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Egoïsme et arithmétique

Arithmétique et égoïsme

Ce matin 15 juin, Jean-Claude Juncker le président en exercice de l’Union européenne, s’est dit « presque sûr » d’un échec du Sommet Européen de Bruxelles dont le principal sujet est celui du Budget de l’Union pour la période 2007-2013. A ce sujet il convient de donner quelques chiffres et de les mettre en perspective. Le budget de l’Union en 2004 s’est élevé à 109 milliards d’euros soit 1,04% du Revenu National Brut -il s’agit d’un agrégat très proche du PNB- des Etats Membres. Cette somme est très largement en deçà du plafond budgétaire qui est fixé à 1,24% du RNB, et en 2005 on devrait être à peine au dessus de 1%. Chaque pays contribue au budget européen à hauteur de son PNB mais en retour bénéficie des politiques communautaires, notamment la PAC et les aides régionales. Certains sont contributeurs nets (au final ils ont payés plus qu’ils ne reçoivent), d’autres sont bénéficiaires nets. Si on prend un pays comme la France 1% du PNB en 2003 représente un peu plus de 15 milliards d’euros, ce qui fait de la France le deuxième contributeur en valeur absolue du budget européen ; mais comme on l’a vu il faut tenir compte des dépenses communautaires qui nous bénéficient, et notamment dans le cas de la France de tout ce qui a trait au dépenses agricoles. A l’arrivée la France est un petit contributeur net avec 1,725 milliards de contribution nette en 2003, soit, ramené à notre population 30 euros par an et par habitant. C’est ce chiffre que nous devons avoir en tête. Aujourd’hui la France, et d’autres avec elles, bataillent mordicus pour qu’on en reste à un budget européen autour de 1%, sachant que tout le monde reconnaît que cela est totalement insuffisant, à la fois pour accueillir les nouveaux Etats Membres des pays de l’Est, qui sont plus pauvres que la moyenne de l’Union et donc des bénéficiaires nets, et aussi pour financer les objectifs ambitieux, et déjà inatteignables, de l’Union comme ceux de la Stratégie de Lisbonne - faire de l’Union la zone la plus compétitive du monde à l’horizon 2010. La Commission quant à elle propose un budget autour de 1,07%, sachant que personne n’évoque un budget au-delà de 1,10%, qui serait sans doute un minimum pour espérer avoir des actions concrètes et ambitieuses dans des domaines vitaux comme l’innovation et la recherche. Mais faisons un rêve : que représenterait par exemple pour la France un budget européen à 1,15% ? On passerait de 15 milliards d’euros à 17,5 milliards d’euros de contribution annuelle, soit 2,5 milliards d’euros de plus, mais en retour nous recevrions aussi davantage puisque la gâteau budgétaire grossirait. A taux de contribution net constant notre contribution nette en valeur absolue passerait environ à 2 milliards d’euros par an, soit 300 millions d’euros de plusqu’aujourd’hui ou 5 euros par an et par habitant. Ainsi une politique budgétaire très ambitieuse en Europe coûterait donc à la France à peine 300 millions d’euros par an, ce qui est dérisoire par exemple au regard des différentes baisses de charges accordées aux entreprises où aux allégements de l’impôt sur le revenu. Ce raisonnement bien entendu étant valable pour la plupart des grands pays européens comme l’Allemagne ou la Grande Bretagne. Ainsi au-delà des beaux discours sur l’Europe que nous tiennent nos dirigeants, les mêmes qui défendaient ardemment le oui au référendum, on voit bien que le seul impératif est la défense maniaque et étroite des intérêts nationaux. Cela a un nom : l’égoïsme, et cela a une conséquence, la lente mort de l’idée européenne.

Pour des chiffres plus complets voir :
www.info-europe.fr/document.dir/fich.dir/QR001028.htm, http://europa.eu.int/comm/budget/pdf/budget/syntchif2004/fr.pdf, http://europa.eu.int/comm/dgs/budget/budg


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5 réactions à cet article    


  • ftap (---.---.45.60) 16 juin 2005 18:26

    Bravo ! Quel talent !


    • Ben Ouar y Villón Brisefer 17 juin 2005 02:01

      L’idée d’une europe telle qu’elle avance depuis Monet est morte, qu’elle soit fédéraliste ou pas. Les sociétés ont pris le pas sur les nations et c’est à un retour de bâton qu’on assiste. Et alors, ce n’est pas parce qu’on pousse une idée pendant cinquante ans qu’elle est nécessairement bonne... Ne peut-on pas être contre ce système là ? Ne pourrait-on pas supprimer la Commission européenne ? On n’en mourrait pas. Je consacrerai un prochain article sur ce sujet. Merci. Brisefer


      • Chem ASSAYAG Chem ASSAYAG 17 juin 2005 09:24

        Vous pouvez tout à fait considérer que le chemin suivi pour l’instant pour la construction européenne n’est pas le bon. Ce que je constate simplement c’est qu’une vraie ambition budgétaire - dans le cadre actuel - coûterait très peu. En ce sens sa « non mise en place » est un signe tangible d’une vision strictement nationale des questions. Les dernieres informations en provenance de Bruxelles semblant confirmer cette tendance...


        • Didier Vincent Didier Vincent 17 juin 2005 17:38

          > Brisefer : pourriez vous éclairer ma / notre lanterne sur cette phrase de vous très énigmatique : « Les sociétés ont pris le pas sur les nations » remis dans son contexte européen bien sûr. merci d’avance


          • Chem ASSAYAG Chem ASSAYAG 5 décembre 2005 14:06

            Le sujet revient à l’ordre du jour...A ce titre le papier de Josep Borell, Président du Parlement Européen, aujourd’hui dans Libération est en phase avec un certain nombre des commentaires faits ici.

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