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Accueil du site > Actualités > Economie > Erreurs de calcul ?

Erreurs de calcul ?

Un souvenir personnel pour commencer. La récente arrivée du Vendée Globe vient de rappeler à ceux qui l’auraient oublié que la hauteur de l’eau dans le chenal qui donne accès aux ports de l’Atlantique varie en fonction du flux et du reflux. Il s’ensuit que l’équipage d’une embarcation qui prétend visiter les Sables d’Olonne, le Guilvinec ou Talmont sur Gironde doit se livrer à un petit calcul pour savoir si il y aura assez d’eau sous la coque, avant de s’engager entre les cylindres rouges, à bâbord et les triangles noirs, à tribord, de la passe qui mène au havre où il compte faire escale, L’opération met en jeu divers paramètres : la connaissance des courants ( lesquels sont parfois très contrariants), le coefficient de marée, connu de tout vacancier ayant fréquenté la côte ouest e, ou la loi dite des douzièmes, que je vais résumer pour ceux de mes lecteurs qui l’ignoreraient (les autres peuvent sauter la fin de ce paragraphe). Six heures sont nécessaires à la mer pour monter (ou descendre). Elles peuvent se décomposer ainsi : pendant la première et la sixième heure un douzième de la hauteur qui sépare les niveaux entre la haute et la basse mer, puis pour les deuxième et cinquième heures, deux douzièmes de cette même hauteur, enfin pendant les troisième et quatrième heure, trois douzièmes.

Un coup d’œil aux instructions nautiques, une règle de trois et une addition (ou une soustraction) et le tour est joué. On sait si on peut entrer ou sortir. Hélas, une erreur de calcul est toujours possible. Elle peut avoir des conséquences pénibles. Témoin ce jour de ma lointaine jeunesse, où, voulant gagner le petit port de Mortagne sur Gironde, je me suis légèrement emmêlé les pinceaux entre douzièmes, coefficients de marée et sens du courant. Résultat : j’ai bêtement planté le voilier que je barrais, dans banc de vase des plus visqueux. L’incident étant survenu un peu moins de deux heures après la renverse, il nous fallut attendre une bonne dizaine d'heures pour que la marée montante vienne nous tirer de ce piège. On ne sera pas surpris d’apprendre que ma popularité auprès de l’équipage (heureusement réduit) fut plus que compromise par cette aventure dont j’avais tenté, en vain, de faire ressortir le côté comique.
Longtemps oublié cet incident m’est revenu en mémoire en lisant un article du Monde de l'Économie daté du 29 janvier dernier. Sous le titre « Erreur de calcul du FMI ? Ou excès des zélateurs de l’austérité ? » L’auteur se livre à une très intéressante analyse de l’autocritique de MM Blanchard et Leigh, soit l’économiste en chef du FMI et un de ses proches collaborateurs. Dans un document de travail, ces deux personnages reconnaissent qu’ils ont sans doute mal estimé l’effet que pouvait avoir sur les économies des pays conseillés par le Fonds, une variable intitulée « multiplicateur budgétaire » dont l’auteur de l’article décrit l’effet de la façon suivante. « Tout euro dépensé ou économisé par la puissance publique génère une augmentation ou une perte pour l’économie nationale qui peut être supérieure ou inférieure, selon la valeur dudit multiplicateur, au montant de la dépense ou de l’économie publique. Ainsi, dans le cas d’une baisse de la dépense publique d’un euro, un multiplicateur supérieur à 1 entraîne un repli du revenu national supérieur à un euro » ce qui mène tout droit à la récession. Afin de justifier les politiques d’austérité imposées aux états, les économistes du FMI appliquaient, pour estimer l’effet de la baisse des dépenses publiques, un unique coefficient de 0,5 ce qui écartait d’après eux, tout risque de catastrophe.
Or des études américaines ont montré de façon irréfutable que loin d’avoir une valeur fixe comme le pensaient les spécialistes du FMI, le multiplicateur budgétaire est essentiellement variable. Il croît rapidement en tant de crise, pour atteindre puis dépasser le taux fatidique de 1, niveau à partir duquel toute baisse de la dépense publique engendre des pertes supérieures à l’économie qu’on prétendait réaliser. Moyennant quoi l'économie plonge, la récession s’installe, les tensions sociales s’exacerbent et, comme jadis mon voilier dans son banc de vase, les économies nationales s’embourbent dans une crise que l’austérité ne fera qu’aggraver. Comment se déséchouer ? D’où viendra la marée montante qui nous tirera d’affaire ? L’auteur a quelques idées. Il suggère, en particulier, de relancer la croissance en prévoyant « un autre mode de redistribution des revenus visant à corriger l’inquiétante montée des inégalités creusées par la crise ». Le sujet est infiniment plus passionnant mais plus compliqué à traiter que les réformes, dites sociétales, dont il est de plus en plus difficile de ne pas penser qu’elles ne sont là que pour occuper une galerie qui risque de n’en pas s'en amuser très longtemps.

Chambolle

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4 réactions à cet article    


  • amiaplacidus amiaplacidus 1er février 2013 10:12

    Mais, c’est tellement évident, n’importe, qui ayant des connaissances de base des mécanismes économique, voit très bien le mur dans lequel le FMI nous propulse.

    Il faut vraiment une équipe de bras cassés du genre Lagarde (rappelons que pour elle, la crise est derrière nous depuis début 2009 !) pour dire et faire ce genre de co*eries.


    • amiaplacidus amiaplacidus 1er février 2013 10:13

      Ah, j’oubliais, encore une perle de Lagarde : nous sommes en période de croissance négative ! MDR


    • jmdest62 jmdest62 1er février 2013 11:00

      Diantre  ! La Marquise du FMI serait en train de valider les thèses de ces manants du FdG ......quelqu’un ( Enarque au minimum) pourrait-il prévenir sa seigneurie François 2 ....

      @+


      • Jason Jason 1er février 2013 17:30

         Ce qu’il y a d’étonnant à propos de cet article du Monde de l’économie c’est qu’il s’en tient à un fait somme toutes banal, le FMI s’est trompé. C’est tout à fait regrettable en somme, ditait-on dans une conversation de salon.
         Il aurait été pertinent de souligner les erreur passées de ce même FMI, en particulier en Asie du sud-est.
         Après tout, il ne s’agit que de chiffres, que d’argent et que de la vie des autres. Et c’est là que le FMI mérite le nom de structure infâme ! Que va faire le FMI pour réparer ses erreurs ? Rien, sans doute. Business as usual, les affaires, comme d’habitude.

         Voilà comment il serait bon de regarder le FMI :
        « Il ne s’agit plus de savoir si un énoncé est vrai ou juste, mais seulement de savoir si son énonciation permet que »ça marche« ou non, plus ou moins. Cet instrumentalisme qui écrase la pensée tend aujourd’hui à occuper le vide tant éthique et politique qu’épistémologique, laissé par l’accélération du désenchantement du monde. Au point que cet instrumentalisme, dont Adorno avait remarqué qu’il n’était pas une forme de pensée, mais tendait à devenir la »seule forme« dans laquelle une pensée pouvait se former, au risque de désavouer ce qui appelle à penser, tend à devenir un »métarécit« , une religion, une idéologie, un dispositif dont l’empire s’étend à l’infini. »
        (Roland Gori, La dignité de penser, éd. Les liens qui libèrent, 2011, p. 84)

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