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Esclavage et sous-développement africain

Entre 1400 et 1900, près de quarante millions d’africains ont été razziés et réduits en esclavage. Seule la moitié d’entre-eux parvint à rejoindre en vie les zones de travail forcé qui comptaient aussi bien les colonies européennes que l’Afrique du nord, le Moyen Orient ou l’Inde. De nombreux auteurs ont avancé l’hypothèse que l’esclavage avait retardé le développement du continent africain mais c’est le mérite de l’économiste américain Thomas Nunn de quantifier cet impact en tenant compte de l’ensemble de la traite, y compris non européenne. Son résultat est plutôt fascinant. Il affirme que sans l’esclavage le revenu par habitant moyen de l’Afrique serait identique à celui des autres pays du Sud et que le retard du continent vis-à-vis de la moyenne mondiale serait comblé à 72%. Résultat tranché et spectaculaire qui a provoqué une intense discussion mais dont personne n’a remis en cause le sérieux de sa méthodologie.

Comment des évènements après tout lointains pèsent-ils aussi fortement sur le destin des africains ? Au plan économique, l’exportation d’individus généralement jeunes et en bonne santé a amputé le continent d’une masse considérable de consommateurs et de producteurs. Plus qualitativement, la diminution de la densité de population n’aurait pas incité à améliorer les techniques et les rendements agricoles. Mais c’est du côté des facteurs institutionnels qu’il faut se tourner pour comprendre les effets les plus durables de la traite. Cette activité aurait détruit les Etats traditionnels et contribué à la la fragmentation ethnique des pays fournisseurs d’esclaves (pour réduire le risque d’être rapté par un clan rival, chaque ethnie aurait eu tendance à se replier sur elle même). La recherche de gains faciles, l’insécurité généralisée auraient provoqué un gaspillage de ressources nuisible au développement économique. D’après les estimations de T. Nunn, il existe une relation très forte entre le niveau de vie par habitant en 2000 des pays africains et le nombre d’esclaves exportés. Les pays africains les plus pauvres sont ceux qui ont fourni le plus d’esclaves par le passé, comme la Gambie, la Sierra Leone ou l’Angola et les pays épargnés par l’esclavage ont connu un destin économique plus favorable.

Des travaux supplémentaires concluent que les zones accidentées ou reculées, abritées du commerce d’esclaves, ont bénéficié d’un avantage économique : “Nunn et Puga (2007). Ces auteurs montrent qu’une géographie accidentée engendre un effet négatif, elle hausse les coûts de production et de transport, mais cette géographie a aussi permis aux habitants d’échapper à l’esclavage, Bah (1976) montre en effet que les cavernes et les falaises servaient de refuge au sud-est du Sénégal et Brasseur (1968) détaille comment au Mali les terrains montagneux permettaient aux Dogons, de protéger leur territoire. Une géographie désavantageuse aurait ainsi eu un impact positif qui se ressent encore aujourd’hui et domine même l’effet négatif ! ” (Blogage sur l’économie internationale, Fabien Candau)

Les estimations de Nunn vont dans le sens de nombreuses observations antérieures. On peut citer par exemple Jacques Turgot qui dans ses Réflexions sur la Formation et la Distribution des Richesses (1766) soulignait la relation entre esclavage et morcellement politique : “Cette abominable coutume de l’esclavage a été autrefois universelle, et est encore répandue dans la plus grande partie de la terre. Le principal objet des guerres que les anciens peuples se faisaient était d’enlever des esclaves que les vainqueurs faisaient travailler pour leur compte ou qu’ils vendaient à d’autres. Ce brigandage et ce commerce règnent encore dans toute leur horreur sur les côtes de Guinée, où les Européens le fomentent en allant acheter des Noirs pour la culture des colonies d’Amérique. Les travaux excessifs, auxquels des maîtres avides forcent leurs esclaves, en font périr beaucoup ; et il faut, pour entretenir toujours le nombre nécéssaire à la culture, que le commerce en fournisse chaque année une très grande quantité. Et, comme c’est toujours la guerre qui fait les premiers fonds de ce commerce, il est évident qu’il ne peut subsister qu’autant que les hommes sont divisés en nations très petites, qui se déchirent sans cesse, et que chaque bourgade fait la guerre à sa voisine. Que l’Angleterre, la France et l’Espagne se fassent la guerre la plus acharnée, les frontières seules de chaque Etat seront entamées de cela par un petit nombre de points seulement. Tout le reste du pays sera tranquille, et le petit nombre de prisonniers qu’on pourrait faire de part et d’autre, serait une bien faible ressource pour la culture de chacune des trois nations“. Notons au passage que Turgot inverse la causalité privilégiée par Nunn puisque dans son esprit c’est l’émiettement politique qui encourage la pratique des rapts à visée esclavagiste. On peut d’ailleurs se demander si les résultats de Nunn n’ont pas enregistré les effets d’un morcellement ethnique qui aurait préexisté à la traite des esclaves.

Les conséquences délétères de l’esclavage occidental sur les sociétés africaines ont été abordées plus récemment par l’historien John Iliffe (Les Africains : Histoire d’un Continent) cité par Chritopher Bayly de façon éclairante : “Certains spécialistes ont également avancé l’idée qu’un des effets à long terme de la traite fut d’accroître l’esclavage au sein même des sociétés africaines, notamment celui des femmes. Il est probable que l’abolition par les britanniques de la traite négrière causa une augmentation du nombre d’esclaves en Afrique de l’Ouest, et contribua à y mettre en place une société encore plus stratifiée. Les révoltes d’esclaves, contre leurs maîtres africains poussèrent certains rois à perpétuer localement les sacrifices humains rituels, lesquels servaient à la fois d’avertissement aux criminels et à terroriser les esclaves“. Christopher Bayly. La Naissance du Monde Moderne (2007).

Grâce à Thomas Nunn (qui a dit que les économistes ne servaient à rien ?) les Africains mesurent plus correctement le poids considérable du passé esclavagiste. Il leur reste à agir pour qu’une telle fatalité ne pèse plus sur leurs épaules…


Les réactions les plus appréciées

  • Bois-Guisbert (---.---.---.240) 29 juillet 2009 11:14


    Entre 1400 et 1900, près de quarante millions d’africains ont été razziés et réduits en esclavage.

    Soit, en moyenne 80’000 (quatre-vingt mille !!!) par année. Autrement dit, peanuts !

    L’Europe a perdu la moitié de sa population en cinq ans, à cause de la peste noire et ce qui en résulté, c’est la Renaissance. Excusez du peu !!!

    En fait, on peut se demander si ce Thomas Dunn - qui n’est pas un « cador du web », c’est le moins qu’on puisse dire - n’a pas voulu répondre aux thèses iconoclastes, mais combien plus convaincantes, d’un autre économiste, Gregory Clark - très présent, lui, sur Internet - qui affirme que le sous-développement est imputable à des populations qui n’y sont pas prêtes.

    Après avoir étudié les conditions du développement de la Grande-Bretagne entre le 13e et le 19e siècle, il démontre que quatre handicaps simultanés entravent rédhibitoirement le phénomène :

    - une vie tournée vers le présent et l’incapacité à consentir des sacrifices immédiats pour un mieux-être ultérieur

    - une maîtrise très approximative du calcul, de la lecture et de l’écriture. Et une volonté insuffisante de développer ces compétences

    - la résolution des conflits par la violence physique plutôt que par la négociation

    - une quantité de travail insuffisante

    Dans ce contexte, ce sont, selon Gregory Clark, les strates efficientes du Moyen Age qui sont à l’origine de la Révolution industrielle britannique :

    « La population de l’Angleterre moderne descend principalement des classes socio-économiques supérieures du Moyen Âge (...) Être économe, prudent, travailleur et négocier sont devenus les valeurs de communautés qui auparavant étaient dépensières, impulsives, violentes et paresseuses. »

    Ce n’est évidemment pas très encourageant pour nos sous-développés des cinq continents, mais ce n’est pas non plus en surestimant leurs aptitudes et capacités qu’on les aidera efficacement en quoi que ce soit.

  • Massaliote (---.---.---.32) 29 juillet 2009 14:08

    Pourquoi l’Occident et tout particulièrement la France devrait-il seul se repentir et commémorer l’esclavage ?« Pendant 1000 ans, les Arabo-musulmans ont tué, castré ou déporté près de 17 millions d’Africains. »

  • ASINUS (---.---.---.34) 29 juillet 2009 10:23

    yep puisque « personne n a remis en cause la methodologie » qui affirme que 40millions dont seulement 20 millions ont survecus on été déporté puis que personne n a remis en cause le fait que tout est de la faute de l occident meme la regression depuis son depart d afrique , la messe est dites ! le dogme est etablis !
     tout debat inutile
    circulez y a rien avoir !

  • Massaliote (---.---.---.32) 29 juillet 2009 14:18

    Les pays épargnés par l’esclavage ? Robert Davis, professeur d’histoire à l’Université de l’Ohio, a mis au point une méthode unique afin de calculer le nombre de Chrétiens blancs réduits en esclavage le long de la côte des Barbaresques. Son étude conduit à des estimations bien plus élevées que celles trouvées précédemment. Selon lui, les travaux antérieurs sur l’esclavage aux Barbaresques n’évaluaient pas le nombre d’esclaves, ou ne s’intéressaient qu’à une ville en particulier. Les estimations chiffrées ont toujours conclu à des évaluations allant tout au plus à quelques dizaines de milliers. Il estime quant à lui que le chiffre réel se situerait entre 1 et 1,25 million de Chrétiens asservis entre le 16e et le 18e siècles. Ces estimations sont publiées dans “Christian Slaves, Muslim Masters : White Slavery in the Mediterranean, the Barbary Coast, and Italy, 1500-1800 (Palgrave Macmillan, traduction en français publiée en 2007 par Actes Sud, collection Babel : “Esclaves chrétiens, maîtres musulmans : L’esclavage blanc en Méditerranée (1500-1800)”. Il conclut :Ce que le grand public et les universitaires considèrent comme une vérité révélée, i.e. que l’esclavage était d’une nature raciale et univoque, que seuls les noirs avaient été asservis, c’est faux. On ne peut considérer l’esclavage comme un traitement que seuls les Blancs auraient infligé aux Noirs.” Dans une large mesure, l’esclavage à grande échelle en Afrique du Nord a été ignoré et minimisé car il n’intéresse personne… “L’esclavage des Européens ne correspond pas aux idées en vogue sur le colonialisme européen, qui est l’un des piliers — pour ne pas dire la vache sacrée — de l’érudition en histoire moderne, déclare Davis.


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76 réactions à cet article

  • Jean-Pierre Llabrés (---.---.---.82) 29 juillet 2009 09:48
    Jean-Pierre Llabrés

    à l’auteur

    « les pays épargnés par l’esclavage ont connu un destin économique plus favorable ».
    Cela est-il démontré ? Exemples de pays ?

    "Des travaux supplémentaires concluent que les zones accidentées ou reculées, abritées du commerce d’esclaves, ont bénéficié d’un avantage économique"
    Quels pays africains, ainsi épargnés, bénéficient aujourd’hui d’une situation économique plus favorable ?

    • Le petit département éclairé (---.---.---.37) 29 juillet 2009 13:39

      A JP Llabres, Voici la représentation graphique des résultats de Nunn : http://www.voxeu.org/files/image/nunn%20figure%201.JPG.

      On peut y voir L’Egypte, la Namibie , les Seychelles ou encore l’Afrique du Sud comme exemples de pays à la fois préservés de la traite et disposant d’un niveau de vie plus élevé.

    • Jean-Pierre Llabrés (---.---.---.82) 29 juillet 2009 13:52
      Jean-Pierre Llabrés

      à Le petit département éclairé (xxx.xxx.xxx.37) 29 juillet 13:39

      A JP Llabres, Voici la représentation graphique des résultats de Nunn : http://www.voxeu.org/files/image/nu....
      La résolution du document rend sa lecture plus que difficile.

      On peut y voir L’Egypte, la Namibie , les Seychelles ou encore l’Afrique du Sud comme exemples de pays à la fois préservés de la traite et disposant d’un niveau de vie plus élevé.
      En citant ces quelques pays, vous faites abstraction de nombre d’autres pays dont la situation est bien moins évidente en matière de relation esclavage/dous-développement.

      Personnellement, je réserve mon jugement.

    • Massaliote (---.---.---.32) 29 juillet 2009 14:18

      Les pays épargnés par l’esclavage ? Robert Davis, professeur d’histoire à l’Université de l’Ohio, a mis au point une méthode unique afin de calculer le nombre de Chrétiens blancs réduits en esclavage le long de la côte des Barbaresques. Son étude conduit à des estimations bien plus élevées que celles trouvées précédemment. Selon lui, les travaux antérieurs sur l’esclavage aux Barbaresques n’évaluaient pas le nombre d’esclaves, ou ne s’intéressaient qu’à une ville en particulier. Les estimations chiffrées ont toujours conclu à des évaluations allant tout au plus à quelques dizaines de milliers. Il estime quant à lui que le chiffre réel se situerait entre 1 et 1,25 million de Chrétiens asservis entre le 16e et le 18e siècles. Ces estimations sont publiées dans “Christian Slaves, Muslim Masters : White Slavery in the Mediterranean, the Barbary Coast, and Italy, 1500-1800 (Palgrave Macmillan, traduction en français publiée en 2007 par Actes Sud, collection Babel : “Esclaves chrétiens, maîtres musulmans : L’esclavage blanc en Méditerranée (1500-1800)”. Il conclut :Ce que le grand public et les universitaires considèrent comme une vérité révélée, i.e. que l’esclavage était d’une nature raciale et univoque, que seuls les noirs avaient été asservis, c’est faux. On ne peut considérer l’esclavage comme un traitement que seuls les Blancs auraient infligé aux Noirs.” Dans une large mesure, l’esclavage à grande échelle en Afrique du Nord a été ignoré et minimisé car il n’intéresse personne… “L’esclavage des Européens ne correspond pas aux idées en vogue sur le colonialisme européen, qui est l’un des piliers — pour ne pas dire la vache sacrée — de l’érudition en histoire moderne, déclare Davis.

  • ASINUS (---.---.---.34) 29 juillet 2009 10:23

    yep puisque « personne n a remis en cause la methodologie » qui affirme que 40millions dont seulement 20 millions ont survecus on été déporté puis que personne n a remis en cause le fait que tout est de la faute de l occident meme la regression depuis son depart d afrique , la messe est dites ! le dogme est etablis !
     tout debat inutile
    circulez y a rien avoir !

  • Stalker (---.---.---.143) 29 juillet 2009 10:32

    Ces arguments sont les bienvenus au débat sur les conséquences de l’esclavage, car beaucoup de travaux sont plutôt centrés sur la traite elle même, sans beaucoup s’intéresser aux conséquences internes sur les sociétés africaines (mais en soupçonnant qu’elles aient été importantes).

    Il y a une thèse intéressante pour expliquer le moindre dévelopement de l’Afrique. Le Sahara aurait été une barrière très puissante qui a freiné les contacts avec le reste du monde et isolé l’Afrique, alors que les autres parties du monde pouvaient s’échanger des produits, des découvertes et innovations techniques (la poudre, le papier, le gouvernail, la métallurgie...). Ce retard aurait pu être comblé par les royaumes sahéliens du Moyen Age, qui progressaient rapidement au contact du Maghreb musulman, via les routes commerciales, mais ces royaumes furent détruits par des invasions venues du nord, et l’Afrique resta isolée dans ses techniques artisanales et agricoles.

  • Bois-Guisbert (---.---.---.240) 29 juillet 2009 11:14


    Entre 1400 et 1900, près de quarante millions d’africains ont été razziés et réduits en esclavage.

    Soit, en moyenne 80’000 (quatre-vingt mille !!!) par année. Autrement dit, peanuts !

    L’Europe a perdu la moitié de sa population en cinq ans, à cause de la peste noire et ce qui en résulté, c’est la Renaissance. Excusez du peu !!!

    En fait, on peut se demander si ce Thomas Dunn - qui n’est pas un « cador du web », c’est le moins qu’on puisse dire - n’a pas voulu répondre aux thèses iconoclastes, mais combien plus convaincantes, d’un autre économiste, Gregory Clark - très présent, lui, sur Internet - qui affirme que le sous-développement est imputable à des populations qui n’y sont pas prêtes.

    Après avoir étudié les conditions du développement de la Grande-Bretagne entre le 13e et le 19e siècle, il démontre que quatre handicaps simultanés entravent rédhibitoirement le phénomène :

    - une vie tournée vers le présent et l’incapacité à consentir des sacrifices immédiats pour un mieux-être ultérieur

    - une maîtrise très approximative du calcul, de la lecture et de l’écriture. Et une volonté insuffisante de développer ces compétences

    - la résolution des conflits par la violence physique plutôt que par la négociation

    - une quantité de travail insuffisante

    Dans ce contexte, ce sont, selon Gregory Clark, les strates efficientes du Moyen Age qui sont à l’origine de la Révolution industrielle britannique :

    « La population de l’Angleterre moderne descend principalement des classes socio-économiques supérieures du Moyen Âge (...) Être économe, prudent, travailleur et négocier sont devenus les valeurs de communautés qui auparavant étaient dépensières, impulsives, violentes et paresseuses. »

    Ce n’est évidemment pas très encourageant pour nos sous-développés des cinq continents, mais ce n’est pas non plus en surestimant leurs aptitudes et capacités qu’on les aidera efficacement en quoi que ce soit.

    • Massaliote (---.---.---.32) 29 juillet 2009 14:08

      Pourquoi l’Occident et tout particulièrement la France devrait-il seul se repentir et commémorer l’esclavage ?« Pendant 1000 ans, les Arabo-musulmans ont tué, castré ou déporté près de 17 millions d’Africains. »

    • Le petit département éclairé (---.---.---.37) 29 juillet 2009 15:04

      Bois-Guibert, Vous faîtes très bien d’attirer mon attention sur Gregory Parck dont je vais consulter les travaux et sur lesquels je ferai quelques commentaires. Thomas Nunn n’est pas un "cador ’ d’internet ? Autant pour moi, il s’agit de Nathan Nunn. J’avais rectifié l’erreur sur mon Blog mais pas ici.

    • french_car (---.---.---.74) 29 juillet 2009 15:34

       Je n’adhère bien-sûr pas à cette vision raciste des causes de sous-développement du continent africain. Il semble que le saut démographique qui a suivi la décolonisation - sans doute moins de mortalité si l’on excepte les récents ravages du SIDA - soit également une des causes de sous-développement, le développement culturel et économique aurait dû précéder l’explosion démographique et non l’inverse.

       Par contre il est intéressant de relativiser le propos de Gregory Clark puisque très précisément depuis la formidable régression héritée de la période Thatcher, l’Angleterre a rejoint la cohorte des pays sous-développés avec un immense fossé entre les classes possédantes et la classe laborieuse (chômeuse ou disons précaire) et la disparition de ses classes moyennes.

       - une vie tournée vers le présent et l’incapacité à consentir des sacrifices immédiats pour un mieux-être ultérieur


       Ca s’appelle un déficit d’investissement et libéralisme économique.

      - une maîtrise très approximative du calcul, de la lecture et de l’écriture. Et une volonté insuffisante de développer ces compétences

      Ca s’appelle élitisme, destruction systématique des structures scolaires et universitaires publiques au profit d’une sélectivité basée sur l’argent et un niveau intellectuel très élevé.

      - la résolution des conflits par la violence physique plutôt que par la négociation

      Methode Thatcher, à l’opposé du capitalisme rhénan - qui ne semble certes plus opérer désormais. On vire tout le monde et on démantèle plutôt que de négocier.

      - une quantité de travail insuffisante


      Méthode Thatcher, on boursicote ou on joue chez le book-maker du coin.

    • Le petit département éclairé (---.---.---.64) 29 juillet 2009 16:39

      Boisguibert,

      Lorsqu’on se penche sur l’histoire démographique de l’Afrique on se rend compte d’une anomalie : au milieu du XIX ièle siècle, le taux de croissance de la population africaine est l’un des plus faible. Entre 1500 et 1900 le continent ne gagne ne 15 millions d’habitants et voit sa part dans la population mondiale divisée par plus de deux. Les 15 à 20 millions d’esclaves prélevés, vous le comprendrez aisément, ont eu un impact considérable sur la démographie africaine.

      Vouc citez un historien et économiste controversé, Gregory Clark. Ses théories sont parfois hantées par un certain darwinisme plus social que racial qui pour ma part me fait plutôt sourire. Cependant, dans des papiers de recherche plus anciens il semble tenir son rôle d’économiste et montre que l’avance décisive qu’a pris l’Angleterre sur le reste du monde entre 1730 et 1850 est due à la multiplication par trois de sa population (phénomène tres étonnant comparé a la france qui pendant ce temps est le premier pays européen a connaitre un ralentissment démogrphique) et à la diffusion d’un mode de vie lié aux classes moyennes (instruction, recul de la violence dans les relations sociales) . Ce que dit Nathan Nunn dans son travail sur les conséquences de l’esclavage en Afrique peut être éclairé par les travaux de Clark : là où la densité de population a le plus reculé à cause de l’esclavage on observe un marasme économique et une montée des violences sociales. Rien de bien favorable au développement économique...

      En langue Fon (Benin), pour témoigner de son rejet d’une certaine personne on dit d’elle « qu’elle vous vendrait avec joie » . Cela en dit long sur les conséquences de long terme du phénomène esclavagiste dont je vous rappelle que L’économiste en question a pris dans sa globalité (traite européenne ou non)

    • Bois-Guisbert (---.---.---.240) 29 juillet 2009 20:26

      « Lorsqu’on se penche sur l’histoire démographique de l’Afrique on se rend compte d’une anomalie : au milieu du XIX ièle siècle, le taux de croissance de la population africaine est l’un des plus faible. Entre 1500 et 1900 le continent ne gagne ne 15 millions d’habitants et voit sa part dans la population mondiale divisée par plus de deux. Les 15 à 20 millions d’esclaves prélevés, vous le comprendrez aisément, ont eu un impact considérable sur la démographie africaine. »

      Ca va dépendre de quelle histoire démographique de l’Afrique. Si vous trouvez des données statistiques fiables, pour lesquelles vous mettriez votre main à couper, signalez-les moi… Aucune ne tient vraiment la route.

      L’encyclopédie Quid que je tiens pour raisonnablement sérieuse parle d’une population stable de 100 millions d’habitants entre 1650 et 1850, alors qu’avec une population de 100 millions d’habitants on peut s’attendre à 4 millions de naissance par année qui même avec une très forte mortalité infantile doit laisser un solde résolument positif par rapport aux prélèvements de la traite.

      « Vous citez un historien et économiste controversé, Gregory Clark. Ses théories sont parfois hantées par un certain darwinisme plus social que racial qui pour ma part me fait plutôt sourire. »

      Ce n’est pas en collant une étiquette sur les observations résultant de l’étude des faits qu’on modifie la nature des faits. Et compte tenu des théories en vogue, il n’est pas surprenant que soit controversé le type qui dit : « les pays du Tiers-Monde ne se développent pas car leurs populations ne sont pas prêtes. »

      « ...pour témoigner de son rejet d’une certaine personne on dit d’elle « qu’elle vous vendrait avec joie » . Cela en dit long sur les conséquences de long terme du phénomène esclavagiste... »

      Et les musulmans conservent un souvenir cuisant des croisades. A croire qu’il n’y a que nous qui avons remplacé toutes nos références historiques par les événements des années 40-45...

    • Le péripate (---.---.---.157) 29 juillet 2009 20:33
      Le péripate

      Moi, je me marre un peu. Parce que je me demande comment tous ces chiffres sont obtenus. On chipote sur une inflexion sur une courbe, mais la courbe représente quoi ? La réalité ?

      Autant je comprends que on puisse avoir une évaluation à peu près précise sur le nombre de bateaux, et tout les détails, pour celui qui a marché un jour dans la forêt ou la savane africaine se demande comment on peut faire des estimations utilisables pour les siècles sans statistiques.

    • Le petit département éclairé (---.---.---.64) 29 juillet 2009 21:59

      Mr Boisguibert,

       Vous semblez dire qu’il aurait suffi de quelques années pour éponger les pertes dues à l’esclavage et vous abritez derrière l’éternel argument de la non convergence des travaux des historiens et des démographes. Permettez qu’on se penche dessus d’un peu plus pres.

      Le tres interessant travail de Reiko Hayashi offre un panorama de ces études sous forme graphique (http://uaps2007.princeton.edu/download.aspx?submissionId=70296 ). On completera ce travail par l’article d’un des spécialistes de la question de la traite négrière pratiquée par l’occident (Lovejoy).

      Lovejoy a déterminé que 80% des esclaves sont partis entre 1700 et 1867 avec une accélération tres forte au cours du 18ième siècle (6 millions de personnes) contre 3,5 entre 1801 et 1867.

      Au moment ou la traite s’accelere, l’afrique sort donc d’une première phase de diminution de sa population qui semble due à un facteur climatique (voir le commentaire de Reiko). Les 9,5 millions d’individus qui quittent l’afrique entre 1700 et 1867 représentent une ponction tres importante si vous avez de bons yeux, lorsqu’on la confronte à l’augmentation totale de l apopulation du continent, même dans l’hypothèse la moins favorable.

       Les chiffres bruts doivent être complétés cependant. Le prélevement de population a été massivement concentré sur quelques peuples : l’essentiel des esclaves proviennent d’un petit nombre d’ethnies (Yoruba, Igbo, Kongo, Ashan, Cbi, Ibibio)

       Concernant mr Clark, il suffit de lire ses travaux pour se rendre compte que quelque chose cloche à certains endroits. L’idée que l’angleterre avait un avantage cullturel parce que durant de siècles les enfants des classes supérieures ont connu moins de mortalité que ceux des couches inférieures , de sorte qu’au bout d’un certain temps la majorité des anglais auraient été issus du meme groupe social a de quoi faire rire en effet. La confusion entre la transmission de la culture chez l’humain et le transfert des genes est une constante chez quelques esprits dérangés.

    • Bois-Guisbert (---.---.---.240) 29 juillet 2009 23:36

      « Les 9,5 millions d’individus qui quittent l’afrique entre 1700 et 1867 représentent une ponction tres importante si vous avez de bons yeux, lorsqu’on la confronte à l’augmentation totale de l apopulation du continent, même dans l’hypothèse la moins favorable.

      Mais non, cela nous fait 57’000 personnes par année en moyenne.
       
      « Les chiffres bruts doivent être complétés cependant. Le prélevement de population a été massivement concentré sur quelques peuples : l’essentiel des esclaves proviennent d’un petit nombre d’ethnies (Yoruba, Igbo, Kongo, Ashan, Cbi, Ibibio) »

      Maintenant, en admettant que les ponctions aient frappé très lourdement un « petit nombre d’ethnies », ça n’arrange rien dans la mesure où le grand nombre d’ethnies qui n’a pas été touché, ne s’en sort pas sensiblement mieux que les autres.

      On pourrait aussi parler d’Haïti et du Libéria, mais nous ne sommes pas ici pour faire de l’épicerie.

      Et puis encore des quatre handicaps mentionnés par Clark, qui se peuvent vérifier tous les jours, dans tous les pays sous-développés de la planète, et pas seulement en Afrique, mais nous ne sommes pas ici pour aborder le problème général du sous-développement et de ses causes…

      « La confusion entre la transmission de la culture chez l’humain et le transfert des genes est une constante chez quelques esprits dérangés. »

      J’en prends bonne note et, pour conclure, je vous fais tous mes compliments admiratifs. A 15h04, vous ne saviez rien de Gregory Parck et, à 16:39, vous n’ignoriez manifestement plus rien des œuvres complètes de Gregory Clark. 1 h 35’’ chrono, il y a du Guiness dans l’air…

    • Le petit département éclairé (---.---.---.64) 30 juillet 2009 02:58

      Mr Boisguibert, Vos remarques admiratives me vont droit au coeur, toutefois j’attire votre regard aiguisé sur deux points :
       Les quelques groupes ethniques qui ont contribué au peuplement des Amériques plutôt qu’à celui de leur pays d’origine sont aujourd’hui, en moyenne, moins bien lotis économiquement que les autres, d’après l’étude de N. Nunn. Je ne dis pas que c’est forcément vrai mais les contradicteurs doivent infirmer ce résultat avant toutes choses.
       Je maintien que le départ d’une dizaine de millions de personnes n’est pas une mince affaire lorsque dans le meme temps la population totale augmente non pas de 100 ou 200 millions mais de 10 à 40 millions, selon les différentes hypothèses les plus crédibles. Ceci signifie que sans l’esclavage, la croissance démographique aurait pu être plus forte de 25 à 100% , ce qui est une estimation minimale car ces personnes( dont un tiers étaient des femmes) auraient pu avoir des enfants sur place.

    • Makan (---.---.---.162) 29 juillet 2009 13:29

      @Pasou

      « Mais cette créativité, cette intelligence sont également d’origine évolutive, c’est à dire génétique. Ne pas en prendre compte est également se condamner car se mélanger génétiquement à des peuples moins intelligents, c’est revenir en arrière dans l’échelle de l’évolution. C’est abaisser les qi de nos descendants, alors que l’homme, comme tout animal, peut se résumer à son cerveau, le reste, le système viscéral n’étant que les organes servant à le faire vivre et le système locomoteur, les systèmes moteurs lui servant à agir matériellement sur son milieux. »

      Pour écrire des choses pareilles, vous devez pas avoir un QI très élévé. Chaque époque a son interprétation plus ou moins fantaisistes des choses. Vous ancêtres croyaient que certains humains n’avaient pas d’âmes ou qu’ils étaient maudits par Dieu. Vous êtes dans cette droite lignée en défendant de telles thèses.

      Si vous étiez aussi intelligents, vous ne seriez pas entrain de vous faire envahir et islamiser comme vous le dites. Faîtes attention que la roue de l’Histoire ne tourne pour vous et d’autres ne vous traitent avec les même arguments débiles.

    • finael (---.---.---.103) 29 juillet 2009 13:48
      finael

      D’abord c’est Ashkenase et non eske naze ... vous même !

      Ensuite prétendre évaluer le QI relatif de différentes populations n’a aucun sens comme vous le sauriez en lisant des ouvrages spécialisés sur la question. Comme vous sauriez que Q.I et « intelligence » n’entretiennent que des rapports fort ténus.

      Quant à la culture « guerrière », on ne peut guère dire qu’à ce niveau nous autres européens avons guère de leçons à recevoir, qui avons réussi en un siècle à nous entretuer dans les boucheries les plus sanglantes de l’Histoire.

      Vos « explications » sont les plus racistes et les plus stupides que j’aie pu lire ici.

    • Le péripate (---.---.---.157) 29 juillet 2009 15:12
      Le péripate

      Le QI est une imposture. Il y a ce livre de Stephen Jay Gould (le titre ?) qui le montre très bien. A noter que dans l’esprit de son inventeur (Binet ?), il ne s’agissait que d’un outil pour détecter les enfants à problèmes.
      Mais il est venu à point pour soutenir les thèses racistes.

    • leypanou (---.---.---.106) 29 juillet 2009 15:17

      Pour moi, avec ma mesure personnelle de qi, quelqu’un qui pense que le qi tel qu’on en parle dans les médias mesure l’intelligence, a un qi très faible. Tous ces propos rappellent un chercheur américain assez connu, mort il n’y a pas longtemps aveec ses convictions fumeuses. Quant au comptage de nombres de Nobel, cela donne une idée claire du manque de lucidité car des statistiques de ce genre, on peut en sortir sur n’importe quoi pour étayer une opinion.

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