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Accueil du site > Actualités > Economie > En Espagne, une loi sur les banquiers... ?

En Espagne, une loi sur les banquiers... ?

A Madrid, le gouvernement veut éviter aux endettés d'être expusés. Première étape...

L'Espagne veut éviter les saisies immobilières. C'est le titre incongru du Figaro. Je ne fais pas ici allusion à la personnalisation du pays : tendance agaçante, mais aussi habituelle que relativement anodine. Non, il s'agit de la contradiction profonde des termes employés. Le droit ne peut nier le droit. D'un côté, le gouvernement espagnol veut protéger les expulsés potentiels ; par la voie légale, j'entends. De l'autre, les banques ont le droit de saisir les biens d'emprunteurs récalcitrants.

"" [...] En 2010, 100.000 familles espagnoles ont été expropriées par les banques pour des traites impayées, un nombre quatre fois plus élevé qu'en 2007. Cette dégradation de la situation tient autant à la crise qu'à la structure du marché immobilier. En Espagne, 83% de la population est propriétaire de son logement, un record dans l'Union européenne. Malgré un changement d'attitude depuis l'éclatement de la bulle immobilière, le marché locatif est encore très réduit. Au plus fort du boom immobilier, les banques ont accordé des crédits sans discernement ; pour 100% ou davantage de la valeur du bien, à taux variable et sur des durées allant jusqu'à 40 ans. Au fur et à mesure des saisies, les banquiers sont devenus les premiers agents immobiliers du pays. Ces propriétés, difficiles à vendre sur un marché morose, constituent aujourd'hui une véritable bombe à retardement dans les bilans des banques. [...] ""

A ce niveau de la démonstration, je note que le bilan ne fait plus débat. Il était temps. Si j'étais un peu caustique, j'interrogerais le Figaro sur l'argument des 83 % de propriétaires... N'a t-on pas seriné les oreilles des Français avec le modèle de la propriété ? Mais passons. Il y a quand même une grosse erreur à corriger.

Les banquiers ne sont pas des agents immobiliers. Ils ne le sont pas devenus : ni en Espagne, ni ailleurs. Ceux-ci gèrent un parc (très accessoirement en Espagne) et - surtout - vendent des appartements et des maisons. Ceux-là sont donc devenus autre chose. Ils ont acquis des centaines de milliers (millions ?) de m², le tout en récoltant chaque mois les remboursements d'emprunts d'Espagnols encore solvables. Plus rentiers que les rentiers : appelons-les super-rentiers...

"'" [...] La Banque d'Espagne a publié vendredi le taux de créances douteuses des banques espagnoles. À 7,87% en décembre 2011, c'est le chiffre le plus élevé depuis 1994, plus du double du taux qui prévalait il y a encore trois ans. Ces crédits, dont certains ne seront jamais remboursés, concernent essentiellement le secteur immobilier et s'élèvent à 135,7 milliards d'euros. Entre créances douteuses, et un stock d'immeubles et de terrains invendus, les actifs considérés comme « problématiques » - car à la valeur incertaine - représentaient au total 176 milliards d'euros en juin 2011. La réforme financière préparée par l'exécutif vise à assainir le secteur bancaire, principale source d'inquiétude des marchés. L'objectif est de favoriser l'absorption des petites structures déficitaires par les banques les plus importantes et de contraindre les établissements de crédit à renforcer leurs provisions de 52 milliards d'euros. La loi a été votée jeudi par une large majorité des députés. Une union sacrée rare face à l'urgence de la crise. ""

Les super-rentiers font trembler. En Espagne et ailleurs, personne ne peut estimer le montant de leurs actifs. Les transactions immobilières vont bientôt tomber à un niveau tel que les prix n'indiqueront plus grand chose. Car, nous a dit le Figaro, les expulsions n'auront plus lieu. Or celles-ci provoquent 'en temps normal' la revente rapide de biens à un prix plancher qui contre-balance la tendance haussière du marché.

Résumons.

Les gouvernements espagnols, droite et gauche confondues, ont poussé leurs concitoyens dans un piège : 'Jeunesse, chômage et autres curiosités. Rajoy et son ministre luttent désormais pour les en extirper ? Je saisis mal la manœuvre d'ensemble. Dans la partie de poker en cours, les super-rentiers ont en main les mauvaises cartes.

Ils ne peuvent durablement gérer un parc immobilier, sauf à changer de métier ou à se muer en associations caritatives. J'imagine que cette option tentera l'un ou l'autre. Une minorité : la preuve par les Etats-Unis vaut ici parfaitement. Pour le reste, on entend d'ores et déjà des pleurs et des grincements de dents. Je suis bon prince parce que j'ai refusé la partie de poker à titre personnel : j'aime trop les cartes pour cesser d'être locataire.

Et puis je garde en mémoire que les banques espagnoles, comme les autres banques européennes peuvent maudire la BCE et ses taux d'intérêts plancher ; elle-même s'en prend à la Fed. Je conclus sur deux questions, en dépassant la question du blocage des expulsions : les Etats-Unis précèdent l'Espagne (et à terme la France) de plusieurs années. Là-bas, la faible intensité des transactions immobilières demeure.

(1) Une majorité d'Espagnols continuent de rembourser leurs emprunts, en lien avec une valeur fictive. Cela vaut en France, mais pour combien de temps encore ?

(2) Les faillites bancaires approchent. Aux Etats-Unis, elles vont même devoir verser des indemnités pour expulsions abusives. L'opinion publique rongera son frein quelques temps avec l'affaire de la sous-traitance de la gestion des emprunts (incrustation) Que feront les Etats affaiblis ? Peut-être une loi sur les banquiers à la rue...


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5 réactions à cet article    


  • boris boris 20 février 2012 10:14

    Rien compris non plus, je suis rassuré par Kerjean , je me pensais déjà devenu subitement « neuneu ».


    • foufouille foufouille 20 février 2012 12:23

      "Au plus fort du boom immobilier, les banques ont accordé des crédits sans discernement ; pour 100% ou davantage de la valeur du bien, à taux variable et sur des durées allant jusqu’à 40 ans« 

      et le »risque", y en a pas


      • Bruno de Larivière Bruno de Larivière 20 février 2012 14:19

        Mais que fait-on des banquiers ?
        Merci de votre commentaire !


      • foufouille foufouille 20 février 2012 14:47

        on les pend aux lampadaires par les tripes avec les ploutocrates


      • goc goc 20 février 2012 12:43

        Il semble surtout qu’en Espagne, les banques récupèrent les logements, mais à la différence de la France, elles ne sont pas obligés de vendre le bien saisi, et donc elles peuvent continuer à faire payer l’ex-proprio jusqu’à la fin du crédit, puis revendre le bien, et garder pour elles le bénéfice réalisé, alors qu’en France, si la banque revend le bien a une valeur supérieur au montant dù, elle est obligée de rendre la différence à l’ancien proprio

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