagardère. Ensuite, il y a aussi 1 200 investisseurs qui ont manifestement eu connaissance des mauvaises nouvelles latentes et qui ont volé les autres actionnaires en vendant leurs titres avant leur publication. Une première association de petits porteurs s’est déjà constituée partie civile contre eux. D’autres suivront. CDC Ixis, qui s’était engagé à racheter de grosses quantités de titres (forcément à la demande de Bercy, alors que l’APE, agence de gestion des participations de l’Etat, avait recommandé dès janvier à l’Etat de liquider son stock d’actions EADS) au prix de l’époque, réfléchit à un moyen d’annuler son engagement sous la pression médiatique. Augustin de Romanet, directeur général de CDC va plus loin : "Si des agissements nuisant aux actionnaires étaient avérés, la CDC se joindrait à la procédure". En tout cas, Thierry Breton a aujourd’hui l’occasion de sortir de son placard avec cette affaire qui l’implique directement. Nous sommes tous curieux d’entendre sa version.

Pour sa défense, Arnaud Lagardère a choisi de se présenter comme un idiot plutôt que comme un escroc. L’un empêcherait-il l’autre ? La star des parachutes dorés, l’ex-président "au courant de rien" Noël Forgeard, réfute tout en bloc. Parmi les 21 responsables mis en cause, les langues commencent déjà à se délier : « Aucun des deux coprésidents exécutifs d’EADS à l’époque n’avait de compétence en matière de relations avec les marchés financiers. Ceux-ci n’ont pas été informés comme ils l’auraient dû ». Pour une entreprise du CAC 40, c’est un peu léger. Visiblement, la culture managériale du groupe n’était pas plus leur spécialité, la maîtrise technologique non plus. La gouvernance d’Etat, comme d’habitude, fait monter les meilleurs. Au moins ces responsables qui témoignent couverts par l’anonymat avouent-ils leur faute : « Nous avons été laxistes. Nous avons même commis une faute. La direction financière devait prendre des mesures conservatoires et, au minimum, bloquer toutes les demandes de cessions de titres dès septembre 2005. Personne n’aurait dû vendre en novembre 2005 et mars 2006 ainsi qu’a fortiori en avril 2006 ». Si Forgeard et Lagardère pouvaient aussi avouer pareils méfaits... Il faut dire qu’ils risquent deux ans de prison et une jolie fortune au terme de la loi.

Un délit d’initié est une affaire très grave, passible de deux ans de prisons. C’est pourquoi je ne peux qu’espérer que les dirigeants seront condamnés à des peines lourdes pour montrer l’exemple à ceux qui seraient tentés d’agir de même à l’avenir. Pour les libéraux, la meilleure régulation est avant tout judiciaire, certainement pas législative ou réglementaire. Le "laissez faire" exige le fameux "Rule of Law". Les délits qui contreviennent aux règles de fonctionnement des marchés doivent être sanctionnés avec beaucoup de rigueur. Inutile de légiférer davantage, appliquons strictement la loi. Nous retrouvons ici la distinction fondamentale entre le capitalisme, qui n’est qu’un mode de production, et le libéralisme qui est une pensée. Le capitalisme est un système qui peut prendre différentes formes et n’a rien de "moral" en soi. Le capitalisme de connivence français, le capitalisme d’Etat russe, le capitalisme sauvage chinois ou le capitalisme trop rigoureusement encadré (loi Sarbanes-Oxley, lois anti-trust...) des Etats-Unis constituent chacun un environnement économique singulier. Aucun ne satisfait les libéraux, même si leur jugement est plus sévère avec ses formes les plus choquantes. En tout cas, la gouvernance d’Etat a une fois de plus montré ses limites et ses dangers.

Pour rendre un système capitaliste plus éthique, il est nécessaire d’instaurer un cadre libéral : retrait de l’Etat des activités économiques, abolition des corporatismes et autres privilèges, ouverture des frontières, suppression de réglementations inutiles ou plus coûteuses que les gains escomptés et judiciarisation des actes frauduleux et autres délits qui violent les droits des uns au profit des autres.


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12 réactions à cet article    


  • Alpo47 Alpo47 8 octobre 2007 12:11

    Donc, si je vous suis bien, haro sur les « responsables », mais le système n’y est pour rien et doit aller plus loin dans la libéralisation ...

    C’est pas « la fuite en avant », ça ?

    Non, le système en lui même est corrupteur et ne peut conduire qu’aux abus de ce genre. Idem pour le nouveau capitalisme qui voit les très gros investisseurs, impersonnels, fonds de retraite ou de placement, prendre le contrôle des grands groupes ou PME, avec pour seule recherche les plus values immédiates, entraînant délocalisations, suppressions d’emploi ...

    Un avenir économique qui prenne en compte l’ensemble des composantes de la société est encore à concevoir et ce n’est certainement pas cette spéculation permanente.


    • Servais-Jean 8 octobre 2007 18:19

      J’ai regardé la signature de l’auteur de l’article et je n’ai pas de temps à perdre pour lire son oeuvre.

      Si j’écris cela c’est pour dire aux nouveaux lecteurs de Veron, de le fuir comme la peste.


    • guillaume 8 octobre 2007 22:00

      D’autant plus que de délit d’initié viennent s’ajouter des fuites et des extrapolation journalistiques à partir de ces fuites sur des procédures et des enquêtes en cours (un procès dans le procès) au moins aussi graves car ils vont géner l’enquête pour en faire une affaire d’abord politique, et les commissions de l’assemblée se sont mises au diapason.

      Conclusion : l’Etat actionnaire, ça donne toujours, forcément ça.


    • faxtronic faxtronic 8 octobre 2007 13:53

      Mais oui bien sur, plus de justice.... Mais que fait la Justice, elle applique les lois. Qui font les lois : les parlementaires . Qui font les parlementaires : les lobbys et les grands de ce monde. Donc comme dans les pays anglosaxons, il faut une justice plus dure pour que la loi des lobbys soit respecté.

      Ton systeme liberal, il est bien dans un livre, comme le fut avant le communisme. mais en fait, en realité, cela se concretise par une oligarchie dure (UK, US), et la valeur d’un humain egale la valeur de son portefeuille. En plus, du fait de l’heritage des fortunes, le droit et le pouvoir se passe de main en main, donc on arrive a une aristocratie. Et en plus il a des gogos qui coniderent cela comme beau, normal, de voir un ensemble de connards diriger le monde, la politique, les arts, les medias et transmettre ce pouvoir de pere en fils.

      Continue comme cela mon ami, tu ne fait que me renforcer dans mes convictions.


      • Aurelien Veron 8 octobre 2007 22:55

        Certes, la loi trouve sa source au parlement, mais aussi dans les tribunaux qui construisent la jurisprudence. Si la France est un pays qui a tendance à privilégier la législation d’origine parlementaire, d’autres systèmes laissent une très grande place à la jurisprudence. Ces pays ne s’en portent pas plus mal. Mais en effet, le Droit doit être appliqué, quelle qu’en soit l’origine. Pas de liberté sans responsabilité, Pas de responsabilité sans la définition des Droits de chacun et de leur respect par autrui.


      • Gandalf Tzecoatl 8 octobre 2007 14:23

        L’entreprise n’étant devenue qu’une entité de pompe à pognon à tout prix, ces membres les plus puissants se disent la même chose, et voilà ce qui arrive.


        • Aurelien Veron 8 octobre 2007 22:58

          Le capitalisme, encore une fois, est un mode de production qui n’a pas de morale propre. Relisez ce que j’ai écrit.

          Le libéralisme, lui, est une pensée qui s’est enrichie de de nombreux écrits au cours du temps. Rawls, Friedman et Hayek proposent trois approches libérales un peu différentes mais reconnues comme telles.

          Dans mon texte, un lien vous redirige vers un texte très clair sur cette opposition entre libéralisme et capitalisme. Lisez-le et reparlons-en.


        • Candide Candide 8 octobre 2007 16:57

          Une petite remarque : ne pas confondre Caisse des Dépôts et Consignations avec CDC Ixis (Issu du rapprochement d’Ixis Asset Management et de Natexis Asset Management, adossé à un grand acteur bancaire né le 17 novembre 2006, Natixis Asset Management rassemble environ 670 collaborateurs et se situe aux tous premiers rangs des gestionnaires d’actifs en Europe avec près de 400 milliards d’euros sous gestion).


          • ernst 8 octobre 2007 20:41

            Laxistes ?... Oui, un petit peu, et récidivistes aussi...Péchiney, Société Générale, Crédit Lyonnais.Vous voyez que votre laxisme remonte loin, vingt ans déjà...

            Que s’est-il donc passé à cette époque ?...

            On accusa François Mitterand, lequel avait un ami qui avait des actions.Roger-Patrice Pelat. Exit l’ami, d’une crise cardiaque jamais élucidée au sein même de l’hôpital Américain. Cardiologue de Vernejoul, Apprenti Franmac de Lavandeyra, Agent de Change.Lequel Lavandeyra avait aidé son ami Peltz à fourguer les actions Triangle poursuivies par la SEC américaine. (deux à quatre ans de prison par État, soit minimum Quatre vingt zeize ans de prison pour délit d’initié aux EU) Lequel Lavandeyra avait soudoyé un autre Franmac (Boublil) du gouvernement pour que Péchiney rachète American Can, objet du délit acheté par Triangle.

            Mais on sait moins que l’ami Pelat, que l’ami Théret, vendeurs d’actions Péchiney et proches de Mitterand, avaient en cela été conseillés par Grumann, bras droit de Lavandeyra, embarqué en sous-marin dans la Charge qui avait la clientèle de Théret et Pelat.

            On demanda à Bérégovoy, qui ne touchait pas une bille en matière de Bourse, de « sauver » ses amis de gauche en assurant à la commission du Sénat que tout était clair, qu’il avait confiance, que tout le monde était gentil.

            Mal lui en prit.

            Le 2 Mai 1992, comme on sait, Bérégovoy ne se présenta pas devant le Juge qui l’avait convoqué. Pour la raison qu’il était mort la veille, ayant eu l’idée malencontreuse de faire savoir que devant le juge il dirait la vérité à savoir qu’on lui avait demandé de couvrir ses amis dans une affaire qui ne le concernait pas. On ne retrouva pas son petit carnet noir où il avait noté ce rendez-vous,

            Moralité ?...

            Lorsque la rumeur nous envoie les noms des « gros clients » qui ont bénéficié d’une affaire, (Conf : Elf avec G. Mitterand...) les gros malins ont pris le large depuis longtemps avec la grosse caisse. Les milliards. Deux ans de prison à la clef que les clients font volontiers bouche cousue, ayant le choix entre passer pendant neuf mois la nuit en prison, conduits par leur chauffeur, sur leur propre matelas Tempur ( Traboulsi), ou bien une balle dans la tête comme, qui déjà ?... Ah oui... ce pauvre Bérégovoy.

            Ne nous reste que quelques millions à retrouver chez Borgeard, Lagardère et consorts, 21 consorts à ce qu’il paraît.Mais c’est trop tard. Une fois de plus, on a raclé les caisses de la France.

            Mais, mais, surprise !... il se pourrait bien que Christine Lagarde et Rachida Dati qui n’ont rien à voir avec la maçonnerie, pour une fois, ne laissent pas les affairistes ni les magistrats franmacs faire et appliquer la loi comme ils le font depuis vingt ans...

            Il se pourrait aussi que les vagues de Saint Domingue (Lavandeyra ) nous renvoient quelques corps d’immigrés blancs, noyés par balles....

            Le reste n’est que littérature.


            • Aurelien Veron 8 octobre 2007 23:02

              Vous remarquerez que les pays qui sont un peu plus libéraux que nous (je dis « un peu plus » parce qu’ils sont loin de correspondre à l’idéal libéral) appliquent de vraies sanctions lourdes lors de ce type de délit. Le patron de la Drexel Burnham Lambert, Mike Milken, fut condamné à 10 ans de prison dans les années 80, et les condamnations récentes dans l’affaire Enron sont draconiennes. Voilà l’exemple que je souhaite voir mis en oeuvre chez nous.

              Je suggère que ces principes soient appliqués en France. Si Haberer avait été condamné à 10 ans de prison, peut-être n’aurions-nous pas eu d’autres affaires similaires. A part Loïc Le Floch Prigent qui n’a pas une période très longue à tirer compte tenu de ce qu’il a fait), pas grand monde ne paye réellement ses conneries, si ?


            • moebius 9 octobre 2007 00:13

              ...il serait absolument sain pour notre économie que des sanctions soient prises, Si délit il y a, tout reste a prouver mais la justice est elle indépendante, tout est dit. Sommes pas seul dans cette affaire, EADS est un groupe européen


              • Nietzsche 15 octobre 2007 18:25

                EADS est une dérive tristement répétitive du capitalisme d’état. (Liste non exhaustive de Ernst) Les rouages sont bien huilés, on y met à la tête un copain incompétent (Forgeard) qui devient naturellement coquin pensant à son impunité de fait et souvent de droit. Alors si l’enquête démontre le délit, car le copain n’est plus là, il faut que la sanction soit exemplaire pour redonner confiance aux salariés, aux petits actionnaires et au marché en général. Je préconise qu’il soit condamné à être pendu par les R..., une manière habile de le gracier smiley

                Votre article est excellent et je suis impatient de voir les réactions des jacobins et autres montagnards.

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